Une participation politique féminine en net recul
Lors de la Journée nationale de la Femme en Tunisie le 13 août 2023, des femmes protestent contre le régime de Kaïs Saïed. Photo : Yassine Gaidi
Après la révolution de 2011, la Tunisie a connu des avancées significatives en matière de droits des femmes : mise en place de la parité électorale et inscription de l’égalité dans la Constitution. Aujourd’hui les discours de Kaïs Saïed suscitent des inquiétudes quant à la place des femmes dans la vie politique et sociale du pays.
Par Walaa Bourbala
Ces avancées significatives se sont poursuivies après la révolution de 2011, lorsque la Tunisie a signé la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Parallèlement, la loi électorale a été modifiée pour introduire un système de parité sur les listes électorales, ce qui obligeait chaque parti à présenter un nombre égal de femmes et d’hommes.
Suivant les pas de son prédécesseur, le président Béji Caïd Essebsi s’est présenté en 2014 comme un défenseur des droits des femmes. Il confie à Yousra Ben Haj Hamida, ancienne présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates, la mission d’analyser les lois tunisiennes pour les moderniser et éliminer toute forme de discrimination.
Suite aux consultations menées, un rapport est présenté, qui préconise entre autres la révision de la loi sur l’égalité successorale. Cette proposition, très controversée, suscite un vif débat dans le pays et n’est finalement pas votée par le parlement.
Selon Kaïs Saïed, la charge de la famille incombe aux hommes, ce qui justifie des différences salariales et successorales
Après que Kaïs Saïed se soit arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021, la situation change radicalement. En 2022, à l’occasion de la Fête nationale de la femme, qui a lieu chaque 13 août, le chef de l’État prononce un discours dans lequel il s’adresse aux femmes. Il y affirme être opposé à l’égalité et préférer privilégier le concept d’équité. Selon lui, la charge de la famille incombe aux hommes, ce qui justifie des différences salariales et successorales. Il met toutefois en avant son engagement en faveur des femmes qui vivent dans les zones rurales.
En 2021, il nomme Najla Bouden cheffe du gouvernement, une première en Tunisie. Cependant, cette nomination ne pas compense pas les reculs en matière de participation politique féminine. En supprimant le scrutin de liste, la représentation des femmes au parlement chute à 16 %, tandis que dans les régions rurales, elle devient quasiment inexistante.
Aujourd’hui, le climat politique est marqué par une répression accrue des opposants, y compris des femmes. Des figures publiques féminines sont emprisonnées, parfois dans des conditions choquantes, sans égard pour leur situation. Ces arrestations envoient un message clair aux femmes qui souhaitent s’engager en politique : les risques sont élevés.