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Rendez-vous manqué contre les violations sexuelles

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Violences sexuelles et viol ! Un fléau dont on ne parle que mollement, alors que leur capacité de nuisance dans la société est redoutable. D’où la décision de l’Onu d’avoir décrété le 19 juin : « Journée mondiale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de guerre ». C’était en 2015. Mais dans un sens large, l’instance internationale a voulu faire de cette date référence à une « tragédie pour l’humanité ».

Des victimes de violence sexuelle à Goma, en République démocratique du Congo (RDC). Photo ONU/Marie Frechon (archives)

Des victimes de violence sexuelle à Goma, en République démocratique du Congo (RDC). Photo ONU/Marie Frechon (archives)

Nous en étions donc, le 19 juin 2016, à la première date anniversaire. Laquelle vient de passer quasiment inaperçue. Comme si les politiques et les médias s’étaient passé le mot pour laisser les soins aux ONG d’en faire l’écho. Dont la résonance est restée très faible. Pourtant, le mal est là. Et même, allant crescendo. Aussi bien dans les pays du Nord que ceux du Sud.

Aux Etats-Unis, la date n’a pas été célébrée, en fanfare. D’aucuns pensaient que la présence d’une femme à la présidentielle américaine, pour la première fois, allait aiguillonner davantage l’ « instinct féministe » pour la circonstance. Tel n’a pas été le cas. En Europe, où la condition de la femme fait, en général, l’objet de la préoccupation du législateur, la question est passée à la trappe. Sans parler de l’absence brillante à l’appel de l’Afrique et de l’Asie, pourtant, les deux grandes victimes du phénomène. Dans certains pays en conflit, comme en RD Congo, le viol a même pris du galon : il est utilisé comme « arme de guerre ».

C’est dire que le mal est toujours là. Semé aux quatre vents. Quand un journaliste belge le qualifie de « marquage au fer psychologique », et qu’un gynécologue congolais, Dénis Mukwege, en remette une couche, en pensant qu’ « une femme violée est une femme abîmée », il y a de quoi s’alarmer ! Et, il en sait un bon bout de rayon, ce médecin, qui a « réparé » plusieurs milliers de femmes violées, à l’est de la RD Congo. Ainsi, selon les deux regards, le viol atteint gravement sa victime.Tant au plan physique que moral.

Combien sont-elles ces « femmes abîmées », à travers le monde ? Abîmées par les viols et les mutilations ? Les chiffres, selon un rapport de l’Onu, publié en 2010, donnent froid dans le dos, car ils parlent de plusieurs centaines de millions de femmes et filles. Dans un angle global, il se commet 903 viols par jour, à travers le monde, soit 329 708 viols par an (déclarés). Dont 95 136 aux Etats-Unis, 75 000 en France et 52 425 en Afrique du Sud. En pole position. L’inde, qui occupe le 4e rang, a ceci de plus révoltant que les viols y sont publics. Quant aux mutilations, le rapport épingle l’Afrique et certains pays du Moyen-Orient, où 130 millions de filles ont subi cette déshumanisation, entre 2 000 et 2 010.

Sombre tableau ! Pourtant, devant une réalité têtue, l’attrait du sexe restant un mystère. Pour les sociétés modernes (un grand nombre de pays), le viol et d’autres formes de violences sexuelles constituent des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire. En France, le viol est un crime clairement défini par le code pénal, passible de 15 ans d’emprisonnement. Globalement, c’est, déjà, un grand pas contre le mal. A ne pas oublier l’éducation, en la matière. Car, l’ « éducation, c’est le pouvoir », dit-on. Elle est susceptible de contribuer à édifier un monde dans lequel les femmes seront en sécurité. L’Onu a appelé, en appui, à manifester notre désapprobation par tous les moyens.

 

 

 

Afrique : l’heure de la justice a-t-elle sonné ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

L’heure de la justice, en Afrique, contre les crimes impunis, a-t-elle sonné ? Les deux procès qui viennent de s’y dérouler semblent l’indiquer. Le 30 mai, à Dakar, au Sénégal, c’est Hissène Habré, l’ancien président du Tchad, qui était devant les juges, tandis que le 31 mai, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ce fut le tour de Simone, l’épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo. Lui-même retenu à la Cour pénale internationale (CPI), à la Haye, aux Pays-Bas.
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L’ONU, l’humanitaire et la sécurité

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le monde, en dépit de l’absence de conflagration, depuis 1945, n’est pas un long fleuve tranquille. Un pavé, jeté dans son immense cours, peut créer un effet papillon, qui affecte toute l’humanité. Lire la suite

RD Congo : Kabila est-il maintenant sorti du bois ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

« Partira ou partira pas ? ». De type taiseux, par nature, le président congolais, Joseph Kabila, n’a jamais daigné répondre à cette question. A certains médias rompus à l’exercice des questions-pièges, il savait trouver des mots justes pour botter en touche. Place était laissée, alors, à toutes les spéculations, jusqu’au transfèrement impromptu, vendredi 20 mai 2016,  en Afrique du Sud, de son principal opposant Moïse Katumbi. Pour « raisons de santé », avance-t-on.

Joseph Kabila (source : REUTERS)

Joseph Kabila (source : REUTERS)

Au fil du temps, cette question devenait lancinante, la présidentielle, prévue en novembre, ne projetant aucune ombre à l’horizon. Or, son second et dernier mandat arrive à échéance, à la fin de l’année 2016. Dans six mois.

Pourtant, vaine était cette question, car, la réponse n’avait jamais été difficile à trouver. Dès lors que le président congolais, par le truchement de ses acolytes, cherchait à modifier la Constitution afin de rempiler pour un troisième mandat, la voie était ouverte pour permettre des déductions solides. Au fait, modifier le texte fondamental ne doit pas être dicté par un motif anodin…

La réponse était donc là, quand, pour des manœuvres électoralistes, il précipita l’application de la division territoriale, en juin 2015, à seule fin de découper la province du Katanga (sud-est) en trois. L’astuce était de mettre hors jeu Moïse Katumbi, ancien gouverneur et transfuge du parti présidentiel, dont la popularité, insolente, commençait à toucher la côte d’alerte pour la survie du régime Kabila.

Dans la peau du fascisme

La réponse était donc là, quand il procédera, ouvertement, à placer à tous les postes stratégiques, pour son soutien politique et militaire, les originaires de la province du Maniema (terres de sa mère). Pour l’illustrer, nous citerons les postes de Premier ministre, de ministre de la Justice, de président de la Cour Constitutionnelle et de commandant de l’Armée de terre. Ces hommes, tous du Maniema, constituent le socle du pouvoir de Kabila, à côté de la Police et des services de sécurité qui sont, eux, dirigés par les originaires de l’ex-province du Katanga, région natale de son père.

La réponse était donc là, quand le régime prenant la peau du fascisme, bâillonnait toute voix discordante et, au pis-aller, réprimait dans le sang toute manifestation populaire contre ses dérives staliniennes. Combien sont-ils aujourd’hui en prison, ces jeunes faisant partie de mouvements citoyens qui pensent, en s’appuyant par ailleurs sur la Constitution, que Kabila n’a plus le droit de se représenter aux élections ?

(Source : Le Congolais)

(Source : Le Congolais)

La réponse n’était-elle pas là, quand Kinshasa, s’étant rendu compte de la pirouette de l’opposant Tshisekedi (en convalescence, à Bruxelles), qui ne voulait plus de la tenue du « fameux dialogue  national», s’était échiné à corrompre son entourage ? Qu’aurait-il été, ce « dialogue national », sinon rien de moins qu’une manœuvre destinée à aider Kabila à se maintenir au pouvoir ? Comme vient, d’ailleurs, de le prouver la décision de la Cour constitutionnelle, le 11 mai, statuant sur « le maintien de Kabila à son fauteuil jusqu’à l’élection de son successeur ». Sans préciser le délai. Légitimant ainsi le « glissement » (propre au lexique politique congolais) dont tout le monde prévoyait…et redoutait. Car, du « glissement politique » au « glissement chaotique », il n’y a qu’un petit pas à franchir.

Les épisodes dans ce sens abondent. Mais revenons au « cas Moïse Katumbi », non seulement aujourd’hui à l’affiche de l’actualité, mais également révélateur, sans contredit, des intentions de Kabila de s’incruster au pouvoir. Le feuilleton commence quand l’ex-gouverneur du Katanga décide de claquer la porte du PPRD, le parti présidentiel, en septembre 2015. Dès cet instant, il était déjà dans le viseur de Kabila, et de ce fait, soumis à toute sorte de brimades : suspicions malencontreuses, interpellations à répétition, menaces téléphoniques de mort… La dernière pièce du drame se joue, au début du mois de mai, quand le ministère de la justice procède au tricotage d’une accusation (sans preuve) contre Katumbi, liée au « recrutement de mercenaires étrangers » pour renverser les « institutions démocratiques » de la République, alors que quelques temps auparavant celui-ci venait de se déclarer candidat à la présidentielle.

Attention, avis de tempête !

Là, c’était le bouquet ! Katumbi est traîné devant la justice, à Lubumbashi, capitale de l’ex-province du Katanga. Mais, plus les audiences se multipliaient, plus l’acte drainait des foules devant le Palais de justice. Au point de craindre des émeutes, susceptibles de faire tache d’huile, à travers le pays. D’où la nouvelle de la maladie du « recruteur de mercenaires » et de son transfèrement sans délai, en Afrique du Sud, pour des soins médicaux, assure-t-on. Quelle charité, à rebours, exprimée, du coup, par le même gouvernement accusateur ! En Afrique, on le sait, le mérite d’un adversaire politique, c’est sa mise à mort.

Moïse Katumbi Chapwe (source : AFP)

Moïse Katumbi Chapwe (source : AFP)

Ainsi, le « cas Katumbi » appelle-t-il trois hypothèses, à notre avis : 1. L’intéressé est réellement malade (il n’est pas un robuste, du point de vue de la santé, c’est vrai) ; 2. Il feint d’être malade pour éviter la gueule de loup (ce qui n’est pas plausible, car c’est un homme de caractère) ; 3. Kabila s’est arrangé pour éloigner un adversaire de poids, autrement dit une « relégation politique » qui ne dit pas son nom. Car, le candidat présidentiel sorti de l’ex-province du Katanga était le seul adversaire qui l’inquiétait, Tshisekedi, 83 ans, n’ayant pas de dauphin à l’aune de son gabarit, J.P. Bemba condamné à 25 ans de réclusion, par la Cour pénale internationale, tandis que le reste des opposants ne représentant que des menus fretins. Dignes, pour le président congolais, de n’en faire qu’une bouchée.

Alors, « partira ou partira pas ? ». Ce qui est sûr, pour tous ceux qui en doutaient encore, c’est que Kabila vient de sortir du bois. Tout est maintenant clair comme de l’eau de roche : « Il ne partira pas », dirait le philosophe. Les exemples du Burundi et du Congo-Brazzaville, juste à côté de Kinshasa, sont d’ailleurs là pour le stimuler à agir dans ce sens. Avec, toutefois, un avis de tempête, à l’horizon… comme au Burundi. Car la jeunesse congolaise, à l’instar de celle de toute l’Afrique, n’est-elle pas restée s’accrocher au vocable magique, forgé en Tunisie, de « UNTEL DEGAGE » ?

Afrique : autres temps, la France, autres votes ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

C’est depuis plus de deux décennies qu’existe le multipartisme en Afrique et que les élections s’y déroulaient. Mais, jusqu’il y a peu, celles-ci se résumaient à la pratique sinon des tricheries ouvertes, du moins à celle du vote obligatoire pour les dictateurs ou, alors, au fait de l’ignorance totale du sens de l’acte que posait l’électeur. Désormais, ce courant semble avoir rencontré des vents contraires, imposant au navire la direction vers un autre cap.

(source : aps.dz)

(source : aps.dz)

Dans un bilan à mi-parcours sur des scrutins qui ont eu lieu, en 2015, nous avons décerné, en novembre dernier, un satisfecit sur l’ensemble des opérations. Avec, toutefois, cette nuance qui voulait montrer que les contestations exprimées ici et là, accompagnées de tensions et de violence, « participaient des douleurs d’enfantement d’une Afrique nouvelle ». Nous pensons être en droit d’exprimer le même thème de satisfaction, mesurée, pour la série qui vient de se clôturer, en avril, 2016. En attendant la grande boucle avec le Gabon, en août, et la RD Congo, en novembre.

Quid de cette nouveauté, en éclosion ? Quels en sont les facteurs endogènes, d’un côté, et les influences exogènes, de l’autre ? La « neutralité » supposée de la France, considérée, jadis, comme l’ « ange tutélaire » des dictateurs, a-t-elle ou non sa part d’explication dans ce contexte précis ?

Le chiffre est impressionnant : sur 2 ans, 15 pays auront voté pour choisir leurs dirigeants, dont 10 sont d’anciennes colonies françaises. Dans ce cas-là, le mot démocratie peut être prononcé. Même sans panache. Car, dans l’ensemble, seuls le Burundi et le Congo ont droit à un bonnet d’âne, en raison de la mort d’hommes en masse, qui leur est imputable. C’est donc une évolution notable, par rapport au passé.

La raison est, d’abord, interne. Sans statistiques précises, la résorption accélérée de l’analphabétisme et l’appropriation de la révolution numérique en font des facteurs majeurs. L’Afrique vit au rythme du « village planétaire » de Mc Luhan, plongée dans la magie des « réseaux sociaux ». Un journaliste canadien résume cette réalité par l’image de la « houe et du téléphone portable » que porte, depuis, un simple cultivateur africain. D’où le réveil de la jeunesse, dans des mouvements citoyens, à l’instar de « Y’en a marre » au Sénégal, désormais vent debout contre la dictature. Corollaire ? L’extinction des dictateurs.

En externe, il y a également un changement d’environnement. Les mœurs politiques ont partout évolué. En France aussi, où la « Françafrique », qui régissait tout à la « maison Afrique », à sa guise, semble ne plus être d’actualité. C’est comme si l’Elysée, depuis un temps, a commencé à garder ses distances par rapport à la politique interne de l’Afrique. Mais, la polémique, entre ceux qui voient toujours la main de la France dans le drame du continent et les partisans d’Achille Mbembe, est encore loin d’être tranchée. Pour le penseur camerounais, « la France n’est pas notre ennemie, et nous ne sommes pas ses laquais. Il faut assumer notre indépendance en bonne intelligence avec les grandes puissances ».

Si les dictateurs, d’un côté, se raréfient et que les « Françafricains », de l’autre, disparaissent, il y a lieu de dire que les dernières élections africaines ont été « bonnes ». Puisque sans ingérence, faute d’inhibiteurs et de collusion.

 

 

 

Afrique du Sud : la vision de Mandela trahie

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

De la prison à la présidence. Telle a été l’apothéose du parcours politique de Nelson Mandela. Mais tout autant saisissant était cet espoir qu’il avait suscité de faire de l’Afrique du Sud une nation « arc-en-ciel ». Formule qui s’autorisait le rêve de voir cohabiter en harmonie les différentes communautés locales (Blancs, Noirs, Indiens, métis).

En clair, il s’agissait de maîtriser l’art du compromis entre les affres que nourrissaient les Blancs sud-africains, à la fin de l’apartheid (régime basé sur la ségrégation raciale), et les ardeurs des Noirs qui voulaient, à tout-va, vite jouir des effets de leur victoire.

L’homme était-il à la hauteur de ses ambitions ? Et, qu’en reste-t-il, aujourd’hui, 17 ans après son départ du pouvoir ?

Quand Mandela accède au pouvoir, en 1994, l’Afrique du Sud est partagée entre ravissement et sentiment de doute. L’apartheid était bel et bien aboli, mais on avait du mal à imaginer la notion de « paix des braves » faire naturellement carrière entre Blancs Sud-Africains (anciens dominateurs) et Noirs autochtones (anciens dominés). Tant ce mode de renversement des rapports de force ne rime qu’avec avec la violence.

(Source : IGEO TV)

(Source : IGEO TV)

Tel a été le cas, au Zimbabwe, au début des années 2000. Les Noirs avaient chassé 4 000 Blancs de leurs fermes, non sans effusion de sang, se disant être en bon droit de réclamer leurs « biens spoliés ».

En Afrique du Sud, par contre, Mandela a réussi à endiguer cette dérive va-t-en-guerre, alors que les crispations étaient au zénith. Aux uns, il a garanti l’application des accords signés en 1991 (Seven closes), assurant protection des Blancs, en tant que minorité ; aux autres, il est simplement parvenu à se faire écouter comme « chef et père ». A l’africaine

Absence d’un contrat social

Ainsi commença à se forger, lentement, mais sûrement, une nation « arc-en-ciel », à la recherche de l’unité. Avec, au départ, en 1995, cette image symbolique, forte, qui marquera toute la vie politique de l’ancien prisonnier : Mandela en maillot des Springbok, équipe sud-africaine « blanche » de rugby, considérée comme un des emblèmes de l’apartheid ! C’était, en Afrique du Sud, à l’occasion de la coupe du monde de rugby. Ce jour-là, dit-on, tous les mythes s’étaient écroulés !

L’après-Mandela est à situer sur un autre versant. Plutôt, celui de clivages réactivés ou imposés par le fait d’une direction politique dénuée de toute conscience nationale. Ainsi, « le pays est passé de l’apartheid racial à l’apartheid social », déplore Songezo Zib, journaliste sud-africain (*). Avec pour conséquence directe, la division dans les rangs de la communauté noire. Désormais clivée, celle-ci n’est plus un bloc monolithique. L’élite, qui roule sur l’or, se démarque clairement de la classe ouvrière. Qui broie du noir.

Les grèves à répétition dans le secteur minier – moteur de l’économie sud-africaine -, accompagnées de violence, en disent long sur l’absence d’un contrat social acceptable par tous dans ses grandes lignes.

(Source : AFP)

(Source : AFP)

Si la communauté blanche n’a pas éclaté, elle n’est pas moins bousculée par les effets néfastes de la mauvaise gouvernance du pays, qui fait que les Blancs riches sont devenus pauvres. Et les pauvres plus pauvres, au point de faire la manche. Ce qui a le don de renforcer, chez la plupart d’entre eux, l’idée de créer une « République libre ». Ce n’est pas une simple vue de l’esprit. Ils s’y préparent, militairement.

      L’Afrique du Sud se délite. A l’œil nu. Où est donc passé le grand rêve de Mandela ?

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(*) SONGEZO Zib, Courrier International, n° 1 140

2000-2015 : quels résultats du programme de l’Onu pour le progrès de l’Afrique ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le contient africain, on le sait, est ravagé par plusieurs fléaux. La pauvreté, les maladies endémiques, l’analphabétisme et les guerres récurrentes sont parmi les plus dévastateurs. Au début des années 2000, l’Onu a mis en place un programme pour les pays du Sud, avec vocation d’améliorer le sort « des plus défavorisés de la planète ». Il s’agissait des 8 « Objectifs du millénaire pour le développement » (OMD). L’année 2015 a été retenu comme date buttoir. Qu’en est-il, aujourd’hui, de l’Afrique ?

Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) [source : un.org]

Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)
[source : un.org]


 

L’Onu a également initié, en septembre 2015 – faisant donc de cette période une année charnière -, un second programme, portant sur 17 « Objectifs de développement durable » (ODD), adopté comme le premier par tous ses 193 pays membres. Universel, celui-là, et plus ambitieux, car alignant aussi l’environnement, il va jusqu’à toucher les aspects liés à la paix, à la justice et à l’efficacité des institutions. Son échéance est fixée à l’horizon 2030. L’Afrique des dictatures s’y retrouve dans les premières loges.

Si le bilan de ce premier faisceau d’objectifs (OMD) n’est pas totalement positif, il a au moins le mérite de montrer que le mal n’est pas une fatalité. On cite en exemple la pauvreté (quand on vit avec moins de 1,25 $ par jour, seuil défini par la Banque mondiale), les statistiques prouvent que pour chaque espace de trois ans, le continent connaît une diminution de 9 millions de pauvres. Ce standard est tiré des calculs effectués entre 2005-2008 : de 395 millions de faméliques, ce chiffre est tombé à 386 millions.

(source : oeildafrique.com)

(source : oeildafrique.com)

Un autre exemple qui inspire est à trouver dans le domaine de l’éducation. En 10 ans, entre 1999 et 2009 le nombre des enfants non scolarisés a diminué de 13 millions, passant de 43 millions à 30 millions. On épingle le même « progrès relatif » dans quasi tous les autres Objectifs. Sauf dans l’univers de la mortalité infantile (avant 5 ans), où le nombre s’est sensiblement élevé, entre 2002-2014, à 174 morts sur 1 000 naissances. Comparativement, ce chiffre a baissé, un peu partout, de 90 à 43 décès sur 1 000 naissances.

Ce que, globalement, l’Afrique n’est pas encore sortie de l’auberge. Mais, pourquoi cette inhibition et comment en venir à bout ?

De but en blanc, on relèvera des « motifs classiques », telle la question liée à l’insuffisance de financement, qui exige plusieurs dizaines de milliards d’euros, ou à la situation de certains Etats, qualifiés de pauvres, par exemple ; mais à s’obstiner dans les détails, on y découvre aussi le diable : le « syndrome de Peter Pan ». Autrement dit, cette maladie liée au refus de devenir adulte. Les Africains ne veulent pas grandir. De « grands enfants », aux yeux de l’Occident.

« ODD » est déjà entré en vigueur, après « OMD ». Jusqu’en 2030. Peu de dirigeants africains y pensent. Il y a en a même ceux qui vont jusqu’à en oublier l’existence. En attendant que le continent guérisse du complexe nuisible évoqué ci-dessus, à charge pour la communauté internationale de « boucher le trou ».