Articles

L’Afrique divise-t-elle l’opinion en France ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique, en septembre dernier, le Premier ministre, Manuel Valls, a pris à contre-pied l’ancien président, Nicolas Sarkozy, déclarant : « J’ai la conviction qu’une part de l’avenir de l’Europe et donc de la France se joue en Afrique, et que ce siècle sera celui des Africains. » Il l’a redit, récemment, en Côte d’Ivoire, lors de sa tournée africaine.

manuel-valls-alassane-ouattara-kablan-duncan

Le premier Ministre Manuel Valls aux côtés de Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire et Kablan Duncan, premier ministre ivoirien, lors de sa tournée en Afrique de l’Ouest le 30 octobre 2016 (crédits phots: Ben Alain, africaposts)

Tel ne fut pas l’avis, il y a quelques années, de l’ancien chef de l’Etat : « Économiquement, la France n’a pas besoin d’Afrique. », affirmait-il. En réalité, ces propos renvoyaient, subtilement, à l’image d’une « Afrique de clichés » : misérabiliste.

Le professeur Bernard Debré, ancien ministre de la Coopération, quant à lui, se pose plutôt en farouche défenseur. En 2010, il a plaidé le cas du continent, dans le même hebdomadaire, en évoquant le tâtonnement. « L’Afrique est en marche », voulait-il dire, autrement.

Car, à l’analyse, on s’aperçoit, aujourd’hui, que tous les grands pays du monde couvent des yeux l’Afrique et s’en approchent, à travers des rencontres bilatérales pour « sceller l’amitié » avec elle. Depuis peu, l’Allemagne et d’autres, qui manquaient à l’appel, se bousculent au portillon. Le premier enjeu de cet engouement, à l’évidence, revêt un caractère économique. Cette attitude globale confirme la « conviction » de Valls ainsi que l’opinion exprimée par beaucoup d’observateurs.

Mais, sont aussi nombreux ceux qui épousent un point de vue différent. Tout en s’invitant au débat. Parmi eux, quelques Africains comme la Zambienne Dambissa Moyo et le Malien Moussa Konaté. Leur thèse rejoint celle développée par plusieurs auteurs « afro-pessimistes », dont le journaliste polonais Kapuscinski et le célèbre écrivain britannique Naipaul. L’un affirmait que « l’Afrique n’existe que par la géographie », l’autre parlait de « la malédiction des tropiques ». Économiste de formation, la Zambienne pense, dans « L’Aide fatale », que l’Afrique est condamnée à rester pauvre, à cause de sa propension à vivre de l’aide, tandis que Konaté, dans « L’Afrique noire est-elle maudite ? », emboîte le pas à Naipaul. Et se désespère.

Quid de cette Afrique qui divise tant les opinions ?

L’Afrique dont il est question, aujourd’hui, est située sur un autre versant. Lumineux. Où, en dépit de tout, elle a pris conscience de son existence et revendique son identité. Il s’agit d’un continent doté de richesses naturelles fabuleuses dont le coltan, minerai, qui, pour l’heure, fait le bonheur de la technologie de pointe. Sans oublier sa masse démographique : en 2050, un quart de la population mondiale sera africaine, soit 1,9 milliards de personnes (en majorité jeunes). La mondialisation, en partie, doit passer par là.

logo-forum_franco_africain

Logo du Forum franco-africain qui s’est tenu le 6 février 2015 à Bercy ( crédits photos: economie.gouv.fr)

Comment, dans cette optique, ne pas associer l’Afrique aux exploits du futur ? Et envisager la coopération tous azimuts avec elle ? Reste à l’accompagner dans son réveil comme le préconisent Jean-Michel Severino et Jérémy Hajdenberg, dans « Quand l’Afrique s’éveille… ». Mais par qui ? Bernard Debré suggérait, en 2010 : « La France a encore un rôle à jouer en Afrique. »

Avis qui n’est pas resté sans écho, car en février 2015, à l’issue de Forum franco-africain, à Paris, la France s’est engagée à « accompagner » le continent dans son développement. « L’Afrique est pleine d’avenir et la France pleine de projets », a-t-on entendu dire. A quand les noces ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RD Congo : les dangers du report de la présidentielle

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Prévue en novembre, la présidentielle en RD Congo est reportée en avril 2018. Ainsi en ont décidé les participants au « Dialogue national », le lundi 17 octobre, à Kinshasa, capitale du pays. Initié par l’Union africaine (UA) pour aider à l’organisation des élections, ce forum a été récusé par les principaux partis politiques d’opposition, qui n’ont donc pas participé à ses travaux. Faute d’entente sur quelques points essentiels avec le gouvernement, et alliés.

© Junior Kannah, AFP | Un soldat de la Monusco fait le guêt, le 20 septembre 2016 à Kinshasa, devant les bureaux saccagés du parti d'opposition UDPS

© Junior Kannah, AFP | Un soldat de la Monusco fait le guêt, le 20 septembre 2016 à Kinshasa, devant les bureaux saccagés du parti d’opposition UDPS

 Or, cette décision complique davantage l’équation qu’elle n’en apporte une solution. Etant donné que le nœud du problème réside entre les partisans du report, évoquant les « problèmes logistiques », et ceux qui tiennent à sa tenue, selon les termes de la Constitution, c’est-à-dire en novembre.

Pour les premiers, le report profite au maintien à ses fonctions du président Kabila dont le dernier mandat s’arrête, le 19 décembre prochain. Et, sur lequel pèsent les soupçons de vouloir s’éterniser au pouvoir. Plusieurs faits de manipulations dans ce sens le démontrent.  Pour les seconds – leur position est ferme -, la tenue de la présidentielle à la date prévue ainsi que le départ du président Kabila ne sont pas négociables.

Manifestants de l’opposition à Kinshasa ©jeuneafrique.com

A l’œil nu, tout concourt à une confrontation majeure entre les deux camps. Il s’agit d’ailleurs d’un vieux bras de fer, ponctué d’épisodes sanglants, en raison du refus du dirigeant congolais de se prononcer sur son départ ou non du pouvoir. Le dernier en date, il y a un mois, à Kinshasa, a occasionné la mort de plusieurs dizaines de manifestants, tués par les forces de sécurité.

Le scénario n’est pas très loin de ce qui s’est passé au Burkina Faso, au Burundi et au Congo-Brazzaville. Les quatre cas ont pour dénominateur commun le refus des présidents en place de quitter le pouvoir. Le Burkina a échappé au déluge, mais le Burundi et le Congo-Brazzaville en font les frais. Bien sûr, à des degrés différents : le Burundi est à feu et à sang, tandis que la rébellion armée renaît au Congo-Brazzaville. Rien n’indique qu’elle va s’arrêter au niveau de simple noyau.

Quelle sera le développement de la situation, en RD Congo, où l’instabilité politique a pris des racines, couronnée par la situation de guerre à l’est du territoire ?

©lemonde.fr

Joseph Kabila ©lemonde.fr

La vraie réponse est dans le rapport de forces politiques entre les deux camps. A cet égard, l’opposition non signataire des accords issus du dialogue contesté est plus musclée. A en juger par la popularité qu’elle jouit auprès du peuple, dont un grand pourcentage de jeunes sont au chômage. Ceux-ci (entre 15 et 35 ans) constituent près de 55 % des 70 millions de personnes que compte la population congolaise. L’influence de l’Eglise Catholique, majoritaire au pays, n’est pas négligeable. Celle-ci est du côté du peuple. Quant au pouvoir et alliés, ils ne comptent, en principe, que sur les forces armées, composées de 70 000 hommes.

Toute la crainte est là. En Afrique, il n’y a pas de bataille purement politique. Le président Kabila ne va-t-il pas s’appuyer sur son armée pour mater les rébellions en chaînes qui vont certainement naître, de partout ? Le peuple congolais va-t-il continuer de rester à la traîne ? Et, à la remorque des dictateurs, depuis 1965 ?

Les dangers que toute la région de Grands Lacs, et au-delà, ne s’embrase sont plus que perceptibles. Quel sera le rôle à jouer, dans cette perspective, par la communauté internationale ?

 

 

 

Gabon : lourde atmosphère de fin de règne

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

La situation qui prévaut au Gabon, après les premières heures d’orage, fait bégayer l’histoire post-électorale de l’Afrique. Certes, avec des nuances, qui font de ce petit pays pétrolier d’Afrique centrale une véritable pétaudière. Où se mêlent, avec drame, histoire de famille, alliances d’intérêt, soif inassouvie du pouvoir… Brouillant, pour l’heure, l’horizon immédiat du pays.

Des gabonnais expriment leur colère à Libreville le 1er septembre 2016 Source : rfi.fr

Des gabonnais expriment leur colère à Libreville le 1er septembre 2016
Source : rfi.fr

A la tête de l‘imbroglio, s’opposent deux individus jadis unis par alliance : Ali Bongo, dont la réélection est contestée, et Jean Ping, l’ex-compagnon de Pascaline, demi-sœur du premier. Ancien cacique du régime. Ils se vouent, paradoxalement, une haine tenace et se battent sans concession pour le pouvoir.

Derrière eux se forment deux camps adverses animés de la même malveillance : l’opposition portée par Ping et renflouée par les transfuges (pour la plupart des proches de la famille Bongo) et le Parti démocratique gabonais (PDG) au pourvoir, dépeuplé; au rang desquels le général Ngiri, propre cousin du chef de l’Etat. Sans oublier la place qu’occupe, en Afrique, le tropisme ethnique.

Un des éléments évoqués ci-dessus n’est pas classique dans la situation qui gangrène le continent. Il s’agit de voir les membres d’une famille s’engager, à ciel ouvert, dans une bataille homérique pour le pouvoir. A l’exception de la Centrafrique et de la Guinée équatoriale. Bokassa, pour le premier pays, et Nguema, pour le second, furent chassés du pouvoir par leurs neveux respectifs, au cours de l’année 1979. Loin de l’implication du grand public, ce qui a permis d’éviter la formation des partisans et des camps, prêts à en découdre.

Ali Bongo Source : rfi.fr

Ali Bongo
Source : rfi.fr

En Côte d’Ivoire, où la situation fut des plus tragiques, avec plusieurs milliers de morts, le combat n’avait pas mis face à face des membres d’une famille ; au contraire, il avait inclus des dimensions régionales, avec un brin de tonalité religieuse :  le nord à dominante musulmane contre le sud majoritairement chrétien.

Rien de tel, au Gabon. Le bras de fer engagé actuellement entre Ali Bongo et Jean Ping relève d’un drame familial à large spectre. C’est le cas d’un groupe, en désintégration, contre un autre groupe, tous portés par un arrivisme insatiable.  Autrement dit, c’est une espèce de guerre « des mêmes contre les mêmes », car ils sont tous issus de la même matrice, forgée par la main de feu du président Omar Bongo. Mais, avec, aujourd’hui, deux leaders connotés : Ali Bongo qualifié de « fils illégitime » et Jean Ping de « Chinois », car issu d’un père chinois. A brève échéance, ils seront tous deux perdants.

Ainsi, quel que soit le verdict de la Cour Constitutionnelle, dans quelques jours, à laquelle les deux belligérants viennent de déposer leurs recours, la « question gabonaise » restera-t-elle d’actualité. Demain plus aujourd’hui.

Jean Ping Source : lexpress.fr

Jean Ping
Source : lexpress.fr

Aujourd’hui, parce qu’étant aux ordres, les Cours Constitutionnelles africaines ne disent pas le droit, mais « lisent la volonté du pouvoir » en place. Quelle serait l’issue de l’affaire en cours ? Du désordre en perspective, si l’un ou l’autre camp perdait ! Et, demain ? Alors que dans l’opposition de nouvelles ambitions auront certainement vu le jour, la lutte pour le pouvoir sera plus âpre encore. Mais, sans les Bongo.

Nous disons : sans les Bongo. Car l’atmosphère est, déjà, celle de fin de règne. Et, d’ici-là, il n’y aura plus de régimes dynastiques, en Afrique. Les Kabila, en RD Congo et les Eyadema, au Togo, au pouvoir, seront déjà passés.

 

 

Gabon : victoire à la Pyrrhus d’un fils à papa

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le fils à papa, Ali Bongo, vient de gagner les élections « sur le fil » par 49,80 % contre 48,20 % récoltés par son rival, Jean Ping. Avec de violentes contestations à la clé. Comme ce fut le cas, en 2009, quand il accéda au pouvoir par les urnes, en remplacement de son père, Omar Bongo, décédé deux mois plutôt.
A cette occasion, à Port Gentil, capitale économique du pays, bâtiments publics et marché furent brûlés, commerces pillés…

Des hélicoptères survolent l'Assemblée Nationale d'où s'élève un panache de fumée ©lemonde.fr

Des hélicoptères survolent l’Assemblée Nationale d’où s’élève un panache de fumée ©lemonde.fr

L’histoire semble donc bégayer. Car, mercredi 31, quelques instants seulement après la proclamation des résultats du vote, faite à travers une grande tension, les scènes de violences ont éclaté. Par rapport en 2009, celles-ci ont vite gagné en intensité et en étendue, car elles ont touché à la fois plusieurs quartiers populaires de la capitale. En un tournemain, les manifestants ont réussi à brûler une partie de l’Assemblée nationale. En riposte, les forces de sécurité prenaient d’assaut par hélicoptère le quartier général de l’opposant. Inédit !

Avec cette montée en puissance de la colère des Gabonais et face à la détermination du pouvoir à défendre ses intérêts, on n’en est déjà qu’aux frémissements d’une insurrection. Toutes proportions gardées, il en était ainsi de la prise de la Bastille, en 1789 ou de celle du Palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, en 1917.
Pour le Gabon, ce pays d’Afrique centrale, deux fois moins grand que la France, et peuplé de plus d’un million et demi d’habitants, les causes ne sont que plus apparentes.

Il s’agit, d’abord, de la théorie qui démontre que « le pouvoir use ». Ali Bongo, qui a succédé à son père, après 42 ans de règne, en constitue un archétype idéal. Le septennat qu’il vient de consommer amène ce chiffre à quasiment un demi-siècle de direction suprême du pays. Est-ce dans un monde où le mot démocratie, qu’on le veuille ou non, a tendance à devenir culte, sinon à se sacraliser. Or, dans les trois pays africains où « les fils à papa » se sont emparés du pouvoir (RD Congo, Togo et Gabon), ceux-ci ne sont autrement perçus que comme des usurpateurs à la tête des « dynasties dévoyées ».

Un militant de l'opposant Jean Ping brandit un drapeau du Gabon, le 31 août 2016 à Libreville. © MARCO LONGARI / AFP

Un militant de l’opposant Jean Ping brandit un drapeau du Gabon, le 31 août 2016 à Libreville.
© MARCO LONGARI / AFP

Avec, au Gabon, une situation spécifique, où « le roi est nu » : la majorité des caciques du régime ayant déserté le Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir. Au rang desquels le général Ngari, un des cousins du président, et considéré comme gardien du temple du clan Bongo. Sans oublier André Mba Obamé, ancien ministre de l’Intérieur et « pote » du chef.

En clef de voûte, se trouvent l’union – bien que de circonstance – de principaux partis de l’opposition -, la méfiance de l’Eglise Catholique et l’inimitié sournoise des pays voisins comme le Congo et la Guinée Equatoriale. Ce dernier pays aurait eu partie liée avec l’opposition, à travers un appui financier.

Au regard de tous ces éléments, on s’aperçoit que la position du fils à papa gabonais est au ras des pâquerettes et que « La Maison Bongo » n’est plus, désormais, une citadelle ni inexpugnable ni honorable. En fait, cette victoire à la Pyrrhus ne manquera pas de peser sur le rapport de forces entre un pouvoir esseulé et un peuple méfiant. Le Burundi en est un exemple parlant. L’autre conséquence est à situer en externe : une aubaine pour les à fils à papa en exercice (RD Congo et Togo) qui y trouveront une jurisprudence pour s’incruster au pouvoir. Et, une belle promesse pour ceux qui se préparent à y faire leur entrée (Ouganda et Guinée Equatoriale).

Afrique : où va le Sud-Soudan ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le 9 juillet 2011, le Sud-Soudan accédait à son indépendance. « C’est un véritable miracle », proclamait Mgr Paulino Lukudu Loro, archevêque de Juba, capitale du plus jeune Etat du mode. Aujourd’hui, cinq ans après, nous sommes déjà loin du miracle. Celui-ci s’est vite fondu en conflit inter-ethnique des plus sanglants.

Des civils fuient les affrontements dans le Nord-Est de la ville de Malakal au Soudan du Sud. Le 18 février 2016. © Justin Lynch/AFP/Getty Images

Des civils fuient les affrontements dans le Nord-Est de la ville de Malakal au Soudan du Sud. Le 18 février 2016. © Justin Lynch/AFP/Getty Images

Renouant avec le passé, marqué par des affrontements entre les Dinkas et les Nuers, les deux ethnies majoritaires, le pays s’engage sur un chemin chaotique. Semblable, au mieux, à celui qu’avait emprunté l’Angola, au pire, à celui suivi par le Rwanda.

Pourtant, malgré le « miracle » et l’atmosphère de fête, laquelle a couvert tout le pays, en ce jour grandiose, l’incertitude sur l’avenir n’avait pas caché son visage. Sur les tee-shirts portés par la plupart des Sud-Soudanais, on pouvait lire ce slogan : « Keep and Promote Peace ». Rappel lancé à l’endroit de la communauté internationale pour que celle-ci n’oublie pas, par la suite, de promouvoir la paix dans ce pays, vaste comme la moitié du Royaune-Uni, et peuplé de 9 millions d’habitants.

C’est que l’idée d’une guerre prochaine pour le pouvoir entre Dinkas et Nuers était présente dans tous les esprits. A l’exception notoire, un temps, de l’entente formelle scellée pour la lutte d’indépendance contre le Soudan d’Omar El Béchir (Soudan du Nord), les leaders de deux ethnies n’avaient jamais été en phase. Si, hier, les querelles résultaient, surtout, de la question liée à l’accès aux pâturages, la pomme de discorde repose, aujourd’hui, sur le contrôle du pouvoir et son corollaire : la jouissance de la manne pétrolière dont regorge le pays.

Avant l’indépendance, en 1991, alors que le Sud se battait pour arracher sa liberté, Riek Machar (vice-président du pays récemment limogé), un Nuer, tentait de renverser le chef dinka historique de la rébellion, John Garang. Le massacre des Dinkas, à cette occasion, fut d’une rare violence, si bien que les deux ethnies ont fini par se regarder en chiens de faïence. D’où un parcours émaillé d’incidents mineurs, couronnés par les épisodes sanglants de 2013 et de juillet dernier, qui ont jeté sur la route de l’exil près de deux millions de personnes. Dans les deux cas, Salva Kiir, un Dinka, président de la République, accuse Riek Machar et les Nuers de tentative de coup d’Etat.

Cinq ans après la proclamation de l’indépendance, la situation qui prévaut dans ce 54e Etat indépendant d’Afrique inquiète les plus optimistes et pousse à l’interrogation : où va donc le Sud-Soudan ?  Pour nombre d’analystes, le parcours suivi par l’Angola et/ou le Rwanda se présente à l’esprit. En Angola ce fut la lutte pour le pouvoir entre deux leaders, jusqu’à ce que l’un soit parvenu à supprimer physiquement l’autre, tandis qu’au Rwanda les raisons ethniques l’emportaient, jusqu’à la commission du génocide des Tutsis par les Hutus. Il y a comme le concentré des deux au Sud-Soudan.

Que fait la communauté internationale devant cette poudrière en sursis ? Elle est restée dans son schéma classique, à travers la présence des dizaines de milliers de Casques bleus « amorphes ». Au départ, 4 200 unités, ils sont aujourd’hui 16 500 soldats…fusils au pied. Tel est le cas, en RD Congo, où la situation demeure dramatique, depuis plus de vingt ans. Mais pour le Sud-Soudan, il faut une autre démarche, sous une « formule  prophylactique » contre un nouveau génocide, en Afrique.

Attentats de Nice : Daesh est-il plus fort que les bombes ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Par ses séides, Daesh a encore frappé. Il vient de récidiver, alors que les plaies causées par ses œuvres meurtrières à Paris, l’année dernière, peinent à se cicatriser. Tant elles ont été béantes que profondes. Récidive à travers  une mue qui a pris tout le monde au pied levé : en désertant Paris pour Nice, en province ; en utilisant un véhicule (poids lourd), en lieu et place de kalachnikov, et en manipulant un pantin, une recrue de la dernière heure, loin des soupçons de la police. Lire la suite

Tuerie de Dallas, les faits et les médias français

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Apprendre que les forces de l’ordre ont tué des citoyens américains, aux États-Unis, parfois pour une peccadille, n’est pas loin d’être rangé dans le rayon des faits divers lambdas. Chaque année, mille personnes tombent sous les balles de policiers, tandis que les médias rapportent  l’information chacun à leur manière. Les uns pour y apporter un antidote. Les autres pour en rajouter une couche de tension. Parfois, par mégarde.

Il en va ainsi du drame qui s’est déroulé, jeudi soir, 8 juillet, à Dallas, en marge d’une manifestation contre les bavures policières. Pour avoir bien fait attention au contenu des médias français, on a pu voir se dégager aisément cette ligne de démarcation.  D’un côté, on a enregistré l’emploi des termes généraux, dans un souci clair d’inviter à l’union des cœurs, de l’autre celui du ton de l’ « information brute », avec un relent d’altérité, dans le but de désunir.

(Source : SPENCER PLATT / AFP)

(Source : SPENCER PLATT / AFP)

« Ouest-France », par exemple, dans son édition du week end (9-10 juillet), a titré : « Dallas : le tireur voulait tuer des policiers ». Dans son introduction, le quotidien enchaînait : « Cinq agents ont été tués et neuf personnes blessées, jeudi soir, pendant un rassemblement pour protester contre la mort de deux hommes noirs tués par les forces de l’ordre ». Sans insinuation. A travers le texte, long de 70 lignes (colonnes journal), la même délicatesse dans le choix des mots a prévalu, car on n’y a relevé que deux fois le mot « noir » et trois fois le mot « blanc ».

Savamment dosés, les termes du journal parlent de « l’homme », tout court. Que cet homme soit   blanc ou noir. On y a collectionné, pour ce faire, trois exemples, à valeur pédagogique :  « un tireur » ; « la première victime » ; « un homme de 25 ans »…

Le quotidien « Le Monde » a fait la même preuve de professionnalisme, face à un sujet sensible concernant le vivre ensemble des sociétés multiraciales. C’est sur un ton neutre que le média a ficelé  son titre : « Cinq policiers tués à Dallas par des snipers ». On ne peut mieux dire. Le fond de l’article a épousé la même philosophie de mesure.

Sur l’autre versant, « France Info » et « France 24 », deux chaînes de radio et  de télévision, qu’on a également suivies, y sont allées autrement. Presque de la même façon, elles ont rendu l’information telle quelle, dans sa crudité terminologique : « À Dallas, un Noir armé a déclaré avoir l’intention de tuer des policiers blancs ». C’était brut, dur…

(Source : AFP)

(Source : AFP)

Était-ce une bonne manière  d’informer, en France, où existe une société multiraciale à forger ? Surtout, par ce temps, où les phénomènes des replis identitaires, nourris par la montée des extrémismes de droite, envahissent pratiquement tout le continent européen ?  La posture, à cet égard, de « Ouest-France » et de « Le Monde », a répondu à cette question. À nos yeux, elle est également un message, à la normande, pour dire que la France, dans cet angle, a aussi ses cactus. Comme l’ont démontré les événements dans les banlieues en 2005.

Notre intention n’est point celle de dispenser un cours de journalisme ou de morale, dont nous n’avons pas la moindre qualité, mais de montrer simplement –  s’il en est besoin –  que les temps sont mûrs, pour tous les pays qui ont choisi de vivre avec les immigrés, de déployer à leur avantage une vraie politique d’intégration. Car, la mondialisation ne doit pas se comprendre uniquement en termes économiques. Elle porte également le projet des sociétés multiculturelles, appelées à s’inscrire dans les règles du « village planétaire », dont le but final doit être l’« unité des cœurs ». Si la super puissance outre-Atlantique ne l’a pas encore compris, que la France le comprenne. Et presse le pas. Car, et pour paraphraser Mandela, la vraie puissance appartiendra, demain, “aux pays colorés”. Comme l’arc-en-ciel.