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Mon combat continue : le témoignage de l’Azerbaïdjanais Agil Khalil

[Par Yvette MUREKASABE]

“Je voulais que justice soit rendue, que les autorités de mon pays reconnaissent leur responsabilité pour tout le mal qu’ils m’ont fait, mais mon combat est loin d’être fini », me confie Agil Khalil, en ce moment. Il me fixe droit dans les yeux mais son regard est surtout tourné vers son pays. Il repense sûrement à tout ce qu’il a enduré ainsi qu’au calvaire que peuvent vivre ses confrères qui sont encore là-bas.

3« Le régime dictatorial qui m’a contraint à l’exil est toujours là. Je sais que rien n’a changé et je me battrai jusqu’à la fin contre ce système corrompu » ajoute-t-il.

Journaliste d’investigation pour le principal quotidien de l’opposition « Liberté », il s’exile en France après des années de lutte et de persécutions par les autorités de son pays. Une fois sur place, il porte plainte contre cet Etat à la cour européenne de justice (CEDH) en 2008. Six ans après, le 29 octobre, le verdict est rendu: son gouvernement est reconnu coupable des actes de tortures morales et physiques dont il a été victime.

« Je ne suis pas satisfait et mon combat est loin d’être fini. Les vingt-huit mille euros de dédommagements qui me seront versés par le gouvernement Azerbidjanais ne peuvent en aucun cas me laver de toutes les humilliations et de toutes les peines que j’ai endurées; je ne dépenserai aucun centime ». Il rajoute ensuite avec compassion: « Je les donnerai aux prisonniers politiques de mon pays, qui croupissent dans la misère. Le reste sera pour mes confrères Azéris et pour les organisations qui m’ont accueilli et soutenu en France, principalement la Maison des journalistes de Paris ».

Agil garde espoir qu’une nouvelle ère viendra et qu’il pourrait repartir dans son pays. Il reste optimiste qu’un jour l’Azerbaïdjan deviendra un Etat de droit et que tous les citoyens azerbjadaïnais pourront jouir de la liberté d’expression et les journalistes pourront exercer leurs métiers en toute liberté.

Burundi : La fin de l’âge d’or de la liberté de la presse

[Par Yvette MUREKASABE]

Radio Populaire AfricaineAntoine Kaburahe, un journaliste chevronné, est le directeur des publications du groupe de Presse Iwacu. Iwacu est le seul organe de presse qui a tenu jusqu’à aujourd’hui, après la destruction des autres médias indépendants du Burundi. Cette destruction a eu lieu la nuit du coup d’état manqué contre le président Pierre Nkurunziza, ce dernier étant contesté par les partis de l’opposition et la société civile pour avoir brigué un troisième mandat illégitime.

Après ce black-out médiatique, plus de soixante journalistes Burundais ont été contraints à l’exil, certains d’entre eux étant dans le collimateur de la justice burundaise. Le procureur général de la République a émis une demande d’extradition de Bob Rugurika, directeur général de la radio RPA, ainsi que de Patrick Nduwimana, responsable de la radio Bonesha FM, et de Gilbert Niyonkuru, journaliste à la Radio Publique Africaine.

Dans la photo, Christian THIBON, historien, Serge NIBIZI, journaliste burundais et Antoine KABURAHE, journaliste et directeur du groupe de presse IWACU

Dans la photo, Christian THIBON, historien, Serge NIBIZI, journaliste burundais et Antoine KABURAHE, journaliste et directeur du groupe de presse IWACU

Le 13 octobre dernier, le journaliste Christophe Nkezabahizi de la Radio-Télévision nationale du Burundi a été tué avec toute sa famille.

Des arrestations arbitraires et abusives ainsi que des actes de tortures à l’endroit des journalistes sont monnaie courante à Bujumbura.

Six mois viennent de s’écouler, du 13 mai au 13 novembre 2015 , et c’est l’histoire d’une régression, la fin de l’âge d’or de la liberté de la presse au Burundi.

 

 

Burundi : Nuit sanglante au sud de la capitale Bujumbura

[Par Yvette MUREKASABE]

Neuf personnes ont trouvé la mort la nuit de samedi à dimanche dans la commune urbaine de Kanyosha. Le faits se sont produits au cours de l’attaque d’un bar vers 20 heures. Les habitants de cette localité qualifiée de contestataire – pour cause de troisième mandat du président Pierre Nkurunziza – accusent la police d’être responsable de cette attaque.

Un policier burundais à Bujumbura se rend sur le lieu d'une attaque à la grenade, le 21 juillet 2015. (AFP PHOTO / CARL DE SOUZA)

Un policier burundais à Bujumbura se rend sur le lieu d’une attaque à la grenade, le 21 juillet 2015. (AFP PHOTO / CARL DE SOUZA)

«Ils étaient tous en tenue policière et ils nous ont intimé de nous coucher et ont commencé à nous tirer dessus».

Freddy Mbonimpa

Freddy Mbonimpa

Le maire de la ville de Bujumbura, Freddy Mbonimpa reconnaît la mort de sept personnes et parle d’un groupe d’assaillants portant des habits de policiers qui auraient donc commis ces tueries.

Ces tueries ont eu lieu quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum du chef de l’État Pierre Nkurunziza, lancé le 2 novembre. Il appelait les jeunes des quartiers contestataires à déposer les armes, menacés subir des représailles de grande ampleur. Pierre Nkurunziza,le président du Sénat burundais et le premier vice-président ont abondé dans la même direction : «Lancer une action dans les quartiers qui contestent le troisième mandat président Pierre Nkurunziza pour mettre fin à la rébellion».

Certains quartiers de la capitale Bujumbura se sont vidés avant l’expiration de cet ultimatum. Les habitants se sont déplacés vers les communes de la ville et ce dimanche les forces de l’ordre ont commencé à effectuer des fouilles.

(Source : Jeune Afrique)

(Source : Jeune Afrique)

Le délai de l’ultimatum passé,la tension est très tendue dans la capitale. La population craint le pire. Au cours de la semaine dernière seulement, le bilan des victimes s’est accru. Un homme a été abattu par un policier le 6 novembre dans le quartier de Mutakura.
Un défenseur des droits humains a échappé de justesse à la mort dans à une attaque chez lui à Bujumbura, il y a deux mois.

Paul Kagame (source : conakryplanete.info)

Paul Kagame (source : conakryplanete.info)

Le président rwandais Paul Kagame se dit inquiet de la situation sécuritaire chez son voisin burundais. C’était vendredi soir, à 24 heures de la fin de l’ultimatum de son homologue burundais aux « insurgés » qui contestent sa réélection. Lors de ce discours, Paul Kagame s’est indigné des agissements des dirigeants burundais qui « massacrent leur population du matin au soir ».
Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies s’est réuni le lundi 9 novembre sur la situation du Burundi. La France a exhorté la communauté internationale à mettre fin aux violences qui secoue ce pays depuis avril dernier.
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La France a pris l’initiative de la résolution sur le Burundi qui sera débattue au cours de cette semaine. Cette résolution condamne les violences et leurs auteurs et propose des sanctions contre ces derniers. L’ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations-Unies, Alexis Lamek, a jugé «particulièrement inquiétantes» les violences et les discours de haine dans cette région d’Afrique centrale. Il est temps que le Conseil de Sécurité « prenne ses responsabilités », « il faut agir », a lancé l’ambassadeur adjoint de la France auprès de l’ONU, Alexis Lamek. « Nous nous souvenons de ce qui s’est passé dans le Rwanda voisin, il y a 21 ans », a rappelé son homologue britannique. « Nous ne devons pas laisser l’histoire se répéter », a insisté Mattyhew Rycroft.