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Partir ou rester ? Être homosexuel russe… en Russie

«Je ne conseille à personne, si celle-ci a le choix, de partir de son pays» témoigne Yousef, jeune activiste LGBT russe réfugié en France, à la table ronde organisée par IREX Europe au sein des locaux d’OXFAM, et de l’organisation Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM) le 19 novembre 2019 à Paris. Auparavant, ce groupe était venu rendre visite à la Maison des journalistes où un échange a pu avoir lieu entre journalistes exilés et militants de la cause homosexuel.

Pourtant, si certains peuvent «se battre», d’autres n’ont d’autres choix que de quitter leur pays pour des horizons plus tolérants vis-à-vis de leurs orientations sexuelles. C’est le cas de plusieurs activistes membres de la diaspora russe en France, qui ont connu résiliences et traumatismes, aussi bien moraux qu’institutionnels.


« Si on me le demandait, je ne conseille à personne, si celle-ci a le choix, de partir de son pays. »


Outre le défi de quitter son pays d’origine, il y a le défi d’intégrer son pays d’asile. La migration forcée entraîne une véritable souffrance, une isolation à plusieurs niveaux. Les barrières culturelles et linguistiques, mais aussi géographiques vis-à-vis de ses proches restés en Russie, rendent les enjeux d’une telle migration essentiels à prendre en compte.

Que dit la loi russe sur l’homosexualité ?

Si l’homosexualité est légale en Russie depuis 1993, une loi réprimant la «propagande homosexuelle» pour défendre les mineurs est entrée en vigueur en 2013.

Selon une décision de la Cour européenne des droits de l’homme en juin 2017, cette nouvelle loi renforce «la stigmatisation des homosexuels et encouragent l’homophobie, ce qui est incompatible avec les valeurs d’une société démocratique».


« L’homophobie ne cesse de grimper en Russie »


Appuyé par une étude du centre analytique Levada, Mikhail Tumasov représentant élu du Russian LGBT Network et activiste et défenseur des droits de l’Homme, confirme que l’homophobie ne cesse de grimper en Russie.

En 2017, c’est 83% de la population russe qui considère que les relations homosexuelles ou LGBT sont toujours ou presque toujours condamnables.

Depuis 2013, les activistes sur le terrain et présents à la table ronde témoignent qu’en effet, le rejet de la minorité LGBTQI+ et les violences à son encontre sont «plus fréquentes, plus visibles».

«Être un membre de la Communauté LGBTQI+ en Russie, c’est se confronter à des situations violentes, mais aussi paradoxales ou contradictoires.» affirme Mikhail Tumasov.

C’est le principal combat comme l’exprime Yousef.

«Ici, il faut créer ses propres liens, son propre entourage. Pour moi, ma famille, ce sont mes amis français désormais. Ce que je souhaiterais tout de même ajouter: je suis reconnaissant à la France pour cette décision et cela m’a sauvé, le système en France est costaud, je ne critique pas mais c’est mon fait et mon vécu.

Le système en France est assez darwinien. L’attente est longue sans que tes droits soient à 100% garantis. Logement, nourriture, santé. Tout est compliqué. Si tu es jeune et en forme tant mieux. Mais ta survie dépend essentiellement de toi. Si on me le demandait, je ne conseille à personne, si celle-ci a le choix, de partir de son pays.»


«Seul le peuple russe peut faire changer la Russie» conclut Mikhail.


A l’inverse, Temur Kobalia, fondateur de NCO TV Russia et journaliste, rajoute: «Si nous sommes persécutés pour nos articles et certains uniquement pour leur orientation sexuelle mais que l’on décide malgré tout de rester en Russie, ce n’est ni pour nous plaindre, ni pour subir sans rien dire, mais pour témoigner et éclairer nos concitoyens de ce qui se passe véritablement en Russie.»

«Seul le peuple russe peut faire changer la Russie» conclut Mikhail.

Crédit Sarah Villard

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28 juin, la Gay Pride défile à Paris : les photos de Athula Withanage

Photo crédits : Athula WITHANAGE

Photo crédits : Athula WITHANAGE

Une manifestation de protestation contre la discrimination des homosexuels et pour réclamer l’égalité des droits pour eux a eu lieu le 28 Juin dernier à Paris.

La grande foule composée d’organisations de défense des droits des homosexuels, des organisations des droits de l’homme, partis politiques de gauche, des organisations de femmes, des syndicats et des artistes ont participé à la manifestation de protestation.

Malgré la pluie qui tombait, la manifestation a commencé en face du parc du Luxembourg et a défilé jusqu’à la Bastille pour finir à Place de la République quatre heures plus tard.

Photo crédits : Athula WITHANAGE

L’homosexualité est une maladie mentale ou un problème émotionnel ?

Par Lela LASHKHI
Traduit du russe au français par Saida Huseynova

Rainbows_wallpapers_177Les chercheurs scientifiques ne savent pas exactement comment une personne développe une orientation sexuelle particulière. Diverses théories offrent différentes explications quant à cette orientation. Les facteurs génétiques et biologiques dans l’enfance ou au début de l’expérience de la vie peuvent en être la raison. De nombreux scientifiques pensent que l’orientation sexuelle humaine est formée à un âge précoce suite aux facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Les psychologues et les psychiatres pensent que l’homosexualité n’est pas une maladie, un trouble mental ou un problème émotionnel.
Au cours des 35 dernières années, des recherches montrent que l’orientation homosexuelle n’est pas associée à des problèmes émotionnels ou sociaux. L’orientation est l’une des quatre composantes de la sexualité, et elle est aussi un désir émotionnel, sexuelle et romantique pour quelqu’un. Les comportements masculins ou féminins sont soumis à des normes sociales et culturelles.
Trois orientations sexuelles sont généralement reconnues : les homosexuels, qui ont une attirance pour le même sexe, les hétérosexuels — qui ont une attirance pour le sexe opposé, et les bisexuels – qui ont une attirance pour les deux sexes. Les homosexuels sont parfois appelés gays (hommes et femmes) ou lesbiennes (femmes seulement). L’orientation est différente du comportement sexuel car elle renvoie à des sentiments et à l’autodétermination des peuples. Les individus peuvent ou ne peuvent pas exprimer leur orientation sexuelle dans leur comportement. De nombreux homosexuels ont connu des faits de violences physiques ou psychologiques.
Si aimer une personne du même sexe n’est pas perçue comme une maladie par la majorité, certains discours, tels que la parole religieuse, disent le contraire. Que peut-on faire pour les gays et les lesbiennes, afin de surmonter les préjugés et la discrimination contre eux? Les gens qui ont une attitude positive envers l’homosexualité sont ceux qui connaissent un ou plusieurs homosexuels. Les psychologues croient qu’il n’y a que des stéréotypes et les préjugés envers les homosexuels. En outre, la protection de ces personnes contre la discrimination et la violence est très importante comme dans le cas de tous autres groupes minoritaires.
Dans huits États des Etats-Unis, il existe des lois contre la discrimination des homosexuels, et la violence contre eux est considéré comme un «crime de haine».
Pourquoi est-il si important de sensibiliser la société sur l’homosexualité ? L’éducation nationale sur les questions d’orientation sexuelle et l’homosexualité nous aidera à surmonter les attitudes négatives infondées envers les gays.
Pour que les jeunes comprennent leur propre identité sexuelle, il est essentiel qu’ils puissent avoir des informations, et des réponses à leurs questions. Les craintes que l’accès à ces informations affectent leur orientation sexuelle ne sont pas crédibles.