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Le doigt d’Ali Farzat

Par Nahed Badawia, journaliste syrienne

(nahedbada @ gmail . com)

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     Ali Farzat, caricaturiste syrien, est l’auteur de l’affiche du festival international du film des droits de l’homme qui a eu lieu à Paris du 11 au 18 mars 2014 au cinéma nouveau Latina.

 

     C’est l’un des plus grands dessinateurs de presse du monde arabe ainsi que le rédacteur en chef d’Al-Domari (L’Allumeur de réverbères), un hebdomadaire satirique qu’il a fondé en 2004 pendant la période du « Printemps de Damas ». Mais l’événement  marquant qui permet de l’identifier de mieux en tant qu’artiste libre, a eu lieu le 25 août 2011, place des Omeyyades à Damas.

 

   Ce jour-là,  Ali Farzat, a été violemment agressé par des sbires (Shabihha) du régime Syrien. Ils ont brisé ses mains, ses doigts. C’était évidemment une punition sauvage contre son crayon, son talent, son esprit critique et son courage. Parce qu’il a osé transgresser le tabou syrien intouchable. Il a caricaturé le président. Cela, dès le début de la révolution. Son dernier dessin, représente  Assad avec ses valises faisant  du stop tandis que passe devant lui une voiture conduite par le président Libyen déchu Al-Kadhafi.

     
Lui briser les doigts, c’était reconnaître sa créativité. Et en même temps, c’était révéler en plein jour le visage criminel du régime à l’opinion internationale. Opinion qu’il essaie de convaincre que tous les crimes, en Syrie, sont perpétrés par des terroristes.

 

     Or, les premiers six mois de la révolution, il n’y avait contre le régime que des millions de jeunes pacifiques manifestant pour la liberté dans les rues, et des intellectuels qui les soutenaient. Mais le régime préfère raconter des histoires de terroristes plutôt que la vérité dure pour lui: son peuple veut qu’il dégage. Et  bien entendu, pour le régime que les intellectuels démocrates syriens expriment cette vérité, est plus dangereux  que  des terroristes.

 

      Ali Farzat, lui, refuse de se voir en homme politique. « Mon engagement pour la patrie est mû par la morale. Je suis né pour critiquer ce qui a été, ce qui est aujourd’hui et ce qui sera demain ».  Donc il a Exprimé sa colère,  comme d’habitude par ses moyens artistiques. Après la guérison de ses doigts,  Ali Farzat a réalisé un dessin qui parodiait sa photo prise à l’hôpital après son agression, dans lequel il a donné à son majeur une toute autre signification…

 

      La Syrie, en ce moment, ressemble à ce dessin. Elle a été agressée par la dictature. Et maintenant elle est en train d’être agressée par les trois groupes* de terroristes, soutenus  par  les pouvoir régionaux et internationaux.

 

La Syrie en ce moment, est fatiguée, mais elle ne cesse pas d’espérer, comme son grand artiste Ali Farzat, voir la liberté et la démocratie l’emporter.

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* »Bachesh , Daesh et Halesh »  Noms satiriques donnés par des militants Syriens à:

 Le régime, Kaeida et Huzbualla

 

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Merci à mes professeures de Français à la Maison de journalistes:

Guillaume Tournier et Françoise Serrero

 

 

La démocratie dans le monde est-elle en recul?

Par Nahed BADAWIA (nahedbada @ gmail . com)

Avec l’aide du professeur de français de la Maison des journalistes, Guillaume Tournier.

 

La démocratie dans le monde est-elle en recul? De nos jours, est-ce que la volonté d’un peuple d’avoir la démocratie suffit pour réussir? Le résultat actuel de la révolution syrienne tend à prouver que non, et nous conduit vers notre question principale: Est-ce que la démocratie, maintenant, dans le monde se porte bien ?

 

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En effet, chaque pays est sous l’influence de la communauté internationale. Et les institutions internationales ce qu’on appelle la communauté internationale, ne sont pas démocrates. Car elles convenaient pour gérer la guerre froide. Et elles sont les enfants de la deuxième guerre mondiale et ont été fondées par les cinq vainqueurs, qui se sont donné le droit de véto. Celui de la Russie est toujours utilisé contre la volonté de la majorité des états membres de l’ONU quand ils veulent soutenir la révolution Syrienne. C’est pourquoi le rôle de communauté internationale peut être soit un soutien soit un obstacle, dépend la volonté d’un de ces cinq pays « Vétoieux ».

 

Par ailleurs, le monde témoigne d’un changement radical dans les dernières décennies. Celui dont parle le politologue français Bertrand Badie dans son livre le « retournement du monde ». Il observe que « les identités sont de plus en plus culturelles et de moins en moins universelles ». Or comme la démocratie et la liberté sont des valeurs universelles, elles sont, de fait, en recul.

 

Mais je pense, au contraire, que les valeurs universelles de liberté et la démocratie ont diffusé et traversé les frontières européennes. Elles sont sorties du monopole de l’Occident. Parce que L’ère de l’information, Internet et satellite transforme monde en un espace commun et ouvert. Mais ce processus est plus rapide que celui des transformations culturelles qui sont toujours caractérisés par une lente. En témoignent les réactions conservatrices et réactionnaires de certains groupes dans tous les pays. Et c’est pourquoi l’extrémisme prévaut partout. On assiste ainsi à un retour aux valeurs anciennes,(prémoderne), à une croissance de l’extrême droite en Europe et une montée de l’extrémisme islamiste dans d’autres pays. Les deux dernières tendances expriment la peur de l’ouverture aux autres, considérée comme une invasion culturelle. Mais le changement viendra et ces groupes adapteront avec les valeurs de diversité et avec le monde ouvert et coloré.

 

La révolution syrienne a reflété la volonté de l’homme du peuple d’embrasser les valeurs démocratiques de la modernité Alors que ces valeurs étaient jusque-là réservées aux élites politiques et culturelles. Profitant de la méfiance de certains à l’égard des porteurs de ces valeurs modernes, le régime syrien les a décrits comme terroristes et extrémistes islamistes dès le premier cri de liberté des millions de jeunes qui aspirent à une société libre et démocratique et juste. Cela afin de convaincre le monde de le soutenir quand il massacre son peuple.

 

En fait le combat pour la démocratie et la liberté doit continuer partout et toujours. Et les Syrien luttent, en ce moment, pour la démocratie pas seulement en Syrie. Ils se battent pour renouveler et relancer la démocratie internationale parce qu’ils ont révélé l’incapacité du monde actuel d’agir pour défendre ses acquis humains et démocrates.

 

Témoignages sur les prisons syriennes

3255974Par Omar ALASAAD

Ce texte ne décrit qu’une partie de ce que l’auteur a pu vivre et voir lors de deux périodes de détention dans les prisons syriennes. Ce qu’il n’a pas constaté de ses propres yeux est sans doute pire encore.

Docteur Mohamed examine sa nouvelle carte d’identité, puis il jette un coup d’œil à son codétenu allongé sur le lit voisin et part d’un fou rire : la nouvelle carte du Docteur détenu à Aadra porte mention de son crime : « atteinte au sentiment national ». Son acolyte, qui occupe le lit au-dessus, se nomme Firas. Selon le Docteur : « Ce garçon est comme on dit chez nous, un « darwich » (benêt). Il n’est ni fou ni arriéré mentalement, mais il n’a pas d’appréhension logique de ce qui se déroule autour de lui. Il a même du mal à parler et, si on veut parler médicalement, les traits de son visage laissent voir qu’il n’est pas normal. »

« La question n’est pas de savoir si Firas

est un être normal ou pas,

car, en réalité, il n’est qu’un chiffre

parmi les autres détenus

dans les prisons syriennes »

La question n’est pas de savoir si Firas est un être normal ou pas, car, en réalité, il n’est qu’un chiffre parmi les autres détenus dans les prisons syriennes. Les vagues d’arrestations arbitraires menées par les forces de sécurité ne l’ont pas distingué des autres. Malheureusement, certains juges ne l’ont pas différencié non plus. Aujourd’hui, il ne constitue pas un cas unique dans les prisons du pays et chacun de ces détenus a son histoire.

La Syrie qui saigne depuis des mois a mis sous les verrous beaucoup de ses enfants et les fait croupir dans les geôles où même les noms de ces détenus pour les besoins de l’enquête finissent par être oubliés, car on ne les appelle plus que par un de ces sobriquets qu’on leur colle tout le temps que durera leur détention et qui font qu’il est superflu d’avoir un nom.

Radhouan, 18 ans, affirme qu’il n’a même pas participé aux manifestations, pris qu’il était par la préparation de son baccalauréat. Il a été arrêté dans une rafle. Lors de l’interrogatoire dans les salles de torture, on l’a accusé de « terroriser la ville ». Il considère que cette accusation a été portée contre lui juste pour sa parenté avec un des opposants syriens vivant à l’étranger. Pour lui, c’est « un acte de vengeance non justifiée et sans fondements. »

Aile politique

Dans la prison centrale de Damas, plus connue sous le nom de prison de Aadra, du nom du quartier où elle est située, une aile entière a été réservée aux détenus des derniers événements. On cherche à isoler ces 400 à 600 personnes des autres prisonniers dont le nombre s’élève à 6800 détenus pour divers motifs, criminel, économique, mœurs …

prison_3Dans l’aile politique, l’ambiance est différente du reste de la prison. Ceux qui y sont détenus se déclarent « défenseurs d’une cause » et refusent d’avoir les mêmes attitudes que les autres. Aussi essaient-ils de pallier les conditions de détention dont se plaignent tous les détenus : manque d’hygiène, surpopulation dans les dortoirs, sans parler des carences en soins médicaux, des maladies et infections des voies respiratoires et autres problèmes cutanés affectant un grand nombre d’entre eux. A quoi il convient d’ajouter la privation des visites. Limitées à une seule par semaine, elles coïncident avec le jour des visites des détenus de droit commun, sans parler des restrictions imposées aux mouvements des prisonniers, des fouilles et du racket dont il sont victimes de la part des ripoux qui perçoivent des pots de vins.

Pour passer le temps, les détenus ne peuvent que parler de la révolution que connaît le pays. Ils n’ont aucun autre moyen de d’échapper à l’univers carcéral. Il n’y a dans cette prison qu’une seule bibliothèque à laquelle les politiques n’ont pas le droit d’accéder. Ils sont donc obligés de recourir à une personne qu’ils chargent, quand cela est possible, d’emprunter des livres pour eux.

« De nombreux citoyens ont passé trois ou

quatre mois sans passer devant un juge »

Les détenus se sentent reconnaissants envers leur révolution qui a mis fin à l’état de siège le plus long qu’ait connu l’humanité : près de 50 ans. L’état de siège aura été le corollaire du parti Baath au pouvoir depuis 1963. Avant la levée de l’état de siège, la garde à vue n’était pas limitée à deux mois. Les autorités pouvaient maintenir un citoyen en détention indéfiniment, en renouvelant la garde à vue tous les six mois. Mais cela ne signifie pas que les détenus sont libres au terme de deux mois. On a relevé de nombreux cas de disparition pendant la révolution. La police a maintes fois procédé à l’enlèvement de personnes dont on ne sait pas encore ce qu’elles sont devenues.

Charges sans fondement

La souffrance des détenus ne se limite pas aux violences subies dans les commissariats ou dans les bureaux d’interrogatoires, elle concerne aussi les charges retenues contre eux. Bien que la cour de sûreté de l’Etat ait été dissoute, les chefs d’accusation portés contre les opposants n’ont pas changé et ils les mènent

devant les juridictions civiles ou militaires. Il s’agit de charges comme : atteinte au sentiment national, atteinte à la dignité de l’Etat, troubles des structures de l’Etat, divulgation de fausses nouvelles, incitation à la haine confessionnelle, appartenance à une association non reconnue et autres charges pouvant aller jusqu’à la rébellion et le terrorisme…

De nombreux prisonniers affirment que les charges qui pèsent contre eux n’ont aucun fondement, qu’elles ne sont que des mesures sécuritaires s’appuyant sur des aveux extorqués sous la torture ou sur des délations mal intentionnées. Il suffit que le téléphone portable comprenne une seule vidéo d’une manifestation ou même une chanson comme « Ya Hayf » (O injustice) pour qu’on soit accusé de diffusion de fausses nouvelles. Cette accusation est suivie de la mention « de nature à affaiblir le sentiment de fierté nationale. » ce qui peut entraîner une condamnation allant jusqu’à trois ans de prison ferme. Il suffit également qu’un jeune écrive un slogan sur le mur d’une coordination sur facebook pour que cela constitue une preuve de son appartenance à une « association non reconnue cherchant à changer la nature du régime. »

Le code pénal syrien stipule que les civils ne peuvent être soumis à des juridictions militaires qu’en cas de démêlées avec une partie militaire ou alors si la victime est un militaire. Mais cette loi est souvent transgressée et la police défère l’accusé devant la juridiction qu’elle choisit elle-même. Les avocats et les militants des droits de l’Homme estiment qu’il existe aujourd’hui près de 10 000 procès relatifs aux derniers événements et qu’ils œuvrent à ce que ces affaires soient transférées vers les tribunaux civils, car la cour martiale est incompétente en la matière.

a lire

Détention arbitraire, « disparitions » et torture en Syrie, le rapport 2011 de Human rights watch

Les multiples services de sécurité de la Syrie continuent d’arrêter des personnes sans mandat d’arrestation et refusent fréquemment de révéler pendant des semaines et parfois des mois les lieux où elles sont détenues -ce qui revient de fait à leur disparition forcée. Le sort de Nabil Khlioui, un homme de la région de Deir Al Zawr détenu en 2008 à cause de liens supposés avec les islamistes, demeure inconnu. Les autorités ont aussi gardé le silence quant au sort d’au moins 20 Kurdes détenus depuis 2008 à cause de liens supposés avec un mouvement séparatiste kurde.

Human Rights Watch a reçu de nombreux signalements de mauvais traitements et d’actes de torture commis par des agences de sécurité. Le Comité contre la torture des Nations Unies a exprimé en mai sa « profonde préoccupation à propos des allégations nombreuses, persistantes et cohérentes relatives à l’utilisation systématique de la torture par des agents et des enquêteurs de la force publique ».
Au moins cinq prisonniers sont morts en détention en 2010, sans qu’il y ait eu d’enquête sérieuse sur leurs décès de la part des autorités. En juin, les services de sécurité ont rendu le corps de Muhammad Ali Rahman à sa famille. Selon des défenseurs syriens des droits humains, son corps présentait des signes de torture. Le droit syrien accorde aux services de sécurité du pays une large immunité pour les actes de torture.

Comme les années précédentes, le gouvernement n’a pas reconnu l’implication des forces de sécurité dans la « disparition » d’environ 17 000 personnes, membres pour la plupart de l’organisation des Frères musulmans, et d’autres militants syriens détenus par le gouvernement à la fin des années 70 et au début des années 80, ainsi que de centaines de Libanais et de Palestiniens détenus en Syrie ou enlevés au Liban.
Plus de deux ans après que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des détenus qui avaient participé à une émeute dans la prison de Sednaya, en tuant au moins neuf, le gouvernement n’a divulgué aucune information sur les victimes. Les autorités n’ont pas relâché Nizar Rastanawi, militant éminent des droits humains qui a fini de purger une peine de quatre ans d’emprisonnement à Sednaya le 18 avril 2009, et il n’y a aucune information quant à son état de santé.