Entrée de la prison d’Evin. Photo de Ehsan Iran (wikipedia)
Alors que la guerre et les bombardements plongent l’Iran dans une situation dramatique, des millions d’habitants ont fui les villes pour échapper aux frappes. Mais derrière les murs des prisons, des milliers de détenus restent enfermés sans la moindre protection ni possibilité de fuite. Notamment des prisonniers politiques que le régime refuse d’évacuer.
Par Massoumeh Raouf
La guerre et les bombardements ont provoqué un déplacement massif de la population en Iran. Selon des rapports du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, des millions d’Iraniens ont quitté leurs maisons pour échapper aux frappes. Mais une catégorie de la population ne dispose d’aucune possibilité de fuite : les prisonniers.
Privés du moindre abri en cas de bombardement, ils sont exposés directement au danger. La désorganisation de l’administration pénitentiaire a également entraîné une pénurie grave de produits alimentaires, d’eau, de soins médicaux et de fournitures de base.
Selon les lois humanitaires internationales et la Quatrième Convention de Genève, la vie et les droits des prisonniers doivent être protégés en toute circonstance. Tout transfert illégal, torture, privation de nourriture ou exposition des détenus aux risques de guerre constitue une violation grave du droit international.
«Les bourreaux de Khamenei sont en train de souder les portes afin que, même si un missile frappe, nous ne puissions pas nous sauver.»
Un prisonnier politique de la prison de Fashafouyeh (Grand Téhéran) décrit une situation dramatique : « Le jour où les environs de la prison ont été touchés, nous avons essayé de sortir. Mais les forces spéciales NOPU (unité de répression du corps des gardiens de la révolution, NDLR) ont tiré sur eux directement avec des balles en caoutchouc, des gaz lacrymogènes puis des balles réelles pour nous disperser. Depuis ce jour-là, nous n’avons plus de ration alimentaire correcte ni d’eau pour boire ou nous laver. Le gaz est complètement coupé, l’électricité est souvent interrompue. Les besoins essentiels – nourriture, hygiène, soins médicaux – n’existent plus. Nous n’avons même pas de cigarettes, il n’y a pas de magasin… Nos crédits téléphoniques s’épuisent et les appareils sont coupés. La communication avec l’extérieur sera bientôt totalement interrompue. »
Et le prisonnier ajoute : « Les bourreaux de Khamenei sont en train de souder les portes afin que, même si un missile frappe, nous ne puissions pas nous sauver. »
Des propos similaires proviennent d’autres prisons. Après le bombardement de la prison de Sarab, dans la province de l’Azerbaïdjan oriental (nord-ouest de l’Iran) lors des premiers jours de la guerre, les détenus ont été transférés à la prison d’Ahar. La surpopulation y est devenue extrême : les prisonniers n’ont même plus d’espace pour dormir et beaucoup doivent passer la nuit à même le sol. La nourriture est rare et certains détenus souffrent de la faim. Les installations sanitaires et les produits de base font cruellement défaut.
À la prison de Gonbad-e-Kavous, dans la province du Golestan (nord de l’Iran), les détenus font également face à une grave pénurie de nourriture et de produits essentiels. Selon les rapports, le magasin de la prison n’existe plus et plusieurs responsables administratifs ont quitté leur poste en laissant les prisonniers sans aucune assistance. L’augmentation massive du nombre de détenus après le soulèvement de décembre a encore aggravé cette situation.
Sous les bombes, la répression s’intensifie
La réponse du régime à cette situation n’est pas de protéger les prisonniers ou de les libérer, mais d’intensifier la répression. Une politique qui reflète la logique du pouvoir iranien. Même sous les bombes, la priorité reste le contrôle absolu de la société et la prévention de toute forme de contestation.
Cette obsession apparaît également dans les déclarations officielles des responsables sécuritaires. Ahmad-Reza Radan, commandant des forces de police de la République islamique, a déclaré à la télévision d’État : « Si quelqu’un descend dans la rue à la demande de l’ennemi, nous ne le considérerons pas comme un manifestant. Nous le verrons comme un ennemi et nous le traiterons comme tel. Tous nos hommes sont prêts, le doigt sur la gâchette. »
Dans une autre mise en garde, le service de renseignement des gardiens de la révolution a promis de porter un « coup plus puissant que celui du 8 janvier » à toute forme de « désordre dans les rues ».
Ces déclarations montrent clairement que, pour le régime, le véritable front ne se situe pas seulement dans la guerre extérieure, mais dans les rues du pays. Dans cette logique, les prisons deviennent un instrument central pour intimider la société et empêcher l’émergence de nouvelles protestations.
«Les frappes aériennes ne suffiront pas à faire tomber Téhéran ; seul un soulèvement populaire, organisé et soutenu par les Iraniens eux-mêmes, peut mener à la libération du pays. »
Mohammad Mohaddessin
Face à cette situation, la présidente élue de la résistance iranienne, Maryam Radjavi, a appelé dès les premiers jours de la guerre la communauté internationale à agir pour la libération immédiate des prisonniers. En particulier des prisonniers politiques. Elle a souligné que maintenir des détenus sous les bombardements constitue un crime supplémentaire.
Mohammad Mohaddessin, président de la commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a déclaré lors d’une conférence à Paris le jeudi 12 mars 2026 : « Les frappes aériennes ne suffiront pas à faire tomber Téhéran ; seul un soulèvement populaire, organisé et soutenu par les Iraniens eux-mêmes, peut mener à la libération du pays. »
Pour les milliers de prisonniers enfermés sans protection sous les bombardements, la question n’est plus seulement politique. Elle est devenue une urgence humanitaire. Leur sort exige une réaction immédiate de la communauté internationale.
La situation des prisons iraniennes montre que, même dans les circonstances les plus extrêmes, le régime ne renonce pas à la répression. Au contraire, la guerre est utilisée pour renforcer le contrôle et étouffer toute voix dissidente.
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