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Burundi. Violation des libertés politiques : Agathon Rwasa, victime de sa « popularité » ?

[Par Elyse NGBABIRE]

Le président du parti FNL et premier vice-président de l’Assemblée Nationale s’est vu refuser la rencontre avec la population dans les provinces de Gitega, Cibitoke et Karusi. Pour Aimé Magera, porte-parole de M. Rwasa, il s’agit ni plus ni moins que de l’intolérance politique envers ce « grand » opposant.

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Burundi, 13 mai 2015 : Ce fameux « coup d’État » et cette folie destructrice des médias

[Par Elyse NGABIRE]

Il y a une année jour pour jour quand les ennemis de la liberté de la presse ont commis l’irréparable : la destruction de quatre radios et de deux chaînes de télévision. À l’origine, une tentative de coup d’État dont les professionnels des médias burundais ne sont pas responsables.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

Il était aux environs de 13h15 du mercredi, 13 mai 2015 quand la voix du général Godefroid Niyombare a retenti dans l’édition du journal de 13h sur certains médias privés. Il annonçait la prise du pouvoir et le « rétablissement» de l’ordre institutionnel, social, etc. Depuis peu menacé par la troisième candidature du président Nkurunziza, contrairement à la lettre et à l’esprit de l’Accord d’Arusha et de la Constitution.

La journée du 13 mai a été une journée spéciale et inoubliable dans l’histoire du pays en général et de la capitale Bujumbura en particulier. Alors que la police avait jusque-là résisté à la volonté des manifestants de poursuivre leur mouvement en ville, les femmes y arrivent tout de même. À partir de l’ancien Odéon Palace, elles atteignent la place de l’indépendance et toute une foule de manifestants venus de toute part de la capitale les y rejoignent.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

Dans un laps de temps, des blindés à bord desquels des militaires et des manifestants avaient choyé toute la capitale. Le premier geste du général Niyombare sera la réouverture de la Radio Publique Africaine, qui avait été fermée quelques jours auparavant pour avoir diffusé l’enquête sur le triple assassinat des sœurs italiennes : Olga, Bernadette et Lucia, tuées atrocement en septembre 2014 à leur domicile, à la paroisse Guido Maria Comforti, dans la commune urbaine de Kamenge.

Les deux funestes jours des médias indépendants

Aux environs de 17h30, dans la foulée de la tentative de coup d’État. Des manifestants enragés, accompagnés par des mutins s’accaparent de la station de radiotélévision Rema Fm, accusée de pro-Cndd-Fdd, parti au pouvoir au Burundi.

Et la revanche n’a pas tardé. À l’aube du 14 mai, c’était le tour de quatre stations de radio et une chaîne de télévision à savoir Bonesha Fm, Isanganiro, RPA et la radiotélévision Renaissance. Elles sont d’abord attaquées, puis incendiées et enfin saccagées par des hommes en uniformes policières. Leur tort : avoir couvert les manifestations contre la troisième candidature de Pierre Nkurunziza et diffusé le discours des « insurgés ». Mais l’on sait déjà que le pouvoir de Bujumbura ne portait pas dans son cœur les médias privés. En témoignent l’amendement de la loi sur la presse, jugée par les professionnels de liberticide et de l’emprisonnement en cascade de plusieurs journalistes travaillant pour ces médias indépendants.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

La liberté d’expression menacée

A la suite de cette triste réalité, la plupart des journalistes se sont exilés au Rwanda, en Europe et ailleurs. Seul, le Groupe de presse Iwacu continue à travailler. Antoine Kaburahe, son directeur, également en exil, craint un blackout total sur le Burundi compte tenu des conditions de travail dans lesquelles les journalistes restés au pays exercent. Il appelle la Communauté internationale à être plus vigilante sur la question de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.

Et le classement 2016 de Reporters Sans Frontières est plus éloquent. Le Burundi, ancien modèle en Afrique et dans le monde, a reculé de 11 places : soit 156ème sur 180 pays sur lesquels l’enquête de RSF a porté.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

« La liberté de la presse est sacrée parce qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans liberté et il ne peut pas y avoir une liberté sans presse indépendante », a rappelé Jean-Marc Ayrault, ministre français des affaires étrangères et du développement international, lors de sa visite, le 4 mai, à la Maison des Journalistes.

Selon lui, la liberté de la presse et les droits de l’homme ne peuvent et ne doivent jamais être considérés comme une contrainte. Ils constituent une arme contre l’obscurantisme et la folie barbare : « Ces droits doivent s’exercer chaque jour. »

Au nom de tous les journalistes exilés en France, nous souhaitons bon courage à nos confrères en exil et au pays. Gardez toujours à l’esprit cette phrase de Jean-Marc Ayrault : « Être journaliste aujourd’hui, est plus qu’un métier. C’est un combat et une responsabilité pour la liberté d’expression. »

 

Journée de la liberté de la presse : quatre grands journalistes primés

[Par Elyse NGABIRE]

Le 2 mai, à la veille de cette commémoration, Reporters sans frontières s’est associé à la Mairie de Paris pour décorer quatre professionnels des médias pour leur courage, leur combat dans la promotion de la liberté d’expression et celle de la presse.

©Elyse Ngabire

©Elyse Ngabire

18h30, au Théâtre du Rond-Point, 8ème Arrondissement de Paris. Reporters Sans Frontières et la Mairie de Paris avaient convié les professionnels des médias et leurs amis.

« Les combats du journalisme », c’est le thème qui a été retenu cette année. Et la raison est simple. Selon Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières, cette dernière décennie, la liberté de la presse a régressé de façon très déplorable partout dans le monde. Des journalistes sont menacés, arrêtés, torturés, emprisonnés ou tués en Afghanistan, Iran, Erythrée, Burundi, Turquie, etc. Les chiffres sont alarmants : RSF a recensé plus de 800 journalistes assassinés durant la dernière décennie. Pourtant, regrette-t-il, les Nations Unies sont au courant de cette situation catastrophique et de bonnes résolutions en faveur de la protection des journalistes sont adoptées par différents organes de l’ONU.

Le problème, raconte M. Deloire, c’est qu’elles ne sont jamais mises en application malgré l’alerte lancé par le secrétaire général des Nations Unies lui-même : « Dans son rapport, Ban Ki Moon a reconnu que le système de protection des journalistes est un échec. »

Malgré cette absence de détermination de la part des organisations onusiennes à s’investir, RSF ne lâche pas : « Nous allons nous impliquer pour que ce droit international soit appliqué et que tous les Etats soient mis devant leur responsabilité fixée. »

Même son de cloche chez Michaëlle Jean, secrétaire général de la Francophonie : « Il n’est pas normal que les organes de l’ONU attendent que RSF et d’autres associations de défense des droits des journalistes le réclament. »

Pour elle, il est temps de faire pression sur les chefs d’Etats et de gouvernements : « L’Organisation Internationale de la Francophonie est à vos côtés. »

©Elyse Ngabire

©Elyse Ngabire

La détermination face à la démission

Malgré le désengagement ou la démission des institutions onusiennes pour protéger les journalistes, ces derniers restent engagés et déterminés. En témoigne la dernière enquête sur les évasions fiscales, l’une des plus belles histoires du journalisme d’investigation : le Panama Papers.

Quatre journalistes chevronnés d’investigation, dont l’ex-présentatrice vedette de France 2, Elise Lucet, étaient invités. Et c’est sur leurs témoignages que la soirée a été ouverte.

Sans toutefois révéler leurs secrets professionnels, ils ont partagé avec le public leur expérience pour aboutir à cette triste réalité qui a sidéré le monde entier.  Ils sont regroupés au sein de l’International Consortium of Investigating Journalism, une organisation créée en 1997 et dont le siège se trouve à Washington Dc. Cette rédaction virtuelle comprend 180 journalistes répartis sur 150 pays.

« Aucun des grands défis qui hantent l’humanité notamment la corruption, l’extrême violence, etc. ne sera résolu sans les journalistes », fait remarquer le secrétaire général de RSF.

Le grand moment

Il est 19 h 45min quand le grand moment arrive : l’hommage officiel aux héros de la liberté d’expression et de la presse.

Quatre journalistes, du moins pour ceux qui sont présents, montent un à un sur la scène.

Nargues Mohammadi, iranienne, condamnée à six ans de prison pour avoir livré des informations à la presse étrangère, son mari l’a représentée.

Antoine Kaburahe,  qui vit en Belgique depuis qu’il a été accusé  d’être impliqué dans l’affaire du coup d’Etat du 13 mai 2015.

Lotfullah Najafizada, directeur de Tolo News, une chaîne afghane. Il a été retenu pour avoir dénoncé le viol des enfants par des rebelles talibans. Le 20 janvier 2016, sa chaîne est  visée par un attentat perpétré contre un bus qui transportait le personnel. Bilan : six journalistes et leur chauffeur tués et plusieurs blessés.

La médaille a été aussi décernée à Can Dundar, rédacteur en chef de Cumhuriyet, un journal turc très influent. M.Dündar a été choisi pour avoir dénoncé le soutien de la Syrie envers les rebelles islamistes et la collaboration de l’Union européenne avec Recep Tayyip Erdogan contrairement aux valeurs démocratiques. Emprisonné, il n’a pas pu se présenter à la remise des médailles. Sa femme l’a représenté.

Les médailles de protection et de citoyenneté d’honneur

Pour Patrick Klugman, adjoint du maire en charge des relations internationales et à la Francophonie, il est regrettable que Paris soit presque la seule ville européenne à se doter d’une structure comme La Maison Des Journalistes (MDJ) qui accueille des professionnels des médias exilés.

Citant Victor Hugo, M. Klugman estime que le genre humain a le droit sur Paris : « Au-delà des quatre lauréats qui portent la médaille de Paris, tous ceux qui exercent ce métier et courent un danger doivent pouvoir trouver soutien et refuge à Paris. » Et d’annoncer que bientôt 20 logements seront disponibles pour permettre à la MDJ d’accueillir des journalistes.

D’après Anne Hidalgo, maire de Paris qui avait rehaussé de sa présence à cette soirée, ces médailles font des quatre lauréats des citoyens d’honneur de Paris. Espérons que les médias du monde, comme la ville, ne sombreront pas.

On peut lire sur ces médailles la devise de la ville de Paris : « FLUCTUAT NEC MERGITUR » qui se traduit : « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas. »

 

Festival International du Film des Droits de l’Homme : « Une caisse de résonnance de la dignité humaine »

[Par Elyse NGABIRE]

14ème édition du Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH) –
Interview exclusive avec Laurent Duarte, secrétaire général du FIFDH.

Ce 5 avril, le FIFDH lançait sa 14 ème édition au cinéma Luminor-Hôtel de Ville sis au 20, rue du Temple, Paris, 4ème arrondissement. Le festival ira jusqu’au 19 avril. Et pour commencer en beauté, le film ‘les 18 fugitives’ a ouvert la série des 32 autres qui seront projetés. L’évènement a vu la participation et le soutien de plusieurs personnalités dont Hélène Bidard, adjoint à la Mairie, en charge de l’égalité femmes/hommes, la lutte contre les discriminations  et les droits de l’homme.

 

Affiche du Festival International du Film des Droits de l'Homme (FIFDH)

Affiche du Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH)

 

D’où est venue l’idée de ce festival ?

Il y a 15 ans, François Mercier, fondateur du festival, a pensé à ce projet. A l’époque et même aujourd’hui, il était très attaché à la question des droits de l’homme. Son objectif était de sensibiliser les gens aux droits humains à travers un festival ou un moment de rencontres, et ce à travers la création d’une télévision pour traiter ces questions en faisant passer des documentaires et des débats.

Laurent Duarte © Elyse NGABIRE

Laurent Duarte © Elyse NGABIRE

C’est un festival qui existe depuis 14 ans. Il a pour but de promouvoir un cinéma engagé d’auteurs et permet d’éclairer sur des sujets en rapport avec les droits humains dans une acceptation plus large. On englobe les droits humains mais également des droits sociaux, environnementaux et économiques.

Pourquoi  votre choix porte-t-il  sur les droits de l’homme et à travers le cinéma?

Parce que avec les fondateurs et associations qui nous soutiennent, nous estimons que le cinéma est un vecteur pour sensibiliser, pour créer une société plus inclusive et égalitaire. C’est un outil de prédilection  pour nourrir le débat non seulement pour les gens avertis mais également pour un public le plus large possible.

Qui sont les intervenants?

Des associatifs, des membres d’associations, des chercheurs, des responsables politiques, des spécialistes des droits humains. Quant au public, il est plus large : des étudiants qui font leurs recherches, personnes associatives, des jeunes, etc.

14 ans après, quel bilan faites-vous de ce festival ?

Ce qui est marquant, c’est que la question des droits humains s’est posée de façon très forte ici en France à travers différents canaux institutionnels, politiques ou extérieurs. C’est quelque chose de nouveau. Généralement, on a tendance à traiter les droits humains comme quelque chose qui est éloigné de nous à part par exemple la question migratoire qui revient régulièrement  et qui a impliqué la France.

Cette année, nous sommes confrontés à différents terrains : politiques, juridiques, etc. Malheureusement, cette année nous avons eu beaucoup de travail avec la crise des migrants notamment la guerre en Syrie, au Soudan, des élections en Afrique, etc.

 Pourquoi avez-vous choisi de lancer cette 14ème édition avec le film ‘ Les 18 fugitives’?

L’originalité du sujet a été le premier critère. Nous avons cherché  des films qui se démarquent, qui ont un parti pris. Le film ‘Les 18 fugitives’ traite de l’Intifada en Palestine. L’angle est très original. Il est capable de parler au plus grand nombre.

Hélène Bidard © Elyse NGABIRE

Hélène Bidard © Elyse NGABIRE

Grâce à l’histoire de 18 vaches achetées par des pacifistes en vue de produire leur propre lait, celles-ci se sont retrouvées dans l’effervescence politique et militaire comme une menace à la sécurité de l’Etat israélien.

C’est une histoire un peu rocambolesque. Comment les vaches peuvent devenir des menaces à l’Etat israélien ? On crée finalement des rapports entre pacifistes et  non pacifistes en Palestine, rapports entre militants palestiniens et israéliens, etc. Et dans le film, il y a un mélange de formats : c’est un documentaire avec des interviews des gens qui ont participé à ce mouvement, des reconstitutions et il a travaillé en animation. Tout cela fait qu’il soit un film très original. C’est un film drôle et  c’est rare de trouver ce genre de sujet.

Qu’attendez-vous à la fin de ce festival ?

Toute l’équipe du FIFDH espère que cette 14ème édition jouera, le mieux possible, le rôle qui est le sien : être une caisse de résonnance pour les acteurs engagés en faveur du respect de la dignité humaine.

En outre, comme dans tout évènement de ce genre, nous nous attendons à la participation maximale de personnes. Nous souhaitons qu’elles repartent  satisfaites, avec l’envie de s’instruire, de continuer à travailler sur ce sujet et qu’elles entrent en contact avec des associations présentes. Notre but, c’est de créer un forum où chacun se sente à l’aise de discuter, de prendre la parole mais aussi de changer les choses. L’idée du festival des droits de l’homme c’est que ceux-ci soient respectés et promus.


Histoires sans fin de Tchétchénie à la Maison des journalistes

[Par Elyse NGABIRE]

La Maison des journalistes a eu l’honneur d’accueillir ce jeudi, 31 mars, l’exposition Histoires sans fin présentée par l’organisation People In Need, un centre tchèque pour les Droits de l’homme et la Démocratie. Douze visages emblématiques de la violence et de l’impunité du régime tchétchène ont été présentés au public.

(Source : Louis Royer)

(Source : Louis Royer)

Natalia Estemirova, Zarema Gaysanova, Abdul-Yezit Askhabov, Said-Saleh Ibragimov, Suleiman Edigov, Umar Islailov, Ruslan Kutayev, Omar Valibagandov, Ramazan Umarov, Sapiyat Magomedova, Magomed Yevloyev et Abubakar Tsechoev. Tels sont les douze visages, parmi toute une multitude de citoyens tchétchènes, victimes de la violence, torture, enlèvement, disparition, assassinats.

Ce qui se passe dans cette partie de la Caucase Nord inquiète. Pourtant, le monde en parle peu ou presque pas. En France par exemple, explique Olga Belskaya, représentante de People In Need, c’est une première.

IMG_1456Heureuse d’accueillir cette exposition, Darline Cothière, directrice de la Maison des journalistes indique que cet évènement fait écho à l’histoire des journalistes que la structure, unique au monde, accueille : des journalistes exilés qui ont dû quitter leurs pays, victimes de la violence, de la répression dans leurs pays.

Mme Cothière se réjouit que la plupart des journalistes que la maison héberge aient pu échapper à leurs bourreaux. Et d’annoncer au public que cette exposition est un début de partenariat entre l’organisation People In Need et la Maison des journalistes.

« Je suis très heureuse d’ouvrir cette exposition. – a dit  Olga Belskaya – En France, c’est pour la première fois. Cette exposition a été réalisée par l’organisation People In Need avec la collaboration des collègues du Centre mémorial russe avec le soutien financier de l’Union Européenne.»

Selon Olga Belskaya, « aucune autre région du continent européen n’a autant souffert au cours des 20 dernières années que le Caucase du Nord : deux guerres dévastatrices, le terrorisme, la violence, l’injustice, sont à ce jour omniprésents.»

People In Need, fait-elle savoir, a été la première organisation à apporter de l’aide humanitaire en Tchétchénie depuis la première guerre : « Durant plusieurs années, notre organisation était basée en Tchétchénie et était très active dans le soutien des personnes. » Toutefois, en 2005, People In Need est chassée de la Tchétchénie. Et dès lors, elle travaille avec des journalistes et des organisations de défenses des droits de l’homme locaux : « Dans un pays secoué par la violence, l’impunité, la recherche de la vérité et de la justice s’impose. »

Elle regrette néanmoins qu’elle n’ait pas pu faire venir quelqu’un de Tchétchénie pour témoigner comme prévu initialement : « Ces derniers jours, les conditions sécuritaires se sont empirées qu’il est très risquant voire dangereux pour une personne de témoigner en France comme ailleurs sur ce qui se passe là-bas. »

(Source : Mortaza Behboudi)

(Source : Mortaza Behboudi)

Un peuple sans défense face à une violence inouïe

A défaut d’un citoyen tchétchène, People In Need a pensé à Manon Loizeau pour témoigner, puisqu’elle a déjà produit un film sur la Tchétchénie.

Et quelle coïncidence ! Parmi les douze personnalités faisant l’objet de l’exposition, celui de Ruslan Kutayev, un des héros de son film documentaire. « C’était quelqu’un de très respecté, un ancien ministre, précise Mme Loizeau. »

Pour illustrer le degré de la violence à Tchétchénie, Manon Loizeau raconte l’histoire en quelques mots de son héros et les conditions de son arrestation.« Il a animé une conférence de presse avec une vingtaine de personnes notamment des avocats en la mémoire de la déportation du peuple tchétchène par Staline. Or, le gouvernement ne l’entendait pas de cette oreille : pas de mémoire, pas de commémoration. »

En effet, quelques jours après, Ruslan Kutayev a été arrêté ainsi que des personnes âgées qui y avaient participé. Elles ont été passées à tabac, convoquées. M. Kutayev s’est enfui mais il sera attrapé puis condamné à cinq ans de prison. Deux accusations seront portées contre lui : refus d’obtempérer et mémoire interdite.

Selon Mme Loizeau, des avocats russes plus ou moins indépendants se saisiront de son dossier et le défendront. Et on peut voir dans son film cette partie du procès.

Elle se dit fière du travail accompli par le Comité contre la torture à l’époque de la production de son film : «  Toutes les trois semaines, ces avocats se relayaient. Comme ils sont russes, ils allaient défendre les cas de torture en Tchétchénie et c’était vraiment incroyable. Ce qui n’était pas le cas chez les avocats tchétchènes. »

(Source : Mortaza Behboudi)

(Source : Mortaza Behboudi)

Toutefois, son espoir ne fait que se dissimuler du jour au lendemain. Depuis peu, dit-elle, il s’observe une violence, du jamais vu : il y a six mois, les bureaux du comité contre la torture ont été saccagés, incendiés par une foule chauffée à blanc ; il y a deux semaines, un bus qui conduisait des journalistes et des gens du Comité contre la torture est tombé dans une embuscade d’une vingtaine d’hommes armés de matraque. Selon toujours Mme Loizeau, ces derniers ont fait descendre tout le monde, ils les ont passés à tabac : bras cassés, jambes cassées, etc. Ils ont saccagé le bus et mis à feu. Après, c’est le directeur du Comité contre la torture qui se fera attaqué en pleine rue.

Les tchétchènes, s’insurge-t-elle, restent sans défense : « Il y a une semaine, je me suis entretenue avec quelques personnalités du Comité, ils ne voient pas comment ils vont continuer à travailler. »

Elle assiste aujourd’hui à des gens qui ont plus peur qu’avant les dix ans de guerre. D’après eux, rapporte-t-elle, à l’époque, ils se battaient contre l’armée mais aujourd’hui ils s’entretuent : « Il n’y a rien de pire pour un peuple que de se rentrer dedans. »

Des dénonciations familiales, souligne Mme Loizeau, occasionnent la terreur. De l’extérieur de la ville, avertit-elle, l’on se croirait à Dubai et les gens se promènent en souriant. Pourtant, ils n’osent pas aborder les vrais problèmes politiques. Et de s’étonner que le monde ne prête pas attention à cette situation pourtant catastrophique.

(Source : Denis Perrin)

(Source : Denis Perrin)

L’autre témoignage sera d’Olga Kravets, journaliste, réalisatrice et photographe indépendante. Elle a travaillé pendant 11 ans sur la Tchétchénie également et en 2014, elle a sorti un documentaire qui s’intitule « Grozny : Nine cities », disponible sur Polka.

L’exposition Histoires sans fin est ouvert au public jusqu’au 29 avril 2016, du lundi au vendredi, de 10h à 13h et de 14 à 18h, à la Maison des journalistes,  35 rue Cauchy, 75015 Paris.

 

 

Burundi et Droits de l’homme : va-t-on enfin mettre des noms sur les visages?

[Par Elyse NGABIRE]

Les Nations Unies et l’Union Africaine se disent déterminées à sévir ceux, qui d’une manière ou d’une autre, ont contribué à la violation des droits humains depuis avril dernier. Toutefois, l’Eglise catholique et le parti Fnl craignent que des enquêtes neutres ne traînent, entraînant le pourrissement de la situation.

Mgr Gervais Banshimiyubusa : « Il n’y a pas de fumée sans feu. »

Mgr Gervais Banshimiyubusa : « Il n’y a pas de fumée sans feu. »

« L’avenir du Burundi dépendra de la façon dont ce dernier se comportera face au respect des droits de l’homme», ont laissé entendre Maya Sahli -Fadel, Pablo de Greiff et Christophe Heyns, experts onusiens pour les droits de l’homme, au terme de leur mission au Burundi, ce 8 mars.

Diplomatie oblige. A défaut de dire que la situation est catastrophique, ils ont déclaré tout simplement à la presse que leur travail n’est pas terminé. Il y a un hic.

Contrairement à la délégation de cinq présidents et chefs de gouvernement conduite par Jacob Zuma, président Sud- africain qui a semblé légitimer Pierre Nkurunziza, selon une opinion, ces trois experts sont directs et annoncent le déploiement imminent d’une équipe d’observateurs des droits de l’homme. Le mois de Septembre est la deadline qu’ils se sont fixés pour rendre leur rapport au Conseil des Nations unies en charge des questions des droits de l’homme à Genève.

L’Eglise catholique, qui depuis un certain moment était sous réserve, sort enfin de son silence. Dans son communiqué du 7 mars, Mgr Gervais Banshimiyubusa, président de la Conférence des évêques du Burundi est direct : « Il n’y a pas de fumée sans feu. Même si le pouvoir fait tout pour convaincre l’opinion tant nationale qu’internationale que tout va bien,  le climat politique n’augure rien de bon. On sent une tension au sein de la classe politique. »

L’Eglise va plus loin en évoquant les relations entre les autorités burundaises et ses partenaires classiques financiers qui ne sont pas également au beau fixe : « Cette situation n’a que pour conséquence l’accroissement de la misère et de la pauvreté d’un peuple déjà meurtri. » Et de se demander si cette option prise par le pouvoir de museler ses citoyens est digne d’un dirigeant politique qui se dit mandaté par la volonté divine. Recourant à la parole biblique, Mgr Banshimiyubusa met en garde : « Ils sont plus redevables, ceux à qui Dieu a donné plus que d’autres. » L’Eglise appelle au dialogue inclusif d’autant plus que le gouvernement s’estime prêt : « Les actes doivent suivre les paroles. »

Le Fnl exhorte des enquêtes neutres

Aimé Magera « Nous faire croire que le Rwanda ou la Belgique ou les Etats Unis ou un autre pays est venu creuser des trous d’une profondeur de dix mètres et y enterrer des dizaines de citoyens à l’insu des forces de l’ordre et de sécurité et Imbonerakure, est inacceptable. »

Aimé Magera « Nous faire croire que le Rwanda ou la Belgique ou les Etats Unis ou un autre pays est venu creuser des trous d’une profondeur de dix mètres et y enterrer des dizaines de citoyens à l’insu des forces de l’ordre et de sécurité et Imbonerakure, est inacceptable. »

« Lorsque le gouvernement bombarde l’opinion de ses communiqués intempestifs, le parti Fnl se demande si leurs signataires savent que les Burundais n’avalent plus n’importe quelles couleuvres », déclare Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa.

L’existence des fosses communes au Burundi, persiste et signe M. Magera, est une réalité : « Parmi les corps sans vie ensevelis dans ces charniers, figurent des centaines de milliers de militants du Fnl, tués depuis que le parti Cndd-Fdd est aux affaires. » Ceux qui s’évertuent, poursuit-il, notamment le tandem tapageur Nyabenda- Ndabirabe, respectivement président et porte-parole du parti présidentiel,  à nier ou à dénaturer cette triste évidence sont à traiter comme de vrais ennemis du peuple : « Nul ne peut oublier les scènes horribles de 2006 où des militants Fnl ont été sauvagement torturés et exposés en plein stade de Bujumbura, sous un soleil de plomb. »

Aimé Magera se souvient de ces vieilles mamans arrêtées, amassées dans les quartiers du nord de Bujumbura et exposées sur place publique pour les humilier davantage avant d’être  jetées en prison ou de finir leur vie ici- bas dans les rivières du pays.

Selon lui, depuis  trente six ans, son parti a été toujours l’avant-garde des combattants de la démocratie et aujourd’hui plus que jamais, il reste fidèle à sa ligne de conduite : celle de défendre les acquis du peuple dont celui d’Arusha qui consacre les mandats présidentiels à deux seulement.

Pour le porte-parole d’Agathon Rwasa, la dernière rencontre avec le Secrétaire Général des Nations Unies est un message clair envers les autorités de Bujumbura et les partis satellites qui se sont vus refuser l’accès aux entretiens avec cette haute personnalité.

Face aux options ouvertement bellicistes de Bujumbura, Aimé Magera leur demande de bien guider au lieu de dérouter les enquêteurs internationaux dans le contexte d’un discours officiel s’inscrivant dans la logique d’accuser l’opposition et de brouiller les pistes en enterrant précipitamment les restes des corps déterrés : « Pour établir les responsabilités individuelles dans ces crimes de sang, impardonnables, non amnistiables, la vérité s’impose . »

Manifestement, s’indigne M. Magera, les ténors du CNDD-FDD en connaissent assez sur ces fosses communes : « Nous faire croire que le Rwanda, ou la Belgique ou les Etats Unis ou un autre pays est venu creuser des trous d’une profondeur de dix mètres et y enterrer des dizaines de citoyens à l’insu des forces de l’ordre, de sécurité et de la milice constituée des jeunes du parti présidentiel ‘ Imbonerakure’ relève de l’inacceptable».

Face à ces accusations, le pouvoir de Bujumbura persiste et signe que le torchon ne brûle pas au Burundi. Pour lui, les « chiens » aboient et la caravane passe.

 

 

Burundi : Recrudescence de l’insécurité, les militants FNL dans l’œil du cyclone

[Par Elyse NGABIRE]

Pas de répit pour les militants FNL fidèles à Agathon Rwasa. Depuis peu, une vague d’arrestations s’opère. Puis, ils sont retrouvés morts. Aimé Magera, porte-parole de M. Rwasa hausse le ton et accuse les jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure.

Bujumbura, 3 février 2016. Au Burundi, le cycle de violences et de répression enclenché il y a neuf mois n'en finit pas. ©

Bujumbura, 3 février 2016. Au Burundi, le cycle de violences et de répression enclenché il y a neuf mois n’en finit pas.
©RFI Afrique

Nshakiye, militant du parti FNL, habitant la colline Bihara, zone Kanyosha dans la commune de Muha (en mairie de Bujumbura) n’est plus. Il a été assassiné dans la nuit de ce mercredi, 17 février. Prosper Ndumbuye, également du même parti, lui, a échappé de justesse à l’attaque opérée contre sa personne le même jour. Grièvement blessé, indique Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa, l’un des grands opposants de Bujumbura, M. Ndumbuye se fait soigné dans un lieu tenu secret : « Nous évitons que ses bourreaux ne viennent l’achever sur son lit d’hôpital comme cela se passe souvent lorsqu’une victime échappe dans ce cas. »

Guillaume Bunyoni, ministre de la sécurité publique

Alain Guillaume Bunyoni, ministre de la sécurité publique

Pour le porte-parole, la mort de M. Nshakiye rappelle ceux des milliers de militants Fnl assassinés depuis la prise du pouvoir par le parti Cndd-Fdd en 2005 : « Décembre 2015, quatre fidèles à
M. Rwasa ont été descendus par des Imbonerakure qui tenaient une barrière accompagnés par la police d’un bus chez Iwabo n’Abantu (café appartenant au défunt général Nshimirimana sur la route Bujumbura Bugarama) et leurs cadavres ont été retrouvés quelques jours en état de décomposition. Or, les hautes autorités de la police ont été bien tenues au courant mais n’ont rien fait pour secourir ces militants.»

Magera pointe du doigt les jeunes du parti au pouvoir. Pour lui, ils se font passer pour des forces de l’ordre et de sécurité et procèdent aux arrestations des militants du Front National de Libération (Fnl), considérés comme leurs véritables challengers. Après, déplore Aimé Magera, ils sont retrouvés morts. Il s’interroge: « Pourquoi ce sont les Imbonerakure qui arrêtent les gens dans les collines et sur les barrières sous la supervision de la police ? Pourquoi certains véhicules de la police ne portent pas de plaques d’immatriculation ?  Où est la quadrilogie (Population-administration-force de l’ordre-justice) tant chantée par Alain Guillaume Bunyoni, ministre de la sécurité publique ? Les Imbonerakure, représentent-ils tout ce monde qui constitue la quadrilogie ? »

Aimé Magera : « La vie est sacrée, nul n’a le droit de l’ôter à autrui. »

Aimé Magera : « La vie est sacrée, nul n’a le droit de l’ôter à autrui. »

Pour rappel, la plupart des jeunes arrêtés, puis tués à Bujumbura, sont ceux que le pouvoir accuse d’avoir participé au mouvement « insurrectionnel » d’avril 2015 contre la troisième candidature de Pierre Nkurunziza, président actuel du Burundi.

Non au, deux poids, deux mesures

« C’est déplorable qu’un pouvoir se prétendant issu du peuple se comporte comme les anciens régimes dictatoriaux. Quand des gens revendiquent leur droit en manifestant pacifiquement, ils ne sont ni terroristes ni insurgés », précise-t-il.

Aimé Magera rappelle au système du Cndd-Fdd qu’à l’époque de la 3ème République du Major Pierre Buyoya, le mouvement Fnl, encore au maquis, l’a contraint à négocier sans succès : « C’est après la mort des milliers de Burundais qu’il a ouvert ses yeux. » Il se demande combien de morts faudra-t-il attendre pour que le Cndd-Fdd comprenne qu’il est grand temps si ce n’est pas tard de négocier ?

Pour Aimé Magera, pourquoi le pouvoir Cndd-Fdd continue à réprimer dans le sang un peuple qui a manifesté pour défendre ses droits, en laissant ses militants se la couler douce dans les rues du pays, en s’insurgeant contre le royaume de la Belgique, les Etats Unis d’Amérique et surtout du pouvoir de le pouvoir de Kigali accusé de s’ingérer dans les affaires du Burundi ?

Après onze ans de gestions chaotiques et d’assassinats ciblés, le pouvoir CNDD-FDD veut montrer son patriotisme et nationalisme ! Nul, poursuit le porte-parole, n’ignore que le Cndd-Fdd, financé depuis le maquis par le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti du Général Paul Kagame, était son allié incontestable, désormais devenu ennemi juré depuis avril dernier : « Nous disons non à ce traitement deux poids, deux mesures. » S’il y a des différends entre le Burundi et le Rwanda, constate-t-il, ce n’est pas par la rue et insultes qu’il faut régler l’affaire : « Le recours diplomatique est le mieux indiqué au lieu de la provocation et diversion. Le problème reste burundais et la question du troisième mandat illégal est le nœud de la crise burundaise.»

Au cours des questions orales à l’Assemblée nationale ce jeudi, 18 février, le ministre de la sécurité publique était invité et Agathon Rwasa n’a pas caché son inquiétude face aux crimes de sang qui continuent à s’observer et surtout l’assassinat de ses fidèles. D’après le ministre de la sécurité publique, ce sont des malfaiteurs portant l’uniforme policier qui commettent ces forfaits.