Maladie du Président Bouteflika : La faiseuse de reines, le FLN et les autres

[Par Larbi Graïne, journaliste algérien]
larbigra @ gmail . com

 

La maladie du président Abdelaziz Bouteflika a dominé l’actualité politique en Algérie tout au long de 2013. Devenue star politique, l’infirmité du chef de l’Etat devait très vite faire écran au scandale de corruption qui éclaboussa son gouvernement, et à l’attaque du site gazier de Tinguentourine, suite à l’enlisement du conflit touareg aux frontières sud de l’Algérie. A la tête du pays depuis 1999, Bouteflika briguera-t-il un 4e mandat ?

Président Abdelaziz Bouteflika / Par lefigaro.fr - Crédits Photo : -AFP

Le Président Abdelaziz Bouteflika / Par lefigaro.fr – Crédits Photo : -AFP

Telle est la question qui ne cessait d’alimenter les colonnes des journaux. Les experts en communication du régime ont tout fait pour soigner l’image du Président malade. Les rumeurs le donnant pour mort au moment où il était soigné à l’hôpital du Val-de-Grâce en France, ont contraint les décideurs algériens de mettre le chef de l’Etat sous les projecteurs des caméras de télévision. Soigneusement filtrées, les images qui ont été prises ont fait le tour du monde. Elles montrent pourtant un homme profondément hagard et affaibli. Bouteflika apparait en robe de chambre affalé sur un fauteuil en compagnie du Premier ministre Abdelmalek Sellal, et du chef d’Etat-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah. On est le 12 juin 2013 et le Président n’avait plus remis les pieds dans son palais d’El-Mouradia depuis 47 jours. Ses médecins évoquent dans un premier temps l’AIT (accident ischémique transitoire), en d’autres termes une attaque cérébrale légère avant de se raviser en pointant un mal plus grave : l’AVC ou accident vasculaire cérébral. Bouteflika ne regagnera le pays que le 16 juillet 2013 après 80 jours mais pour apparaitre de nouveau sur les écrans assis sur un fauteuil roulant, le visage livide et les yeux perdus. Sitôt arrivé au pays, l’on annonce que le Président va poursuivre une période de convalescence. Or il ne restait à Bouteflika moins d’une année pour terminer son mandat qui expire en avril 2014. Mais au vu de son état de santé qui ne cessait de se dégrader et dont tout le monde pouvait se rendre compte au fil d’apparitions aussi parcimonieuses qu’épisodiques à la télévision d’Etat, on commençait alors à émettre de sérieux doutes quant aux capacités de Bouteflika à gouverner le pays. Des voix se sont même élevées pour réclamer une élection présidentielle anticipée. Mais c’était sans compter sur les consignes que le pouvoir réel a fait passer au gouvernement en place.

 

Le FLN repêché pour jouer le baroudeur

 

Le Front de libération nationale (FLN) qui n’est pas un parti politique dans le vrai sens du terme mais un appareil inféodé au chef de l’Etat, lequel en est le président d’honneur dans un faux sursaut d’orgueil s’est ressaisi à la fin août 2013 en mettant fin à la crise de succession des chefs en élisant à sa tête par un tour de passe-passe dont lui seul a le secret, Amar Saadani, ex président de la chambre basse du parlement algérien. L’homme est réputé pour être un exécutant fidèle du plan de qui il reçoit ses ordres. Miné par une crise depuis l’avènement du multipartisme en 1989, le FLN s’est vu désigner ses secrétaires généraux et imprimer sa ligne de conduite par les pouvoirs successifs. Seul Abdelhamid Mehri bien que désigné par le Président Chadli Bendjedid a osé en son temps défier les généraux de l’armée en arrimant son parti à l’opposition. Mais Saadani se distingue par ses attaques- les premières du genre de la part d’un apparatchik dans les annales politiques algériennes- contre les services secrets, le fameux redoutable DRS, Département du renseignement et de la sécurité, dont le chef, le général Mohamed Lamine Mediène, alias Toufik était considéré jusqu’à récemment comme le véritable maître de l’Algérie. Faisant écho à Saadani, alors que Bouteflika, très fragilisé devenait de plus en plus invisible, le gouvernement annonce la restructuration des services du renseignement, lequel voit plusieurs de ses directions passer sous le contrôle de l’Etat-major. Dans le même temps des proches collaborateurs de Toufik sont limogés. Ce qui passait aux yeux de beaucoup comme un duel entre Bouteflika et Toufik n’a été que très rarement analysé sous l’angle de la reprise en main par l’Etat-major de l’armée des prérogatives qu’il avait perdues au moment où, en 1991, l’Algérie basculait dans la guerre civile. Le DRS, en fait, devait faire les frais de son incompétence à protéger un site aussi stratégique que celui de Tinguentourine où l’Algérie y avait laissé des plumes au niveau international.
Tout compte fait c’est un président fantomatique qui aborde l’année 2014, s’adressant aux Algériens par voie de communiqués, Bouteflika évite de plus en plus de se montrer à la télévision car on le dit incapable de parler, le moindre effort pouvant lui coûter ses dernières forces. Si la presse internationale relève le caractère spectral du candidat Bouteflika, c’est que quelque part l’image du malade hospitalisé s’est surimprimée sur le portrait officiel. Suprême ironie, la présidence se fendra d’un communiqué informant que le président sortant sera candidat à sa propre succession à la présidentielle du 17 avril prochain.

 

Un candidat en cache un autre

 

Si le DRS a été en principe rappelé à l’ordre il n’en demeure pas moins qu’on continue à user de ses méthodes. On peut du reste se demander si ce qui est en train de se profiler à travers la prochaine élection n’est pas une grosse manœuvre de manipulation de l’opinion visant à faire accroire que Bouteflika est réellement le favori alors qu’en réalité, il ne fait que de la figuration ? Le sociologue Lahouari Addi a montré une piste intéressante en évoquant la possibilité qu’Ali Benflis, ancien chef de gouvernement et candidat malheureux à la présidentielle de 2004 soit le véritable candidat de l’armée et que Bouteflika ne soit qu’un lièvre. Ayant à l’esprit la grosse campagne d’intoxication d’officines occultes qui lors de l’élection présidentielle de 2004 qui a permis au président sortant de briguer son second mandat, avaient savamment distillé des informations faisant état de la défaite de Bouteflika face à Benflis. A l’époque, des hommes politiques et des journalistes de renom avaient mordu à l’hameçon. Ces rumeurs devenaient d’autant plus vraisemblables qu’elles étaient relayées par des opposants. Animant un meeting dans une salle d’Oran, fief de Bouteflika, Saïd Sadi, alors président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et candidat à la présidentielle, s’est écrié sûr de lui « Je vous le dit Bouteflika ne passera pas ! ». On susurrait que Benflis avait le soutien du Général Mohamed Lamari alors chef d’Etat-major de l’armée. Au-delà de ce que ces faits peuvent suggérer comme proximité pouvant exister entre officines et « démocrates », cela peut éclairer l’attitude de Mouloud Hamrouche, ancien chef de gouvernement sous Chadli, qui aujourd’hui se refuse à descendre dans l’arène. Hamrouche qui ne s’est jamais laissé compter par la propagande des officines occultes, a conscience que les jeux sont déjà faits.

 

Qui de Bouteflika ou de Benflis sera élu ?

 

Grabataire bientôt de 77 ans, Bouteflika, issu de l’Ouest, est un candidat impossible, le quatrième mandat n’est qu’une chimère et l’armée le sait. Si en dépit de cela Bouteflika est réélu, c’est qu’on sait que ce n’est pas lui qui va gouverner le pays. Une révision de la constitution devrait doter l’Exécutif du poste de vice-président. On ne sera pas alors tenus d’organiser une nouvelle élection si le chef de l’Etat réélu viendrait à passer à trépas. Quant à Benflis, bientôt 70 ans issu de l’Est, dans la région de Batna d’où sont originaires les gradés de l’armée, il est réputé être une personnalité « molle ». Ce « fils de famille » qui fut, outre chef de gouvernement (limogé par Bouteflika en 2003), secrétaire général du FLN (démissionné par la Présidence), directeur de campagne électorale du candidat Abdelaziz Bouteflika, directeur de Cabinet de la Présidence, on pourrait se demander pourquoi il se présente à ces élections après tant de déconvenues. L’homme a observé le silence depuis 10 ans n’osant émettre aucune critique. Certainement, s’il figure parmi la liste des candidats à la magistrature suprême, c’est qu’on lui a demandé de le faire. Mais de quelque côté que penchera la balance, le président qui sortira des urnes, ne bénéficiera que d’un fragile consensus. Les généraux paraissent avoir paré au plus pressé, et jamais leur choix, n’a été aussi incertain. L’armée qu’on dit faiseuse de rois, n’est-elle pas en train de se muter en faiseuse de reines ?

 

 

A Paris, Michel Thierry Atangana remercie François Hollande et toute la France

L’ex-prisonnier a salué l’engagement du président français pour sa libération

 

Par René DASSIE [renedassie @ sfr . fr ]

 

Libéré lundi à la faveur d’une grâce présidentielle, Michel Thierry Atangana est arrivé vendredi tôt le matin à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Il a remercié la France et notamment le président François Hollande, pour la mobilisation qui a conduit à sa libération, après dix-sept de détention à Yaoundé, la capitale camerounaise, pour des détournements de fonds qu’il a toujours niés. Il souhaite désormais tourner la page et reconstruire sa vie de famille.

 

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« Pour l’instant Je suis extrêmement usé mentalement, moralement. Le choc est un choc que vous ne pouvez pas imaginer. Ce n’était pas dix-sept ans dans une prison. C’était dix-sept ans dans une cellule en isolement. Pour l’instant, il faut d’abord que je retrouve intérieurement les codes de la société française que je partage totalement, pour m’exprimer de manière libre .» Il est environ 7h30 ce vendredi, lorsque Michel Thierry Atangana prononce ses premières paroles d’homme libre de retour chez lui. Nous sommes dans le pavillon des réceptions de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulles.

 

Veste sombre et chemise blanche, les traits tirés, marqué par sa longue détention, l’ingénieur financier de 49 ans, qui est sorti de prison lundi suite à un décret signé une semaine plus tôt par le président Paul Biya a dû céder à l’insistance des journalistes, pour s’exprimer. Il voulait prendre quelques jours pour se reposer et se soigner, avant de parler à la presse. Il hésite, visiblement un peu perdu, cherche ses mots. Ce qui ne l’empêche pas d’exprimer sa gratitude envers le président François Hollande. « Ce qu’a fait le président François Hollande, c’est un effort d’une haute grandeur sur le plan humain. Je dois simplement dire merci ce matin. Merci toute la France, merci à mon pays. Je suis content de revoir mes enfants, de revivre ».

 

Une heure plus tôt lorsqu’il est arrivé, aucune caméra n’a filmé sa descente d’avion, Paris ne souhaitant pas froissé davantage Yaoundé, en laissant croire qu’il s’agit de la libération d’un otage. Un véhicule officiel est cependant venu chercher l’ex-prisonnier et sa suite, certains de ses avocats et soutiens camerounais. Direction le pavillon des réceptions où a été prévu une conférence de presse. Il y a là des officiels, notamment Hélène Conway-Mouret, la ministre des Français de l’étranger et Jean-Yves Leconte, le sénateur représentant les Français établis hors de France. Il y a aussi des membres du comité qui l’a soutenu en France, dont son président Dominique Sopo et son Porte-parole Ibrahim Boubakar Keita, par ailleurs président de BDM TV. Mais il y a surtout son fils Éric, âgé de vingt-deux ans, qui a ému la France lors de ses interventions dans les médias audio-visuels.

 

Éric Atangana se jette dans les bras de son père et l’étreint longuement. Il ne peut retenir ses larmes. Il avait cinq ans lorsqu’il l’a vu pour la dernière fois, avant son départ pour le Cameroun, où il passera dix-sept ans en détention. Le jeune adulte n’a désormais qu’une idée en tête : rattraper le temps perdu, reconstruire une relation père-fils qui a été brutalement interrompu. Éric Pleure, mais il pleure de joie. « Le simple fait de le toucher, c’est indescriptible. Je suis tellement heureux de le voir, heureux pour mon petit frère qui avait un an quand il a disparu, heureux de voir ma mère heureuse, et toute la famille. C’est un grand soulagement, énormément d’émotion pour tout ce qui s’est passé. » Et d’ajouter : « C’est un combat très dur qui se termine aujourd’hui. Je suis heureux d’avoir vécu ce combat et d’avoir réussi à faire sortir mon père de prison. Je suis tellement fier de mon père. On va prendre le temps de réapprendre à se connaitre et de reconstruire cette relation père- fils. le projet c’est juste qu’il aille bien dans un premier temps. Il va prendre ses soins médicaux. »

 

Apaisement entre Paris et Yaoundé

 

Dans son intervention, Dominique Sopo revient sur les dures conditions de détention de Michel Thierry Atangana qui ont altéré son état de santé. Il rappelle que sa mère est « morte de chagrin », pendant sa détention. L’ancien président de SOS Racisme salue vivement l’engagement personnel de François Hollande qui a appelé Paul Biya plusieurs fois. Il souligne aussi le rôle de l’Onu, qui a récemment demandé au gouvernement camerounais de libéré M. Atangana. Pour sa part, cet homme qui goûte ses premiers jours de liberté veut désormais tourner la page de sa mésaventure tropicale. Il l’a souligné lors de sa brève intervention. « Je prends ma libération comme un espace édifiant qui permettrait de consolider ce qui est nécessaire pour que les relations lointaines, ancestrales entre la France et le Cameroun continue à porter des fruits. C’est pourquoi nous allons œuvrer à notre petit niveau pour que le dialogue entre les président François Hollande et Paul Biya continue à porter des fruits pour le bien des peuples français et camerounais », déclare-t-il. Le sénateur Jean-Yves Leconte abonde dans le même sens, en soulignant l’importance des relations entre les deux pays. Cependant, il plaide la cause de l’avocate Lydienne Yen Eyoum, une autre Française d’origine camerounaise emprisonnée depuis quatre ans sans jugement à Yaoundé, pour des faits de détournement de deniers publics qu’elle nie farouchement.

 

« Lors de mon passage à Yaoundé, j’ai constaté la situation de Mme Eyoum qui attend son jugement depuis des années dans ses conditions très difficiles qui atteignent à sa dignité. C’est une Française. J’espère que dans la foulée de la prise de conscience du président Biya sur la situation de Michel Thierry Atangana, l’innocence de Mme Eyoum va être établie et sa libération va être faite très rapidement », laisse-t-il entendre, avant de conclure. « Ce serait le parachèvement de cette belle séquence pour laquelle aujourd’hui nous partageons notre joie ». pour sa part, Me Dominique Tricot, un des avocats français de Michel Thierry Atangana insiste sur la réparation par le gouvernement camerounais, du préjudice que son client a subi.

 

Une séance de débriefing à huis clos avec les officiels suit la conférence de presse. Puis Michel Thierry Atangana quitte l’aéroport pour se rendre à l’hôpital du Val-de-Grâce pour des examens. Son fils dont il n’a pas lâché la main depuis leurs retrouvailles l’accompagne.

 

 

L’ONG Pélican sort du trou les jeunes du Cavally

Après la crise armée en Côte d’Ivoire, la population est dans la pauvreté la plus totale.
Lui offrir le minimum vital est le pari que Pélican est entrain de réussir.

Par Pierre TOH (zahokoui @ gmail . com)

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L’ONG PELICAN-Côte d’Ivoire a été créée le 27 septembre 2010 sous le n° 1949 / PA / SG / D1 par un groupe de personnes partageant une vision humanitaire commune suite à la pauvreté galopante qui engendre des conséquences fâcheuses pour de nombreuses familles vivant dans un dénuement total notamment dans la Région du Cavally à l’ouest du pays où elle est basée. Elle est symbolisée par un oiseau dont elle porte le nom, caractérisé par l’attention particulière qu’il accorde à sa progéniture. Avec pour objectif d’aider les populations à s’adapter aux modifications de la société et améliorer leurs conditions d’existence, le cadre de vie des populations, renforcer la protection du couple mère/enfant et de la famille, réinsérer les populations défavorisées dans la vie civile, prévenir toutes sortes de marginalisation chez les jeunes, assurer la prise en charge des personnes vulnérables, faire le suivi et l’évaluation des projets, prévenir les conflits inter communautaires et tout ce qui concourt au bien-être de l’humanité.

Dotée d’une équipe expérimentée, l’ONG Pélican relève tous les défis qui s’opposent à l’épanouissement de l’être humain, grâce à l’apport des sponsors, des partenaires, des bailleurs de fonds, des bonnes volontés, aux activités génératrices de revenus, de ses représentants d’ici et d’ailleurs, d’information, de sensibilisation sur certains fléaux, aux collectes de fond. Elle réunit les moyens nécessaires lui permettant d’atteindre ses objectifs et élargir son champs d’actions.
La création de l’ONG Pélican est partie d’un constat fait par Père Léopold, curé de la paroisse catholique de Bloléquin.

Selon l’homme de Dieu qui vit dans cette localité depuis une décennie, avec la jeune fille collégienne ou lycéenne nouvellement affectée, le risque d’échec scolaire est très élevée et fréquent à cause du manque de moyens de subsistance. Proie facile, elle est exposée aux grossesses précoces. Pour réduire ce risque, depuis 2010, L’ONG PELICAN-CI a ouvert une pension dénommée CASE FAMILIALE GRAND MAMAN au sein de laquelle 10 jeunes filles reçoivent le minimum vital pour continuer leurs études en toute tranquillité. Elles y résident avec un personnel qui s’occupe d’elles. L’organisation pilote le projet sur fonds propres mais aussi au soutien de la coopérative sociale basée à Lodi en Italie.
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Après la longue crise sociopolitique et armée depuis 2002 et celle découlant de l’élection présidentielle de 2010, Bloléquin, ville située à l’ouest de la Côte d’Ivoire a été s2rieusement affectée par celle-ci. La plupart des jeunes ayant manié les armes, sont désœuvrés, oisifs, considérés comme catégorie sociale à haut risque et dangereuse pour la société dans laquelle ils vivent. Pour leur assurer un avenir meilleur, L’ONG Pélican a entrepris de les « re-socialiser ». Ainsi elle a bénéficié d’un financement de la part du NRC (Norwegian Refugees Council) pour la mise en œuvre du projet YEP (Young Education Pack) qui est un package pour l’éducation des jeunes de 15 à 25 ans, filles et garçons. Ce package contient des cours d’alphabétisation et l’apprentissage d’un métier au choix. Les filles mères laissent leur bébé à la garderie du centre YEP où 4 baby-sitters s’occupent d’eux. C’est au total 30 volontaires qui travaillent sur le projet YEP.

A la fin de la formation qui dure 10 mois, les apprenants sont installés. Ceux qui veulent poursuivre leur formation reçoivent des bourses de perfectionnement. Ainsi 200 jeunes sont formés et installés en agropastoral, coiffure, couture, maçonnerie, maroquinerie, mécanique moto et fabrication de savon. Satisfait des travaux de Bloléquin, le bailleur a confié à l’ONG Pélican un autre projet YEP mais cette fois-ci à Toulépleu une ville située à la frontière du Liberia. Mme Innocente DOUE, Présidente de l’ONG Pélican jointe au téléphone depuis Bloléquin, a déclaré être satisfaite de l’avancement des projets de la Case Familiale Grand-Maman et YEP, par la même occasion elle remercie le Grand Groupe Bolloré pour le don fait à son organisation. Aussi, a-t-elle soutenu : « l’ONG Pélican ajoute quelque chose à l’humanité en sortant du trou les jeunes de la région du Cavally à l’ouest de la Côte d’Ivoire ».

A l’heure des diasporas / L’exil serait-il en crise ?

Par Larbi GRAINE, journaliste algérien.
La notion d’exil est-elle en crise ? Dans un contexte de mondialisation économique et culturelle, caractérisé par la prolifération de diasporas dans des métropoles gigantesques, peut-on être sûrs que les populations de métèques qui y vivent se sentiraient dépaysées et mal dans leur peau et souffriraient du calvaire du « vivre-séparés » ? Les étrangers qui viennent s’installer durablement dans un pays qu’ils ont peu ou prou connu éprouveront-ils le sentiment d’exil de la même façon nonobstant leur différence de race, de culture et de religion ? Peut-on supposer que l’éloignement géographique par rapport au pays d’origine soit à la base du sentiment ineffable d’étrangeté dont souffre l’exilé ?

Originaire d’Algérie, l’auteur de ces lignes, va tenter de répondre à ce pack de questions, tout en interrogeant les migrations contemporaines à partir de sa propre subjectivité (qui soit dit en passant, comme a dit le philosophe) permet de reconnaître les objets. Puisqu’il me faut parler de la France afin de permettre à l’exilé que je suis censé être de scruter les réalités françaises, c’est-à-dire aborder toutes choses qui m’éloigneraient de mon pays, qui m’exileraient encore davantage en me projetant loin de mon territoire habituel, c’est ce qui fait de moi du reste un journaliste d’un pays tiers, un apatride dont on espère qu’il va jeter un regard neuf sur des choses archaïques et peut-être passées de mode. La chose n’est pas sans rappeler l’exotisme qui jadis se pratiquait sur les contrées de l’ailleurs, dans cet orient lumineux que Flaubert avait cru déceler aux portes mêmes de la province. On se délecte bien du français de l’étranger, sa langue est d’autant plus attrayante qu’elle est habitée par des sonorités et des réminiscences de la langue première.Algérien, je vais dire aux Français dont des millions sont d’origine algérienne comment je les perçois. Et d’ailleurs comment prendre le fait que ce plat berbère qu’est le couscous soit devenu celui que préfèrent les Français ? Saviez vous qu’il est plus facile de manger un couscous dans les restaurants de Paris que dans ceux d’Alger ? Saviez-vous que l’exilé, algérien de surcroît, ne peut retenir de la France que ce qu’elle a d’Algérie en elle ? Barbès explose au rythme des victoires de l’équipe d’Algérie, ce qui nous donne parfois l’impression que c’est la France qui s’exile sur ses propres terres. On le constate bien les Algériens installés en France, y compris ceux qui sont en situation irrégulière, s’y comportent comme s’ils étaient chez eux. La même observation vaut pour les ressortissants de l’Afrique subsaharienne, relevant des anciennes colonies françaises. On le voit le poids de l’histoire y est prépondérant. Réfugié à Paris, un confrère syrien qui a fui la guerre civile qui déchire son pays souligne qu’il éprouve un sentiment d’exil encore plus profond que celui que ressentiraient « les Arabes d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie » arguant qu’en France il n’a pas eu le loisir de rencontrer beaucoup d’Arabes du Moyen-Orient.
De tradition arabo-berbère et fortement présents en France, les Maghrébins en général et les Algériens en particulier seraient-ils plus proches des Français ? A vrai dire, les Français ont leurs Arabes depuis longtemps. Dans l’hexagone aujourd’hui on entend parler le kabyle et l’arabe d’Algérie à chaque coin de rue. En plus des places fortes tenues par les Maghrébins, la France abrite une floraison de sociétés diasporiques. L’agglomération parisienne en est la plus parfaite illustration, Italiens, Noirs Africains, Chinois, Turcs, Indiens et j’en oublie se disputent son sol. Mais s’il n’y a point de Syriens à l’horizon, les traces du pays perdu seront plus difficiles à retrouver. L’exilé s’attellera à les chercher, et la vision qu’il aura de son pays d’accueil en sera profondément marquée. A la quête du pays qu’il vient de quitter, il est sans cesse rappelé à la dure réalité de sa condition. Tout aussi exilé qu’il le fut chez lui, il l’est tout autant sur sa terre d’adoption. N’ayant jamais été prophète en son pays, il ne saurait devenir le messie chez les autres. Vivant un double exil, il atterrit (quand il a la chance d ‘appartenir à une forte communauté expatriée), dans une diaspora, substitut de la société d’origine, laquelle va en quelque sorte le travailler au corps, le malaxant ne serait-ce que parce qu’il va pouvoir continuer à faire usage de sa langue maternelle. Certes, la vie en diaspora peut atténuer le sentiment de l’exil mais elle ne peut empêcher le désarroi découlant de la coupure d’avec la terre d’origine – devenant par la force des choses la terre promise. 

 

Affaire Michel Thierry Atangana : Paul Biya cède face à la pression internationale

Par René DASSIE

Emprisonné depuis 17 ans au Cameroun pour des détournements de deniers qu’il a toujours contestés, le Français Michel Thierry Atangana va pouvoir être libéré, à la faveur d’une remise de peine décidé par Paul Biya, le président camerounais, suite aux pressions internationales (pour en savoir en plus, cliquez ici : « Affaire Michel Thierry Atangana : Paul Biya fait-il marcher François Hollande ?  »).

michel atangana 1La plupart des observateurs en conviennent : le décret signé mardi par Paul Biya « portant commutations et remise de peines au bénéfice de personnes condamnées et détenues pour infractions diverses » vise expressément Michel Thierry Atangana, même s’il ne désigne pas nommément prisonnier . Le premier des cinq articles du texte de trois pages indique en effet qu’une remise totale de peine est accordée aux personnes condamnées pour détournement de deniers publics, et qui auraient déjà passé plus de dix ans en prison.

Michel Thierry Atangana a été condamné pour la première fois à 15 ans de prison en 1997. Officiellement pour détournement de fonds publics. Alors qu’il avait entièrement purgé cette peine, il a été rejugé pour les mêmes faits en 2012, et a écopé d’une nouvelle condamnation à 20 ans, augmentée d’une contrainte par corps de 5 ans. Son compagnon d’infortune, l’ancien ministre Titus Edzoa, a subi le même traitement judiciaire.

Pour le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, le décret pris par le président, à la veille de la célébration du cinquantenaire de la réunification du Cameroun, traduit l’esprit de « tolérance et de pardon » de Paul Biya. Une analyse qu’on ne partage pas à Paris. « Il y a tout un habillage autour de ce décret, mais c’est bien Atangana qu’on libère à travers ce texte », a réagi Me Dominique Tricaud, un des avocats français de Michel Thierry Atangana.

Pressions

Ces derniers semaines en effet, la pression s’est accru sur Paul Biya. Dans un rapport publié début février, le groupe de travail de l’ONU sur la détention constate le caractère arbitraire de la détention de M. Atangana : « Toutes les instances judiciaires intervenues dans sa très longue privation de liberté ont manqué d’impartialité et il a été jugé deux fois pour les mêmes faits », écrivent les experts onusiens. Les Nations unies réclament par conséquent sa «  libération immédiate » et conseillent à l’État camerounais de lui verser une « indemnisation réparatrice des préjudices causés ».

L’intervention de l’ONU qui aurait crée un vent de panique à Yaoundé, est venu renforcer d’intenses tractations diplomatiques, à la fois officielles et souterraines, engagées par François Hollande, dès son arrivée à l’Élisée. Alors que ses prédécesseurs, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient fait peu de cas de la situation du Français d’origine camerounaise, le nouveau président va prendre son dossier en main. Au prisonnier, il écrit une lettre, dans laquelle il lui fait part de sa sollicitude. Lors d’une interview sur France 24 et TV5, il juge « inadmissible », sa longue détention. Mais surtout, il interpelle directement et régulièrement Paul Biya qu’il invite à trouver une issue rapide à l’affaire, de sorte que le président camerounais finit par lui promettre qu’il gracierait Michel Thierry Atangana. Et lorsque Paul Biya traîne des pieds, François Hollande reprend sa plume, pour lui rappeler sa promesse.

Pendant ce temps, sur le terrain en France, le comité de soutien à Michel Thierry Atangana, présidé par Dominique Sopo, ancien président de SOS Racisme multiplie les actions dans les médias et dans la rue. Les Parisiens se familiarisent avec le visage et l’histoire de M. Atangana, à travers des campagnes régulières de tractage, d’affichage et de manifestations publiques.

Toutes choses qui auront pour effet, d’écorner l’image de Paul Biya, réputé très discret et peu connu du public français, en dépit de ses plus de 30 ans de règne sans partage sur le Cameroun.

Paul Biya a donc cédé à la pression, et Michel Thierry Atangana devrait pouvoir respirer l’air de la liberté, après avoir passé plus de 17 ans dans un réduit aveugle de 7m², niché au sous-sol d’un immeuble du ministère de la Défense à Yaoundé. Toutefois, ses soutiens restent prudents. «  Tant que Michel Thierry Atangana n’aura pas quitté sa cellule, nous resterons extrêmement vigilants. Il faut qu’il y ait une décision formelle qui soit prise par le ministre de la Justice. Il y a aussi les délais pour la levée d’écrou, elle peut être extrêmement rapide comme elle peut prendre quelques heures ou quelques jours », a indiqué Dominique Sopo, sur RFI. Pour sa part, Me Dominique Tricaud prépare déjà le combat qui suivra sa libération. « Nous allons maintenant veiller à son indemnisation et à la prise de sanctions contre ceux qui sont responsables de sa détention », a-t-il indiqué. M. Atangana serait détenteur vis-à-vis du gouvernement camerounais d’une créance évaluée à 338 milliards de Francs CFA, c’est à dire plusieurs centaines de millions d’euros.

Affaire Michel Thierry Atangana : Paul Biya fait-il marcher François Hollande ?

Par René DASSIE

Le président camerounais a promis à son homologue français qu’il ferait libérer Michel Thierry Atangana (pour en savoir en plus, cliquez ici : « Michel Thierry Atangana : un homme détruit pour rien »), citoyen français emprisonné depuis 17 ans au Cameroun officiellement pour détournement de fonds, sur la base d’un dossier vide. Mais il traîne des pieds, et laisse la situation du détenu désormais gravement malade se détériorer davantage. L’Onu a demandé au gouvernement camerounais de le libérer et de réparer les préjudices qu’il a subis.

michel atangana 2La scène se déroule le 31 janvier 2013 à Paris. Paul Biya, le président camerounais, sort d’une audience avec son homologue français, François Hollande, et fait face à la presse, sur le perron de l’Elysée. Un journaliste lui demande : « Michel Thierry Atangana, puisque vous parlez des droits de l’Homme est considéré comme un otage dans votre pays. Allez-vous bientôt ordonner sa libération ? ». Après une brève hésitation, Paul Biya répond : « (…) Son affaire est en instance. Il a fait appel et il a saisi également la Cour suprême. Nous attendons la décision de la Cour suprême pour voir ce qu’il y a lieu de faire. Notre souci c’est qu’il y ait le maximum de gens libres, mais je ne veux pas contrarier les décisions de justice».
Dans cette réponse, Paul Biya reprend, dans un langage plutôt diplomatique, une promesse qu’il a faite à François Hollande, un peu plus tôt, lors de leur entrevue. Pour la deuxième fois en effet, le président français l’a interpellé au sujet du Français Michel Thierry Atangana, qui entame alors sa seizième année de détention dans une cellule du ministère de la Défense à Yaoundé. La première fois c’était un peu de plus de trois mois plus tôt, en marge du sommet de la Francophonie, à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Selon La Lettre du Continent, un confidentiel très introduit dans les chancelleries africaines, François Hollande avait alors longuement évoqué la situation du prisonnier, avec Paul Biya. Celui-ci n’avait pas réagi. Le président camerounais, visiblement surpris par la question, s’était contenté d’écouter son homologue français.

Promesse de grâce présidentielle

Un silence dans lequel il ne prospère pas à Paris. Paul Biya réagi face à l’insistance de François Hollande. Mieux, il lui fait la promesse de libérer Michel Thierry Atangana, quelle que soit la décision de la plus haute juridiction du Cameroun devant laquelle le prisonnier a introduit un recours, dans l’espoir de voir annuler ses condamnations. Traduction : le prisonnier sera gracié par le président, si la justice ne le libère pas.
L’obstination du président français à évoquer l’affaire à chaque rencontre avec son homologue camerounais traduit sa forte préoccupation au sujet du cas de M. Atangana. Depuis 1997, ce Français d’origine camerounaise est enfermé dans un réduit aveugle et humide de 7m², au sous-sol d’un bâtiment du secrétariat à la Défense de Yaoundé. Des conditions de détention inhumaines, qui lui ont valu d’être moralement brisé et physiquement handicapé : il souffre désormais d’une paralysie partielle de son corps. Marié à une Française et naturalisé en 1988, il n’a pas vu grandir ses deux enfants, dont le plus âgé avait 5 ans, au moment de son arrestation. Pourtant, il est innocent. Son crime c’est de s’être retrouvé au mauvais endroit au moment. Il est victime d’un règlement de compte politique. Il a été cité contre son plein gré, comme directeur de campagne de Titus Edzoa, un ministre dissident du gouvernement de Paul Biya, qui, après sa démission, avait décidé d’affronter celui-ci dans une élection présidentielle.
Accusés de détournement de denier publics, les deux hommes ont été condamnés à 15 ans de prison, à l’issue d’un procès expéditif. Sans la moindre preuve. En 2012, après qu’ils ont eu entièrement purgé leur première peine, ils ont été rejugés pour les mêmes faits, et ont écopé d’une nouvelle condamnation à 20 ans de prison, augmentée de 5 ans de contrainte par corps. Si rien n’est fait, Michel Thierry Atangana qui avait 32 ans au moment de son arrestation pourrait rester en prison jusqu’à l’âge de 72 ans. Pendant leurs mandats respectifs, les présidents Chirac et Sarkozy ont fait le choix d’ignorer sa lente agonie. François Hollande qui a jugé sa situation inadmissible est le premier chef d’Etat français à se pencher sur sa situation.
Mi-octobre 2013, au terme d’une audience éclair, la Cour suprême du Cameroun rejette le pourvoi en cassation de Michel Thierry Atangana. Cette décision ouvre la voie à la grâce présidentielle promise par Paul Biya. Confiants, des diplomates français estiment même que le président camerounais annoncerait la bonne nouvelle à la fin de l’année, ou juste après.

Yaoundé bombe le torse

Cependant, les semaines passent, et ils commencent à déchanter, un an après la promesse du président camerounais. A Yaoundé, c’est silence radio. François Hollande aurait même adressé un nouveau courrier à Paul Biya pour lui rappeler sa promesse, sans que celui-ci ne s’empresse de réagir. Le gouvernement socialiste que l’on dit peu initié aux mœurs politiques compliqués d’Afrique tropicales commence peu à peu à comprendre qu’à Paris et à Yaoundé, la notion de temps, le sens de l’honneur et du respect des engagements pris ne s’apprécient pas de la même façon.
De leur côté, les avocats de Michel Thierry Atangana qui visent un effacement des condamnations de leur client ont adressé au président camerounais une demande de grâce amnistiante. Ils attendent toujours sa réponse.
Il est vrai que dans cette affaire, la diplomatie française a souvent donné des signaux contradictoires. On a ainsi vu fin décembre dernier, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, tout sourire, congratulant Paul Biya, à Yaoundé. Sans un mot sur le cas Michel Thierry Atangana. Un silence injuste, pour les proches de prisonnier. Selon eux, s’il est vrai que l’occasion, la libération du prêtre français Georges Vandenbeusch, ancien otage de la secte islamiste Boko Haram au Cameroun se prêtait davantage aux réjouissances qu’à autre chose, il n’est pas moins vrai que la situation de tout autre otage mérite le même traitement, que son ravisseur soit un groupe terroriste ou un Etat en indélicatesse avec les droits de l’homme.

Une détention arbitraire selon l’Onu

Car pour ces proches du prisonnier qui ont créé un comité pour le soutenir, le mot « otage » utilisé par un journaliste face à Paul Biya sur le perron du palais présidentiel français correspond bien au statut de Michel Thierry Atangana. L’Organisation des Nations unies ne dit d’ailleurs pas autre chose. A la suite du gouvernement américain qui a inscrit cet homme aujourd’hui âgé de 48 ans dans sa liste de détenus politiques, l’Onu vient en effet de constater l’imposture de sa détention et d’exiger sa libération. Après enquête, et face au silence des autorités de Yaoundé qui ne lui ont pas répondu dans les délais, le Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’Onu a en effet émis un avis qui « recommande au gouvernement camerounais de procéder à la libération immédiate de M. Atangana». Le document invite également le gouvernement camerounais à lui verser « une indemnisation réparatrice des préjudices causés par la privation de liberté dont il est l’objet depuis le 12 mai 1997, son incarcération dans des conditions inhumaines et son jugement deux fois pour les mêmes faits ».
De quoi conforter le président François Hollande, dans ses efforts en vue de rétablir la liberté et la dignité de son concitoyen. A Paris, Me Éric Dupond-Moretti, un ténor du barreau français désormais engagé dans la défense de Michel Thierry Atangana a laissé entendre qu’il solliciterait une audience auprès de Paul Biya pour mieux lui expliquer les contours de l’affaire. Dans le même temps, le comité français de soutien au prisonnier, piloté par Dominique Sopo, l’ancien président de SOS racisme et Ibrahim Boubakar Keita, Président de la chaine de télévision BDM (Porte-Parole) prépare, en lien avec Amnesty International, de nouvelles actions en faveur de la libération de Michel Thierry Atangana.

Michel Thierry Atangana : un homme détruit pour rien

Par René DASSIE

michel atangana 1Jeune et brillant ingénieur financier, Michel Thierry Atangana, né au Cameroun, est devenu Français par naturalisation, en 1988. En 1994, il est envoyé au Cameroun, pour représenter les intérêts de grands groupes français, comme Jean Lefebvre, en activité dans le secteur routier de pays.
Comme la loi camerounaise ne reconnait pas la double nationalité, les autorités de Yaoundé lui délivrent un titre de séjour. Ses performances lui valent d’être désigné pour conduire la restructuration de la dette de certaines multinationales comme Nestlé et Phillips, dont les créances, évaluées à plusieurs milliards de Francs CFA, la monnaie locale, sont en souffrance dans ce pays d’Afrique centrale.
Parallèlement, Paul Biya, le président du cru, le nomme, par décret, président du Comité de pilotage et de suivi des projets routiers (COPISUR). Sa mission ? Trouver des partenaires internationaux, capable de mettre sur la table les quelques 332 milliards de Francs CFA qui manque à l’Etat, pour financer ce projet ambitieux dédié au désenclavement des trois provinces du sud du pays. La tâche est d’autant plus ardue que le Cameroun, mauvais payeur, a perdu toute crédibilité, auprès des bailleurs de fonds internationaux.
Cependant, le jeune expert financier s’y lance avec passion. Ses efforts sont en train d’aboutir avec l’engagement à ses côtés des entreprises comme Pecten, la Banque BNP, La Lyonnaise des eaux. C’est alors qu’un événement imprévu se produit au Cameroun. Début 1997, un proche du président Biya du nom de Titus Edzoa, qui a été à la fois ministre, médecin personnel et confident du chef d’Etat démissionne avec fracas et annonce qu’il se présentera à la présidentielle contre lui. Des rumeurs démenties longtemps après présentent Michel Thierry Atangana comme celui qui sera son directeur de campagne. Les deux hommes se sont connus lorsque, Secrétaire général de la présidence, Titus Edzoa était l’interlocuteur du gouvernement camerounais auprès du COPISUR que dirigeait Michel Thierry Atangana.
Paul Biya décide de sévir contre son ministre devenu opposant et commence par frapper autour de lui. Michel Thierry Atangana est arrêté en mai 1997 et placé pendant 52 jours en garde à vue. Dans un premier temps, on l’accuse de grand banditisme. Puis cette infraction, jugée grossière, est requalifiée en détournement de deniers publics. Titus Edzoa est arrêté à son tour. Au terme d’un procès expéditif et sans la présence de leurs avocats, les deux hommes sont nuitamment condamnés à 15 ans de prison.
En 2008, défiant les ordres de sa chancellerie, un magistrat courageux prononce un non-lieu total en faveur de Michel Thierry Atangana. L’Etat fait appel et réussit à infirmer cette décision historique.
Le gouvernement entame alors un nouveau procès, exactement pour les mêmes faits. Les deux accusés suivront péniblement cette deuxième procédure, fait d’audiences perlées, espacées de plusieurs semaines, qui durera trois ans. Entre-temps, la Commission nationale anti-corruption (CONAC), un organisme mis en place par Paul Biya pour traquer les détourneurs de fonds publics constate que Michel Thierry Atangana n’est coupable d’aucune maladresse financière. Rien n’y fait. La justice camerounaise poursuit son cours, et s’arrange pour que son jugement coïncide avec la fin de la première peine prononcée 15 ans plus tôt. En 2012, Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa écopent d’une nouvelle condamnation à 20 ans de prison augmentée de 5 ans de contrainte par corps. Selon les observateurs, ce jugement vient clôturer une énorme parodie de justice au cours de laquelle les magistrats en mission commandée, auront malmené les principes les plus élémentaires de la procédure pénale. On raconte que le ministre camerounais de la Justice, Laurent Esso, pilote à distance le procès. Certains juges sont exclus de la collégialité à la fin des débats et remplacés par des collègues plus conciliants, en dépit d’une interdiction formelle de la loi camerounaise. D’autres subissent des menaces de mort. Tentant de lire un verdict qui lui a été dictée sous la contrainte, un magistrat étouffe et subi une extinction de voix. Des mallettes bourrées de billets circulent. Elles ont pour effet de fluidifier les rapports entre les juges et leur ministère de tutelle. Mi-octobre 2013, la peine est rendue définitive par la Cour suprême du Cameroun, qui, au terme d’une audience éclair, rejette, le pourvoi en cassation de M. Atangana.