ONG et associations en détresse

Atelier d’échange organisé par Wildaf Mali à Bamako dans le cadre du projet ACTWILDH24 de l’UNFPA en décembre 2025. Photo : Wildaf Mali

Si l’homme a besoin d’air pour vivre, les ONG ont besoin de financement pour survivre. Au Mali, la réduction des financements internationaux et le durcissement du contexte politique fragilisent gravement l’action des organisations de défense des droits des femmes.

Par Antoine Camara

Selon un rapport du Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap) publié en mai 2025, l’arrêt des financements des Etats-Unis dans de nombreux programmes humanitaires essentiels au Mali a accentué la vulnérabilité des populations touchées par les conflits en cours. Toujours selon ce rapport, plus de 191 000 personnes n’ont pas pu bénéficier de services de santé sexuelle et reproductive dans le pays.

Dans ce contexte, des associations de protection et de promotion des droits des femmes, comme l’ONG Wildaf Mali, sont de plus en plus confrontées à des difficultés pour mener à bien leurs actions de sensibilisation et d’accompagnement auprès des populations vulnérables. A Tombouctou, l’ONG Wildaf Mali peine désormais à accompagner les victimes de violences tandis que la dégradation générale des droits humains laisse craindre un recul durable de la protection des populations les plus vulnérables.

Ouma Dahi est la coordinatrice de l’ONG Wildaf Mali à Tombouctou. Son rôle est de recueillir les plaintes des femmes victimes de violences, de rédiger les requêtes et de les accompagner au tribunal pour faire le suivi de leur dossier. Elle se charge aussi d’animer des séances de sensibilisation sur l’accès à la justice lors d’émissions radio ou dans les quartiers de la ville.

« Chaque mois nous recevons environ une trentaine de femme et la plupart du temps, ce sont des cas de violences conjugales que nous traitons, affirme-t-elle. Cela peut-être des agressions physiques ou des viols. »

Cependant, pour être opérationnelle dans l’accueil, l’accompagnement et la sensibilisation

Campagne des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre en décembre 2025. Photo : Wildaf Mali

 des populations, l’antenne de l’ONG à Tombouctou doit pouvoir bénéficier de fonds suffisants. Ce qui n’est, à ce jour, pas le cas : « L’une des difficultés, c’est qu’ici, à Tombouctou, on peut dire que les bureaux sont presque fermés aujourd’hui, déplore Ouma Dahi. Les besoins sont récurrents mais les fonds pour accompagner les victimes manquent. »

Des partenariats arrêtés

Au fil des années, l’ONG Wildaf Mali a noué plusieurs partenariats avec d’autres organismes internationaux comme Avocats Sans Frontières Canada pour son programme d’appui à la justice et à la paix (Jupax), le Global Survivors Fund, un fonds mondial dédié à la reconnaissance et à la réparation des victimes de conflits et d’atrocités de masse ou encore le Fnuaps.

« Avec le projet Jupax, on avait un partenariat de 2021 à 2025, raconte Ouma Dahi. Durant ces quatre années, les femmes accompagnées étaient vraiment satisfaites, elles ont pu être sensibilisées sur la défense de leurs droits et elles se partageaient même des informations entre elles. »

Atelier de renforcement des capacités sur l’appropriation de l’outil de gestion pacifique des conflits organisé par Wildaf Mali et l’Open Society Foundation. Photo : Wildaf Mali

Mais à l’issue de certains de ces partenariats, les activités de l’ONG Wildaf Mali dans la région sont devenues plus difficiles à poursuivre : « Pour faire des actions de sensibilisation, des émissions à la radio ou bien de l’assistance judiciaire, il faut des frais. Donc si nous n’avons pas de partenaires pour mener à bien ces activités, ça nous freine un peu », regrette la coordinatrice de Wildaf Mali à Tombouctou.

Selon Drissa Traoré, juriste et ancien coordinateur national du programme

conjoint de l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) et de la Fédération internationale des droits humains (FIDH), la problématique du financement des ONG est transversale à toutes les organisations du Mali.

«  De nombreuses ONG au Mali ont tendance à voir leurs financements s’amenuiser comme peau de chagrin. Cette

problématique s’explique en partie par les mesures drastiques imposées par les autorités maliennes visant à davantage contrôler la société civile. »

Une situation qui contraint de nombreuses femmes à se retrouver dans la précarité : « Beaucoup de ces ONG font aussi la promotion de l’activité génératrice de revenus pour les femmes, poursuit Drissa Traoré. Les femmes victimes de violences basées sur le genre sont parfois accueillies et soutenues dans les activités économiques pour qu’elles puissent subvenir à leurs besoins. Avec l’absence de financements, on remarque que cela va être très difficile, voire impossible, pour ces femmes, surtout celles vivant en milieu rural. »

Des ONG qui tentent de survivre

Concernant l’évolution des droits humains et l’action des ONG au Mali dans les années à venir, Drissa Traoré livre un constat plutôt pessimiste. « Aujourd’hui, on assiste à ce qu’on pourrait appeler une sorte de mode de survie de la part des ONG. Beaucoup d’entre elles sont bannies du pays et ne peuvent plus travailler sur place. Et concernant celles qui se trouvent sur place, elles sont obligées de s’abstenir de travailler sur des questions sensibles. »

Les ONG et associations locales ont donc tendance à s’éloigner des causes comme la promotion et la protection des droits de l’Homme pour se focaliser sur des sujets plus consensuels « comme la réconciliation ou la citoyenneté », détaille-t-il.

Atelier d’échange organisé par Wildaf Mali à Bamako dans le cadre du projet ACTWILDH24 de l’UNFPA en décembre 2025. Photo : Wildaf Mali

Concernant l’évolution des droits humains et l’action des ONG au Mali dans les années à venir, Drissa Traoré livre un constat plutôt pessimiste. « Aujourd’hui, on assiste à ce qu’on pourrait appeler une sorte de mode de survie de la part des ONG. Beaucoup d’entre elles sont bannies du pays et ne peuvent plus travailler sur place. Et concernant celles qui se trouvent sur place, elles sont obligées de s’abstenir de travailler sur des questions sensibles. »

Les ONG et associations locales ont donc tendance à s’éloigner des causes comme la promotion et la protection des droits de l’Homme pour se focaliser sur des sujets plus consensuels « comme la réconciliation ou la citoyenneté », détaille-t-il.

Des actions limitées par les autorités

En effet, afin de mener des actions sur place, les ONG internationales, qui sont le plus souvent les partenaires financiers, doivent obtenir un avis de non-objection de la part des autorités maliennes. «  Il y a toujours besoin de l’aval du pouvoir militaire pour organiser des actions d’aide humanitaire ou de défense des droits des femmes, note le juriste. Même si des ONG obtiennent des financements sur les questions de droits de l’homme, dans la pratique, leurs modalités d’action sont très limitées car les autorités maliennes ont imposé de nombreuses mesures restrictives », poursuit-il.

Dernièrement, le rapport mondial 2026 publié par l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch pointait une dégradation de la situation des droits humains au Mali durant l’année 2025. Pour rappel, en janvier 2025, le Mali s’est retiré de la Communauté économiques des pays d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ce qui limite désormais la possibilité pour les citoyens maliens de demander justice auprès de la Cour de justice de la Cedeao.

En septembre, le général Assimi Goïta, président de la transition a également annoncé le retrait du Mali du traité de la Cour pénale internationale. Enfin, en juillet 2025, une enquête menée par l’agence des Nations Unies chargées des questions sexuelles et reproductives a fait état d’une hausse des violences sexuelles dans les sites de déplacés internes et les zones de conflits.

Malgré un besoin constant de promouvoir les droits humains, le manque de financement exacerbé par les restrictions politiques met en péril l’activité de nombre d’organisations non gouvernementales et d’aide humanitaire. Cette absence d’accompagnement international fait que les ONG locales ne sont plus en mesure de satisfaire les attentes des populations vulnérables et en particulier les milliers femmes victimes.