Les couvertures des magazines : quand la presse flirte avec la polémique

[MAGAZINE] Si les unes de presse ont pour vocation d’informer le lecteur, celles-ci sont parfois un prétexte pour la rédaction de prendre une certaine position en usant d’humour noir, de messages chocs ou photos dérangeantes. Rétrospective sur ces unes ayant fait polémique parmi l’opinion public.

Pour comprendre le monde, sors de ton bocal !

[BILLET D’HUMEUR] Alors que la France vient de faire entrer une grande dame au Panthéon et, par là même, dans l’Histoire, le panda que je suis estime qu’il est toujours utile d’avoir de la mémoire. Je te le dis parce que, paradoxalement, tu l’oublies… parfois.

Comprendre les enjeux de la loi “Secret des Affaires” pour les journalistes

[SECRET DES AFFAIRES] 61 voix contre 21. Voici le résultat du vote de la proposition de loi « Secret des Affaires » adoptée jeudi 14 juin à l’Assemblée. Si elle n’est pas la première loi controversée de la République En Marche, la directive sur le secret des affaires alarme la sphère journalistique. Mais attention: si les journalistes et lanceurs d’alerte se dressent au nom de la liberté d’informer, ils ne récusent pas la proposition dans son entièreté. A travers une pétition rassemblant 548.690 signataires, les rédactions et ONG demandent simplement la limitation du champ d’application de la loi au domaine concurrentiel.

De l’Allemagne à l’Italie : la relation entre médias et gouvernement

[DOSSIER] Les fermeture et délocalisation prochaines de la salle de presse du Palais de l’Elysée démontre une volonté de réduire les relations entre le cœur du gouvernement et les médias français. L’Elysée annonce là un schéma inédit dans une France où l’hostilité et le repoussement des médias se font de plus en plus communs. Un acte peu similaire aux pays voisins dont, pour la plupart, les gouvernements et les médias semblent encore travailler ensemble dans le traitement de l’information. Vision sur la situation en Europe.

PM390047 : Rencontre avec Taina Tervonen

Taina Tervonen,  journaliste du média en ligne “Les Jours”, a réalisé un travail d’enquête à la recherche du propriétaire du téléphone portable retrouvé dans la mer : PM390047. Une base qui a  permis à la journaliste de  se pencher  sur la question de l’identification des victimes noyées. Nous sommes allés à sa rencontre dans le cadre de son intervention lors de la conférence “Migrobjet” à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales ayant eu lieu les 22 et 23 mai derniers.

L’enquête a commencé en 2015. Deux ans de recherche sur les traces des migrants disparus en Méditerranée, deux ans de rencontres en tout genre, deux ans d’histoires à raconter…

Spécialisée sur la question migratoire, Taina Tervonen va choisir le sujet principal de son enquête suite à l’écriture de plusieurs brèves sur les nombreux naufrages arrivés en 2015. “Suite à ça, je me suis posé une question simple : Pourquoi personne ne cherche à identifier les disparus de la Méditerranée ?”. Il doit bien y avoit quelque chose qui existe lorsqu’un corps est échoué sur une plage. Il doit bien y avoir des médecins légistes” Les recherches l’ont menée en Italie où le projet de récupération des corps de migrants noyés, suite au naufrage d’un bateau contenant 800 personnes, était en cours à la fin 2015. “En cherchant je suis tombée sur Crisitina Cattaleno, la médecin légiste qui pilote le projet.” et suite à de nombreuses heures au téléphone, Taina Tervonen s’est véritablement penchée sur la problématique du naufrage et tout ce qui tourne autour de l’identification des victimes. “Je me suis retrouvée une première fois à Rome pour rencontrer le commissaire en charge des personnes disparues. Je me suis rendue à Catane quand l’épave est arrivée en Sicile”.

L’histoire de ce naufrage est particulièrement inédite car l’Italie a décidé d’aller chercher l’épave et d’identifier les corps. “Ça ne s’était jamais fait de cette manière”. Une opération de récupération ayant coûté 9 millions d’euros à l’Italie. Le travail de recherche des familles qui suit s’avère particulièrement compliqué, comme Taina l’explique. “Il n’y a pas de liste de passagers comme dans un crash d’avion, on peut se baser que sur les témoignages des survivants qui ne connaissent pas forcément les victimes”, les questions législatives entravent également ce travail au niveau du traitement de l’ADN : “Qui a le droit de faire un traitement ADN ? Comment les informations sont traitées ? Qui peut en disposer ? C’est un travail extrêmement long et difficile”. Mais surtout,l’approche des familles des disparus est tout particulièrement complexe, “toutes les familles ne sont pas prêtes à accepter la disparition […] certains parents espèrent encore que leur enfant rentrera un jour” déclare t-elle.

Dans son travail, la journaliste expose l’intervention de la CICR (Comité International de la Croix Rouge) prenant le relais sur les recherches de corps des disparus en mer. Egalement la décision de délocalisation du tri migratoire en dehors de l’Europe. La question se pose alors : comment expliquer ce manque de dévouement de la part de l’Europe ? La réponse de Taina est simple : « Nous sommes dans un contexte politique où les questions migratoires ne sont pas porteuses ». Face à la montée de populisme dans plusieurs pays européens, le désengagement est enclenché. Du point de vue de l’enquêtrice, la réalité est tout autre de ce que les européens pensent de la migration “Ils ne partent pas pour vivre mieux, ils partent pour que ceux qui restent vivent mieux”.

Au fil de ses voyages sur les traces du détenteur du Nokia jaune, dans un premier temps, nombreuses ont été les rencontres. Son enquête l’a amenée à échanger avec les professionnels se chargeant de récupérer les corps. Elle me raconte comment ceux-ci sont désespérés face à l’horreur à laquelle ils sont confrontés. Pourtant habitué à la mort, le médecin légiste rencontré à Lesbos déplorait la situation. “Il était fatigué d’être témoin d’une telle horreur”, ”là il y a quelque chose de particulier, ce sont des morts inutiles”  déplore la journaliste. Aussi, un pompier sicilien rencontré à deux reprises, qui devait sortir les corps en putréfaction sans les montrer à la foule de médias présents, “par respect pour les défunts”. Taina me raconte à quel point les conditions étaient difficiles “Ils avaient des combinaisons complètes et travaillaient dans la cale, de quelques mètres carrés, du bateau pour faire face aux corps en putréfaction”. Comme le pompier lui témoignait “je me sens gardien de leurs mémoires car personne n’est là pour que je puisse raconter les derniers instants du défunt. Au Niger, Taina se rappelle également : “ Les moments les plus difficiles pour moi où j’ai rencontré des gens sur la route. Des gens qui allaient dans un sens pour tenter de passer la frontière, d’autres en revenait après avoir été emprisonnés en Lybie […] ce sont deux terribles réalités dans le même espace” déplore t-elle.

Néanmoins, malgré les récits tous aussi terrifiants les uns que les autres, elle assume son rôle de passeur d’information. “Les choses que je vois, qu’on me confie, je peux les transmettre, c’est important”. Comme un père nigérian en deuil de son enfant, lui a signifié : “vous essayez de mettre de la lumière sur ceux qui sont dans l’ombre”.

“L’affaire de la salle de presse”: l’Elysée réinvente sa communication

En février dernier, la présidence de la République annonçait le changement de lieu de la salle de presse du palais de l’Elysée. Une décision “unilatérale” relayée par Sibeth Ndiaye auprès d’un parterre de journalistes. Les arguments du gouvernement sont nombreux et, s’ils tendent à des améliorations pour le quotidien des journalistes, peuvent aussi apparaître comme une nouvelle forme de communication.

Jusqu’alors, les journalistes avaient accès à une salle de presse donnant sur la cour de l’Elysée, mais simplement en cas d’occasions précises: Conseil des ministres, réceptions… Seules les agences (AFP, AP, Reuters…) y avaient, elles, accès en permanence. La décision d’Emmanuel Macron de bouter hors de la cour présidentielle ces journalistes n’est pas sans rappeler sa relation ambiguë avec les médias.

Locataire depuis 40 ans

Installée à l’intérieur du palais depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, c’est François Mitterrand qui avait par la suite transférée la salle de presse au niveau de la cour, dans un souci de transparence. Impossible à agrandir, cette pièce fait l’objet d’un litige avec le commandant militaire, partageant le mur mitoyen avec les journalistes. L’espace nécessaire doit être d’au moins 70m2 et semble avoir trouvé sa place rue de l’Elysée où son exercice commencera au courant de l’été 2018.

Les arguments de l’Etat

“Augmenter la taille de la pièce” ,“Accréditer plus de journalistes” ,“Créer une salle de réunion dans l’actuelle salle de presse” . Concernant des clarifications sur ces derniers points, l’Elysée n’a pas souhaité répondre. 

Une déclaration d’Emmanuel Macron, relayée par un article du Point, indique que ce déménagement fait partie d’un “projet immobilier global rendu nécessaire par des recommandations de la Cour des Comptes”. Concernant le coût de ce déménagement, l’Elysée, encore une fois, n’a pas désiré apporter plus de précisions. 

Ce qu’il faut comprendre de la communication de l’Elysée

Le gouvernement du “nouveau monde” d’Emmanuel Macron est composé, pour la plupart, de ministres “jeunes” dans la sphère politique. A l’inverse d’une Rachida Dati ou d’un Stéphane Le Foll, rompus à l’exercice de la prise de parole, les nouveaux membres du cabinet ministériel ont encore à apprendre. Il s’agit alors d’éviter la confrontation directe en inventant un rapport cadré, carré, avec des journalistes cadenassés à un lieu précis et des horaires choisis.

Pour le sociologue politique Jacques Le Bohec (professeur à l’Université Lyon 2), l’hypothèse serait que ce soit bien les ministres que ce déménagement avantage “C’est plus par rapport à la communication gouvernementale qu’à sa communication personnelle. Emmanuel Macron est très bien traité par les journalistes.”.

Toujours dans la ligne d’une présidence “jupitérienne”, c’est un énième paradigme que le président Macron instaure par ce changement de lieu. En brisant la traditionnelle image des journalistes interpellant les ministres à leur sortie du Conseil, l’Elysée rompt avec ce lien de proximité.

Le déménagement de la salle de presse de l’Elysée ne fait pas l’unanimité

Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron n’a de cesse de bouleverser les codes médiatiques présidentiels. Nouveau changement rue Saint Honoré: la salle de presse déménagera au courant de l’été. Jusqu’ici habitués à évoluer dans la cour du Palais de l’Elysée, les journalistes accrédités vont voir leur quotidien désormais modifié. Evolution d’une stratégie de communication ou mise à distance dans le rapport de confiance, les avis divergent concernant cette volonté de déménager la salle de presse. 

Changement de lieu, changement de pratique

Cette décision du gouvernement prendra effet à l’été 2018. Un éloignement géographique moindre qui, pourtant, agite la sphère journalistique. Denis Perrin, journaliste-stagiaire dans les années 1970-1980 au Progrès de Lyon et à Paris Normandie (puis plus longuement dans la presse spécialisée et dédiée aux industries du Tourisme), se souvient: “Quand on voulait une info on allait directement voir les ministres. Il n’y avait aucun problème de sécurité. » Sous Valéry Giscard d’Estaing à partir de 1974, les méthodes se sont détendues et la chape de plomb s’efface au profit d’une proximité entre journalistes et politiques: »Moi qui débutais avec une carte de presse de stagiaire je rentrais comme je voulais, on me croyait sur parole. Il y avait un lien de confiance entre journaliste et politique”. Jusqu’à l’arrivée à Matignon de Laurent Fabius sous la présidence de François Mitterrand. “Là c’est devenu plus ‘macroniste’ avec une volonté de centraliser le pouvoir. Le développement des technologies n’a pas aidé le contact direct et a créé des écrans entre les gens avec une reprise de l’information dominée par des moyens de communication qui enferment”.

C’est donc la pratique du métier qui s’en trouverait modifiée. Pour l’Association de la presse présidentielle, ce déménagement représente une “entrave” au travail des médias. Sous couvert de confort (bureaux pour travailler, places supplémentaires…), les journalistes s’accordent pour dire qu’il s’agit de minimiser la proximité entre presse et pouvoir.

Et finalement, une fleur faite aux chaînes d’information?

Pour nous, les médias traditionnels, ça ne change pas grand chose. En revanche, c’est bénéfique pour les grandes chaînes d’info en continu qui ont désormais un confort pour les duplex par exemple” témoigne un journaliste politique du Figaro qui s’était, lui aussi, déjà penché sur le sujet.

Le choix du Pouvoir d’exclure physiquement la presse de la cour de l’Elysée n’a, en réalité, qu’une importance relative du point de vue journalistique… Il est néanmoins indéniable que ceci possède un sens politique révélateur d’une volonté de maîtriser la communication officielle… ce qui n’empêchera pas les (bons) journalistes de contourner l’obstacle en se créant des sources complémentaires afin de compenser les effets de cette situation nouvellecontinue Denis Perrin.

Grondement dans les rédactions

Les journalistes sont globalement en désaccord avec ce projet. Si rien n’est encore acté, ils espèrent pouvoir obtenir une marge de négociations et ainsi éviter un « bridage » prochain.

L’évolution, aux dires des journalistes habitués à une place d’agenciers, ne facilite pas l’obtention d’information. Marie-Bénédicte Allaire, journaliste politique longtemps accréditée par l’agence Reuters, raconte. « On avait un rapport privilégié et le fait d’avoir vue sur la cour était important dans le sens où on voyait des choses qu’on aurait laissé échapper autrement. C’est un lien qui va sans doute se perdre. C’était très rudimentaire mais il y avait un deal, un accord d’échange ». 

Les journalistes qui suivent l’Elysée reçoivent une récompense symbolique, “une sorte d’orgueil (…) cette partie qu’ils retirent de leur travail, si on les en éloigne, ils sont dépités et perdent le côtoiement du pouvoir” estime le sociologue Jacques Le Bohec,  (professeur à l’Université Lyon 2). 

De communication en symbole

Il ne faut pas voir de symbole là où il n’y en a pas” assure Benjamin Griveaux, porte-parole de la majorité lors d’un compte-rendu du Conseil des ministres. A ce propos, le sociologue Arnaud Mercier nous explique: “Du point de vue de l’exécutif ce n’est pas symbolique, il s’agit de récupérer des locaux. Mais les journalistes peuvent l’interpréter comme tel car le symbole est justement de l’ordre de l’interprétatif. C’est à ce moment là que l’exécutif doit être vigilant”.

L’éloignement de celui que l’on nomme le 4ème pouvoir interroge cependant. La mise à distance géographique serait-elle liée à une volonté particulière du pouvoir en place? “Je ne crois pas qu’on puisse parler d’une volonté absolue de mise à distance” poursuit Arnaud Mercier, “Mais ça traduit le fait qu’on considère qu’il n’y a pas besoin d’être aussi proches. Dès lors, sacrifier l’espace presse n’est pas un problème.”

Plus incisif, Jacques Le Bohec imagine une absence de contre-pouvoir. “Les hommes politiques se sentent de plus en plus protégés d’une sanction de l’opinion publique et pensent qu’ils ont de moins en moins de compte à rendre. Ils se passent donc d’une forme traditionnelle de surveillance de la presse”.

Pour citer à nouveau Denis Perrin, “ce n’est pas parce que l’on est enfermé dans une salle de presse que l’on sait ce qui se passe à l’Elysée”.