Des corps étendus au sol dans les rues de Kahrizak, en Iran. Image diffusée sur les réseaux sociaux le 13 janvier 2026.
Après des jours de déni et de censure, le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, a fini par reconnaître l’ampleur du bain de sang en Iran. Après des jours de déni et de censure, le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, a fini par reconnaître l’ampleur du bain de sang en Iran.Après des jours de déni et de censure, le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, a fini par reconnaître l’ampleur du bain de sang en Iran.
Par Massoumeh Raouf
Pour écraser les manifestations pacifiques, les autorités iraniennes ont déclenché une répression d’une violence inouïe. Les forces de sécurité ont fait un usage massif et illégal de la force létale, transformant les rues iraniennes en champs de bataille. Pour dissimuler l’étendue des crimes, le régime a coupé l’accès à Internet dès le 8 janvier.
Le 9 janvier 2025, Ali Khamenei sort de son silence et ordonne une répression d’une extrême violence, qualifiant les jeunes manifestants de « terroristes ». Loin d’apaiser la situation, cette déclaration attise la colère populaire. Le soir même, les manifestations redoublent d’intensité. Des mitrailleuses lourdes et des tireurs d’élite sont alors déployés sur les hauteurs de Téhéran. Plus de 52 000 agents répressifs – pasdarans, bassidjis et mercenaires irakiens du Hachd al-Chaabi – sont mobilisés pour tenter d’étouffer l’explosion sociale.
Manifestations en Iran. Image diffusée sur les réseaux sociaux le 13 janvier 2026.
Ce n’était pas un maintien de l’ordre, mais une véritable opération militaire. Durant 72 heures, le régime a utilisé des mitrailleuses lourdes de type Douchka contre des civils non armés. Des tireurs d’élite, postés sur les toits, visaient délibérément les organes vitaux. Plus abominable encore : de multiples témoignages font état de blessés achevés d’un coup de grâce avant l’enlèvement discret de leurs corps, afin d’effacer toute preuve du massacre.
Les hôpitaux se sont transformés en centres d’arrestation. De nombreux blessés sont alors morts dans la clandestinité pour échapper à la torture ou à la détention. Les images de la morgue de Kahrizak ont provoqué un choc international : des piles de cadavres entassés à même le sol, symbole glaçant d’une barbarie systématique et assumée.
« Ils ne cherchaient plus à arrêter, ils tuaient tout simplement »
Le 17 janvier, lors d’un discours télévisé, Ali Khamenei a finalement reconnu l’ampleur du massacre. Pour la première fois, il admet que « des milliers de personnes ont été tuées ». Bien qu’il tente d’en imputer la responsabilité à un prétendu « ennemi extérieur », cet aveu constitue de fait la reconnaissance d’un crime de masse.
La ville de Rasht illustre tragiquement cette horreur. Selon le témoignage de Saman, un habitant qui a fui la ville, Rasht est restée une nuit entière aux mains du peuple. Ce court moment de liberté s’est payé au prix fort. Après la coupure de l’électricité, l’armée et les gardiens de la révolution ont encerclé la ville avec des chars et des armes de guerre. « Ils ne cherchaient plus à arrêter, ils tuaient tout simplement », raconte le témoin. Le bazar de Rasht a été délibérément incendié pour piéger les habitants puis ouvrir le feu sur eux.
Contrairement aux espoirs de certains, ni l’armée ni la police ne se sont rangées du côté du peuple : toutes ont participé au carnage.
Selon The Sunday Times, qui cite des sources médicales, au moins 16 500 manifestants ont été tués et 330 000 blessés. Le rapport qualifie cette répression de « la plus brutale du régime des mollahs en quarante-sept ans ». Plus de 8 000 personnes ont perdu la vue après avoir été visées aux yeux et plus de 50 000 ont été emprisonnées. Ces chiffres ne sont pas des statistiques : ils incarnent des vies broyées par une dictature religieuse à bout de souffle.
Les derniers mois l’ont montré : ce régime ne s’effondrera pas de lui-même. Sa chute ne viendra ni d’une guerre étrangère ni de décisions prises dans les chancelleries occidentales. Le changement viendra du peuple iranien et de sa résistance organisée.
Le silence des démocraties occidentales
Cette résistance est incarnée par l’Organisation des moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) et ses Unités de résistance. Loin d’être un symbole, ce mouvement s’est forgé en soixante ans de lutte contre deux dictatures – celle du Shah et celle des mollahs – au prix de 100 000 martyrs, dont les 30 000 victimes du massacre de 1988, parmi lesquelles figurait mon propre frère.
Aujourd’hui, ce qui ébranle la dictature, c’est la convergence entre un peuple en révolte et une avant-garde organisée capable de mener la lutte jusqu’au renversement total du régime.
Le silence des démocraties occidentales face aux massacres ordonnés par Khamenei accorde au régime une impunité totale pour poursuivre l’assassinat de la jeunesse iranienne. Cette complaisance doit cesser. Comme l’a déclaré Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne : « La communauté internationale doit assumer sa responsabilité et reconnaître le combat du peuple iranien pour renverser cette dictature. »
Des mesures concrètes s’imposent : l’inscription des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes, la fermeture des ambassades du régime – véritables centres d’espionnage – et la reconnaissance du Conseil national de la résistance iranienne comme une alternative démocratique crédible.
Cette reconnaissance n’est pas une option politique parmi d’autres : c’est une exigence morale et historique face à un régime coupable de crimes de masse.
L’avenir de l’Iran s’écrit désormais avec sa Résistance.
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si cette dictature tombera : elle est déjà condamnée. La seule question qui demeure est : quand et comment.
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