Armel Langanda
Pendant plus de dix ans, Armel Langanda a exercé son métier de journaliste dans un climat d’instabilité politique en RDC. À Kinshasa, il s’est imposé comme un spécialiste de la lutte contre des spoliations foncières.
Par Raphaël Bonnet
Tout jeune, Armel Langanda s’est investi dans la vie de son quartier. Adolescent, il lit la Bible aux paroissiens. Mais il grandit dans la République démocratique de Congo (RDC) de l’après Mobutu, une société marquée par l’incertitude et la défiance envers les institutions. Il en retient une conviction : une population non informée est une population vulnérable. Informer devient alors pour lui un sacerdoce.
Lors de sa première année d’études en communication, il effectue un stage au journal Le Potentiel. Il y apprend les bases du reportage et couvre des sujets sensibles : corruption, conflits fonciers, injustices sociales. À la fin de ses études, il est embauché. Il y restera onze ans.
Très vite, il comprend que le métier expose à des pressions constantes : intimidations, censures, menaces. Mais renoncer n’est pas une option.
Son combat prend une tournure décisive lorsqu’il commence à couvrir des audiences judiciaires liées à des litiges immobiliers. Un phénomène revient sans cesse : la spoliation. En RDC, le droit de propriété repose sur un système à deux niveaux : une fiche parcellaire municipale et un certificat d’enregistrement délivré par la circonscription foncière. Or, la majorité des Congolais ne possède pas ce second document, ce qui ouvre la voie à des fraudes massives.
En 2022, accrédité à la Cour de cassation, Armel mesure l’ampleur d’un vaste réseau organisé. Selon ses investigations, des conservateurs des titres immobiliers falsifient, contre rémunération, les numéros d’enregistrement. Les parcelles sont ensuite attribuées à des spoliateurs qui remportent les procès avec l’appui, affirme-t-il, de certains magistrats et d’avocats complices. Les victimes, elles, sont expulsées sous la pression de policiers corrompus.
La même année, il publie un premier article qui révèle l’existence de ce réseau de faussaires. Les réactions sont immédiates dans la société congolaise. C’est à partir de ce moment-là, explique-t-il, que les menaces de mort commencent.
« Le cabinet sur lequel j’ai enquêté appartient à un proche de l’ancien ministre de l’Intérieur qui est aujourd’hui député. Protégé par ses liens avec les autorités, il n’a jamais été sanctionné et reste actif. Il représente une menace sérieuse pour moi. Son avocat en chef m’a d’ailleurs promis la mort ou la prison après la publication de mon enquête sur Times.cd », confit-il.
Photo de Armel Langanda
Alors qu’il couvre une manifestation contre l’expropriation d’une famille près de son domicile, il est interpellé et conduit au commissariat. Par la suite, il est convoqué à plusieurs reprises, officiellement pour des vérifications, officieusement pour l’intimider.
Remarqué par le ministre de la Justice, Constant Mutamba, pour son engagement anticorruption, il est intégré à son équipe de communication tout en continuant à publier pour ses médias partenaires (ACP, Econews, Times.cd). Quelques jours après il est enlevé en pleine nuit.
« J’ai été enlevé vers 23 heures par des hommes cagoulés et non identifiés. Ils m’ont retenu dans un lieu secret du 2 au 4 juin 2024, avant de me relâcher le 5 juin vers 5 heures du matin. Il s’agissait d’une liberté conditionnelle et, dès ma sortie, ils ont commencé à me surveiller étroitement. »
Refusant de céder à la pression, il publie une tribune appelant à une réforme du système foncier et judiciaire, relayée par une quinzaine de médias. Quelques jours plus tard, des policiers agressent son oncle dans son appartement. Ce dernier décède à l’hôpital. La menace devient personnelle.
Isolé – son propre rédacteur en chef refuse d’intervenir – Armel n’a plus d’autre choix que de partir. Le 11 septembre 2024, il quitte la RDC pour la France avec sa famille.
Depuis son exil, il poursuit son engagement. En attente de régularisation, il collabore avec des médias congolais en ligne et souhaite intégrer une rédaction française. Pour Armel, l’objectif n’a jamais été de faire tomber des individus, mais de contribuer à transformer un système gangrené.
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