Tunisie
Un président qui diviseLe président tunisien Kais Saied lors de sa cérémonie de prestation de serment devant l’Assemblée nationale à Tunis, le 21 octobre 2024. Photo Fethi Belaid/AFP.
En 2019, Kaïs Saïed est élu président de la République tunisienne car il bénéficie d’une image de probité. Mais en 2021, il s’octroie les pleins pouvoirs, démet des membres du gouvernement et gèle les activités du Parlement, puis le dissout. En 2022, il abroge la Constitution progressiste de 2014 et fait adopter par référendum un nouveau texte qui se caractérise par un pouvoir exécutif fort et fait référence à l’islam comme source du droit. Parmi les victimes de ce retour en arrière, les femmes.
Par Camille Amara, Walaa Bournala et Rhaïs Koko.
Froid et austère, le candidat bénéficie d’une aura particulière. « Il arrive à agréger un public très différent, pas seulement sur un projet mais sur une série de rejets », constate Hatem Nafti, journaliste et essayiste.
Le candidat semble avoir une force particulière : « Il arrive à agréger un public très différent, pas seulement sur un projet mais sur une série de rejets », constate Hatem Nafti, journaliste et essayiste.
Dès son entrée en fonction, Kaïs Saïed impose son style de gouvernance : une petite équipe, avec des figures proches de sa vision juridique et institutionnelle. C’est sans compter sur le parlement avec qui les relations se tendent. Rapidement, il divise, entre le camp du président de l’espoir pour les uns et celui rigide et solitaire pour d’autres.
En 2024, pourtant accusé de dérive autoritairepar la société civile, le président sortant Kaïs Saied a été réélu à une écrasante majorité de 90,7 %. Ce scrutin affiche le taux de participation de 28,8 %, le plus faible depuis la révolution de 2011. Cela s’explique par le fait que « Kaïs Saïed pratique un
Kaïs Saïed, président de la république tunisienne le jour de son investiture. Photo Creative Commons.
populisme sans le peuple. Lors des élections législatives il a battu un record mondial d’abstention », indique Hatem Nafti.
Hatem Nafti est né à Tunis en 1984. Ingénieur de formation, il se spécialiste dans la géopolitique tunisienne. Il intervient régulièrement dans des médias internationaux dont France24. Essayiste reconnu, il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages tels que De la révolution à la restauration : où va la Tunisie ? (2019) et Tunisie, vers un populisme autoritaire ? (2022).
Le dernier essai d’Hatem Nafti, en 2024.
Son dernier livre, paru en 2024, s’intitule Notre ami Kaïs Saïed : Essai sur la démocratie tunisienne. Contrairement à ce à qipo s’attendaient ses lecteurs, l’ouvrage de Hatem Nafti n’a pas été censuré en Tunisie. L’auteur assure ne pas avoir reçu de réactions officielles de la part du pouvoir, ce qui reflète d’après lui une stratégie : celle d’ignorer pour éviter toute polémique virale.
« Je ne me fais pas d’illusion, l’impact de ce que j’écris est minime et l’influence est limitée, donc mes ouvrages ne dérangent pas le régime », confie-t-il.
Dans ses livres, l’écrivain développe souvent la même réflexion sur le déploiement d’une restauration autoritaire dans le pays. « Le fil conducteur de mes écrits est de savoir quel est le rapport de l’élite tunisienne avec la dictature ». Et de poursuivre : « Certaines personnes estiment que notre peuple n’est pas encore mûr pour décider et qu’il a besoin qu’on réfléchisse à sa place ».
Dans ses livres, l’essayiste cherche avant tout à contextualiser les événements et à offrir un recul sur les transformations politiques du pays. Une manière, selon lui, de rappeler les faits depuis la chute de l’ancien président Ben Ali et d’en préserver la mémoire.