Photos fournies par Getee Azami

Lorsque Kaboul retombe aux mains des talibans, vingt années de relative liberté pour les femmes seffondrent brutalement. Traquée, la journaliste Getee Azami est contrainte de fuir. Elle parvient à rejoindre la France grâce à un appel à laide lancé sur les réseaux sociaux.

Par Raphaël Bonnet

Née dans un pays où les hommes décident de tout, Getee Azami a grandi auprès d’un père ouvert d’esprit. C’est de lui qu’elle a tout appris, notamment à avoir confiance en elle. « Dans ma famille, j’avais une liberté que beaucoup n’avaient pas : j’avais le droit de parler devant mon père alors que, pour beaucoup de filles, c’est la loi du silence », raconte la jeune femme avec fierté. Elle souligne aussi que c’est cette confiance qui lui a donné le courage d’entrer à l’université polytechnique de Kaboul pour étudier le journalisme.

Très jeune, elle ressent la nécessité de témoigner des conditions de vie des femmes dans son pays. Le journalisme renforce cette vocation. « Au départ, quand j’ai passé le concours pour l’université, je voulais faire de l’ingénierie. Mais j’ai senti qu’en Afghanistan, on avait plus besoin de journalistes, surtout des femmes, pour témoigner de la situation. »

À la sortie de l’université, elle réalise des reportages pour la chaîne télévisée afghane Noor TV, fondée par l’ancien président afghan Burhanuddin Rabbani. Avant même l’arrivée des talibans, sa situation de journaliste est difficile : par trois fois, elle est menacée de mort dans la rue alors qu’elle rentre chez elle. Elle ne le dit qu’à sa sœur car elle veut continuer le combat. Si elle était mise au courant, sa mère lui interdirait de travailler.

En août 2021, les talibans reprennent le pouvoir. Les rues de la capitale grouillent d’une foule en panique. Les tirs lui rappellent les traumatismes subis vingt ans auparavant. Au cœur du chaos, Getee Azami relate cette journée fatidique. « Je me suis dit ce jour-là que je devais continuer ma vie normalement. Je suis allée à l’université. Lorsque j’étais en train de rentrer chez moi, j’ai filmé un peu la situation de Kaboul. Tout le monde était en train de courir. »

 

« Il y a des talibans devant notre porte, je ne sais pas quoi faire ! J’appelle la police ou j’appelle les talibans ? »

GETEE AZAMI

Quelques heures après être rentrée chez elle, on frappe à sa porte : ce sont les talibans qui la cherchent. Dès ce moment-là, les talibans cherchent à intimider les femmes qui travaillent. Ils investissent les rues et imposent leurs lois.

Menacée, désespérée, Getee Azami lance un appel sur la messagerie WhatsApp. « Il y a des talibans devant notre porte, je ne sais pas quoi faire ! J’appelle la police ou j’appelle les talibans ? » se remémore-t-elle encore.

Dans un élan de solidarité, France Télévisions publie un communiqué de presse appelant à sauver l’ensemble des journalistes afghans en danger. Les autorités françaises prennent la décision de produire des laissez-passer. Tanguy Hergibo, ex-assistant parlementaire, décide de l’aider elle et sa famille à s’exfiltrer du pays grâce à son réseau.

« Nous avons pris deux taxis. C’était un moment très fort. Sur le chemin, nous sommes tombés sur un contrôle de talibans. Ils nous ont demandé où nous allions et notre chauffeur de taxi leur a menti en disant que nous rentrions chez nous », se souvient la jeune femme.

Getee Azami  vit aujourd’hui en France avec une partie de sa famille. Elle continue a faire tout son possible pour faire sortir ceux restés. « Nous sommes six en France, mais j’ai encore une sœur et deux frères en Afghanistan. Ma sœur y vit comme une prisonnière dans son appartement, sans fenêtre ni activité », explique Getee.

La jeune femme a décidé d’écrire un livre avec Tanguy Hergibo, La Fugitive de Kaboul. Un témoignage fort sur l’oppression des Afghanes et l’horreur d’un pays régit par les talibans et devenu une prison pour les femmes.

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