A droite sur la photo Ulviyya Karimova, journaliste Azerbadjanaise et à gauche Zara , journaliste tchétchène
En avril 2026, j’ai participé, avec sept journalistes de la MDJ, au programme d’immersion professionnelle au sein du journal Ouest-France à Rennes. Cette expérience m’a permis de découvrir, de l’intérieur, le fonctionnement d’un grand média régional français, entre tradition journalistique et innovation technologique.
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Par Ulviyya Karimova
Le 7 avril, nous étions huit journalistes à pénétrer dans les locaux de la rédaction centrale de Ouest-France. Grâce au partenariat entre ce journal, le plus lu de France, et la Maison des journalistes (MDJ), nous commencions un stage d’immersion professionnelle qui allait durer une semaine.
L’un des aspects les plus marquants de cette expérience a été la découverte du processus de production du journal, depuis la rédaction jusqu’à l’impression. Nous avons suivi chaque étape, observant comment l’information se transforme en produit fini.
J’ai également été frappée par l’intégration des technologies dans ce processus. Dans les espaces de production, certaines tâches, autrefois réalisées par des dizaines d’employés, sont désormais assurées par des machines automatisées. Une évolution qui soulève des questions importantes : jusqu’où la technologie peut-elle remplacer le travail humain et quel sera l’avenir du métier de journaliste à l’ère de l’intelligence artificielle ?
Malgré cette omniprésence technologique, un élément reste central : la rigueur journalistique. Au sein du siège, des slogans et des règles éthiques sont affichés partout, qui rappellent constamment les principes fondamentaux du métier.
« Nous avançons avec la technologie, mais nous voulons respecter notre charte : informer sans nuire, montrer sans choquer », a insisté le directeur de la rédaction, Philippe Boissonnat.
Dans un environnement où même les machines peuvent commettre des erreurs, la vigilance humaine demeure essentielle. Chaque information est vérifiée avec soin et, en cas de doute, les journalistes se réfèrent immédiatement à la charte établie par Ouest-France au fil des décennies.
À l’entrée du siège : le coin presse, reflet du rythme quotidien de la rédaction. Photo: Ulviyya Karimova
Autre aspect particulièrement intéressant : la place centrale des lecteurs. Une rubrique est entièrement dédiée à leurs réactions et à leurs commentaires. Les opinions les plus pertinentes sont sélectionnées et publiées dans les éditions suivantes. Cette pratique illustre une volonté forte d’intégrer la voix des citoyens dans le processus médiatique.
La visite de la rédaction numérique a également été révélatrice pour moi. J’y ai observé une équipe majoritairement jeune, qui travaille avec des outils modernes et des formats adaptés aux nouvelles habitudes de consommation de l’information. Dans le service vidéo, j’ai posé des questions sur les risques liés aux fausses images à l’ère de l’intelligence artificielle. Les journalistes m’ont alors expliqué qu’ils privilégiaient leurs propres productions et que, lorsqu’ils recouraient à des images externes, ils s’appuyaient sur des agences reconnues telles que Reuters ou Associated Press.
Le troisième jour, nous avons visité une rédaction locale où nous avons pu observer le travail de terrain des journalistes. Chaque membre de notre groupe a pu suivre un journaliste dans la préparation de son article. Ce qui m’a frappée, c’est que les journalistes se concentrent sur un seul sujet à la fois, afin de disposer du temps nécessaire pour vérifier l’information avec rigueur, une approche bien différente de certaines rédactions que j’ai connues dans lesquelles le journaliste doit produire plusieurs contenus par jour pour rester en tête des flux d’actualité.
Lors de cette visite, il a également été mentionné qu’un correspondant serait nécessaire dans la ville de Retiers, où je réside actuellement. Ce moment a été pour moi particulièrement fort. Pour une journaliste, qui n’a pas pu exercer librement dans son propre pays, l’idée de pouvoir un jour travailler dans un environnement libre, indépendant et sécurisé représente bien plus qu’une opportunité professionnelle : c’est une forme de reconnaissance et d’espoir.
En quittant la rédaction, je suis repartie avec une conviction renforcée : celle qu’un journalisme libre, éthique et responsable reste essentiel dans toutes les sociétés.
Le quotidien Ouest-France en chiffres, c’est 58 rédactions réparties dans 12 départements en Bretagne, en Normandie et dans les Pays de la Loire, ainsi qu’à Paris, et plus de 600 000 exemplaires distribués pour 2 millions de lecteurs par numéro.
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