« On ne parle plus de politique »

Les affiches de propagande pour inciter les Russes à rejoindre l’armée sont courantes à travers le pays, comme ici à Saint-Pétersbourg, le 14 janvier 2025. Photo : Olga Maltseva/AFP

La guerre en Ukraine a changé les vies des jeunes Russes et a vu la propagande s’intensifier. Affiches, médias, peur de parler de ses opinions… deux jeunes étudiants, Alexander et Arina, se sont confiés sur leur quotidien dans la Russie de Vladimir Poutine en guerre.

Par Axel Monnier & Daria Timchenko

Alexander est étudiant en master d’anglais. Il a 22 ans et est originaire du centre de Moscou. Son père travaille pour le gouvernement. Arina, elle, a 20 ans. Elle vit à Saint-Pétersbourg depuis douze ans. Elle vient d’entrer à l’université pour étudier l’histoire de l’art. Tous deux sont confrontés à la même chose que n’importe quel autre jeune Russe. Si l’un s’intéresse à la politique ans être affilié à un parti, l’autre ne porte pas ce sujet dans son cœur. Ils nous ont raconté comment chacun vivait la propagande russe au quotidien depuis le 24 février 2022.

La guerre a-t-elle changé votre vie ?

Alexander. Elle n’a pas changé mon quotidien, nous sommes loin du conflit ici. Par contre elle a changé ma manière de voir le monde. Elle m’a radicalisé. Pourtant, je n’aime pas les idées radicales. Ça a changé mon rapport à mes parents aussi. Nous ne parlons plus de politique, alors qu’avant nous pouvions en discuter sans trop de problèmes, même si nous n’avons pas les mêmes idées.

Arina. Tous mes amis sont partis dans d’autres pays. Ma vie a beaucoup changé. Mais moi, j’ai toute ma vie ici, je ne peux pas juste partir. Ma relation avec mes parents a changé aussi… Je parle rarement de la situation politique avec eux car nous n’avons pas les mêmes opinions.

Comment se traduit la propagande du gouvernement russe dans vos journées ?

Alexander. Dans les médias, évidemment. Je n’en regarde plus ou je n’en écoute plus à cause de cela. Une fois, j’avais une leçon de conduite. Mon moniteur écoutait une station nationale de radio. C’était un débat sur la guerre en Ukraine. Ils déshumanisaient les Ukrainiens et disaient que c’étaient des nazis. Ça m’a rendu fou.

Arina. Il y a de nombreux panneaux dans les rues, surtout depuis la guerre en Ukraine, pour que les gens rejoignent l’armée.

Quelle est votre réaction face à cette propagande ?

Alexander. Ça m’énerve. Quand je vois un panneau, j’ai envie de le casser. Mais je ne veux pas avoir de problème. J’ai déjà reçu une amende à cause d’une manifestation. Comme ce sont mes parents qui me donnent de l’argent, je ne veux pas que ça serve à payer une nouvelle amende. Je pourrais même finir en prison.

Arina. Je l’ignore, je passe devant. La propagande ne me fait pas beaucoup d’effets. Mais je connais des gens, dans mon université par exemple, qui sont d’accord avec. Je ne parle pas de ça avec eux. [Arina répond à nos questions en visio depuis une salle de son université. Interloquée par une de nos questions, elle regardera autour d’elle et nous indiquera ne peut pas répondre.]