Photos ABZAS Media/TOPLUN/RSF

 

Par Ulviyya Karimova

Le 28 janvier 2026, Reporters sans frontières (RSF) a attiré l’attention du public sur la place de la République à Paris à travers une exposition dénonçant l’emprisonnement des journalistes en Azerbaïdjan. Un conteneur, aménagé sous la forme d’une cellule de prison, expose les portraits de journalistes azerbaïdjanais détenus par les autorités. À l’intérieur de cet espace métallique, RSF plonge les passants dans la réalité alarmante de ces professionnels de l’information privés de liberté. Cette exposition est également présentée à Berlin et Berne.

Au centre de cette mobilisation figure Sevinj Vaqifqızı, rédactrice en chef du média d’investigation indépendant Abzas Media, devenue le symbole du journalisme libre emprisonné. Détenue depuis plus de 800 jours, elle a été condamnée le 21 novembre 2023 à neuf ans de prison sous l’accusation de « contrebande de devises », largement dénoncée comme infondée par les organisations de défense des droits humains. Son incarcération fait suite à la publication d’enquêtes sur des affaires de corruption impliquant les plus hautes autorités du pays. Plusieurs de ses collaborateurs ont également été condamnés à de lourdes peines pour des motifs similaires.

Photos ABZAS Media/TOPLUN/RSF

 

L’installation reconstitue avec une précision volontairement austère le quotidien carcéral : lit de camp, humidité, insectes, obscurité et silence, seulement rompu par les pas des visiteurs munis d’une lampe de poche. Une expérience immersive destinée à faire ressentir l’étouffement de la censure, comme l’explique Thibaut Bruttin, directeur général de RSF :

« En Azerbaïdjan, la prison est devenue un instrument de censure. Le régime tente d’étrangler les journalistes, physiquement et professionnellement, en les privant de soins, d’eau, de contacts humains et d’accès à l’information. »

Photos ABZAS Media/TOPLUN/RSF

 

Selon RSF, 25 journalistes sont actuellement emprisonnés en Azerbaïdjan, un pays classé 167ᵉ sur 180 dans l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025. Pour l’organisation, cette exposition dépasse le cadre artistique : elle constitue un cri d’alerte international et un appel à la vigilance face aux atteintes graves à la liberté d’informer.

En installant ces cellules au cœur des capitales européennes, RSF rappelle que la défense de la liberté de la presse ne connaît pas de frontières. À Paris, le temps d’une exposition, l’espace public devient un lieu de solidarité et de mobilisation, porteur d’un message clair : emprisonner des journalistes, c’est tenter d’enfermer la vérité.

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