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République Du Congo : le jeune Kabila a-t-il franchi le Rubicon ?

[REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO] Jules César l’avait fait, en lançant son fameux «Alea jacta est», c’est-à-dire les «dés sont jetés». Ou la «ligne rouge est franchie». Il l’a fait contre son rival au pouvoir, Pompée. Kabila l’a fait à sa manière, jeudi 19 juillet, devant les deux chambres du Parlement réunies, à Kinshasa. Contre son rival, le peuple. Mais en usant d’une telle sournoiserie que son «intention de continuer à usurper le pouvoir» ne pouvait être lue qu’entre les lignes. Quoi qu’il en soit, il n’a pas moins franchi le Rubicon.

Parjure ou tactique pour rester au pouvoir en Mauritanie

[TRIBUNE LIBRE] Le deuxième mandat du Président général putschiste est marqué par des réformes importantes comme la suppression de la Chambre Haute, la révision de la Constitution qui a renforcé l’image de la Mauritanie au niveau internationale, l’organisation d’un sommet de la ligue arabe, l’organisation du sommet de l’Union Africaine, la visite du président français Emmanuel Macron qui met en valeur l’importance de la Mauritanie dans la lutte contre le terrorisme dans la zone du Sahel qui solidifie encore plus le pouvoir militaire.

Le football n’est jamais juste du football

Le chroniqueur du Financial Times, Simon Kuper, a publié un livre qui s’appelle “Football against Enemy” (Le Foot contre l’Ennemi) en 1994. La traduction turque de ce livre est “Futbol Asla Futbol Değildir” traduit par “Le football n’est jamais juste du football”. Dans ce livre Kuper regroupe vingt-deux histoires dans vingt-deux pays différents pour comprendre l’effet politique et culturel du foot dans le monde entier.

Le 3 Mai 2018 à Istanbul, l’une des plus grandes équipes de la Turquie, le Fenerbahçe a assuré la pérennité de cette phrase : le football n’est jamais juste du football. Plus de 20.000 supporteurs de Fenerbahçe (les membres des socios) ont voté pour choisir leur président. D’un côté, il y avait Aziz Yıldırım, président du Fenerbahçe depuis 20 ans. De l’autre, Ali Koç, le us jeune fils de la famille le plus riche de toute la Turquie.

Ali Koç a gagné le poste de président du club de Fenerbahçe : 16.920 votes contre 4.644 pour Aziz Yıldırım.

Ce résultat est devenu un “TT” (trend topic) sur le réseau social twitter. En particulier, les jeunes supporteurs, qu’ils soient pour le club de football du Fenerbahçe ou ceux de Galatasaray, ou bien encore du Beşiktaş, ces jeunes ont fêté le résultat comme étant un symbole de “la nouveauté” et “du changement”. Ceci a confirmé la phrase : “le football n’est jamais juste du football“.

C’est ton tour Ince !

Dans plusieurs tweets, les fans de football ont mentionné les prochaines élections générales et présidentielles qui vont avoir lieu le 24 juin 2018. Ils espèrent que comme les supporteurs du Fenerbahçe qui ont changé de président alors qu’il était qualifié comme étant “unchangeable” depuis 20 ans, la Turquie peut aussi changer de président de la république Recep Tayyip Erdogan, alors qu’il est à la tête du pays depuis 15 ans.

Dans beaucoup de tweets, les opposants d’Erdogan ont mentionné l’un de ses plus importants adversaires politiques, Muharrem Ince, Ce candidat de parti opposant – CHP – interprété par :  « C’est ton tour Ince ! »

Des réussites vers la chute: Yıldırım

Pendant deux décennies, Aziz Yıldırım est devenu le meilleur président du Fenerbahçe selon les statistiques. Entre autres succès, l’ère Yıldırım a conquis 6 titres du championnat turc de football et 5 coupes nationales. Il faut ajouter la coupe d’Europe de basketball et plus de 35 trophées avec les équipes de basket féminin et de volley-ball homme et femme confondus.

Alors après avoir autant réussit, comment Yıldırım est-il devenu si peu populaire parmi les supporters ? Yıldırım s’est noyé dans ses succès ; Il est devenu un “homme seul“. Yıldırım a viré des entraineurs comme Zico ou Ersun Yanal qui venait juste d’être sacré champion. L’ancien président de Fenerbahce a aussi viré l’une des légendes de Fenerbahçe, Alex Desouza, alors qu’il était encore prêt à rendre de précieux services au club Istanbouliote.

Pire, ses excès l’ont poussé à décider qui va jouer dans l’équipe et qui ne va pas jouer. Il est aussi connu pour avoir envahi la chambre des joueurs quand il n’est pas content des résultats. Sa relation avec les médias n’a pas non plus été brillante. Il est connu pour sa attitude agressive et imprudente par rapport au média. Il est donc devenu un symbole des dérives autoritaires de la Turquie.

Une année en prison

L’apothéose a surement été le scandale de fourberie en 2011. Il est resté en prison pendant un an. Fenerbahçe fut disqualifié de tous les tournois européens  – UEFA – pendant deux ans.

Depuis, Yıldırım tente de créer un contre-procès. Il accuse le mouvement Gülen d’être à l’origine d’un complot contre lui et Fenerbahçe. Le procès continue. Quelques journalistes sont aussi accusés d’avoir accentué ce procès. Sa théorie est simple : Yıldırım soutient que le mouvement Gulen a essayé d’envahir Fenerbahçe. C’est pour cette raison qu’il a été envoyé en prison.

Mais jusqu’à maintenant, Yıldırım avait toujours été réélu à la tête du club turque. Même son ancien adversaire à l’élection de 2013, Mehmet Ali Aydınlar, avait subi des accusations comme quoi il était lié au mouvement Gulen. Mais en 2014, selon les enregistrements du son confidentiel qui a été diffusé sur Youtube, on a appris que c’est Erdogan qui supportait Aydınlar en 2013 et non pas le mouvement Gulen.

Après une guerre entre les deux candidats Aydınlar et Yıldırım qui continua toute l’année 2013, ils finirent par signer un partenariat contre Ali Koç. Et c’est ainsi que l’ancien candidat malheureux Aydınlar, qui est le big boss d’une chaine d’hôpital privé, devient grâce à cette filiale le sponsor de Fenerbahçe.

Un partenaire étrange: Erdogan

Cette fois-ci en 2018, Yıldırım avait d’autres partenaires étrangers contre Koç, ami d’Erdogan. Juste avant les élections présidentielles du Fenerbahçe,  Erdogan a déclaré lors d’une interview qu’il est pour une équipe qui a beaucoup d’”expérience” pour diriger le Fenerbahçe.

Cette déclaration d’Erdogan est aussi une raison de la politisation des élections de ce club mythique. D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, les gens associent la défaite d’Yıldırım comme étant aussi celle d’Erdogan. Donc cette élection de Fenerbahçe est devenue une inspiration politique pour les opposants d’Erdogan.

Au lieu de mettre de l’huile sur le feu, Ali Koç, le nouveau président des supporters du Fenerbahçe surnommés les ‘canari’, a déclaré le jour de sa victoire alors qu’il était dans le stade :  «Ce n’est pas important qu’Atatürk soit supporteur ou non de telle ou telle équipe, ce qui est important c’est de suivre le chemin d’Atatürk. »

Maintenant Ali Koç et sa campagne sont devenus un espoir de changer Erdogan le jour des élections présidentielles du 24 Juin 2018. Koç a montré une personnalité opposée à celle de Yıldırım. Il a toujours une vision. Et Koç sait communiquer avec les gens et les médias. Donc il devient un exemple du nouveau leadership qu’on cherche en Turquie. Avec Fenerbahçe, il devient un nouveau symbole d’une partie de la Turquie qui veut un changement dans la vie politique. 

https://twitter.com/fenerinmacivar/status/1003336421959196672

https://twitter.com/SLuleci/status/1003326272959893504

Sécurité au Burundi : tous les signaux sont au rouge

[ Par Diane HAKIZIMANA]

Attaques ciblées à motivation politique, arrestations arbitraires, tortures, etc. A plus de deux semaines de la réélection contestée du président Pierre Nkurunziza, la vie des burundais est quasi rythmée par  des cas de violence et d’insécurité. Des tirs, parfois accompagnés d’explosions de grenades, sont régulièrement entendus à travers Bujumbura,  surtout dans des quartiers dits contestataires du 3e mandat de Pierre Nkurunziza. Le Burundi est « entré dans les prémices de la guerre », selon l’organisation internationale Crisis Group.

Un policier à Bujumbura, la capitale, le 2 août 2015 (Source : france24)

Un policier à Bujumbura, la capitale, le 2 août 2015
(Source : france24)

D’intenses échanges de tirs ont été entendus ce dimanche soir du 9 août 2015 durant près de deux heures dans la capitale Bujumbura, sans qu’il soit possible de les localiser précisément ni d’en connaître l’origine. Les tirs, accompagnés de plusieurs détonations, semblaient avoir cessé peu avant 23 h 30. Selon des témoins, des affrontements ont éclaté entre policiers et « insurgés » dans les quartiers voisins de Jabe et Nyakabiga, dans le nord de la capitale. Aucun bilan n’était disponible. Des tirs, parfois accompagnés d’explosions de grenades, sont souvent entendus dans la capitale burundaise ces derniers jours,  mais rarement aussi intenses et longs que ceux de dimanche soir, selon toujours les témoignages des habitants de Bujumbura. Les faits récents mettent également en exergue les quatre personnes tuées durant la nuit du 6 au 7 août dernier dans deux quartiers contestataires de Bujumbura. Les corps de deux hommes non identifiés ont été découverts à Buterere, les mains liées derrière le dos et portant des traces de torture ; et deux autres personnes ont été tuées lors d’un affrontement avec une patrouille mixte police/armée, cible d’une attaque à la grenade dans la soirée à Cibitoke, a indiqué le porte-parole de la police burundaise, Pierre Nkurikiye.

Les cas de mauvais traitements et de tortures sont aussi signalés. L’ONG Human Rights Watch met en lumière des dizaines de cas de détentions arbitraires et de mauvais traitements au Burundi. Dans son rapport publié ce jeudi, Human Rights Watch parle de quelques 150 cas, avec des actes de torture, le plus souvent le fait de policiers et d’Imbonerakure, les jeunes du parti au pouvoir.  Les deux attaques perpétrées presque simultanément à l’encontre de deux personnalités burundaises ; le lieutenant général Adolphe Nshimirimana d’une part, considéré comme le bras droit du président Pierre Nkurunziza et l’un des principaux maîtres d’œuvre de la répression des manifestations de ces derniers mois, mais aussi comme l’un des artisans de l’échec de la tentative de coup d’Etat avortée de mai dernier, et Pierre Claver Mbonimpa d’autre part, vu comme doyen dans le domaine de la défense des droits humains au Burundi et qui s’est farouchement opposé au 3e mandat de Nkurunziza ; auraient-elles contribué à agrandir le fossé  entre les pro et les anti 3e mandat de Nkurunziza ?

Est-ce une dent pour dent… ?

La première attaque s’est déroulée le dimanche 2 août en fin de matinée. Selon des témoins, le général Adolphe Nshimirimana se trouvait dans sa voiture avec ses gardes du corps lorsqu’il été touché par deux tirs de roquettes avant d’être visé à l’arme automatique. Des témoins disent avoir vu sa voiture criblée de balles. Willy Nyamitwe, le conseiller en communication de la présidence a rapidement confirmé le décès en ces termes : « J’ai perdu un frère, un compagnon de lutte ». Adolphe Nshimirimana était surtout connu pour avoir dirigé pendant dix ans le Service national de renseignement, également appelé la Documentation. Il avait été écarté de ce poste en novembre 2014, mais en réalité, il avait conservé toute son influence. Il avait la main sur l’appareil de sécurité, agissant dans l’ombre. Sa mort est intervenue une semaine après la proclamation de la victoire de Pierre Nkurunziza à l’élection présidentielle controversée. Avec l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, « c’est le pouvoir burundais qui a été touché en plein cœur ». Willy Nyamitwe, conseiller en charge de la communication à la présidence, l’a affirmé, lundi 3 août, à Jeune Afrique.

Le président Pierre Nkurunziza réelu. (Source: lexpress.fr)

Le président Pierre Nkurunziza réelu.
(Source: lexpress.fr)

La deuxième attaque est survenu le lendemain, c’est-à-dire le 3 août vers 17 h 30. Figure de la société civile burundaise et président de l’Association pour la Protection des Prisonniers et des Droits Humains (APRODH), Pierre-Claver Mbonimpa  a été touché par balles au niveau du visage. Alors qu’il rentrait chez lui, un motard s’est approché de sa voiture. Il lui a tiré dessus et il a été atteint à la joue et au cou. Mbonimpa a eu plus de chance que Ndayishimiye car, malgré de grandes blessures, son état de santé s’est amélioré depuis. Et malgré aussi qu’il était poursuivi devant la justice burundaise pour avoir affirmé que des Imbonerakure – les membres de la Ligue de jeunesse du parti au pouvoir CNDD-FDD – recevaient une formation paramilitaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) voisine, Mbonimpa, prix Henri Dunant en 2011 pour son engagement en faveur des droits de l’Homme, a pu être évacué ce 9 août en Belgique pour y être soigné, avec l’autorisation de la justice burundaise. La tentative d’assassinat de Mbonimpa a été toutefois interprétée comme une réponse au meurtre la veille du général Adolphe Nshimirimana. D’après Pacifique Nininahazwe, une autre figure de la société civile burundaise, cette attaque contre Pierre-Claver Mbonimpa était « prévisible après l’assassinat de l’ancien chef du renseignement, le général Adolphe ». Ce dernier a par ailleurs été accusé par M. Mbonimpa d’être impliqué dans des exécutions extrajudiciaires survenues au Burundi depuis les anciennes élections de 2010. Avec cette série d’attaques ciblées et de violence, la communauté internationale redoute que le pays sombre dans une spirale de la violence. L’Union Européenne appelle à la reprise urgente du dialogue politique : « Pour nous, la priorité pour l’instant c’est vraiment la reprise du dialogue et l’arrêt de la violence…». L’envoyé spécial des Etats-Unis pour la région des Grands Lacs, Thomas Perriello, va dans ce sens et souligne l’urgence pour les acteurs de la crise burundaise de renouer le dialogue.