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Malgré ses difficultés, la vie vaut la peine d’être vécue

[Par Elyse NGABIRE]

Jeudi, 30 juin, à la paroisse Notre Dame des Foyers, siège de l’association Solidarité Notre Dame de Tanger. Celle-ci organisait une journée de partage à l’endroit des réfugiés qu’elle accueille. Lire la suite

Paris : Journée culturelle burundaise, Quand il ne reste que la culture pour résister

[Par Elyse NGABIRE]

Le Rassemblement de la Diaspora Burundaise en France (RDBF) a réuni des Burundais pour commémorer le 54ème anniversaire de l’indépendance. Une occasion pour la diaspora de rendre hommage à la culture burundaise qui reste la seule arme de résistance.

Samedi, 2 juillet dans la salle des fêtes de la mairie du 20ème arrondissement à Paris. Nous sommes au lendemain de la commémoration de la fête de l’indépendance du Burundi qui est célébrée tous les 1er juillet.

Malgré la crise que traverse le pays suite au troisième mandat de Pierre Nkurunziza, la communauté burundaise s’est quand même mobilisée. Une centaine de Burundais étaient présents. La festivité a vu la participation des amis français, africains et même des élus de la ville de Paris.

« Malgré tout, nous sommes nés quelque part », lâche Gratien Rukindikiza, président du RDBF. « La plupart de nos enfants, renchérit Ancilla Nduwumwami, une des organisatrices de cette journée, sont nés en France et ne connaissent pas leur patrie, le Burundi, ce beau pays de l’Afrique de l’Est ».

Des fillettes accompagnées de leurs mamans : elles n’ont qu’entre 2 et 7 ans, mais elles portent la culture burundaise dans leurs cœurs (Source : Elyse Ngabire)

Des fillettes accompagnées de leurs mamans : elles n’ont qu’entre 2 et 7 ans, mais elles portent la culture burundaise dans leurs cœurs
(Source : Elyse Ngabire)

Vêtues en tenue traditionnelle appelée « Imvutano », des fillettes dont l’âge est compris entre deux et sept ans étaient fières de présenter leur numéro : un défilé, accompagnées de leurs mamans.

Des jeunes filles burundaises venues dans la région Hauts-de-France, plus précisément de Lille et de l’Île-de-France ont également agrémenté la fête par leurs danses traditionnelles : « Même si nous sommes loin, nous gardons et défendons notre culture. »

(Source : Elyse Ngabire)

Des danseuses burundaises venues des Hauts-de-France : « Nous sommes loin de notre pays mais nous gardons notre culture » (Source : Elyse Ngabire)

Des danseurs et danseuses rwandais s’étaient également joints aux Burundais pour partager leur joie.

Malgré la tension diplomatique qui règne entre le Burundi et le Rwanda, deux anciens pays-frères, le RDBF reconnaît que le gouvernement rwandais a quand même aidé à accueillir des centaines de milliers de réfugiés burundais.

Et ce n’est pas tout. Le Rwanda, selon Gratien Rukindikiza, accompagne ces réfugiés : « Tous les enfants en âge de scolarisation sont tous à l’école, des étudiants sont inscrits dans diverses universités rwandaises et des gens capables de travailler vaquent à leurs occupations au quotidien sans souci. »

Des femmes burundaises fières d’être nées dans ce beau pays de l’Afrique de l’Est (Source : Elyse Ngabire)

Des femmes burundaises fières d’être nées dans ce beau pays de l’Afrique de l’Est
(Source : Elyse Ngabire)

Résister à travers la culture

Selon Ancilla Nduwumwami, les nouvelles du pays ne sont pas de nature à rassurer la diaspora : « Il y a lieu même de déprimer mais nous avons choisi de résister à travers la richesse de notre culture. »

Pour restaurer et faire valoir les valeurs humaines, les libertés civiles, politiques, etc. perdues depuis la déclaration du troisième mandat, ajoute M. Rukindikiza, tout le monde doit se battre.

Des danseurs rwandais sont venus partager la joie des Burundais (Source : Elyse Ngabire)

Des danseurs rwandais sont venus partager la joie des Burundais
(Source : Elyse Ngabire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et dans cette lutte, il estime que la culture reste la seule armée pour résister : « Au-delà de nos différences, nous avons une culture qui unit les Bahutu, les Batutsi, les Batwa, les militants du Cndd-Fdd, de l’Uprona, du Fnl, etc. »

« Le président Nkurunziza a tout mangé, sauf l’espoir »

Mariam Thiam, représentante de Zang Mahamat Nezoun, président de l’Amical Panafricaine, est directe. Partant de l’histoire du roi Lion et du petit oiseau dans la jungle, une histoire tirée de la chanson de Salif Kéita, le Rossignol, elle appelle les Burundais à garder espoir : « L’espoir fait vivre. »

Mariam Thiam, membre de l'Association Amical Panafricaine: "Pierre Nkurunziza a tout mangé sauf l'espoir des Burundais. Gardez votre djigui" (Source : Elyse Ngabire)

Mariam Thiam, membre de l’Association Amical Panafricaine: « Pierre Nkurunziza a tout mangé sauf l’espoir des Burundais. Gardez votre djigui »
(Source : Elyse Ngabire)

« C’était pendant la période de disette, raconte-t-elle, le roi lion était le plus fort de la jungle. Il a mangé tous les animaux mais un petit oiseau est resté caché sur un tronc d’un arbre. Un jour, le lion le découvre et lui demande de descendre pour qu’il le mange à son tour. L’oiseau dit non mais le lion insiste tout en promettant de ne pas toucher à son petit espoir de vivre. Craignant de le perdre, l’oiseau descend. Le lion qui avait juré de préserver son espoir, le laisse partir et lui dit :  Vas te multiplier et amène l’espoir dans le monde. »

Pour Mariam Thiam, tant qu’il y a un homme ou une femme burundaise qui se bat pour la liberté, le Burundi s’en sortira : « Gardez votre djigui (espoir dans la langue malinké, ndlr), combattez, allez chercher la liberté. Nous sommes ici pour vous soutenir. »

Soutien également d’un élu de la mairie du 20ème arrondissement : « Les résistants burundais dont la diaspora en France fait partie, ne sont pas seuls. » Au-delà du Burundi, signale-t-il, l’écho des cris du peuple est entendu par ceux qui sont farouchement attachés à la liberté et à la défense de l’humanité : « Nous serons toujours à vos côtés, avec toutes nos forces pour combattre ce pouvoir tyrannique de Bujumbura. »

 

 

La diaspora burundaise manifeste à Paris

[Par Elyse NGABIRE]

Samedi, 11 juin entre 14 et 18 heures à l’Esplanade des Invalides à Paris. Les manifestants demandent à la Cour pénale internationale de poursuivre le « tyran » Nkurunziza, responsable du massacre des citoyens au Burundi et condamnent le silence coupable de la communauté internationale.  Lire la suite

Burundi. Violation des libertés politiques : Agathon Rwasa, victime de sa « popularité » ?

[Par Elyse NGBABIRE]

Le président du parti FNL et premier vice-président de l’Assemblée Nationale s’est vu refuser la rencontre avec la population dans les provinces de Gitega, Cibitoke et Karusi. Pour Aimé Magera, porte-parole de M. Rwasa, il s’agit ni plus ni moins que de l’intolérance politique envers ce « grand » opposant.

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Burundi, 13 mai 2015 : Ce fameux « coup d’État » et cette folie destructrice des médias

[Par Elyse NGABIRE]

Il y a une année jour pour jour quand les ennemis de la liberté de la presse ont commis l’irréparable : la destruction de quatre radios et de deux chaînes de télévision. À l’origine, une tentative de coup d’État dont les professionnels des médias burundais ne sont pas responsables.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

Il était aux environs de 13h15 du mercredi, 13 mai 2015 quand la voix du général Godefroid Niyombare a retenti dans l’édition du journal de 13h sur certains médias privés. Il annonçait la prise du pouvoir et le « rétablissement» de l’ordre institutionnel, social, etc. Depuis peu menacé par la troisième candidature du président Nkurunziza, contrairement à la lettre et à l’esprit de l’Accord d’Arusha et de la Constitution.

La journée du 13 mai a été une journée spéciale et inoubliable dans l’histoire du pays en général et de la capitale Bujumbura en particulier. Alors que la police avait jusque-là résisté à la volonté des manifestants de poursuivre leur mouvement en ville, les femmes y arrivent tout de même. À partir de l’ancien Odéon Palace, elles atteignent la place de l’indépendance et toute une foule de manifestants venus de toute part de la capitale les y rejoignent.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

Dans un laps de temps, des blindés à bord desquels des militaires et des manifestants avaient choyé toute la capitale. Le premier geste du général Niyombare sera la réouverture de la Radio Publique Africaine, qui avait été fermée quelques jours auparavant pour avoir diffusé l’enquête sur le triple assassinat des sœurs italiennes : Olga, Bernadette et Lucia, tuées atrocement en septembre 2014 à leur domicile, à la paroisse Guido Maria Comforti, dans la commune urbaine de Kamenge.

Les deux funestes jours des médias indépendants

Aux environs de 17h30, dans la foulée de la tentative de coup d’État. Des manifestants enragés, accompagnés par des mutins s’accaparent de la station de radiotélévision Rema Fm, accusée de pro-Cndd-Fdd, parti au pouvoir au Burundi.

Et la revanche n’a pas tardé. À l’aube du 14 mai, c’était le tour de quatre stations de radio et une chaîne de télévision à savoir Bonesha Fm, Isanganiro, RPA et la radiotélévision Renaissance. Elles sont d’abord attaquées, puis incendiées et enfin saccagées par des hommes en uniformes policières. Leur tort : avoir couvert les manifestations contre la troisième candidature de Pierre Nkurunziza et diffusé le discours des « insurgés ». Mais l’on sait déjà que le pouvoir de Bujumbura ne portait pas dans son cœur les médias privés. En témoignent l’amendement de la loi sur la presse, jugée par les professionnels de liberticide et de l’emprisonnement en cascade de plusieurs journalistes travaillant pour ces médias indépendants.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

La liberté d’expression menacée

A la suite de cette triste réalité, la plupart des journalistes se sont exilés au Rwanda, en Europe et ailleurs. Seul, le Groupe de presse Iwacu continue à travailler. Antoine Kaburahe, son directeur, également en exil, craint un blackout total sur le Burundi compte tenu des conditions de travail dans lesquelles les journalistes restés au pays exercent. Il appelle la Communauté internationale à être plus vigilante sur la question de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.

Et le classement 2016 de Reporters Sans Frontières est plus éloquent. Le Burundi, ancien modèle en Afrique et dans le monde, a reculé de 11 places : soit 156ème sur 180 pays sur lesquels l’enquête de RSF a porté.

 

(Source : Iwacu)

(Source : Iwacu)

« La liberté de la presse est sacrée parce qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans liberté et il ne peut pas y avoir une liberté sans presse indépendante », a rappelé Jean-Marc Ayrault, ministre français des affaires étrangères et du développement international, lors de sa visite, le 4 mai, à la Maison des Journalistes.

Selon lui, la liberté de la presse et les droits de l’homme ne peuvent et ne doivent jamais être considérés comme une contrainte. Ils constituent une arme contre l’obscurantisme et la folie barbare : « Ces droits doivent s’exercer chaque jour. »

Au nom de tous les journalistes exilés en France, nous souhaitons bon courage à nos confrères en exil et au pays. Gardez toujours à l’esprit cette phrase de Jean-Marc Ayrault : « Être journaliste aujourd’hui, est plus qu’un métier. C’est un combat et une responsabilité pour la liberté d’expression. »

 

Réfléchir ensemble pour s’engager et résister contre la peur

[Par Johanna GALIS | Photos de Mortaza BEHDOUDI]

11 janvier 2016, « Soirée Non »: Résistance solidaire à Saint-Quentin en Yvelines.

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De gauche à droite : Catherine Pont-Humbert, animatrice de la soirée, Jean-Luc Despax, Hala Mohammad, Diane Hakizimana, Maxime N’Debeka

Quand le directeur des Itinéraires poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, Jacques Fournier demande la réorganisation de la Journée en faveur des écrivains et des journalistes emprisonnés et persécutés, qui devait avoir lieu le 15 novembre dernier – mais fut annulée, à cause des attentats du 13 novembre – il fait appel au directeur du Théâtre Saint Quentin en Yvelines, Lionel Massétat, pour une mobilisation sous un thème quelque peu différent. Avec le souhait d’une réelle fédération entre les participants et le public (la date du 11 janvier, qui apparait comme celle des un an de Charlie faisant en quelque sorte écho à son souhait). « De nombreuses personnes se sont demandées pourquoi j’appelais cette rencontre « Non » »annonce-t-il en prélude à la soirée, « Pourquoi ne pas l’intituler plus positivement? Je leur ai répondu qu’au vu des événements, nous avions chacun besoin de faire preuve de résistance ».

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Le flûtiste André Stocchetti

Résister à la peur, aux obscurantismes, à la mort qui est devenue, avec les attentats français de janvier et novembre de l’année 2015, beaucoup plus présente dans notre quotidien. Sur la scène du théâtre sont présents ce 11 janvier 2016, quatre personnes de lettres, venant d’horizons différents. Diane Hakizimana, journaliste burundaise et ancienne résidente de la Maison des journalistes, Hala Mohammad, poète et cinéaste syrienne, Maxime N’Debeka, poète et romancier congolais et Jean-Luc Despax, professeur agrégé de lettres modernes, poète et président du P.E.N. club français. En ouverture de la soirée, le duo guitare-voix Iringa interprète une chanson composée le 7 janvier 2015, qui marque de son refrain vindicatif « Guess who won? » (Devinez qui a gagné?) le sceau de la victoire des français qui se sont rassemblés au lendemain des attentats contre Charlie et l’Hypercacher et ont manifesté dans un immense élan de solidarité face à la barbarie humaine.

« Nous avons un devoir de vigilance », déclare peu après Maxime N’Debeka, qui souligne le fait que peu importe le niveau de culture – ce soi-disant indice qui montre à quel point nous sommes civilisés – du pays où l’on est, l’inhumanité et la terreur peuvent surgir. Être vigilant, pour soi-même être paré contre des déviances telles que celles qui ont surgit et se sont insinuées des décennies plus tôt dans un pays occidentalisé, l’Allemagne, qui avait pourtant un superbe patrimoine, mais dont le chaos progressif a laissé place aux extrêmes.
Il s’agit de réfléchir, pour comprendre et prendre position, et anticiper, aussi. Anticiper une solution positive, une éventuelle ouverture de tous face à chacun, « où les fenêtres seraient partout grandes ouvertes, dans une ambition pacifique d’être soudés les uns aux autres », comme le souligne avec émotion Hala Mohammad, pour que l’unité que nous pourrions créer, à l’image des manifestations de Charlie l’année dernière, soit plus forte que les peurs qui nous assaillent et nous font se méfier les uns des autres. Car « la peur chasse nos libertés en tant qu’êtres humains: c’est par amour les uns des autres que nous pourrons combattre Daesh » ajoute-t-elle. Il s’agit aussi de réfléchir pour marquer son engagement contre les persécutions: Jean-Luc Despax le souligne en évoquant la situation du poète palestinien Ashraf Fayad, condamné à mort en Arabie Saoudite pour apostasie. L’Association Amnesty International prend alors la parole pour parler de son engagement pour faire sortir des personnes injustement condamnées à l’emprisonnement et parfois même à la mort, grâce à son unique arme, un stylo. En écho, Diane Hakizimana évoque la fuite de quatre-vingt cinq pourcent de plumes burundaises, en l’occurrence de ses journalistes, hors du pays, pour la plupart au Rwanda, de peur de se faire emprisonner – ou de connaitre des sévices encore pire – par le gouvernement de Pierre Nkurunziza. La journaliste, elle-même exilée, ne pensait pas devoir faire face à la peur de l’ennemi politique en France aussi.

bbbb0a0d-385a-42a3-8dee-d741696e33f3Comme arme ultime contre ceux qui souhaitent attaquer notre liberté, la créativité. C’est sous ce signe que la soirée se déroule, aussi. Les intervenants lisent des poèmes, empruntés à des personnalités littéraires qui leur donnent matière à penser, tant leurs mots souhaitent se battre. Des jeunes du Club Jeunes Théatre & Poésie lisent lisent des textes. Un flûtiste ponctue ces interventions de courtes mélodies, puis sous une mise en scène faite de distorsions sonores et de mimes, l’hymne de la France surgit, victorieux malgré tout.