Meurtres, enlèvements, pressions judiciaires : la liberté de la presse reste gravement menacée en République démocratique du Congo.

Par Djify Elugba Kabamba

En République démocratique du Congo (RDC), le journalisme demeure une activité à haut risque. L’année 2025 a rappelé de manière brutale que l’exercice du métier peut coûter leur liberté aux journalistes, voire parfois leur vie. Si les statistiques globales indiquent une baisse du nombre total de violations par rapport aux décennies précédentes, les organisations de défense de la liberté de la presse mettent en garde contre une tendance plus inquiétante : les violences contre les journalistes sont moins fréquentes, mais nettement plus meurtrières.

Selon les données compilées par l’ONG congolaise Journaliste en Danger (JED), la RDC reste l’un des pays les plus dangereux d’Afrique pour les professionnels des médias. Depuis 2019, les meurtres et les disparitions de journalistes se succèdent à un rythme préoccupant pour les observateurs et les partenaires internationaux. « Nous assistons à des violences plus ciblées, plus radicales et, surtout, plus impunies », a confié un responsable de JED.

La majorité des agressions graves (détentions arbitraires, agressions physiques, menaces, harcèlement, entraves à la libre circulation de l’information…) se produisent dans l’est du pays. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri sont devenus des zones où le journalisme d’investigation est perçu comme une menace par les groupes armés, mais aussi, parfois, par des acteurs étatiques ou paraétatiques. Couvrir les abus, les déplacements forcés de populations, l’économie de guerre ou les alliances locales expose directement les reporters à de graves dangers.

Photos amateur publié sur Facebook

Plusieurs journalistes ont été enlevés, en 2025, torturés ou exécutés dans ces zones instables. Ces crimes, souvent perpétrés dans des territoires sous contrôle rebelle ou dans des villes fortement militarisées, s’accompagnent d’un silence judiciaire quasi total. « L’absence d’enquêtes crédibles alimente un cycle de peur et d’autocensure », déplore Reporters sans frontières (RSF).

La menace ne se limite pas aux zones de guerre. À Kinshasa comme dans les provinces, les arrestations et les détentions arbitraires demeurent un moyen de pression fréquemment utilisé. Les journalistes sont poursuivis pour atteinte à la sûreté de l’État, diffusion de fausses nouvelles ou diffamation sur la base de textes juridiques jugés vagues par les défenseurs des droits humains.

À cela s’ajoutent les pressions administratives, les suspensions de médias, les convocations répétées par les services de sécurité et les campagnes de dénigrement en ligne. Pour de nombreux journalistes, en particulier les plus jeunes ou ceux qui travaillent dans des radios communautaires, ces menaces conduisent à l’exil, à l’abandon de certaines enquêtes ou à une autocensure durable.

Des journalistes sans assurance et sans soutien juridique

Le dénominateur commun à la plupart des crimes commis contre les journalistes reste l’impunité. Très peu d’affaires aboutissent à des condamnations. « Tant que les assassins et les commanditaires ne seront pas traduits en justice, la liberté de la presse restera fragile », insiste JED qui réclame la mise en place de mécanismes judiciaires spécialisés et indépendants.

RSF partage ce point de vue et souligne que la protection des journalistes devrait figurer parmi les priorités nationales en matière de sécurité, au même titre que la protection des civils. « Un pays qui ne protège pas ceux qui informent compromet son propre avenir démocratique », souligne l’organisation.

Malgré cet environnement hostile, les journalistes congolais continuent de travailler, souvent sans gilet pare-balles, sans assurance et sans soutien juridique. Leur persévérance témoigne d’un engagement profond en faveur du droit à l’information dans un pays marqué par des crises sécuritaires, politiques et humanitaires chroniques.

Mais pour combien de temps encore ? À l’heure où la RDC se positionne comme un acteur clé de la stabilité régionale, la sécurité des journalistes apparaît plus que jamais comme un baromètre de l’état de droit.

L’année 2025 a cristallisé cette tendance inquiétante. Au cours du premier semestre, plusieurs reporters couvrant les conflits armés dans l’est du pays ont été arrêtés ou emprisonnés. En août, un journaliste a été assassiné à Bukavu, dans une zone contrôlée par des groupes rebelles. Enfin, en fin d’année, des enlèvements et des détentions ont visé des professionnels de l’information accusés de documenter les exactions commises par les groupes armés.

Dans ce contexte de violence, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis 2001, environ 30 journalistes ont été tués ou sont portés disparus en RDC, dont 16 depuis 2019, selon les données de Journaliste en Danger. En outre, 28 journalistes sont actuellement en détention, souvent pour des raisons liées à l’exercice de leur profession.

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