Enfant iranien engagé dans le conflit Iran-Irak. (1980-1988).

Alors que l’Iran subit les frappes américaines et israéliennes, le régime franchit un nouveau seuil : des enfants dès 12 ans intégrés dans ses dispositifs sécuritaires. Derrière cette pratique, le signe d’un appareil répressif à bout de souffle face à une société qui lui échappe.

 

Par Massoumeh Raouf

Le 26 mars 2026, Rahim Nadali, responsable culturel des Gardiens de la révolution à Téhéran, a annoncé à la télévision d’État que des adolescents de 12 et 13 ans seraient désormais intégrés dans des missions de sécurité. Selon ses propos, ces jeunes participeront à des « patrouilles opérationnelles », à des « postes de contrôle » et à la « collecte de données sécuritaires ». Cette mesure intervient alors que les forces de sécurité multiplient les postes de contrôle dans la capitale pour étouffer toute contestation contre la République islamique.

Nadali justifie cette dérive par une prétendue « forte demande » des jeunes face au « tyran mondial ». Pourtant, cette mobilisation semble être une réponse désespérée à la menace de nouveaux soulèvements. Les Gardiens de la révolution ont d’ailleurs prévenu qu’ils apporteraient une réponse « plus mortelle » que celle du 8 janvier dernier en cas de troubles ou manifestations.

Dans ce contexte, des éléments récents viennent illustrer concrètement les conséquences de cette politique. Selon un rapport publié ces derniers jours par le Bassidj des enseignants, la mort d’un élève de 11 ans, Alireza Jafari, a été confirmée lors d’une mission à un poste de contrôle sur l’autoroute Artesh à Téhéran. D’après cette source, l’enfant a été tué « en service » lors d’une attaque de drone. Ces informations, déjà relayées par d’autres médias, ont été accompagnées de témoignages de ses proches. Sa mère a indiqué au quotidien Hamshahri que l’enfant avait été emmené sur place par son père, en raison d’un manque de personnel. Elle précise également que la présence d’adolescents de 15 à 16 ans dans ces postes de contrôle est courante.

L’utilisation d’enfants par les Gardiens de la révolution n’est pas un phénomène nouveau. Durant la guerre Iran-Irak, des milliers d’enfants ont été envoyés sur le front, notamment pour ouvrir des champs de mines.

Selon des données relayées par l’agence officielle IRNA (29 septembre 2014), plus de 33 000 élèves auraient été tués pendant le conflit. En 1983, le journal officiel iranien Ettelaat le documentait déjà:  » Des adolescents de 14 ou 15 ans étaient envoyés déminer les champs de bataille avec leur propre corps. Avant de marcher sur les mines, certains s’enroulaient dans des couvertures pour que leurs restes ne se dispersent pas trop loin après l’explosion.« 

Selon Le droit international, il est interdit impliquer des enfants de moins de 18 ans dans un conflit armé ou dans des structures militaires.

Cette même année, j’étais témoin de l’enrôlement d’écoliers par les pasdarans dans la guerre et la répression. Les gens les appelaient « poussins bassidjis » ou « mini-soldats jetables », une expression qui résumait brutalement la perception de leur rôle sur le terrain.

Ces éléments, issus de sources officielles et de témoignages directs, documentent une mobilisation massive d’enfants dans des opérations à haut risque.

L’usage d’enfants dans des activités militaires ne se limite pas au territoire iranien. En octobre 2018, lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadrice américaine Nikki Haley a déclaré que les Gardiens de la révolution recrutaient et formaient des enfants pour les envoyer en Syrie soutenir le régime de Bachar al-Assad.

Selon Le droit international, il est interdit impliquer des enfants de moins de 18 ans dans un conflit armé ou dans des structures militaires. L’Iran, en enrôlant des mineurs, viole ces règles fixées par la Convention internationale des droits de l’enfant.

Cette évolution intervient dans un contexte de répression intense. Selon des données issues d’organisations de défense des droits humains, 78 126 personnes ont été arrêtées en 2025 uniquement pour « expression d’opinion ».

Dans ce contexte, le recours à des enfants apparaît comme une tentative de compenser une perte de contrôle sur une population plus âgée et politisée.

Recourir aux enfants dans l’appareil répressif ne constitue ni un symbole ni un phénomène marginal : c’est le signe révélateur d’un système de contrôle à bout de souffle, incapable de contenir une société sous tension. Ce choix expose une autre vérité, celle d’un pouvoir qui, faute de prise sur une génération qui lui échappe, en est réduit à mobiliser des enfants pour tenter de maintenir son emprise.

Face à cette violation flagrante des traités internationaux, le silence de l’UNICEF et des instances de l’ONU est inacceptable. L’enrôlement de mineurs de 12 ans dans des missions sécuritaires est une exploitation militaire criminelle. Nous appelons la communauté internationale à condamner fermement ces pratiques et à exiger l’arrêt immédiat de l’instrumentalisation des enfants par le régime iranien. Le droit à l’enfance ne doit pas être sacrifié sur l’autel de la survie d’un pouvoir.

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