Une crise humanitaire aggravée

Une famille fuit les violences en RDC. Photo : John Wessels/HCR

Selon l’ONU le pays compte en 2025 plus de 5,3 millions de déplacés internes et près de 25 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë, soit environ un quart de la population. Le rapport annuel de l’agence onusienne recense 260 500 incidents de protection l’an dernier, incluant violations graves des droits humains, violences basées sur le genre, atteintes aux civils et déplacements forcés.

Par Marcos Podé

La crise humanitaire est multidimensionnelle, à la fois sécuritaire, sociale, alimentaire et sanitaire. Elle s’est brutalement aggravée dans l’Est du pays avec la prise de plusieurs villes stratégiques par la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda. La fermeture de l’aéroport de Goma, principal hub logistique humanitaire de la région, constitue aujourd’hui un facteur central de l’effondrement de la réponse humanitaire. « Les déplacés sont en errance totale. Les humanitaires ne peuvent plus acheminer les stocks destinés aux victimes du conflit », alerte Franck Citende, secrétaire exécutif du réseau national des ONG de défense des droits de l’homme en RDC (Renadhoc).

Les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri et Tanganyika concentrent l’essentiel des déplacements internes. Les conflits armés persistants désorganisent les activités agricoles, perturbent les circuits économiques locaux et aggravent l’insécurité alimentaire, qui touche désormais 24,8 millions de Congolais, en majorité des femmes et des enfants. À ces facteurs s’ajoutent les chocs climatiques – inondations, éboulements, destruction des récoltes – renforçant la vulnérabilité structurelle des populations.

Dans les zones sous contrôle rebelle, la crise humanitaire se double d’une dégradation massive des droits fondamentaux. « Il y a des viols, y compris sur des mineurs, des arrestations arbitraires, des enlèvements, des assassinats. Les acteurs de la société civile sont traqués, la liberté d’expression a presque volé en éclats », affirme Franck Citende. L’accès aux populations civiles est largement bloqué et les ONG locales peinent à fonctionner. « Nos relais sont paralysés, sans sécurité, sans moyens, sans financement », souligne-t-il.

Malgré les appels répétés d’OCHA, le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, à un renforcement de l’assistance humanitaire et à une mobilisation financière internationale, les capacités de réponse restent très inférieures à l’ampleur des besoins. Les engagements annoncés peinent à se traduire concrètement sur le terrain. « Des aides ont été promises, mais elles ne sont jamais arrivées. Pourquoi ? En partie, parce que l’aéroport de Goma est toujours fermé », constate Franck Citende.

Dans ce contexte, la crise humanitaire en RDC ne relève plus d’une urgence conjoncturelle mais d’un effondrement structurel durable alimenté par la persistance du conflit armé, l’effondrement de l’accès humanitaire et la désorganisation des mécanismes de protection sociale.

L’application effective des accords de paix et la réouverture des corridors humanitaires apparaissent comme des conditions minimales à toute stabilisation. « La violence de l’accord par le M23 et le Rwanda aggrave la situation humaine. C’est le respect des accords de Washington qui pourra empêcher cette crise humanitaire de s’aggraver encore davantage. Et il faut que la partie qui viole l’accord soit sanctionné », prévient Franck Citende