RDC. Mort sur un chantier illégal, une entreprise chinoise impliquée

En avril dernier, un homme est mortellement blessé dans un chantier de l’entreprise chinoise COKIBAFOD. Ce chantier opère en violation d’une décision officielle de l’État congolais qui a formellement résilié les concessions de cette entreprise en janvier 2024. Retour sur une gabegie qui a mené à la tragédie.

Par Djify Elugba Kabamba

 

Photo de fond : Agence d’information environnementale

Le 5 avril 2026, dans le campement de Bokolongo, un arbre abattu lors d’une opération de coupe s’effondre sur un travailleur. Grièvement blessé à la jambe gauche, celui-ci est évacué d’urgence vers un centre de santé de Wangata, à Mbandaka, la capitale provinciale. Il y décèdera. Une vie fauchée sur un site dont l’exploitation est pourtant interdite depuis deux ans. Mais dans cette province forestière éloignée de la capitale Kinshasa, les contrôles de l’État peinent à s’exercer.

Un arrêté ministériel, publié au Journal officiel de la RDC en mai 2024, avait formellement mis fin à tout droit d’exploitation de COKIBAFOD – Congo King Baisheng, sur les périmètres concernés. Mais, selon des observations directes et des témoignages recueillis dans les villages riverains du secteur de Losanganya, les tronçonneuses tournent toujours.

Les dénonciations évoquent le non-respect des obligations techniques, notamment le marquage obligatoire des souches abattues, l’utilisation de travailleurs sans contrat formel, ainsi que des flux de bois suspectés d’être réintroduits dans le circuit légal via un autre titre forestier détenu par la même entreprise.

Face à cette situation, des orgnasations de la société civile de la province de l’Équateur se sont réunis à Mbandaka en avril pour examiner la persistance de ces activités et finaliser une note de plaidoyer destinée aux autorités nationales et provinciales.

Selon le président du groupe de travail, les opérateurs agissant sous le nom de COKIBAFOD restent difficiles à appréhender sur le terrain. Ce qui interroge directement l’efficacité des mécanismes de contrôle forestier dans la zone.

 

Photo libre de droit

Les ONG et autres associations sur place  affirment avoir déjà alerté les autorités par mémorandum en septembre 2025, après une première alerte en 2024, sans réponse opérationnelle suffisante.

Pour comprendre l’affaire, il faut remonter le fil de l’histoire.

COKIBAFOD tire ses titres forestiers de l’ancienne société Maniema Union 2, liée à la famille du général Gabriel Amisi, haut gradé de l’armée congolaise. Ces droits d’exploitation avaient été obtenus en contournant le moratoire national de 2002 sur l’attribution des concessions forestières, un texte toujours en vigueur à ce jour.

Avant de fermer ses portes, Maniema Union 2 a laissé un passif de près de 6 millions de dollars vis-à-vis du Trésor public congolais, une ardoise aggravée par des années de pratiques irrégulières. C’est sur ce terreau que COKIBAFOD s’est développée, tirant profit d’un environnement où la corruption prospère, où la législation forestière reste lettre morte et où l’impunité est presque institutionnalisée.

L’entreprise opère dans plusieurs provinces du nord et du centre-ouest du pays. Sa dirigeante chinoise contrôle par ailleurs une autre structure active dans le même secteur : Congo Sunflower Development.

Des bois abattus illegalement

Photo libre de droit

Les manquements documentés au fil des années par les  enquêteurs, journalistes et organisations non gouvernementales sont nombreux : accès à des zones forestières en violation du moratoire, absence de traçabilité sur le bois exploité, recours à des travailleurs non déclarés, soupçons persistants de manipulation dans l’obtention de permis.

Sur le plan financier, un rapport de l’Inspection générale des finances de la RDC révèle que la seule année 2020 a représenté un manque à gagner de plus de 250 000 dollars en redevances foncières et de plus de 400 000 dollars en droits non recouvrés sur les concessions concernées.

COKIBAFOD n’offre aucun canal de communication public identifiable. Cette opacité, déjà relevée dans plusieurs rapports comme l’un des marqueurs de son mode opératoire, a rendu tout contact impossible au moment de la publication. Toute réaction de l’entreprise sera intégrée dans nos prochaines éditions.

Pour la société civile, la situation dépasse une simple irrégularité administrative. Elle témoigne d’une gouvernance forestière défaillante et d’une impunité durable, au détriment des communautés locales qui en subissent les conséquences directes.

La RDC abrite une part majeure du bassin du Congo, la deuxième plus grande forêt tropicale de la planète. Dans ce contexte, la question est désormais posée à voix haute : pendant  combien de temps encore, et à quel prix humain ?