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Tous les moyens sont bons, même le chocolat !

Moi, Yuan Meng, le jeune exilé du zoo de Beauval, voici ce que j’apprends : la branche dominante du règne animal – l’Homme – s’amuse de ma condition et me transforme en friandise. Dois-je m’en offusquer ?

Si mon clan est constitué d’amateurs de bambou, comme vous le savez, celui du genre humain, pour sûr, a plutôt porté son choix sur le chocolat. Ainsi, à l’occasion des fêtes de Pâques, on a vu (m’assure-t-on) circuler des pandas… en chocolat, ici et là dans des boutiques spécialisées. Après les gâteaux sablés déjà à mon image, cette idée quelque peu saugrenue serait née dans l’esprit tortueux d’un artisan installé dans les parages de mon domicile provisoire.

Alors ? Eh bien alors, la gourmandise au service du business, passe encore … MAIS enfin, était-il bien nécessaire que l’on me mette ainsi en scène, malgré moi ?

J’ai pris du recul

« On aurait, une fois de plus, voulu me faire dresser les poils sous l’effet de la colère qu’on ne s’y serait pas pris autrement » me suis d’abord dit (car, curieusement, il m’arrive de me parler à moi-même). Et puis, à la réflexion, en tentant de prendre du recul dans l’espace pourtant réduit de mon habitat, j’ai fini par envisager l’affaire tout autrement. Que le plus connu des exilés (pour mémoire, je suis Chinois) soit transformé en friandise est, je vous l’accorde, une sorte d’hommage rendu à ma lignée mais aussi à l’ensemble des âmes errantes que l’Europe accepte d’abriter, mes sœurs et mes frères d’exil.

Et qui sait ? Les papilles du gourmand étant en principe reliées aux neurones de son cerveau, peut-être prendra -t-il (en conséquence) conscience de ce que représente réellement le panda et, de ce fait, qu’il mérite donc probablement mieux qu’un destin confectionné à base de cacao !

I have a dream

« I have a dream » (me too, as Martin Luther King) : sache que celui qui me mange – même à l’état de figurine sucrée –  adopte automatiquement ma cause. Une chimie gastrique au service d’une alchimie philosophique et humaniste, pas moins. C’est ainsi. J’en ai décidé, nom d’un bambou ! 

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

Dans mon malheur, j’ai de la chance !

Parole de panda exilé en France et mangeur de bambou : il y a des jours où l’on a moins envie de rire que d’autres. De mon exil je vois que la mécanique de l’horreur ne s’enraye pas. Mais dans mon malheur j’ai de la chance.

L’empire des morts accueille souvent des héros. Anonymes ou simplement connus de quelques-uns, ce sont des martyrs ou des sacrifiés volontaires. Les victimes des massacres qui émaillent l’Histoire de l’humanité doivent être l’objet de toutes nos pensées. Quant à ceux qui se donnent pour vocation d’être nos boucliers, ils méritent notre reconnaissance sans limite aucune dès lors qu’ils protègent ainsi la Démocratie.

Ne pas désespérer

Entre les populations bombardées du Moyen-Orient et le lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame tué il y a quelques jours du côté de Carcassonne par un désaxé inspiré par Daesh, mon cœur d’exilé se déchire mais ne désespère pas.

L’exilé est utile au pays qui l’accueille

Et là, qui suis-je ? Un panda qui, somme toute, a de la chance. Mon exil préserve ma vie et ma libre parole. Dans mon malheur, oui, j’ai de la chance… et une chance utile à la terre qui m’accueille car mes mots sont des armes… des armes tournées vers les mêmes ennemis que ceux de l’Europe.

L’exil est aussi un combat au profit des pays où l’on trouve refuge. Les exilés sont les meilleurs alliés des nations qui les abritent. Compris, nom d’un bambou ?

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

Au printemps, faisons le bilan !

On me dit que, parfois, il ne faut pas hésiter à procéder à un dépôt de bilan pour mieux redémarrer ensuite. En attendant son éventuel dépôt, faisons donc ensemble le bilan du monde.

Le mangeur de bambou que je suis a beau être en résidence dans un zoo, en France, il n’en est pas moins attentif aux bruissements de la planète… et probablement avec une plus grande acuité qu’un citoyen banal, vous savez : cet homme de la rue que les télévisions interrogent à propos de tout et qui n’a généralement rien à dire.

N’attendez pas de la pauvre bête que je suis qu’elle analyse le globe et ses habitants au travers de statistiques aussi gaies et limpides qu’un tableau de Pollock. Non. Je vais simplement extraire toute la moëlle de la réalité via quelques échantillons d’humanité bien choisis.

Trois exemples éloquents

Ainsi le patron (élu…) de mon pays, la Chine, vient de faire voter un truc malin : désormais il peut donc se représenter « ad vitam aeternam » comme disait l’un de mes cousins qui vit dans les jardins du Vatican. Tout va bien.

Par ailleurs, on me dit que les Kurdes ne cessent d’être bombardés par ceux qui s’en sont servis pour lutter contre l’Etat Islamique. Les voici remerciés. Tout va bien.

Enfin, j’apprends qu’aux USA, en moyenne, une soixantaine d’établissements scolaires subissent des attaques armées chaque année. Donald (pas celui de Disney, l’autre) ne paraît pas en être troublé. Tout va bien.

Et je pourrais ainsi continuer mon énumération jusqu’à demain matin mais rien que d’y penser ça me hérisse le poil. Comme dirait Vladimir, Tsar de toutes les Russies, fraîchement réélu : TOUT VA BIEN. Suis-je clair, nom d’un bambou ?

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

La carotte est-elle un moyen d’intégration ?

Moi, Yuan Meng, panda réfugié en France au zoo de Beauval, qu’apprends-je ? Que certains de mes semblables ne se contentent pas de bambou pour leurs repas MAIS qu’ils se sont AUSSI mis à consommer des carottes. Un bel exemple d’intégration… mais bon, faut y arriver… !

Je ne sais pas si c’est le cas ailleurs mais toujours est-il que je découvre donc que plusieurs de mes congénères, vivant hors de Chine, mangent… des carottes. DES «QUOI» ?

La carotte ? Je ne savais trop rien à ce sujet. Du coup je suis allé sur Wikipédia afin de me documenter : « La carotte (Daucus carota subsp. sativus) est une plante bisannuelle de la famille des apiacées (anciennement ombellifères), largement cultivée pour sa racine pivotante charnue, comestible, de couleur généralement orangée, consommée comme légume ». Voici ce qu’on dit.

La (longue) quête de la carotte

Par-delà cette information culturelle que j’ai eu le temps d’apprécier, j’ai émis le souhait d’accéder à ce met qui, me disais-je, allait contribuer à me rapprocher des Français et autres Européens qui en sont friands, crois-je savoir.

J’ai, de ce fait, entrepris de faire une demande en bonne et due forme auprès de mes gardiens, auprès du vétérinaire du zoo, auprès du directeur du zoo, auprès du maire de la commune du zoo, auprès du préfet, des élus de la région, des services sociaux, de l’Office en charge de mon accueil, des associations (qui font ce qu’elles peuvent). Des dossiers, des papiers, des mails, des entretiens en vis -à-vis se sont enchaînés et empilés depuis des mois, sans grand résultat.

Brigiiiiiiite, fais quelque chose !

Est-ce pourtant si compliqué ? Faudra-t-il que j’en appelle à mon amie Brigitte Macron dont le bureau déborde déjà de requêtes de tous poils (de panda) ? Et tout ça juste pour un plat de carottes qui signerait enfin mon intégration en cette terre au climat à tous points de vue (de panda) tempéré ?

Accessoirement, pour tout cela, je suis passé par mon traducteur attitré, un homme remarquable que je salue ici… Oui : il y a effectivement encore un obstacle, celui de la langue. Oui, bien sûr, je suis conscient que pour mon intégration il faudra bien également que je m’initie à la langue de Molière. Mais c’est une autre histoire que je vous conterai plus tard, nom d’un bambou et d’une carotte !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

Le goût du bambou est-il le même partout ?

Moi jeune panda réfugié en France, fils de réfugiés et mangeur de bambou, la question que l’on me pose souvent est de savoir ce que je fais ici au lieu de retourner dans mon pays…. C’est fatigant mais je veux bien encore m’expliquer.

Parmi celles et ceux qui me rendent visite en mon abri du zoo de Beauval, il y en a qui estiment que je suis là parce que le contenu de ma gamelle serait plus attractif que dans mon pays d’origine (la Chine).

Est-ce l’effet d’une digestion difficile, de maux de tête intempestifs ou d’un agacement passager ? A quoi donc ce genre de propos est-il dû ?  Allez savoir… Toujours est-il qu’à la foule qui m’observe je réplique ce qui suit…avec cette répartie, ce talent et cette modestie naturelle qui m’ont rendu célèbre (… Ben quoi ? l’autodérision n’est-elle le propre du panda?).

C’est meilleur chez moi, mais…

A la foule, donc, je lui dis ceci : « le bambou est bien meilleur dans mon pays qu’ici… » néanmoins le panda, libre, n’y a pas accès autant qu’il faudrait pour assurer sa survie. D’autres se le gardent et ne partagent pas. C’est une façon de nous maintenir à l’écart du grand festin pékinois et des pouvoirs qui y sont associés.

De l’air !

En France, le bambou n’a pas le même goût que chez moi mais je le consomme en toute quiétude, sans pression, sans menace et avec l’espoir, un jour, de pouvoir être admis autrement que comme une bête de foire. Ici on respire. Il y a de l’air. Un air moins pollué que là-bas. Et respirer, en sens propre comme au figuré, c’est d’abord ce qui m’importe, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

Fais le ménage dans ta chambre !

Billet du panda Yuan Meng

Fais le ménage dans ta chambre !

En tant que panda exilé en France, j’ai des trucs à dire sur ce que je vois. Tout panda que je suis, je ne me contente pas de mâcher mon bambou et de laisser aller. Ben, non ! Maintenant c’est de mon avenir qu’il faudrait causer.

Je l’ai encore indiqué l’autre jour à un élu de la Nation qui est venu me rendre visite (c’est la mode de venir me voir, surtout quand il y a des caméras) : « Faudrait songer à réfléchir à mon avenir tout même. Je ne vais pas rester là jusqu’à ce que mort s’ensuive… et puis ça ne me dit rien d’être un jour renvoyé en Chine, de toute façon ».

Prisonnier comme un panda dans parc

Il a paru surpris, le gars. Je l’ai dérangé juste avant l’heure de l’apéro. Excuses. Il m’a demandé de quel droit je me permettais d’avoir une opinion sur mon propre sort. Je lui ai répondu que son sort à lui aussi m’inquiétait : j’ai peur que la surdité et l’aveuglement ne finissent par le neutraliser, de sorte qu’il se retrouve lui-même enfermé dans son handicap, comme un panda dans un parc, tu vois.

Dans la même chambre

Je lui ai dit : « on habite dans la même chambre, on est dans la même barque… » tout ça, tout ça… des banalités, quoi … mais bon, il n’a pas eu l’air de saisir. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je comptais alors baisser les bras, aussi poilus soient-ils. Alors j’ai conclu : « commence par faire le ménage dans ta chambre et tu verras qu’il y aura de la place pour nous deux…c’est ça le problème : le ménage…Si tu optes plutôt pour la construction d’un mur devant ta porte (je sais que tu y songes)  tu vas te retrouver emprisonné… une fois encore : comme un panda au zoo ».  

Du business garanti

Et puis j’ai ajouté : « ensuite, quand tu m’auras aussi enseigné ta langue, tes us et tes coutumes, je te serai enfin utile, sois en certain. Je ne suis pas une larve : je suis un panda. Même enfermé, d’ailleurs, j’apporte déjà du business à ton pays, non ? ».

Je lui aurais bien pondu un dessin mais je n’ai pas encore appris. T’as un crayon, nom d’un bambou ?

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

La vache, le trône et l’opinion publique

L’histoire d’une vache au Pays-Bas. N’ayant pas grand-chose d’autre à faire que de surfer sur le web en mon honorable zoo de Beauval, j’ai lu comme vous cette information qui m’a d’abord parue sympathique mais qui a fini par me hérisser le poil.