La loi n° 2015-052

Le quota des invisibles
Réunions de l’association Vision femme Mali en zone rurale. Photo : Vision femme Mali

Dix ans après l’adoption de la loi 052 de représentation des femmes politiques, son application peine à s’imposer dans un environnement d’instabilité politique.

Par Elodie Martinez

Mariam Keita, présidente de l’association Vision femme Mali. Photo : Vision femme Mali
Avril 2015, l’indice de l’égalité entre les genres en Afrique tombe, le Mali occupe la 50e place sur 52 d’après la Banque africaine de développement. Décembre 2015, la loi 052 est adoptée sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keita. Article 1 : « À l’occasion des nominations dans les Institutions de la République ou dans les différentes catégories de services publics au Mali, par décret, arrêté ou décision, la proportion de personnes de l’un ou de l’autre sexe ne doit pas être inférieure à 30 %. »

Seidik Abba, journaliste et spécialiste du Mali, se souvient de cette loi qui devait inspirer le changement : « Le Mali était classé loin derrière en matière d’égalité entre les hommes et les femmes. En 2015 il y a eu une prise de conscience dans le pays de la nécessité absolue de les inclure alors qu’elles représentent au moins 50 % de la population. »

Un quota obligeant une représentation minimale des femmes dans les institutions électives et nominatives, la loi, a été tout de suite, d’après Seidik Abba, mise de côté : « Il représentait une nécessité de corriger ce déséquilibre, permettant aux femmes de participer à la vie politique mais le quota n’a jamais été respecté. Pas même par l’État qui a directement envoyé un mauvais signal. »

 

Près de 10 ans après l’adoption de la loi n°2015-052, elle peine à être appliquée, malgré une évolution visible par les chiffres. En 2020, les femmes représentaient 21,25 % des membres des institutions de la République (rapport Profil des genre 2024 produit par le ministère de la Promotion de la femme de l’enfant et de la famille avec l’ONU Femmes), un taux qui s’est effondré. Toujours d’après ce rapport, en mars 2024, seuls 16,5 % de femmes étaient au sein du gouvernement, 4,1 % à la présidence de la République et 4,8 % au Haut Conseil des collectivités.

« La loi 052 n’est plus une exigence politique »

Seidik Abba

Près de 10 ans après l’adoption de la loi n°2015-052, elle peine à être appliquée, malgré une évolution visible par les chiffres. En 2020, les femmes représentaient 21,25 % des membres des institutions de la République (rapport Profil des genre 2024 produit par le ministère de la Promotion de la femme de l’enfant et de la famille avec l’ONU Femmes), un taux qui s’est effondré. Toujours d’après ce rapport, en mars 2024, seuls 16,5 % de femmes étaient au sein du gouvernement, 4,1 % à la présidence de la République et 4,8 % au Haut Conseil des collectivités.

Mariam Keita, présidente de l’association Vision Femme Mali n’est que l’illustre exemple du désengagement politique dans cette cause depuis le dernier coup d’État en mai 2021. D’abord engagée dans un parti politique, c’est la désillusion quand les partis politiques ont été dissous. Seidik Abba, soulève la problématique « Avec un coup d’État, l’équité entre les hommes et les femmes dans la vie politique n’est plus une exigence politique alors que les partis politiques ont, eux même, été mis entre parenthèses. Nous sommes dans une période d’exception où la démocratie a elle-même reculée. »

Les femmes participent au développement local

Une parenthèse où les femmes ne doivent pas abandonner le pouvoir du point de vue de Mariam Keita. Son association fait de nombreuses missions en zone rurales, pour développer des groupes de paroles en langue locale afin de mettre en lumière la citoyenneté oubliée de ces femmes. Le rôle des femmes rurales au quotidien contribue largement au développement local. Leur présence aux réunions aux côtés des autorités traditionnelles et locales fait d’elles un pilier de stabilisation des femmes citadines. « Elles participent activement aux réunions chez les chefs de village, elles sont aussi présentes dans les différentes mairies.  Cette participation désintéressée qui leur revient de droit n’est qu’un acte banal de leur vie courante. Elles ne se rendent pas compte que ce devoir de citoyenne est aussi un droit citoyen.» Avec ces femmes rurales, Vision Femme Mali espère contribuer à la création d’un environnement de stabilité « afin de ne plus tomber dans un cycle de coup d’État ».

Des femmes politiques invisibles

Le rapport à la citoyenneté des femmes issues des milieux ruraux reste un enjeu complexe dans un système où les normes socio-culturelles sont liées à la religion, où les lois déséquilibrent les rapports de force. Comme la loi sur le mariage où les hommes sont considérés comme « chef de famille » et doivent donc par essence subvenir aux besoins familiaux. Un devoir socio-culturel qui leur confère un ascendant sur les femmes, alors qu’elles ne sont que 42 % à travailler en 2022 contre 78 % des hommes.

Le pouvoir économique est intrinsèquement lié au pouvoir politique où d’après Mariam Keita seule des femmes avec une stabilité économique ont eu accès à des postes de responsabilités politiques, même si la plupart occupent des postes de fonctionnaires sans pouvoir décisionnel. Le journaliste Seidik Abba dénonce des femmes placées dans le gouvernement en tant que figurantes, là pour mettre en avant des hommes politiques.

« Une femme qui rentre tard d’une réunion politique ou associative est souvent accusée de prostitution »

Mariam Keita

Mariam Keita en atteste :  « Les femmes se contentent le plus souvent du port d’uniforme pour des activités socio-culturelles ( danser et représenter des idées politiques sans pouvoir décisionnel). Elles sont souvent placées là pour dire qu’elles sont présentes.» Elle poursuit en expliquant le poids des normes socio-culturelles ne permettent pas pour l’heure des changements structurels :  « S’il arrive qu’une femme rentre tard d’une réunion politique ou associative, elle est souvent accusée de prostitution jetant le déshonneur sur sa famille. La peur du jugement relaie les femmes au second plan.» 

Si Mariam Keita, femme politique et présidente de l’association Vision Femme Mali garde un espoir au vu de son engagement pour le changement, le journaliste, Seidik Abba demeure pessimiste d’autant plus qu’il trouve que les politiques mises sur place ne corroborent pas avec les réalités socio-culturelles.

Au vu de la situation politique actuelle, aucun changement structurel sur la promotion des droits de la femme n’est envisageable, à moins qu’un retour à l’ordre constitutionnel ne soit rétabli.