Articles

La Tsigane de lord Stanley – Conte insurgé de la route et du voyage

[SPECTACLE THÉÂTRE] «La Tsigane de lord Stanley» a eu lieu à la Halle des Blancs Manteaux dans le 4ème arrondissement. Une pièce de théâtre d’une heure qui a pour double thème l’exil et l’amour, avec la participation de 24 enfants comédiens-chanteurs. C’est un formidable travail de Christine Pellicane, metteuse en scène et auteure de nombreux spectacles de la compagnie Tamèrantong.

Les idées simples c’est compliqué !

[TRIBUNE LIBRE] En France, un montagnard qui aidait des âmes errantes à trouver la bonne route, et le sens de la vie, a été inquiété par quelques esprits dont les lumières étaient en panne. C’était tellement absurde que le Conseil Constitutionnel a fini par prendre le parti de l’honorable homme des sommets. Moi, Yuan Meng, exilé et mangeur de bambou, j’en ris encore.

Le prince, la métisse et le panda : Les bons contes font les bons comptes !

Moi, Yuan Meng, mangeur de bambou né en exil au zoo de Beauval, je sais maintenant ce qui vous intéresse, vous les gens d’ici et d’ailleurs… même si vous faites mine de nier, vous préférez les contes de fée aux horreurs de vos petits matins pâteux, faits de croissants trop mous et de café réchauffé. Du coup, je crois pouvoir sortir les exilés de leur impasse. Voici comment.

Cela fait un trop long moment que Brigitte Macron, ma marraine présidentielle, n’est pas venue jusqu’à moi, toutes caméras en action et micro branchés, tournés en direction de notre belle aventure commune. C’EST POURQUOI je pense (car le panda pense, ainsi que vous le savez désormais) je pense donc qu’il est urgent de susciter de nouveau de l’intérêt à mon sujet.

Une idée m’est venue en observant simplement le monde : il y a quelques jours (c’était pourtant l’un de ces samedis ensoleillés qui invitent à la promenade) les alentours de mon enclos étaient déserts. Renseignements pris, je découvre alors qu’un prince britannique épousait une starlette américaine et que l’événement avait vidé les rues, les campagnes et les zoos. La planète préférait se faire un plateau-télé plutôt que de venir me voir.

Je suis un métis

Et puis voici qu’on me précise également que la dame qui a décroché le gros lot (gros lot = prince) au loto de l’amour…que la dame, donc, est métisse.

WHAT, WHAT, WHAT ? Par l’effet magique des circonvolutions de mon animal de cerveau, je fais, en une fraction de seconde, le rapprochement avec qui ? Réponse : avec moi, évidemment. Panda noir et blanc, je suis, comme elle, une sorte de métis.

Etant mâle et non femelle – c’est là mon unique différence avec la starlette susnommée – j’ai convoqué la direction du zoo et ordonné ce qui suit : « Trouvez-moi d’urgence une fille de sang royal. Il y en a sûrement ici, au zoo… Ne dit-on pas que le lion est le roi de la jungle ? S’il a procréé, voyez ce que vous pouvez faire ».

Ne te trompe pas de carrosse, camarade !

Contrairement à ce que vous imaginez, la direction du zoo a bien compris le parti à tirer des paillettes et des bons sentiments qui stimulent l’industrie du Kleenex (aux larmes, citoyens !). Elle en a même rajouté à mon argumentation avec des mots choisis : « la starlette dont tu nous causes, notre panda chéri, est en plus une exilée. Elle est forcée de vivre à Londres, si loin d’Hollywood. C’est un peu ton histoire, vois-tu, en gros, en très gros ! Mais en même temps, comme dirait notre Président bien-aimé, notre phare de la pensée disruptive : tout ça c’est un conte de fée… excellent pour nos comptes. Car, pour ce genre d’événement on trouve toujours de l’argent et, bien entendu, on en attire aussi ! »

Morale de l’histoire : l’exil est ta force, camarade… il suffit que tu ne te trompes pas de carrosse… et les financements qui manquent habituellement pour accueillir les exilés comme toi ou moi apparaîtront brusquement, dans un scintillement céleste, COMME PAR MAGIE.

Un conte de fée, te dis-je, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

Max Mathiasin (député de Guadeloupe) : « la France a abandonné l’Afrique aux chinois »

Député de la Guadeloupe, Max Mathiasin s’est fait remarquer par son intervention à l’Assemblée Nationale sur l’esclavagisme en Libye. Son discours, qui a reçu un enthousiasme unanime, a marqué les esprits. Retour sur les coulisses de son intervention, son regard sur la politique migratoire en Europe et sur les relations franco-africaines. Entretien.

La première fois où vous avez regardé la vidéo de CNN montrant des migrants à vendre, quelle a été votre émotion ?

Au début je me suis dit c’est peut-être des fake news car j’en ai déjà vu des vidéos de la sorte. Mais quand j’ai vu que c’était signé CNN, je me suis indigné et je me suis  dit « là c’est du sérieux« . Peu de temps après, j’ai reçu des demandes d’intervention de la part de plusieurs concitoyens. Un jeune Guadeloupéen, qui avait fait campagne avec moi pour l’élection législative, m’a dit « Max, cette vidéo m’a givré le sang !« . C’est sa réponse qui a été pour moi déterminante.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

A ce moment-là, j’ai demandé à Laurence de Saint Sernin, ma collaboratrice, de déposer auprès de mon groupe politique, un changement de question car j’étais inscris pour une question sur le chômage en Guadeloupe. Comme elle n’avait pas encore vu la vidéo, elle m’a répondu « mais vous savez, Monsieur le député, il y a plein de choses qui circulent sur WhatsApp ».

Je lui balance la vidéo et elle voit vite, comme moi, qu’elle est digne de foi. J’ai pris l’avion le samedi pour arriver à Paris le dimanche où j’ai passé la journée enfermé. Lundi matin, je suis allé voir la responsable administrative de mon groupe politique. Elle m’a répondu qu’il y a déjà des membres d’autres groupes qui sont inscrits pour la même question et qu’il y a au moins six personnes qui interviennent sur le même sujet. Je lui ai dit que je dois absolument poser la question sur l’esclavage en Libye car mes ancêtres ont été esclaves. Elle a regardé le registre d’inscription et elle m’a dit « OK ».

Comment avez-vous préparé votre question ?

J’ai dit à ma collaboratrice que  pour parler de l’esclavagisme, il me faut faire appel à mes ancêtres et à un Colonel guadeloupéen de l’armée française  (il faut dire qu’il y avait une première abolition de l’esclavage en 1794 et qui a été rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802). Cet homme avait combattu, en 1802, les troupes de Napoléon. Il s’était opposé à son commandement à la tête des esclaves et des soldats pour se révolter. Je me suis donc inspiré de ce fait.

Je n’étais pas sûr du contenu de la déclaration, que j’avais lu une seule fois de ma vie, mais il y avait une chose dont j’étais sûr, c’est qu’il s’adresse à la postérité. J’avais la chance d’avoir deux autres collaborateurs qui étaient là. Nous avons commencé à écrire sur la question, sachant qu’on a un temps d’intervention de deux minutes. Nous avons travaillé toute la journée et on a fini autour de minuit.

Après une relecture, j’ai dit à mon équipe « les enfants, vous pouvez aller vous coucher vous avez bien travaillé ! » Le matin, j’ai regardé la question une dernière fois et j’y ai ajouté encore une phrase.

Laquelle?

J’ai ajouté qu’« il y a des passés qui ne finissent pas de passer ».

C’est une allusion que les faits risquent de se répéter…

Exactement. Et c’est ce qu’on voit encore aujourd’hui.

Dans l’hémicycle, comment avez-vous vécu ces deux minutes?

Trois personnes avant moi allaient parler de la Libye, mais j’étais tellement sûr de moi que je ne les entendais même pas. J’étais très sûr de la force de ma question dans la mesure où c’est une question juste, dans le sens de la justice. Quand je suis arrivé au milieu de mon intervention, j’ai jeté un coup d’œil autour de moi et j’ai vu que les députés avaient la tête tournée vers moi.

J’ai vu en particulier un député réunionnais qui avait les yeux rougis. Là, je me suis dit qu’il fallait que je sois encore plus inclusif. C’est pourquoi j’ai improvisé deux petites phrases. J’ai ajouté « c’est notre vie » à « c’est ma vie » et « notre histoire » à « mon histoire », pour faire adhérer tout l’hémicycle à mes propos.

Les retours vous ont-ils surpris ?

Après avoir posé ma question,  j’ai vécu un moment de vide mais aussi de peur. On se demande quelles seront les conséquences de ce qu’on a dit. J’ai pris conscience de la portée de la question quand j’ai quitté l’hémicycle surtout lorsque les journalistes sont venus nombreux vers moi. Ce qui m’a frappé surtout c’est que certains députés qui sont venus me saluer avaient les larmes aux yeux. Je me suis dit qu’il se passe quelque chose.

Vous avez évité de parler des causes de ce qui s’est passé en Libye. C’est par peur de choquer ?

J’ai voulu m’adresser à la conscience des gens et à ce qu’il y a de plus profond de l’humanisme. Je sais que les Français tiennent beaucoup à la révolution de 1789 avec son héritage, ses errements et les erreurs qui ont pu être commises. S’ils rejettent les exactions qui ont été commise, notamment la terreur, elle reste un héritage important du point de vue du rayonnement de la France dans le monde. Par conséquent, c’est un acte que je voulais politique. Lorsque j’ai parlé de « notre histoire » j’ai bien ajouté que cela se passait en colonies françaises.

Donc il ne s’agit pas d’occulter le passé colonial de la France et de l’Europe ni de nier leur responsabilité dans le sous-développement d’une grande partie du monde, notamment en Afrique subsaharienne et le Maghreb. Dans ces pays dits « pauvres », il y a ce que Samir Amine a appelé « l’échange inégal ».

Amine, qui a essayé de mesurer le différentiel de force de travail et de valeur ajoutée dans les échanges de marchandises entre ces deux « blocs », soulève la question de la détérioration de l’échange entre les pays « sous-développés » au profit des pays « développés ». Il y a une part de travail et de la valeur sous-évalué des produits non transformés et non manufacturés, ce qui appauvrit certains pays. C’est aussi un peu ce qu’on retrouve dans le livre « Et l’Europe sous-développa l’Afrique ».

La communauté internationale a promis de bouger et Macron a qualifié ce qui s’est passé de « crimes contre l’humanité ». Comment évaluez-vous les actes par rapport aux promesses?

Pour l’instant, il faut dire que les choses n’ont pas vraiment bougé, aussi bien de la part de la France que de la part des chefs d’État africains malgré la grande déclaration à Dakar sur la question du droit de la protection et du rapatriement de leurs concitoyens. D’après les informations dont je dispose, il y a encore entre 400 et 700 mille personnes bloquées en Libye. Il semble que l’Europe s’accommode un peu du fait que l’existence de ces camps empêche les gens de traverser. Aujourd’hui encore, certains sont emprisonnés ou vendus et d’autres auxquels on demande aux familles de payer des rançons.

Pour moi la situation n’a pas évolué et il n’y a pas de transparence sur la manière dont on pourrait mettre fin au phénomène.

Absence de transparence de la part de qui?

La France et les Nations Unies notamment. Evidemment, ne soyons pas non plus naïfs. Il faut savoir que les gens quittent l’Afrique subsaharienne au détriment de leurs vies. Il y a ce phénomène où chacun pense que « l’autre ne s’est pas tiré, mais moi je pourrais m’en sortir« . Les gens quittent leurs pays parce qu’il y a l’attrait de l’Europe lié aux images mais aussi au fait que ceux qui sont partis ne parlent surtout pas de leurs conditions matérielles terribles.

Pensez que les scènes diffusées par CNN risquent de se répéter ?

On s’aperçoit que ça perdure. L’Europe a décidé d’intensifier ses aides aux pays subsahariens, mais ces aides, au regard des problèmes économiques réels qui existent, sont à mon avis insuffisantes. Il faut changer la politique africaine de l’Europe, c’est-à-dire la politique de la «  France-Afrique » qui vise non seulement les matières premières, mais aussi et surtout, les systèmes politiques à travers la mise en place d’hommes d’État, qui ne sont en fait que des hommes de paille à la solde des gouvernants étrangers et des grosses compagnies. Nous avons deux exemples, un qui est ancien et l’autre qui est plus récent.

Le paternalisme n’a pas changé et l’état d’esprit colonial n’a jamais changé en France même avec un gouvernement qui se veut « socialiste », « progressiste » ou « humaniste ». J’ajouterais aussi les communistes car lorsque j’étais étudiant à Paris, à l’époque où on était un peu indépendantistes et rêveurs, quand on leur parlait de l’indépendance ou de l’autonomie de la Guadeloupe, ils nous rétorquaient « mais pourquoi vous voulez  l’autonomie ?! Vous êtes français ! ».

Pensez-vous que le projet de loi asile et immigration peut ou va apporter des solutions ?

Une circulaire qui voudrait que les migrants soient contrôlés quand ils sont dans des centres d’hébergement, au risque que certains d’entre eux soient conduits dans des centres de rétention, je ne peux qu’être absolument contre. Il faut que la France clarifie sa politique migratoire. Si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde et si l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, il faut aider ces gens à rester chez eux. Pour cela, il faut que cette aide soit collective, inclusive et significative.

Bien sûr qu’il faut mener des actions contre la famine par exemple, mais il faut aussi, en un second temps, mettre en place un véritable transfert de connaissance. C’est ça la vraie coopération, parce que le grand problème de ces pays c’est la question de la capacité d’investissement. Or, il y a une vingtaine d’années la France a abandonné l’Afrique aux chinois. Les chinois ne font rien pour rien. Ils sont encore pire vis-à-vis de ceux qu’ils ne connaissent pas où qu’ils font semblant de ne pas connaître.

Avec l’agence Frontex, l’Europe fait la guerre aux migrants

[Par Johanna GALIS]

L’agence de contrôle des flux migratoires européens Frontex risque d’obtenir des pouvoirs plus étendus lors d’un vote au Parlement européen. L’occasion de revenir sur le fonctionnement clair-obscur de cette agence – citée dans les médias sans mécanique explicite développée -, pourtant l’une des pièces maîtresse de l’échiquier du flux des migrants vers les frontières.
Le déploiement des fonctionnalités propres à Frontex, créé en 2004, a permis au mythe de la crise migratoire dite dangereuse de prendre toute son ampleur. La campagne Frontexit (www.frontexit.org), menée par plus de vingt et une organisations européennes et africaines d’aide aux étrangers et aux immigrés, incite à prendre plus de recul sur les réalités de la crise migratoire actuelle, et à ainsi démanteler l’étendue de plus en plus accrue des pouvoirs donnés à cette agence.

© Frontexit.org

© Frontexit.org

Frontex, symbole d’un regard anti-démocratique

De nombreuses idées reçues sont véhiculées par les dirigeants européens contre les migrants. Les moyens financiers ne manquent pas : Frontex, soit l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union européenne (en abrégé : Frontières Extérieures) a vu son budget exploser en une dizaine d’années (19 millions d’euros en 2006 pour 114 millions d’euros en 2015).

Frontex, dont le siège est à Varsovie, a développé une politique de dénigrement du migrant qui a pris place par des moyens techniques – création de hotspots, afflux de moyens militaires maritimes et terrestres, systèmes de recueil de données, technologies pointues allouées aux garde-frontières pour répondre à leurs besoins – sur les frontières-mêmes des pays européens.
Et pourtant, l’agence aurait pu considérer l’arrivée des migrants d’un tout autre œil : en effet, l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme consacre la libre circulation de tout à chacun en garantissant le droit de quitter tout pays, même le sien, et d’y revenir. Son budget aurait pu servir, par exemple, à créer des ponts fermes entre les migrants et leurs pays d’accueils, des ports d’attache techniques et technologiques, pour que soit facilitée leur insertion.
Frontex est en quelque sorte le symbole du regard anti-démocratique porté par les Etats-membres de l’Union Européenne sur l’arrivée des migrants dans leurs pays. En effet, d’un fonctionnement obscur, l’agence a une personnalité juridique : elle peut signer des accords avec des pays non européens sans contrôle démocratique des Etats signataires, des parlements nationaux et du Parlement européen. Elle peut ainsi être susceptible de modifier la politique migratoire de pays hors de l’Europe de manière à influencer le flux des migrants.

©migreurop.org

©migreurop.org

La campagne Frontexit, pour plus de transparence

La campagne Frontexit soulève deux questions importantes qui n’ont jusqu’à aujourd’hui pas encore été élucidées.
Frontexit le dit noir sur blanc : la question fondamentale de la responsabilité de l’agence dans les actions qu’elle mène n’est toujours pas claire : qui est responsable en cas de violation du droit des migrants, entre l’agence, l’Etat hôte d’une opération, ou l’Etat dont relève l’agent qui a commis la faute ? Quels sont les mécanismes effectifs mis en place pour garantir l’accès des migrants à l’exercice de leurs droits ?
Le Parlement Européen décide le mercredi 6 juillet si Frontex peut s’arroger de pouvoirs encore plus grands en partageant ses données avec Europol, un office de police intergouvernemental qui facilite l’échange de renseignements entre les polices nationales. Le thème-clé de cet échange serait la diffusion de données à visée de lutte contre le terrorisme.
Si l’agence était en liaison directe avec Europol, elle serait ainsi plus en mesure de confondre les intentions des migrants avec celles de terroristes.

La campagne Frontexit apporte un éclairage important sur les dérives d’une agence très souvent citée dans sa relation aux flux migratoires, mais dont le fonctionnement est malheureusement trop peu connu. Il s’agirait maintenant de faire encore plus attention au fonctionnement de ce qui est considéré comme une « crise migratoire » pour démanteler les à prioris véhiculés par les Etats européens, et leurs organismes.

Journée internationale des migrants: reportage dans la jungle de Calais

[Par Makaila NGUEBLA]

La journée internationale des migrants a été célébrée, ce vendredi 18 décembre, partout dans le monde où vivent les migrants. C’est aussi le cas en France où se trouvent 7000 personnes dans la jungle de Calais, véritable concentration humaine des gens en provenance de zones de conflits de tous genres.

©Makaila Nguebla

©Makaila Nguebla

Située à peu prés à une distance de 300 km de Paris, la jungle de Calais abrite, selon un rapport de l’association Migreurop, 7000 personnes issues de pays d’Afrique et d’Asie, foyers des conflits armés, d’instabilité politique et d’autres aléas climatiques, qui les ont contraintes à abandonner leurs domiciles et leurs familles. Elles ont emprunté le douloureux et périlleux chemin de l’exil.
En l’honneur et en solidarité avec tous ces hommes, ces femmes, ces enfants et ces vieillards venus d’Erythrée, du Soudan, d’Ethiopie et du Tchad, et en ce qui concerne l’Afrique, de Syrie, d’Afghanistan, du Kurdistan, d’Irak pour l’Asie, des artistes français comme Paul Heintz, jeune réalisateur et vidéaste, se sont déplacés jusqu’à la jungle de Calais pour célébrer avec eux cette Journée Internationale des Migrants qui leur a été dédiée par l’ONU, et les soutenir en diffusant des films sur leur parcours, en réalisant leurs portraits et autres expositions.

Jungle de Calais ou concentration des conflits

Les conflits du Darfour au Soudan, la répression politique en Ethiopie, les arrestations arbitraires et les enrôlements forcés des jeunes érythréens dans les services militaires, les violations et les atteintes aux droits de l’homme au Tchad, sont fondamentalement les principales causes soulevées par ces migrants pour justifier leurs exils massifs et solliciter une protection humanitaire internationale.

©Makaila Nguebla

©Makaila Nguebla

Comment-vivent-ils ?

Regroupés par pays et par communauté, les migrants de la Jungle de Calais vivent sous des tentes dans des conditions humainement terribles et insoutenables. Ils partagent leurs quotidiens dans l’insalubrité, la promiscuité, l’insécurité humaine et dans une misère indescriptible souvent choquante. Ils espérent des lendemains meilleurs. Certains d’entre eux attendent impatiemment une reconnaissance de leur statut de réfugiés en France. D’autres rêvent de rejoindre l’Angleterre, pays qui offre, selon eux, des meilleures conditions de vie aux réfugiés à la différence de la France.

Régulièrement assistés par des bénévoles mobilisés pour leurs causes, ils bénéficient de nourriture, de couverture et d’autres aides et résistent aux intempéries climatiques. Malgré tout, ils ont développé des centres d’activités commerciales, des lieux de cultes, d’attraction et des distractions pour s’occuper. Mais jusqu’à quand ?

Mahamat est Tchadien, il vit à Calais parce qu’il a fui l’injustice sociale, l’exclusion, l’arbitraire et toute forme d’humiliation subie par les populations tchadiennes, nous a-t-il confié. Le sort de ces âmes dépendra inéluctablement d’une volonté politique globale à l’échelle des pays européens et d’autres Etats qui souhaitent les accueillir sur leurs sols.
Mais à cause des récentes attaques terroristes de Paris de novembre où ont été tués des centaines de personnes, l’espoir s’évapore comme du neige au soleil pour ces migrants. Ils risqueraient de voir durcir contre eux des mesures protectionnistes, restrictives et toutes formes de contrôle en termes de dérives policières souvent violentes. Tout est possible !