Les particularités encourageantes du mouvement populaire en Iran

Dans cet article, nous examinerons certaines différences entre l’actuel soulèvement en Iran et les mouvances protestataires précédentes. Ces indications sont déterminantes dans l’évaluation des protestations récentes. Elles révèlent de nouveaux facteurs qui modifient les analyses traditionnelles et les préjugés qui risquent d’en découler.

Une volonté de se démarquer des tensions dans le sérail

Dans le passé, les révoltes en Iran ont souvent été spontanées, imprévisibles et liées à un événement politique précis. Par exemple, la révolte de 1999 a été déclenchée par l’interdiction de la publication d’un journal puis par l’assaut qui a été donné contre la cité universitaire. Comme le cas des révoltes de 2009, déclenchées par des fraudes électorales. Elles étaient aussi souvent la conséquence des tensions à l’intérieur du sérail et qui donnaient naissance à une faille dans laquelle pouvait s’exprimer la gronde sociale.

Cependant, pour des raisons diverses, ces mouvements n’ont pas pu représenter les revendications authentiques du peuple iranien et n’ont pas déclenché une mobilisation politique de tout le pays. Le rôle joué par les soi-disant « réformistes » liés eux-mêmes au sérail contribuait notamment à une récupération de l’équilibre du régime. De même, la communauté internationale a chaque fois délaissé ces révoltes, contribuant à une déception qui freinait le mouvement.

Les révoltes actuelles n’ont eu rien de spontanées. Elles n’étaient pas non plus liées à une lutte à l’intérieur du sérail. Bien avant le soulèvement, diverses couches de la société occupaient déjà le pavé malgré une répression sans merci de la dictature. Il s’agissait des travailleurs qui n’avaient pas touché de salaire depuis des mois, des retraités et des enseignants qui criaient l’insuffisance de leurs pensions et revenus, de plus d’un million de familles qui ont été spoliées par des établissements bancaires affiliés aux gardiens de la révolution ou aux cartels dirigés par les religieux, etc.

Les protestations pré-révolutionnaires n’avaient donc rien à voir avec la lutte des clans du pouvoir et suivaient un acheminement indépendant des clivages internes du régime. Elles ont commencé par des revendications d’ordre économique, finissant par constituer une mosaïque qui s’exprimait par des revendications politiques. On peut en quelque sorte comparer cette révolte à des ruisseaux qui se sont joints dans les flots d’un fleuve. Le débit devient puissant et ne s’interrompra pas.

Une révolte aussi bien en ville qu’en campagne

Les soulèvements qu’avait connu l’Iran auparavant se limitaient à Téhéran et à quelques autres grandes agglomérations.

Dans les événements récents, plus de 140 villes ont été prises par la vague révolutionnaire, incluant les villes les plus démunies et même des villes qui paraissaient acquises par la cause religieuse, comme Qom et Machhad. Cette superficie de la révolte a mis un point final au mythe de la popularité du régime dans les milieux ruraux.

Cette fabulation revient souvent dans les analyses des experts occidentaux qui divisent la société iranienne en deux portions : l’une aisée et moderniste, installée dans les grandes agglomérations et acquise au mode de vie occidental, soutenant l’idée d’une réforme à l’intérieur de la République islamique ; et l’autre, une grande majorité de la population rurale soutenant le pouvoir actuel et constituant la base sociale des conservateurs.

La révolte de décembre et janvier a prouvé que le pouvoir est rejeté dans son ensemble par tous les Iraniens, quelque soient leur appartenance ethnique et religieuse, et leur partition géographique.

Une réaction internationale différente

Les soulèvements des Iraniens dans le passé, se butaient toujours à une réaction faible et tardive d’une communauté internationale qui se cadrait dans une politique de complaisance à l’égard des crimes de la République islamique, avec une préférence pour son aile « modérée ».

Alors que les révoltes de 2009 touchaient à leur apogée, le Président américain était en train d’échanger des lettres avec le Guide suprême de la dictature religieuse ; une approbation à peine cachée du pouvoir en place. Cette volonté de complaisance a même dépassé les limites de la connivence. En cause, toute une série de tueries effectuées contre les principaux opposants du régime iranien par les Moudjahidine du peuple qui se trouvaient alors dans le camp Achraf, en Irak. Les Américains ont fermé les yeux.

Dans les révoltes récentes, les pays européens et américains ont eu une réaction plus responsable. Le soutien amené par les États-Unis aux revendications du peuple iranien et les discours intransigeants de l’Administration US contre les auteurs de la répression, a soulevé la préoccupation des dirigeants de Téhéran quant aux conséquences de mater la révolte dans le sang.

Cette réaction rapide de la communauté internationale a contredit la thèse des adeptes de la politique de complaisance qui prétendent qu’un soutien à la révolte offrirait plus d’alibis à la répression. Au contraire, cela a largement renforcé la société iranienne dans sa mouvance.

Des slogans qui annoncent une nouvelle ère

Les mots d’ordre repris dans les manifestations récentes sont révélateurs d’une tendance généralisée qui a le dessus dans la société iranienne. Des slogans comme « réformistes, conservateurs, le jeu est bien fini », sont une traduction du rejet de tous les clivages du pouvoir en place, ce qui laisse surgir la solution finale qui est le renversement du régime.

Les dirigeants de la théocratie n’ont pas cessé de répéter que ces slogans sont ceux des Moudjahidine du peuple qui visent le pouvoir dans sa totalité. C’est ce qui explique d’ailleurs pourquoi plus que les conservateurs, les soi-disant « réformistes » sont soucieux d’une attitude ferme contre les insurgés. L’ancien Président Mohammad Khatami et plusieurs autres figures de proue des « réformistes » ont qualifié les manifestants d’«ordures ».

Cette unanimité du sérail dans la répression a définitivement mis hors-jeu les « réformistes ».

Une machine de répression sans efficacité

Toutes les révoltes qui ont eu lieu dans le passé, avaient entraîné une contre-attaque du pouvoir en place qui avait conduit à un rétrécissement des mouvances sociales. Par exemple, après chacun des grands mouvements de gronde, le régime aggravait la pression sur les femmes, multipliait les patrouilles de la police des mœurs, accélérait les mises à exécutions des peines de pendaison, de flagellation et d’amputation en publique ; tout autant d’actes de vengeance contre la population. Alors que dans les récentes émeutes, ce sont au contraire les mouvances sociales qui se sont multipliées.

L’un des signes de cette progression, est le phénomène appelé « les filles de l’Avenue Enghelab », un mouvement qui a pris son élan au début des révoltes et dans lequel, les jeunes femmes iraniennes défient en pleine rue, la loi du port obligatoire du voile. Chose inconcevable il y a encore quelques mois de cela et qui prouve que le régime est de plus en plus incapable de régner par la terreur.

Ces mouvements sont autant de ruisseaux qui vont encore rejoindre un jour un fleuve en plein effervescence : un flot sans interruption qui est un cauchemar pour le dictateur de Téhéran.

 

Cet article est publié en partenariat avec le Caffè dei giornalisti de Turin

Libérez Raif Badawi et les écrivains emprisonnés en Arabie Saoudite!

En Arabie Saoudite, des journalistes et des écrivains sont emprisonnés sur décision arbitraire. C’est le cas pour Raif Badawi. Au nom de la liberté d’informer, il est nécessaire de les soutenir et ne pas les oublier !

Raif Badawi, blogueur saoudien et fondateur du réseau libral sur internet est emprisonné depuis des années pour avoir prétendument insulté la religion islamique. Badawi, éminent critique du discours religieux en Arabie saoudite, est l’une des nombreuses victimes de l’injuste « justice saoudienne » qui l’a jeté en prison il y a bientôt sept ans.  Le système n’offre aucune garantie pour la liberté d’expression en Arabie Saoudite.

Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman (MBS) était en visite en France pendant trois jours, du dimanche 8 avril au mardi 10 avril. Il a tenté de donner une image positive de son pays. Si cette image était réaliste, si les auteurs détenus étaient libérés et rendus à leurs enfants nous aurions de quoi nous réjouir. Il n’en est rien, la situation de Raif Badawi et d’autres détenus en est la preuve.

Raif Badawi est emprisonné depuis 2012 et condamné à plus de 1000 coups de fouet. Il ne faut pas oublier qu’on lui reproche entre autres d’avoir demandé la suppression de la police religieuse. Or les pouvoirs de cette police ont été révoqués depuis, par MBS lui-même. Son emprisonnement est injustifié.

J’ai moi-même été emprisonné en Arabie Saoudite. Mes amis saoudiens ont pu prendre ma défense et ce en partie via le réseau libral fondé par Badawi.  Il est aujourd’hui nécessaire de le soutenir !

Encart

Le blogueur Raïf Badawi est le lauréat du prix RSF en 2014 dans la catégorie « net citoyen » et du prix Sakharov pour la liberté d’expression décerné en 2015 par le Parlement européen. En dépit de cette reconnaissance internationale, il est toujours derrière les barreaux des prisons saoudiennes. De nombreuses ONG, comme Amnesty International, réclament sa libération. Pour le soutenir, la famille du blogueur a également créé une fondation.

Répétition des conflits et des guerres : pourquoi l’homme perd-il la mémoire ?

En avril 2018, l’Académie des Sciences a réuni sous la coupole de l’Institut de France un panel éclectique dans le cadre des Rencontres Capitales. L’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve, la directrice de la Maison des journalistes Darline Cothière, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, la philosophe Chantal Delsol, la rabbin Delphine Horvilleur et l’auteur Antoine Leiris ont discuté ensemble le thème : « Répétition des conflits et des guerres : pourquoi l’homme perd-il la mémoire ? ». La rencontre était animée par Alberic de Gouville, journaliste et vice-président de la MDJ.

Que faire des guerres passées ?

Que peut faire l’humanité de cette mémoire écrite par la violence et la haine ? On a tendance à penser que se souvenir permet de ne pas répéter ses erreurs.

Mais que penser alors quand les peuples ne cessent de se battre ? L’homme perd-il la mémoire ? Pistes de réflexions.

Darline Cothière, directrice de la Maison des journalistes, raconte comment la résilience est apparue comme une étape essentielle pour les journalistes exilés accueillis par l’association. Intimement lié à la mémoire, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a théorisé la notion de « résilience » en France : « après un traumatisme soit on reste hébété, soit on se remet à vivre. C’est une définition simple et naïve de la résilience ».  Ce processus psychologique prend une place essentielle dans la vie d’un témoin de l’Histoire, comme le sont les journalistes en exil.

Les professionnels de l’information qui sont accompagnés par la MDJ ont pour beaucoup subi des oppressions, des emprisonnements, des tortures physiques et psychologiques. « Le traumatisme de la guerre peut être collectif mais il concerne aussi et surtout l’individu, il a touché sa chaire et son psychisme » a indiqué Darline Cothière.  Pour les acteurs de la lutte pour la liberté d’expression, « il est donc nécessaire de faire résilience pour continuer à témoigner ». Reprendre la lutte par le témoignage permet ainsi de poser une pierre fondatrice de la construction d’une vie contrainte à l’exil.

Façonner la mémoire collective

Le témoignage appelle aussi à questionner la transmission de la mémoire individuelle à la mémoire collective. Dans « Vous n’aurez pas ma haine », Antoine Leiris fait l’exercice de cette résilience. Pour lui et pour son fils, il décide d’avancer. Comment les proches des victimes des attentats du Bataclan continuent-ils de profiter de la musique et de la fête ? « Je pense qu’il faut une part d’oubli », explique-t-il. L’auteur confesse qu’il ne témoigne plus « sauf quand je suis entouré de personnes qui peuvent transformer mon histoire en mémoire et en intelligence ». Devenue une page de la mémoire collective française, l’histoire d’Antoine Leiris ne lui appartient plus vraiment.

L’histoire devient parfois récit. Comment les rescapés des camps de la mort trouvent-ils la force de témoigner de ce qu’ils ont subi, de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils voudraient peut-être pouvoir oublier, pour que les autres n’oublient pas ? C’est la littérature, l’art, l’école qui continuent à propager ces témoignages.

Boris Cyrulnik précise dans ce sens que « la mémoire n’est pas le retour au passé mais sa représentation ».  Une représentation fortement liée au politique. L’ancien Premier Ministre, Bernard Cazeneuve, considère que « la pensée politique est devenue a-historique. Pourtant la mémoire est fondamentale pour la démocratie. C’est par l’exercice de la mémoire que l’on peut corriger ce qui ne peut être accepté ».

Réunion d’avant-débat

« Il ne suffit pas de ne pas oublier »

Comment, dès lors, expliquer que l’humanité soit rappelée, toujours et encore, vers la guerre, le conflit et la violence ? Pour la philosophe Chantal Delsol, « il ne suffit pas de ne pas oublier ». Elle explique que les conflits naissent de l’exacerbation des différences. Or, la diversité fait partie de l’humanité. La guerre est donc vouée à revenir, constamment.

Une répétition, une redondance ou encore un « bégaiement de l’histoire » pour la rabbin Delphine Horvilleur : « on parle de la même manière et les mots reviennent : néo-fascistes, néo-collabo, par exemple. On utilise les vieux mots faute de mieux » a-t-elle conclu.

De là à dire que l’homme a perdu la mémoire, il n’y a qu’un pas que l’on pourrait franchir trop vite. Et aux vues des actualités qui éclaboussent les unes d’encre et de sang, difficile de prouver que les leçons de l’histoire sont encore vivaces dans les esprits. Et pourtant … si la mémoire n’empêche pas les conflits, « beaucoup de guerre sont déclarées à cause d’un excès de mémoire » rappelle Boris Cyrulnik.

Avant de conclure qu’aujourd’hui encore, l’humanité saigne pour une histoire vieille de 2000 ans.

Max Mathiasin (député de Guadeloupe) : « la France a abandonné l’Afrique aux chinois »

Député de la Guadeloupe, Max Mathiasin s’est fait remarquer par son intervention à l’Assemblée Nationale sur l’esclavagisme en Libye. Son discours, qui a reçu un enthousiasme unanime, a marqué les esprits. Retour sur les coulisses de son intervention, son regard sur la politique migratoire en Europe et sur les relations franco-africaines. Entretien.

La première fois où vous avez regardé la vidéo de CNN montrant des migrants à vendre, quelle a été votre émotion ?

Au début je me suis dit c’est peut-être des fake news car j’en ai déjà vu des vidéos de la sorte. Mais quand j’ai vu que c’était signé CNN, je me suis indigné et je me suis  dit « là c’est du sérieux« . Peu de temps après, j’ai reçu des demandes d’intervention de la part de plusieurs concitoyens. Un jeune Guadeloupéen, qui avait fait campagne avec moi pour l’élection législative, m’a dit « Max, cette vidéo m’a givré le sang !« . C’est sa réponse qui a été pour moi déterminante.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

A ce moment-là, j’ai demandé à Laurence de Saint Sernin, ma collaboratrice, de déposer auprès de mon groupe politique, un changement de question car j’étais inscris pour une question sur le chômage en Guadeloupe. Comme elle n’avait pas encore vu la vidéo, elle m’a répondu « mais vous savez, Monsieur le député, il y a plein de choses qui circulent sur WhatsApp ».

Je lui balance la vidéo et elle voit vite, comme moi, qu’elle est digne de foi. J’ai pris l’avion le samedi pour arriver à Paris le dimanche où j’ai passé la journée enfermé. Lundi matin, je suis allé voir la responsable administrative de mon groupe politique. Elle m’a répondu qu’il y a déjà des membres d’autres groupes qui sont inscrits pour la même question et qu’il y a au moins six personnes qui interviennent sur le même sujet. Je lui ai dit que je dois absolument poser la question sur l’esclavage en Libye car mes ancêtres ont été esclaves. Elle a regardé le registre d’inscription et elle m’a dit « OK ».

Comment avez-vous préparé votre question ?

J’ai dit à ma collaboratrice que  pour parler de l’esclavagisme, il me faut faire appel à mes ancêtres et à un Colonel guadeloupéen de l’armée française  (il faut dire qu’il y avait une première abolition de l’esclavage en 1794 et qui a été rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802). Cet homme avait combattu, en 1802, les troupes de Napoléon. Il s’était opposé à son commandement à la tête des esclaves et des soldats pour se révolter. Je me suis donc inspiré de ce fait.

Je n’étais pas sûr du contenu de la déclaration, que j’avais lu une seule fois de ma vie, mais il y avait une chose dont j’étais sûr, c’est qu’il s’adresse à la postérité. J’avais la chance d’avoir deux autres collaborateurs qui étaient là. Nous avons commencé à écrire sur la question, sachant qu’on a un temps d’intervention de deux minutes. Nous avons travaillé toute la journée et on a fini autour de minuit.

Après une relecture, j’ai dit à mon équipe « les enfants, vous pouvez aller vous coucher vous avez bien travaillé ! » Le matin, j’ai regardé la question une dernière fois et j’y ai ajouté encore une phrase.

Laquelle?

J’ai ajouté qu’« il y a des passés qui ne finissent pas de passer ».

C’est une allusion que les faits risquent de se répéter…

Exactement. Et c’est ce qu’on voit encore aujourd’hui.

Dans l’hémicycle, comment avez-vous vécu ces deux minutes?

Trois personnes avant moi allaient parler de la Libye, mais j’étais tellement sûr de moi que je ne les entendais même pas. J’étais très sûr de la force de ma question dans la mesure où c’est une question juste, dans le sens de la justice. Quand je suis arrivé au milieu de mon intervention, j’ai jeté un coup d’œil autour de moi et j’ai vu que les députés avaient la tête tournée vers moi.

J’ai vu en particulier un député réunionnais qui avait les yeux rougis. Là, je me suis dit qu’il fallait que je sois encore plus inclusif. C’est pourquoi j’ai improvisé deux petites phrases. J’ai ajouté « c’est notre vie » à « c’est ma vie » et « notre histoire » à « mon histoire », pour faire adhérer tout l’hémicycle à mes propos.

Les retours vous ont-ils surpris ?

Après avoir posé ma question,  j’ai vécu un moment de vide mais aussi de peur. On se demande quelles seront les conséquences de ce qu’on a dit. J’ai pris conscience de la portée de la question quand j’ai quitté l’hémicycle surtout lorsque les journalistes sont venus nombreux vers moi. Ce qui m’a frappé surtout c’est que certains députés qui sont venus me saluer avaient les larmes aux yeux. Je me suis dit qu’il se passe quelque chose.

Vous avez évité de parler des causes de ce qui s’est passé en Libye. C’est par peur de choquer ?

J’ai voulu m’adresser à la conscience des gens et à ce qu’il y a de plus profond de l’humanisme. Je sais que les Français tiennent beaucoup à la révolution de 1789 avec son héritage, ses errements et les erreurs qui ont pu être commises. S’ils rejettent les exactions qui ont été commise, notamment la terreur, elle reste un héritage important du point de vue du rayonnement de la France dans le monde. Par conséquent, c’est un acte que je voulais politique. Lorsque j’ai parlé de « notre histoire » j’ai bien ajouté que cela se passait en colonies françaises.

Donc il ne s’agit pas d’occulter le passé colonial de la France et de l’Europe ni de nier leur responsabilité dans le sous-développement d’une grande partie du monde, notamment en Afrique subsaharienne et le Maghreb. Dans ces pays dits « pauvres », il y a ce que Samir Amine a appelé « l’échange inégal ».

Amine, qui a essayé de mesurer le différentiel de force de travail et de valeur ajoutée dans les échanges de marchandises entre ces deux « blocs », soulève la question de la détérioration de l’échange entre les pays « sous-développés » au profit des pays « développés ». Il y a une part de travail et de la valeur sous-évalué des produits non transformés et non manufacturés, ce qui appauvrit certains pays. C’est aussi un peu ce qu’on retrouve dans le livre « Et l’Europe sous-développa l’Afrique ».

La communauté internationale a promis de bouger et Macron a qualifié ce qui s’est passé de « crimes contre l’humanité ». Comment évaluez-vous les actes par rapport aux promesses?

Pour l’instant, il faut dire que les choses n’ont pas vraiment bougé, aussi bien de la part de la France que de la part des chefs d’État africains malgré la grande déclaration à Dakar sur la question du droit de la protection et du rapatriement de leurs concitoyens. D’après les informations dont je dispose, il y a encore entre 400 et 700 mille personnes bloquées en Libye. Il semble que l’Europe s’accommode un peu du fait que l’existence de ces camps empêche les gens de traverser. Aujourd’hui encore, certains sont emprisonnés ou vendus et d’autres auxquels on demande aux familles de payer des rançons.

Pour moi la situation n’a pas évolué et il n’y a pas de transparence sur la manière dont on pourrait mettre fin au phénomène.

Absence de transparence de la part de qui?

La France et les Nations Unies notamment. Evidemment, ne soyons pas non plus naïfs. Il faut savoir que les gens quittent l’Afrique subsaharienne au détriment de leurs vies. Il y a ce phénomène où chacun pense que « l’autre ne s’est pas tiré, mais moi je pourrais m’en sortir« . Les gens quittent leurs pays parce qu’il y a l’attrait de l’Europe lié aux images mais aussi au fait que ceux qui sont partis ne parlent surtout pas de leurs conditions matérielles terribles.

Pensez que les scènes diffusées par CNN risquent de se répéter ?

On s’aperçoit que ça perdure. L’Europe a décidé d’intensifier ses aides aux pays subsahariens, mais ces aides, au regard des problèmes économiques réels qui existent, sont à mon avis insuffisantes. Il faut changer la politique africaine de l’Europe, c’est-à-dire la politique de la «  France-Afrique » qui vise non seulement les matières premières, mais aussi et surtout, les systèmes politiques à travers la mise en place d’hommes d’État, qui ne sont en fait que des hommes de paille à la solde des gouvernants étrangers et des grosses compagnies. Nous avons deux exemples, un qui est ancien et l’autre qui est plus récent.

Le paternalisme n’a pas changé et l’état d’esprit colonial n’a jamais changé en France même avec un gouvernement qui se veut « socialiste », « progressiste » ou « humaniste ». J’ajouterais aussi les communistes car lorsque j’étais étudiant à Paris, à l’époque où on était un peu indépendantistes et rêveurs, quand on leur parlait de l’indépendance ou de l’autonomie de la Guadeloupe, ils nous rétorquaient « mais pourquoi vous voulez  l’autonomie ?! Vous êtes français ! ».

Pensez-vous que le projet de loi asile et immigration peut ou va apporter des solutions ?

Une circulaire qui voudrait que les migrants soient contrôlés quand ils sont dans des centres d’hébergement, au risque que certains d’entre eux soient conduits dans des centres de rétention, je ne peux qu’être absolument contre. Il faut que la France clarifie sa politique migratoire. Si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde et si l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, il faut aider ces gens à rester chez eux. Pour cela, il faut que cette aide soit collective, inclusive et significative.

Bien sûr qu’il faut mener des actions contre la famine par exemple, mais il faut aussi, en un second temps, mettre en place un véritable transfert de connaissance. C’est ça la vraie coopération, parce que le grand problème de ces pays c’est la question de la capacité d’investissement. Or, il y a une vingtaine d’années la France a abandonné l’Afrique aux chinois. Les chinois ne font rien pour rien. Ils sont encore pire vis-à-vis de ceux qu’ils ne connaissent pas où qu’ils font semblant de ne pas connaître.

Pourquoi la France est 39ème mondiale pour la liberté de la presse ?

Selon l’indice mondial de la liberté de la presse édité par Reporters Sans Frontières – RSF -, la France est classée 39ème pays sur 180 en termes de liberté de la presse. Nous nous sommes donc demandés pourquoi ? Pour obtenir cette réponse, il a fallu se poser d’autres questions : A qui appartient les médias ?  Quelles ont été les violences à l’égard des journalistes en France en 2017 ? Comment s‘est passé la dernière élection présidentielle ?

La propriété des médias français est très concentrée

Les médias qui appartenaient autrefois à des particuliers ou à des familles sont maintenant de plus en plus la propriété de sociétés privées et puissantes.

Plus de la moitié des médias imprimés et numériques français sont contrôlés par des sociétés de services financiers et d’assurance. Cette statistique, 51%, est près de trois fois supérieure à celle du secteur de l’information et de la communication, 18%, selon d’un rapport publié par le projet Media Independence, composé de Julia Cagé et Olivier Godechot de Sciences Po, Reporters Sans Frontières et SPIIL .

Grâce à des structures d’actionnariat complexes, il est très difficile d’identifier qui détient les actions d’un média. Il est donc impossible de déterminer si des préjugés externes ou des intérêts particuliers sont en jeu. La presse française est concentrée entre les mains de quelques hommes d’affaires fortunés qui s’appuient sur un manque de transparence, y compris dans la détention des parts dans les plus importants médias français.

A ce titre, il faut rappeler que la ligne éditoriale d’un journal ne se résume pas à ce qui est rapporté et comment il est rapporté, mais aussi par le contenu qui n’est pas publié.

Un exemple Le Monde

Le Monde a été acheté par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé en 2010, à travers une société appelée Le Monde Libre.

Pierre Bergé, via Berlys Média, détient La Société Éditrice du Monde de deux manières: le groupe média détient «26,67% du Monde Libre qui détient 63,8% de La Société Éditrice du Monde». Mais Berlys Média détient également 99,99% du capital de la Société Le Monde Indépendant qui détient à son tour 14,52% de La Société Éditrice du Monde « … Vous avez suivi ?

Cependant, Le Monde n’est pas le seul journal appartenant à des hommes d’affaires fortunés. Bernard Arnault, propriétaire et PDG de LVMH, est propriétaire de Aujourd’hui en France, Le Parisien, et Les Echos. Serge Dassault, propriétaire de Dassault System et de Dassault Aviation, est propriétaire du Figaro. Patrick Drahi, «magnat des télécommunications», est propriétaire de L’Express et de Libération.

L’opacité des médias

Ces organisations de médias privées sont statistiquement moins transparentes que leurs homologues publics. La complexité et le manque de transparence rendent quasiment impossible de reconstituer entièrement la structure de propriété d’un certain nombre de médias.

Il existe des lois qui préviennent les fortes concentrations de propriété et les biais potentiels. Selon une loi de 1986 sur la concentration de la propriété, « aucune acquisition de journaux ne sera approuvée en France dont l’entité combinée aura une part de circulation supérieure à 30%. »

Selon RSF, les groupes d’affaires fortunés peuvent avoir des intérêts qui vont à l’encontre d’un engagement en faveur d’un journalisme juste et précis. L’indépendance éditoriale et la survie économique sont menacées par les décisions managériales. Près de 100 journalistes ont quitté iTélé devenu CNews en quelques semaines à la suite d’une grève en novembre 2016. Les journalistes étaient mécontents des décisions prises par les responsables de la nouvelle chaîne et ont protesté.

Une augmentation récente de la violence

Au cours des dernières années, les forces de police françaises ont fait état de violences documentées contre des journalistes couvrant des manifestations et des manifestations, entraînant des fractures, une incapacité de travail et d’autres blessures.

  • Maxime Reynié, photojournaliste, a été frappé par des CRS pendant une manifestation à Toulouse en 2016.
  • Michel Soudais, rédacteur en chef adjoint de l’hebdo Politis a reçu un coup de matraque de la part d’un CRS.
  • Martin Lagardère, un autre photojournaliste a été <<brutalisé>> par un membre des compagnies de sécurisation et d’intervention (CSI) pendant une manifestation.
  • Thierry Vincent, s’est présenté comme journaliste, cela ne l’a pas empeché d’avoir perdu connaissance après qu’il ait été jeté à terre par un CRS en 2016.
  • Estelle Ruiz a été blessée par une grenade de désencerclement pendant qu’elle filmait une manifestation en 2017.
  • Ugo Amez, Louis Witter et Michael Bunel sont été des victimes de tirs de flashball.

Bien qu’ils se soient identifiés comme des membres de la presse, ces journalistes ont été ciblés et attaqués. La sécurité des journalistes n’est jamais garantie lorsqu’ils couvrent des événements dangereux, mais il n’y a aucune raison pour que la police attaque les personnes qui font leur travail.

RSF a soumis ces affaires à l’Ombudsman français pour enquêter les violences perpétrées par les forces de sécurité contre des journalistes qui ne faisaient que leur métier.

Influence des élections de 2017

La campagne présidentielle électorale de 2017 a été tendue et les médias ont fait face à la tension émis par des candidats. Les menaces et l’hostilité dont les médias ont fait l’objet pendant les élections n’ont fait que réduire la liberté de la presse.

Lors des réunions de François Fillon, des journalistes auraient été insultés, agressés physiquement et leur équipement a été endommagé. Lors d’un événement de campagne à Nice, les journalistes ont subit des crachats et des bousculades selon les rapports.

Jean-Luc Mélenchon a aussi attaqué verbalement les médias pendant sa campagne, insultant les journalistes et appelant à un « tribunal professionnel de la presse ».

Le Front national a interdit des journalistes de Mediapart et de TMC qui souhaitaient couvrir l’annonce de campagne officielle de Marine Le Pen en septembre 2016, affirmant qu’ils la traitent différemment.

Quand les médias ne sont pas autorisés à faire un reportage sur une campagne politique d’un grand politicien, il y a atteinte à la liberté de la presse. D’être menacé, humilié ou blessé est une atteinte grave aux droits des médias.

Voici pourquoi la France est 39ème de ce classement sur la liberté d’informer. La fermeture de la salle de presse de l’Élysée annoncée le 28 mars 2018 confirme une tendance qui dépasse les clivages politiques. Les responsables et les garants de la démocratie devraient pourtant se souvenir, que sans liberté d’investigation, sans liberté de critiquer, il n’y a point d’éloges flatteurs. Et même si la France est deuxième pour l’influence culturelle, cinquième pour l’éducation, elle n’est que 39ème pour la liberté de la presse.

Lancer une alerte à l’ère du numérique

Dans un monde rythmé par des algorithmes dont le langage se traduit par des 1 et des 0, le lanceur d’alerte s’inscrit dans ce nouveau rapport au monde. Un simple « copier-coller », un simple clic sur une touche de votre clavier, et ce sont des milliards de documents qui peuvent être transmis instantanément.

C’est autour de ce constat qu’a commencé la discussion entre Rayna Stamboliyska, experte en gestion des risques et des crises, Francis Chateauraynaud, sociologue à l’origine du terme « lanceur d’alerte » et Antoine Deltour, lanceur d’alerte dans l’affaire Luxleaks, à l’occasion de la table ronde «Le lanceur d’alerte et la démocratie numérique» organisée par la Fondation Biermans-Lapôtre à Paris dans le cadre d’Université pour la paix 2018.

Seule la justice décide d’attribuer le statut de lanceur d’alerte

En janvier 2018, la justice juge deux hommes de l’affaire LuxLeaks qui obtiennent des statuts différents malgré leur travail en commun et leur implication égale. Ainsi, Antoine Deltour est qualifié de «lanceur d’alerte» par la Cour de cassation du Luxembourg. À l’inverse, les documents transmis par Raphael Halet, autre divulgateur de l’affaire Luxleaks, n’ont pas été jugés suffisamment d’intérêt général. Par conséquent, ce dernier n’est pas considéré comme lanceur d’alerte par la justice, mais comme un délateur ou un « oiseau de mauvaise augure », pour reprendre un terme qui a précédé celui de « lanceur d’alerte ».

Pour le sociologue Francis Chateauraynaud, « l’incertitude étant omniprésente, nous devons d’abord éclaircir les définitions ». Comme en France avec la loi Sapin 2, dans plusieurs pays, le législateur se penche dans l’urgence sur une définition juridique du terme. Mais il est difficile de donner un écho législatif juste à une réalité sociale qui se construit. Comme le souligne Antoine Deltour, « certains lanceurs d’alerte sont en avance sur leur temps et mordent la poussière ».

Le lanceur d’alerte et ses profils divers

Le numérique joue un rôle important dans la complexification de cette définition. La facilité de circulation et de consultation de documents dévoilés donne une autre ampleur aux alertes. Cette problématique atteint son point culminant avec le cas de Julian Assange, co-fondateur de Wikileaks. Selon lui, la « transparence radicale » est l’idée à défendre, malgré les dommages collatéraux.

Antoine Deltour a quant à lui choisi de « faire confiance à la déontologie journalistique ». Les journalistes ont les compétences pour évaluer l’intérêt de la divulgation et la capacité pour traiter et vulgariser les données. Cependant Rayna Stamboliyska explique que cela implique un choix éditorial pour le journaliste, et donc nécessairement un jugement et un tri dans l’information. « C’est à celui qui diffuse de prendre la décision », précise-t-elle.

L’illusion d’agir

Le numérique a été l’étincelle qui a permis l’embrasement de plusieurs alertes ces dernières années, mais il a aussi apporté de nouveaux obstacles à la propagation de ces alertes. Les lanceurs d’alerte sont les premiers concernés comme le raconte Antoine Deltour : « le numérique a permis que je ne passe pas des heures devant une photocopieuse mais ça a aussi conduit à ma condamnation parce que j’avais laissé des traces dans le serveur de l’entreprise ».

Par ailleurs, l’ex-employé de PwC a rencontré un fort soutien financier et moral avec la réalisation d’une pétition. Et puis, Internet a fait vivre l’alerte. Mais Françis Chateauraynaud averti : « le numérique donne l’impression de remettre l’information en circulation, et pourtant ça n’a pas d’impact tangible. La participation à un réseau donne simplement l’illusion d’agir. »

Aujourd’hui le terme de lanceur d’alerte est entré dans le langage courant pour parfois se galvauder. Pourtant, il connait une définition juridique claire et précise avec la loi Sapin 2. Par ailleurs, l’esprit de cette loi est bien de protéger l’administration, les entreprises et un fonctionnement juste de ce processus démocratique, loin de donner les pleins pouvoirs aux personnes qui dénoncent des pratiques illégales à l’intérieur de leur entreprise. Bien que des lanceurs d’alerte occupent régulièrement les gros titres des médias et l’actualité judiciaire, leur impact sur les enjeux sociétaux reste limité. Pour preuve, malgré l’affaire LuxLeaks, l’entreprise PwC se porte bien.  

Jean Bigirimana : 20 mois après la disparition du journaliste, toujours aucune nouvelle

Aucun mot des autorités burundaises n’a filtré depuis le triste enlèvement du journaliste. Aucun geste de la part de la justice. Face à cette situation d’attente insupportable, ses deux familles biologique et professionnelle demandent un minimum d’efforts.

22 juillet 2016, Jean Bigirimana, journaliste au Groupe de presse Iwacu disparaissait en commune Bugarama, dans la province Muramvya. Nous ne sommes qu’à une vingtaine de kilomètres de la capitale du Burundi. Selon des sources concordantes, notre confrère aurait été enlevé par des hommes inconnus à bord d’un pick-up.

Depuis cette étrange disparition en pleine journée, ses proches n’ont cessé de demander que justice soit faite, mais en vain. Pourtant, Léandre Sikuyavuga, directeur des rédactions à Iwacu, fait savoir que son groupe a porté plainte contre X.

Pour Léandre Sikuyavuga, les autorités burundaises doivent redoubler d’efforts pour que les conditions de la disparition de ce journaliste soient connues de sa famille. A commencer par sa veuve, Godeberthe Hakizimana, ses deux fils, Don Douglas et Timmy, ainsi que des journalistes et du peuple burundais dans son ensemble.

Jean Bigirimana, va-t-il nous revenir un jour ?

« Nous sommes tristes mais restons toujours solidaires à sa famille et à celle des professionnels des médias burundais », lâche Alice Hakizimana, vice-présidente du Rassemblement des Journalistes Burundais exilés en France (RJBF).

En restant sans aucune nouvelle, explique cette ancienne journaliste à la Radio Bonesha FM et présentatrice de l’émission Club de la presse, la tendance est de continuer à s’interroger si Jean est parti pour toujours ou s’il va nous revenir. Il est inconcevable, se désole Madame Hakizimana, qu’un journaliste disparaisse au milieu d’un endroit très fréquenté et sécurisé où tout le monde connaît tout le monde.

Là où le bât blesse, poursuit-elle, c’est l’incapacité de la magistrature burundaise à suivre toutes les pistes d’enquête mises à sa disposition par certains journalistes et défenseurs des droits de l’homme et mener ses propres investigations : « ça traduit en quelque sorte un manque de volonté ».

Madame Hakizimana indique qu’elle n’accuse personne : « Les autorités burundaises devraient comprendre l’inquiétude des hommes et femmes journalistes face à cette affaire. Selon moi, si au moins, la justice pouvait être honnête avec nous et dire aux deux familles qu’il n’y a pas d’espoir de retrouver Jean Bigirimana vivant… »

Et de mettre au défi la magistrature : « Nous serions heureux d’entendre un jour dans un communiqué de presse de la garde des sceaux du Burundi que contrairement à certaines fausses informations publiées par certains médias, Jean Bigirimana est vivant. »