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Japon : Journalistes otages et responsabilité individuelle

Depuis le début de l’année, deux reporters de guerre japonais, Jumpei Yasuda et Kosuke Tsuneoka, se voient refuser leurs sorties de territoire et leurs passeports retirés. Le gouvernement justifie ces décisions par la nécessité de garantir la protection de ses ressortissants, quels qu’ils soient. Tous deux sont d’anciens otages, tous deux ont perdu leurs passeports et leur liberté de circulation.

Le passeport, un moyen de pression contre les reporters internationaux

En juin 2015, alors qu’il couvrait le conflit syrien, Jumpei Yasuda a été enlevé par des combattants djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham. Le 23 octobre 2018, le gouvernement japonais déclarait qu’ils étaient parvenus à négocier sa libération sans aucune rançon, une affirmation par la suite contestée par l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Mais depuis, les autorités ont également entrepris de bloquer les demandes de passeport de Yasuda.

Kosuke Tsuneoka est, lui un ancien otage dans le nord de l’Afghanistan en 2010. Il a découvert, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour le Yémen en février dernier, que son passeport était révoqué. Le gouvernement japonais légitime cette restriction par le  »Passport Act » qui stipule que si un le citoyen est banni d’un pays et qu’il souhaite s’y rendre, les autorités sont en droit de lui retirer son passeport. Mais Tsuneoka conteste, il souhaite couvrir la crise humanitaire au Yémen, un pays où il n’est pas banni :

« C’est très étrange, cette fois, je n’allais pas à Oman [où Tsuneoka est banni de séjour], mais à Doha, au Qatar ! Le ministère n’avait pas à faire cela.»
Propos publiés dans les colonnes de Libération.

Le point commun de ces reporters est qu’ils ont tous deux été otages de groupes terroristes dans leur carrière. Une atteinte à la liberté de presse qui vise à servir d’exemple pour le reste de la profession : si vous êtes pris en otage, nous ne vous laisserons plus exercer sur le terrain.

Yuichi Sugimoto, autre reporter de guerre japonais, n’a jamais été otage. Mais en février 2015, un mois après la décapitation par l’État Islamique du journaliste Kenji Goto, le gouvernement entreprend d’éviter les prises d’otages en amont :

« Alors que je rentrais chez moi, deux fonctionnaires du ministère des affaires étrangères accompagnés par deux policiers sont venus me demander d’abandonner mon idée de reportage à Kobané (Syrie), puis m’ont demandé de rendre mon passeport. J’ai refusé, ils m’ont alors expliqué que si je n’abandonnais pas mon passeport, je serais arrêté. »
Yuichi Sugimoto au Foreign Corespondant Club of Japan (Février 2015).

Jumpei Yasuda, déjà enlevé en Irak en 2004, surnommé l’ « otage professionnel »

Jumpei Yasuda dans une conférence de presse donné au club des correspondants internationaux du Japon en novembre 2018 :
« Tout d’abord, j’aimerais exprimer mes remerciements à ceux qui ont participé à ma libération au Japon, en Turquie et au Qatar. J’aimerais également exprimer mes sincères excuses, car en raison de mes actions personnelles, le gouvernement japonais s’est retrouvé impliqué par ma faute dans cette affaire. »

Cédric Alviani, directeur du bureau RSF Asie de l’Est, commentait le même mois ces propos :
« Il est scandaleux que Jumpei Yasuda soit contraint à s’excuser d’avoir risqué sa vie pour informer ses compatriotes du drame syrien (…) Sans la présence de journalistes dans les pays en guerre, le public serait obligé de s’en remettre aux informations, forcément biaisées, fournies par les belligérants et autres parties prenantes. »

« On ne négocie pas avec les terroristes »

Le Japon a toujours adhéré à la ligne américaine ou britannique de l’État de droit qui consiste à ne pas négocier les rançons d’otages. Cette politique contraste avec celle des Européens qui — tout en niant payer de rançon — négocient toujours le retour de leurs otages.

Twitter - Campagne "Je suis Kenji"

En octobre 2014, Kenji Goto, reporter de guerre japonais, était enlevé en Syrie par des djihadistes de l’État Islamique. Le 20 janvier, une vidéo est mise en ligne mettant en scène Goto et un autre otage japonais. Un militant terroriste, couteau en main, demande 200 millions de dollars pour la vie des deux otages dans les 72 heures. Depuis l’enlèvement, les négociations sont au point mort. Une guerre en ligne se lance entre les soutiens du journaliste et ses détracteurs, opposés à la négociation de rançons.

Dans une conférence donnée au club des correspondants internationaux du Japon, la mère de Kenji Goto est présente et implore une réponse du gouvernement. La voix pleine de larmes, elle demande à plusieurs reprises le pardon du peuple japonais pour le tort que l’enlèvement a causé à la société japonaise.


« Je suis la mère de Kenji Goto, je vous remercie du fond de mon cœur de votre présence et de votre attention et je tiens tout d’abord à m’excuser pour tous les problèmes et l’angoisse que mon fils a causé au gouvernement, au peuple japonnais, et au monde entier. »


Mais deux semaines plus tard, une nouvelle vidéo de l’EI coupe à la polémique quand est diffusée sur Internet la décapitation du journaliste. Ces mêmes militants djihadistes responsables de l’enlèvement de Kenji Goto auraient également participé aux assassinats de plusieurs autres reporters dont le Britannique James Foley.

Le « Jiko Sekinin » : le vivre ensemble rime avec individualisme

Les réactions mitigées de l’opinion publique face aux enlèvements sont révélatrices d’une certaine mentalité japonaise qui est très incomprises par la sphère journalistique occidentale. Déjà en 2004, lors de la libération de cinq otages japonais, dont Jumpei Yasuda faisait partie, ceux-ci furent pris dans une spirale de critiques du gouvernement et d’une frange de la société civile.

Mais derrière la polémique, c’est le premier ministre japonais qui jouait le souffleur de braises pour détourner l’attention d’un autre sujet alors brûlant, la présence des forces armées japonaises en Irak.

Le même mois, le quotidien japonais Asahi Shinbun répondait à la polémique dans un éditorial :
« Tous les jours, on nous assène le fameux « Jiko Sekinin », qui synthétise le sens de la responsabilité que chacun doit éprouver dans ses actes, avec à l’esprit le respect de l’ordre social et politique. On oublie, que les humanitaires et les journalistes mettent leur sécurité en jeu pour remplir leur devoir dans des régions dangereuses. Ils savent qu’ils peuvent être tués. Assumer cette responsabilité, signifie qu’ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes quand les choses tournent mal. Mais ils n’ont pas à être vilipendés sans raison, ou juste parce qu’ils risquent de gêner une politique, par ailleurs critiquable.

La culture japonaise incorpore beaucoup de l’Occident, mais au lieu d’adhérer entièrement aux valeurs américaines, le Japon a toujours fait passer ses influences par le filtre de ses traditions, les adaptant à sa société insulaire. On peut constater par exemple que la cohésion sociale au Japon, qui se matérialise par le « Jiko Sekinin », apparaît comme valeur fondamentale dans la société et supérieur à la liberté individuelle.

La liberté individuelle passée au filtre japonnais, se définit alors d’une tout autre façon qu’en Occident. C’est toute la profession journalistique japonaise qui, confrontée à ces valeurs discordantes doit composer avec son public et la limite de leurs droits de presse, consentant par dépit et par préservation, à une autocensure.

Liberté de la presse au Cameroun, entre « fake news » et antiterrorisme

Classé 131 place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, la liberté de l’information au Cameroun ne va pas en s’améliorant. L’incarcération politique demeure courante et l’autocensure des travailleurs de l’information omniprésente. La liberté de l’information au Cameroun ne se distingue pas beaucoup de ses voisins, le Nigeria et le Tchad, où l’on retrouve les mêmes tabous sur les sujets politiques liés au terrorisme ou aux malversations financières des puissants, en particulier durant le déroulement des récentes élections dans ces trois pays.

Si le Cameroun n’a pas vu d’assassinat de journaliste depuis plusieurs années, ce n’est pas le cas de son voisin centrafricain où les assassinats de journalistes étrangers sont encore réguliers, comme la Française Camille Lepage en 2014, ou en août 2018 pour trois journalistes russes.

Au sud, la Guinée Équatorial présente un contexte plus obscur pour la liberté de l’information. Les médias privés sont inexistants, le contrôle du pouvoir sur les médias est total et la censure généralisée.

L’antiterrorisme au Cameroun comme moyen de répression des journalistes

Depuis l’apparition au Cameroun d’une nouvelle législation antiterroriste en 2014, les journalistes camerounais se trouvent directement menacés comme n’importe quel autre justiciable.

En juillet 2015, Ahmed Abba, correspondant sur place de RFI était incarcéré, pour avoir enquêté d’un peu trop près sur l’activité du groupe terroriste Boko Haram. Il fut libéré après 876 jours de détention, des reports successifs de son procès et la menace de peine de mort par un tribunal militaire.

« Nous sommes en état de guerre. Et tous les États du monde en état de guerre ont des lois antiterroristes. En cela, le Cameroun n’innove pas. En France, aux États-Unis, vous avez des lois antiterroristes. (…) Les journalistes peuvent dire ce qu’ils veulent pourvu que ce soit conforme à la défense de nos institutions, de notre État, de notre gouvernement qui est aujourd’hui en guerre.« 
Issa Tchiroma-Bakary, précédent ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement camerounais, cité dans les colonnes de RFI.

Depuis 2019, ce sont les journalistes traitant la politique camerounaise qui sont particulièrement visés. Après sa victoire aux élections d’octobre 2018, Paul Biya entame, dans un contexte social troublé entre le manque de transparence des élections et les manifestations de l’opposition, un septième mandat depuis 1982.

En janvier, deux journalistes, Théodore Tchopa et David Eyengue, pour le quotidien national Le Jour étaient arrêtés tandis qu’ils couvraient une réunion de représentants politique de l’opposition.

René Emmanuel Sadi, le nouveau ministre de la Communication camerounaise, avait souhaité s’exprimer sur l’incident dans les colonnes de RFI, celui qui aurait pu représenter un renouveau, une meilleure considération pour les travailleurs de la presse reprend finalement la rhétorique sécuritaire très similaire à son prédécesseur.

« Les journalistes ne sont pas au-dessus des lois. Les deux journalistes n’ont certes pas commis des délits de presse, mais ce sont des citoyens qui ont participé à des manifestations non autorisées. Je peux vous garantir qu’ils passeront également à l’audition, devant les juridictions compétentes. »
Propos recueilli lors d’une interview à RFI.

Les réseaux sociaux comme nouveau terrain de lutte

L’accès des citoyens à l’information au Cameroun représente également un problème majeur dans le pays. Si le pouvoir n’applique pas de blocage spécifique pour certains sites et services de communication ou de diffusion, le pays est coutumier des coupure totales des réseaux internet.

Ces coupures ont visé spécifiquement les régions anglophones du pays pour des durées qui ont pu atteindre 93 jours successifs en 2017.

Comme beaucoup de pays en développement du monde, les réseaux sociaux se sont imposés de façon brutale. Le Cameroun est un des pays d’Afrique à avoir connu un des plus forts taux de connectivité ces trois dernières années.

Le smartphone s’est démocratisé et les discours politiques ont trouver un écho nouveau via les réseaux sociaux. Une lutte de l’information s’est développé dans ce pays où les scandales politiques sont généralement étouffés par le pouvoir.

Dans le contexte de tension entre le pouvoir et la minorité anglophone du pays, le président Paul Biya a décidé de lancer une compagne de lutte contre les « fake news » sur Internet, justifiant encore une fois des persécutions de journalistes comme Mimi Mefo, arrêtée puis relâchée, en novembre 2018.

Le 27 juin, c’est un journaliste helvétique, Adrien Krause, qui a été agressé devant la résidence du président Biya en Suisse. Alors qu’il couvrait une manifestation d’opposants au président camerounais en séjour en Suisse, plusieurs individus appartenant au service d’ordre du président camerounais l’ont molesté et ont confisqué son matériel.

Adrien Krause put le récupérer sans perte de données, il a porté plainte par la suite mais avec peu d’espoir de suite juridique réelle, les gardes du corps présidentiel étant protégés, par l’immunité diplomatique.

Cependant, le président camerounais a dû écourter son séjour à Genève en raison des tensions avec Berne qui, par le biais de son ministre des affaires étrangères, a préféré lui conseiller le chemin du retour.

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Ingérence et attaque marocaine en plein Paris : des militants et des journalistes menacés

[LIBERTÉ D’INFORMER] La Maison des journalistes a pu interviewé l’un des intervenants de cette conférence, le journaliste Hicham Mansouri. Exilé en France, attaqué et diffamé au Maroc par des procès sans cesse reportés, hébergés il y a quelques années par la Maison des journalistes, Hicham a accepté de nous raconter ce qu’il s’est passé.

Où en sont les huit lanceurs d’alerte condamnés pendant la présidence d’Obama?

[LIBERTÉ D’INFORMER] Au cours des deux mandats d’Obama, huit lanceurs d’alerte ont été poursuivis en justice, un nombre supérieur à ceux punis par la loi sous toutes les administrations présidentielles des États-Unis réunies. Il est important de reconnaître que ces lanceurs d’alerte n’étaient pas en désaccord avec Obama, mais ont plutôt contesté l’inconduite sous l’administration Bush. Ceci dit, le ministère de la Justice sous Obama n’a pas arrêté les poursuites pénales en cours et en a même engagé.

Des journalistes turcs oubliés dans les prisons d’Erdogan crient à l’aide !

[LIBERTÉ D’INFORMER] « Nous sommes des journalistes oubliés dans la prison de Silivri », ont déclaré 19 journalistes turcs dans une lettre publiée sur Internet la semaine dernière. Détenus depuis plus de deux ans, les 19 journalistes ont déclaré : «Nous qui n’avons pas d’autre métier que le journalisme, nous disons que nous ne voulons pas être oubliés et que nous attendons que justice soit rendue».

“Un bon journaliste est quelqu’un qui sert la communauté » – Témoignage d’un journaliste mauritanien

[JOURNALISME EN MAURITANIE] « Il y a en moi un sens inné de la justice. Ce qui me fait le plus peur, ce n’est pas la mort, ni la douleur, mais de voir l’état de pauvreté de quelqu’un sans pouvoir rien faire pour l’aider. La justice est universelle, elle n’a pas de couleur de peau, d’ethnie ou de religion ».

Etat de la presse en Algérie : le témoignage de l’écrivain Boualem Sansal

[MEDIA] « En tant qu’intellectuel, je me sens le devoir de ne pas abandonner mon pays. L’Algérie a besoin de voix dissidante et d’intellectuels qui n’ont pas peur de dénoncer le manque de liberté de la presse dans le pays ». Il ne fait pas bon être journaliste en Algérie. Surtout si on critique le gouvernement. Ces dernières années, des centaines de journalistes algériens ont été emprisonnés à cause de leurs articles dans lesquels, d’une manière ou d’une autre, ils dénoncent le gouvernement dictatorial de Bouteflika.