La liberté de la presse dans la ligne de mire
Dans un climat de harcèlement et de violences, les condamnations de Sonia Dahmani et Chadha Haj Mbarek symbolisent la répression croissante contre la liberté de la presse en Tunisie.
Par Walaa Bourbala
Un an avant, un autre scandale frappe le paysage médiatique en Tunisie. Il s’agit de l’arrestation de la journaliste Chadha Haj Mbarek qui travaillait pour une société de production. Elle a été incarcérée pour « complot contre la sécurité extérieure de l’État » et « offense au président de la République ». Le verdict a été prononcé par la deuxième chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis, qui a condamné la journaliste à cinq ans de prison. Son avocat a dénoncé l’absence de preuves qui lieraient les articles de Chadah Haj Mbarek à des activités illicites.
Affiche en faveur de Chadah Haj Mbarek du SNJT
Outre les procès, les conditions déplorables dans lesquelles ces femmes sont détenues aggravent leur situation. « Sonia Dahmani a été victime de plusieurs harcèlements sexuels et moraux en prison. Maintenant elle est plus forte mais les séquelles sont restées. » « L’état de santé de Chadha Haj Mbarek se dégrade car on n’a pas le droit de lui faire parvenir tous ses médicaments. Elle a aussi subi plusieurs punitions car elle a eu des problèmes avec les autres prisonnières », dénonce Khawla Chebah, coordinatrice de l’observatoire du centre de la sécurité professionnelle du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). « Ce sont les cas les plus scandaleux de répression que le pays a jamais connus », soupire-t-elle.
En dehors des murs des prisons, les journalistes tunisiens subissent également des agressions morales ainsi que des harcèlements en ligne ou sur le terrain, lors des reportages. « À cause des menaces constantes, plusieurs journalistes ont décidé de quitter le métier », révèle Khawla Chebah.
Face à cette situation, les journalistes refusent de porter plainte à cause de la lenteur du système judiciaire. Le président du SNJT, Zied Dabbar, a assuré que 80 % des médias nationaux privés pourraient mettre la clé sous la porte en raison du contexte économique et politique difficile qu’ils traversent. La promulgation du décret 54 n’a fait qu’accentuer les poursuites judiciaires lancées contre les journalistes, pour faire taire les voix contestant le pouvoir en place.