Portrait officiel de Donald Trump en tant que président des États-Unis en 2025.(Photo : Daniel Torok)

Un an que Donald J. Trump est de retour à la Maison-Blanche et, déjà, la démocratie américaine vacille. Ses décisions controversées et ses positions ambiguës poussent des analystes à établir des parallèles troublants avec certains régimes autoritaires.

 

Par Jean Samuel Mentor

Il avait déjà bousculé les normes lors de son premier passage à la Maison-Blanche. Mais le Trump de 2025 va plus loin, bien plus loin. Fake news, provocations calculées, coups de force institutionnels : le président américain semble avoir définitivement rompu avec les codes qui régissent la plus haute fonction du pays.

Ce qui se joue en ce moment n’a rien d’anodin. Donald Trump avait déjà montré de quel bois il se chauffait. Le 6 janvier 2021, il lançait ses partisans à l’assaut du Capitole, symbole sacré de la démocratie américaine. Un acte fondateur. Une déclaration de guerre. Il n’a d’ailleurs jamais condamné ses actes ni reconnu les victoires électorales du camp démocrate.

Quatre ans plus tard, il est de retour. Plus déterminé. Porté par une base Maga fanatisée qui le suit les yeux fermés, Trump entame son second mandat avec une seule obsession : la revanche. Contre ses adversaires, contre ses alliés, contre un ordre mondial qu’il entend faire plier à sa volonté.

Protectionnisme assumé, chantage diplomatique, attaques contre les institutions, Trump ne gouverne pas. Il règne.

Au début de son mandat, son arme fatale a été les droits de douanes. Le locataire de la Maison blanche a reposé  presque toute sa politique économique dessus, convaincu cela redresserait l’économie des Etats-Unis. Pourtant, les économistes assurent que ces taxes douanières sont une absurdité.

Les droits de douane dits « réciproques » sont montés jusqu’à 50 % pour des partenaires commerciaux majeurs comme l’Inde et le Brésil et jusqu’à 145 % sur les produits chinois. Trump mène une guerre commerciale tout azimut au nom d’un nationalisme économique agressif qui pénalise avant tout le consommateur américain.

Mais le président américain a voulu aller trop loin, trop vite. Le 20 février 2026, la Cour suprême lui a infligé un camouflet historique. Dans une décision prise par 6 voix contre 3, la plus haute juridiction américaine a estimé que Trump avait violé la loi fédérale en imposant unilatéralement des droits de douane massifs dans le monde. Il n’en avait pas le droit. Point. Le juge en chef, John Roberts, a écrit que la loi sur laquelle s’appuyait Trump, l’International Emergency Economic Powers Act,  ne peut en aucun cas s’appliquer aux droits de douane ni aux taxes douanières.

Apprenant la nouvelle lors d’une réunion avec des gouverneurs à la Maison blanche, Trump aurait lâché « Cest une honte » avant de quitter la pièce. Plus tard, lors d’une conférence de presse, il a qualifié les juges de sa majorité de « peu patriotiques et déloyaux envers la Constitution ». Un président américain qui traite de traîtres les membres de sa propre Cour suprême, voilà le niveau de dérive institutionnelle ce pays est arrivé.

Une politique migratoire de terreur

Sur le front intérieur, la politique migratoire de Trump est entrée dans l’histoire pour les pires raisons. Trente-deux personnes détenues par l’ICE (United States Immigration and Customs Enforcement ou Service de l’immigration et des douanes des Etats-Unis) sont mortes en 2025, un record sur deux décennies. Au moins sept autres sont décédées en janvier 2026. Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites. Ce sont des vies humaines effacées dans des centres de détention surpeuplés où règnent la négligence médicale et la violence.

Plus grave encore : la machine répressive de Trump a commencé à broyer ses propres citoyens. En janvier 2026, à Minneapolis,  lors d’opérations anti-immigration, des agents fédéraux de l’ICE ont abattu deux citoyens américains : Renée Good, 37 ans, et Alex Pretti, 37 ans. Selon les enquêtes, des vidéos contredisent la version officielle de l’administration sur les circonstances de ces décès.

Des agents de l’ICE rencontrent le secrétaire à la Défense Pete Hegseth à la base aérienne MacDill, en Floride, le 6 mai 2025. (Photos: U.S. Air Force Senior Airman Madelyn Keech)

Toute dérive autoritaire qui se respecte s’accompagne d’une attaque systématique contre la liberté de la presse. Trump ne fait pas exception. Selon la Freedom of the Press Foundation, Trump a publié 215 messages anti-médias sur les réseaux sociaux en 2025. Il a ciblé individuellement des journalistes et des organes de presse pour la couverture critique de son administration.

Dès le jour de son investiture, il a gelé des centaines de millions de dollars d’aide étrangère destinée à soutenir la liberté de la presse dans le monde. Il a également démantelé l’US Agency for Global Media, qui soutenait des médias indépendants comme Voice of America et Radio Free Europe que suivaient 427 millions de personnes dans des régimes répressifs.

L’Associated Press a été bannie des événements officiels de la Maison blanche, en représailles pour avoir refusé d’adopter l’appellation « Golfe d’Amérique » au lieu de « Golfe du Mexique » dans son guide de style. Punir la presse pour un désaccord sémantique, c’est le réflexe d’un caudillo, pas d’un président démocratique.

Si l’on voulait une preuve supplémentaire que Trump gouverne avec l’instinct d’un conquérant plutôt que d’un démocrate, il suffit de regarder le Groenland. Trump a fait de l’acquisition de cette vaste île de seulement 56 000 habitants une priorité soutenue, la présentant comme un impératif de sécurité nationale face à la concurrence arctique de la Russie et de la Chine.

Dès le 6 janvier 2025, avant même de prêter serment, il menaçait le Danemark de taxes douanières « très élevées » si celui-ci ne cédait pas ce territoire autonome. Trump a envoyé son fils, Donald Trump Jr., au Groenland,  dans une mission de séduction populaire. Sur place, des observateurs locaux ont décrit la visite comme « mise en scène ». Les Groenlandais, eux, n’ont pas ri : plus de 85 % des habitants de l’île s’opposent à toute intégration aux États-Unis.

En janvier 2026, Trump a franchi une ligne que peu d’observateurs croyaient franchissable. Des commandos américains Delta Force ont attaqué Caracas et capturé le président vénézuélien, Nicolás Maduro et son épouse. Ces derniers ont été transférés à New York pour y être jugés. L’opération, baptisée « Absolute Resolve », avait été répétée des mois durant sur une réplique du bâtiment ciblé.

L’organisation WOLA a dénoncé l’illégalité de cette action. Elle rappelle que depuis septembre 2025, les États-Unis ont mené 32 frappes militaires et tué au moins 115 personnes dans la mer des Caraïbes et le Pacifique oriental, des exécutions extrajudiciaires selon les experts.

Le prétexte officiel de cette attaque était la lutte anti-drogue. Mais Trump lui-même a clairement indiqué, lors d’une conférence de presse, que le pétrole vénézuélien était en fait la motivation centrale de l’opération. Il a déclaré que les États-Unis allaient gérer le Venezuela et « vendre de grandes quantités de pétrole à dautres pays ». Plusieurs gouvernements d’Amérique latine, Brésil, Colombie, Mexique ainsi que la Russie, la Chine et l’Iran ont condamné l’opération comme une violation du droit international.

Ce tableau d’ensemble révèle une vérité que beaucoup refusent encore d’entendre : Donald Trump ne gouverne pas selon les codes d’un chef d’État démocratique.

Mais le summum de cette frénésie guerrière a été atteint le 28 février 2026. Les États-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes surprises sur de multiples sites en Iran. Frappes qui ont tué le Guide suprême, Ali Khamenei, et de nombreux hauts responsables iraniens. L’opération, baptisée « Epic Fury » par la Maison blanche, a embrasé toute la région.

Ces frappes ont été lancées sans autorisation du Congrès, en violation de l’article 1 de la Constitution américaine qui réserve au parlement le pouvoir de déclarer la guerre. Même au sein du camp républicain, des voix se sont élevées. Le représentant Thomas Massie a qualifié les frappes d’« actes de guerre non autorisés par le Congrès ».

Plus troublant : des sources ont révélé à CNN que la veille des frappes, le Pentagone avait lui-même informé des membres du Congrès que l’Iran ne planifiait pas d’attaques contre les forces américaines, sauf si Israël attaquait le premier, contredisant directement les justifications officielles de l’administration.

Depuis le début du conflit, plus de 1 200 personnes ont été tuées en Iran, 570 au Liban et 12 en Israël. L’Iran a bloqué  le détroit d’Ormuz, ce qui a fait bondir les prix du pétrole et fragilisé l’économie mondiale. La région brûle. Et Trump surveille les frappes depuis son club de Mar-a-Lago, en Floride.

Ce tableau d’ensemble révèle une vérité que beaucoup refusent encore d’entendre : Donald Trump ne gouverne pas selon les codes d’un chef d’État démocratique. Il gouverne selon les réflexes d’un homme fort qui a découvert que le pouvoir, aux États-Unis, peut s’exercer sans presque aucune contrainte si l’on est prêt à briser les normes une par une.

Attaques contre la presse, mépris du Congrès, emprisonnement illégal de citoyens, guerres déclenchées sans autorisation parlementaire, tentative d’annexer le territoire d’un allié de l’Otan, intervention militaire pour s’emparer du pétrole d’un pays souverain : chaque item de cette liste est le reflet fidèle de ce que font Poutine, Kim Jong-un ou d’autres dirigeants autoritaires, ceux-là même que Trump, par une ironie tragique, prétend combattre.

La démocratie américaine n’est pas morte. Mais elle vacille. La Cour suprême a résisté aux taxes douanières. Des juges fédéraux ont bloqué certaines déportations illégales. Des journalistes continuent de témoigner malgré les représailles. Des citoyens descendent dans la rue. Ce sont là les anticorps d’une démocratie blessée, mais vivante.

La vraie question, un an après le retour de Trump au pouvoir, n’est pas de savoir si les États-Unis sont encore une démocratie. La vraie question est de savoir combien de temps ses garde-fous tiendront face à un homme qui a décidé, une fois pour toutes, qu’il n’avait de compte à rendre à personne.

 

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