Nothingwood est un documentaire réalisé par Sonia Kronlund avec en vedette l’acteur et réalisateur le plus populaire d’Afghanistan, Salim Shaheen. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs dans le cadre du Festival de Cannes 2017, Sonia Kronlund dépeint tout en nuances un portrait tendre de l’Afghanistan d’aujourd’hui.

La réalisatrice Sonia Kronlund Photo : Marine Turchi
« Shaheen est très connu en Afghanistan mais les gens rient souvent de lui, c’est ça qui est très intéressant », a insisté Sonia Kronlund après la projection en avant-première de son documentaire, début juin à Paris.
La caméra de Sonia Kronlund s’invite et suit pendant environ une semaine la préparation d’un projet de film signé par Shaheen. Les aventures du réalisateur et de son équipe font découvrir au spectateur un autre visage de l’Afghanistan, bien éloigné des rues de Kaboul et de sa réputation forgée par les interventions internationales. Le voyage vers Bamyian, l’ancien avant-poste relativement stable, dont les bouddhas majestueux ont été détruits par les talibans, dans lequel il entraîne sa bande de comédiens, tous plus excentriques et incontrôlables les uns que les autres, est l’occasion de faire la connaissance de cet amoureux du cinéma. Il fabrique sans relâche des films dans un pays en guerre depuis plus de trente ans.

Salim Shaheen, superstar afghane se fait acclamer à la demande © Nothingwood/Sonia KRONLUND
Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant.
Sonia Kronlund est productrice pour France Culture d’une émission de documentaire, « Les Pieds sur terre ». Mais, depuis plus de quinze ans, elle visite et réalise des reportages en Afghanistan. Elle admet que « les histoires d’Afghanistan rapportées en France tendent à ne traiter que de sujets horribles comme les femmes défigurées par des attaques d’acide, etc. ». Un constat qui l’a amené à choisir pour son premier film un sujet «plus jovial ».

Salim Shaheen, survivant d’un art populaire détruit par la guerre © Nothingwood/Sonia KRONLUND
Né au milieu des années soixante, Shaheen a fui les salles de classe pour se réfugier dans celles de cinéma pour regarder des films en provenance d’Inde et des fameux studios de Bollywood. Ses premières réalisations, des films de fiction aux thèmes jugés pas assez sérieux le forcent à quitter le foyer familial. Face à la censure et aux normes culturelles mises en place dans l’industrie afghane par les soviétiques puis les talibans, les films de Shaheen connaissent un certain succès populaire et s’échangent partout en Afghanistan… mais exclusivement sous le manteau.Sa relation au cinéma plus qu’étroite, est devenue vitale. Pris au milieu d’un massacre perpétré par les talibans, Shaheen reproduit ce qu’il a vu sur grand écran et « joue au mort », au milieu des corps sans vie. « Ce que j’ai appris au cinéma m’a sauvé la vie » reconnait-il dans Nothingwood.
Montrer un autre visage de l’Afghanistan aux spectateurs est certes une des ambitions (réussies) de ce film mais la dernière pensée de sa réalisatrice, Sonia Kronlund, va aux populations afghanes : « J’aimerais bien montrer mon documentaire en Afghanistan et en Iran ».
La bande annonce de Nothingwood dans les salles à partir du 14 juin 2017