Crédit Photo : Simon Suleymani

Pendant trois jours, le public a assisté à une expérience artistique hors normes : une célébration de la diversité des expressions musicales et du dialogue entre ancrages traditionnels et écritures contemporaines internationales.

Par Simon Suleymani

 

Le Birkleyn Sound Festival s’est tenu du 16 au 18 avril dernier, à la Marbrerie à Montreuil. Pour sa première édition, il ne s’est pas contenté de proposer une série de concerts : il a ouvert un espace vivant de rencontres entre des écritures musicales, des sensibilités et des trajectoires artistiques multiples. À première vue, il aurait pu s’inscrire dans une logique de « diversité culturelle ». Mais ce qui s’est joué sur scène dépasse largement cette lecture convenue. Il ne s’agissait pas de représenter des identités, mais de créer les conditions d’une rencontre réelle, d’un frottement fécond entre les esthétiques.

Si des artistes issus de parcours marqués par l’exil y ont trouvé naturellement leur place, le festival ne s’y est pas enfermé. De nombreux artistes européens ont participé également, apportant leur propre héritage et langages. Le Birkleyn Sound Festival est apparu ainsi comme le point de convergence où se sont rencontré et se sont répondu les cultures d’Orient et d’Occident.

Ce qui distingue fondamentalement le Birkleyn Sound Festival, c’est son mode de création. Loin d’une logique purement événementielle, il est né d’une vision artistique. « Ce festival est porté et produit par un artiste, et non uniquement par un producteur, explique Ruşan Filiztek, fondateur du festival. Cette dimension est essentielle, car elle permet une compréhension plus fine des réalités artistiques, humaines, psychologiques, sociologiques et même économiques. »

Trois jours, trente artistes, 1 200 spectateurs

Cette approche s’est reflété directement dans la programmation. Pas de hiérarchie imposée, pas de séparation stricte entre têtes d’affiche et artistes secondaires. « Pour nous, chaque musicien présent sur scène est un artiste à part entière. Tous, quels que soient leur rôle ou leur instrument, sont considérés comme des artistes principaux. »

En trois jours, le festival a rassemblé plus de 1 200 spectateurs et réuni plus de trente artistes. C’est la densité des propositions qui a marqué les esprits. La première soirée s’est ouverte avec des voix féminines puissantes. Senny Camara, en s’appropriant la kora, instrument traditionnellement réservé aux hommes, a posé un geste à la fois musical et symbolique. Núria Rovira Salat a déployé une écriture scénique où la voix et le corps se sont entrelacé, entre influences méditerranéennes et latino-américaines. SÏAN, avec sa narration musicale en français, corse et italien, a ouvert un espace sensible entre conte et voyage initiatique.

La deuxième soirée a accentué la diversité des formes. Ariana Vafadari a créé un pont entre la musique classique et son héritage iranien. Haïdouti Orkestar a transformé la salle en espace de célébration collective dans lequel la musique balkanique est devenue mouvement pur. François Aria et Roxane Elfasci ont fait dialoguer guitares classique et flamenca. Ont prolongé l’énergie, dans une dynamique contemporaine, une autre flamenca, mais danseuse celle-la, Nati James, le rappeur kurde Serqo et un DJ set. Le même soir, Ruşan Filiztek est monté sur scène, incarnant lui-même l’esprit du festival : un passage entre tradition et écritures actuelles.

Grande première réussie pour le Birkleyn Sound festival
Ruşan Filiztek, lors de sa prestation au Festival Birkleyn Sound / Credit Photo : Simon Suleymani

L’une des forces du festival réside dans sa capacité à dépasser les catégories musicales. Les traditions kurdes, persanes, africaines, balkaniques ou celtiques n’y sont pas cloisonnées : elles cohabitent, se répondent, se transforment. « Nous ne pensons pas la musique en termes de catégories, souligne Filiztek. Ce qui nous intéresse, cest ce que lartiste exprime sur scène et la manière dont il le fait. »

Entre artistes locaux et internationaux, entre héritages et écritures contemporaines, le festival a construit une forme d’équilibre rare. Sur scène, les esthétiques ne se sont pas concurrencé pas : elles ont coexisté. Une voix intime peut précéder une performance collective, un moment de recueillement peut ouvrir vers une énergie festive, dans une continuité organique. Le spectateur n’est plus simplement témoin, il devient partie prenante d’une expérience commune.

Pour une première édition, le Birkleyn Sound Festival affirme déjà une identité forte dans le paysage culturel parisien. Pendant trois jours, il n’a pas seulement été question d’écouter. Il s’est agi de se rencontrer, de partager, de traverser des univers. Et peut-être est-ce là, précisément, que réside sa force : dans sa capacité à créer, au-delà des sons, un véritable espace de lien.

 

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