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Jean-Luc ROMERO MICHEL reçu à la Maison des journalistes

Il est environ dix heures, ce mercredi, lorsque Jean-Luc ROMERO-MICHEL fait son entrée à la Maison des Journalistes. L’adjoint à la Maire de Paris, également chargé des droits humains, de l’intégration et de la lutte contre les discriminations, est accompagné de son directeur de cabinet, Michel GELLY-PERBELLINI ainsi que de deux stagiaires.

L’ambiance est de suite conviviale. Darline Cothière, directrice de la Maison des Journalistes, commence la visite. Le hall retient déjà l’attention de Jean-Luc ROMERO-MICHEL “elle est belle cette exposition” en montrant les panneaux de l’exposition Cartooning for Peace. Il se retourne, remarque une seconde exposition à l’étage, mais Darline Cothière préfère garder le suspens, elle leur montrera plus tard.

Rencontre avec l’équipe de la Maison des Journalistes

La visite se poursuit, et Jean-Luc Romero-Michel fait la connaissance du personnel de la Maison des Journalistes. Antonin Tort, responsable d’action sociale et d’hébergement, explique comment il accompagne les journalistes exilés, à leur arrivée mais également tout au long de leur demande d’asile. Jeanne Albinet Chargée de mission Communication et Sensibilisation, échange avec Jean-Luc Romero-Michel sur l’importance de la sensibilisation du grand public, et en particulier des jeunes à travers le programme Renvoyé Spécial par exemple. Malgré la crise sanitaire, elle confie être heureuse d’avoir pu mener à bien la quasi-totalité des rencontres Renvoyé Spécial de l’année, dans les lycées et auprès des jeunes sous protection judiciaire. Le journaliste libanais, Ibrahim Cheaib nous a rejoint. Il revient tout juste de Marseille où il a effectué une rencontre Renvoyé Spécial et témoigne donc de son expérience : “Les jeunes ont beaucoup apprécié nos échanges et ils me l’ont fait savoir” explique t-il. “Le discours authentique de quelqu’un qui a vécu ça dans sa chair, ça leur parle”, confirme Darline Cothière. L’adjoint à la Maire de Paris soutient énormément cette initiative, et s’étonne d’ailleurs que la Maison des Journalistes ne reçoive pas de contributions de la part d’autres régions françaises alors même que Renvoyé Spécial se déplace dans toute la France. Après un regard complice avec Michel Gelly-Perbellini il indique “Nous pourrions sûrement vous aider à ce propos…”. L’adjoint à la Maire de Paris fait également la connaissance d’Hicham Mansouri, ancien résident de la Maison des Journalistes, et désormais chargé d’édition dans le média de l’association : l’Oeil de la Maison des Journalistes.

Visite des locaux, entre rires et émotions

L’équipe déambule dans les longs couloirs de la Maison des Journalistes, elle s’arrête parfois pour lire les nombreux articles accrochés aux murs. Nous montons à l’étage, puis Jean-Luc Romero-Michel s’arrête devant la fenêtre ouverte. Il lance, ironiquement, “Vous ne devez pas avoir de problème avec le voisinage”. En effet, la vue donne sur un cimetière. L’ambiance est à la rigolade, mais Darline Cothière évoque le choc de certains résidents à leur arrivée : « Certains résidents ont été choqués les premiers jours et m’ont expliqué que dans leur culture les vivants ne côtoient pas les morts. Moi je leur dis qu’il faut voir le bon côté des choses, car ils auraient pu bien être de l’autre côté !”, confie-t-elle. Cette symbolique a finalement aidé beaucoup de journalistes à accepter de vivre près des morts, cela a même aidé certains dans leur processus de reconstruction personnelle. “Depuis ma fenêtre en exil, je regarde avec envie les sépultures de Grenelle et j’entends l’écho des bien-aimés évoquer leurs tendres souvenirs.”, un extrait de l’exposition “D’ici” et plus particulièrement des propos de Hani Al Zeitani, journaliste syrien (pages 6 à 9 du Journal D’ici).

À la suite de ce passage à la fois drôle et touchant, Jean-Luc Romero-Michel découvre des photographies intriguantes, qui attirent l’œil. Darline Cothière explique qu’il s’agit d’une partie de l’exposition Alep Point Zéro, des photographies prises par Muzaffar Salman, d’origine syrienne. “Il a réussi à capturer des moments incroyables” remarque l’adjoint à la Maire de Paris. Après avoir finalement découvert les dessins que Jean-Luc Romero-Michel avait repéré dès le début de la visite, et illustrant la liberté de la presse et sa répression, l’ensemble du groupe descend au sous-sol pour y découvrir la bibliothèque et la cuisine.

Échange avec les résidents et anciens résidents de la Maison des Journalistes

La visite touche à sa fin. Mais Jean-Luc Romero-Michel prend le temps de découvrir chacun des journalistes présents. Ahmad, arrivé il y a peu depuis la Syrie, tient à offrir à l’adjoint à la Maire de Paris un cadeau, cadeau qui restera secret. Il échange ensuite pendant de longues minutes avec Vianney, journaliste burundais tout juste accueilli par la Maison des Journalistes. “Qu’est ce qui vous est arrivé ?” lui demande Jean-Luc Romero-Michel, et après la réponse de Vianney, l’adjoint s’émeut : “ça ne doit vraiment pas être facile de devoir quitter son pays, et tout ce qui s’y rattache”. Les résidents acquiescent, mais Ibrahim Cheaib ne manque pas d’ajouter que maintenant qu’ils sont là, à la Maison des Journalistes, tout va mieux.

Soudain, la porte s’ouvre. Mamoudou Gaye, journaliste mauritanien et ancien résident est venu faire une visite. Jean-Luc Romero-Michel s’étonne “Vous n’êtes plus résident et vous continuez à venir ?”, “Bien sûr, la Maison des Journalistes, ça a été ma Maison, mais c’est aussi une famille. J’y reviendrai toujours de temps en temps” confie Mamoudou.

L’adjoint à la Maire de Paris parle de la Maison des Journalistes comme d’un sanctuaire : “Chaque centimètre carré de mur est utilisé, ça rend le lieu unique”. Avant de partir, Jean-Luc ROMERO-MICHEL souhaite rappeler que la protection des droits humains et notamment de la liberté d’expression est une lutte de tous les instants. “La pandémie a été un prétexte pour réprimer et punir les voix dissidentes. La régression n’a pas touché uniquement les régimes autoritaires mais aussi des pays démocratiques”, affirme-t-il en donnant l’exemple de la France avec la loi Sécurité globale (le Conseil Constitutionnel a finalement censuré les articles les plus controversés).

Un échange profond et très intéressant qui s’est soldé par la réaffirmation du soutien de la Mairie de Paris envers la Maison des Journalistes.

Pour en savoir plus sur la visite de Jean-Luc ROMERO MICHEL à la maison des journalistes :  Jean-Luc Romero-Michel rencontre les journalistes de la MDJ

(*) Clémence Papion, étudiante en droit international, stagiaire à la Maison des journalistes

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Everything France has given me

Paris, April 29, 2019. It was raining, passers-by were looking for shelter while running. No one noticed a wet bird. I looked at this bird while thinking about myself : the confusion of ignorance, the fear, the anguish provoked by the unknown… I was wondering, Meiirbek, why are you in France ? 

I kept wondering : Meiirbek, if you decided to remain silent in Kazakhstan, would you still have a peaceful and prosperous life over there ? Maybe. But I would not find peace deep in my heart. I could not stay silent so I started shouting: Liberty, Liberty ! But I received  threats instead. 

In Paris, all alone in my little room at the Maison des journalistes, whenever I cook or lay in my bed, I have my answer. Meiirbek, if you were in Kazakhstan you would be in prison, France gave you Liberty. 

France is my third homeland. It is true that France is not perfect. There are many problems that need to be solved. But at least in France, these problems are not hidden.

Meiirbek SAILANBEK

Besides in France, we as refugees, just like birds all soaked by the rain, have the same rights as French citizens. We can live in equality. Whether at work, in the field of education or displacement, we are granted the same rights (officially and politically at least). Therefore France gave me Equality. 

When we birds are shaking under the rain, a soft and warm hand reaches toward me. It wipes the water off my body and offers me  shelter… Thus I would like to thank you, professors, because in addition to teaching us French, you also teach us Fraternity.

I remember your smile well every time. Whenever I was facing difficulty, I remember the smile of my teachers and their encouragement such as “That’s okay Meiirbek, you can do it !”

So what has France given me ? Liberty, Equality, Fraternity. 

Thank you very much. 

 

Meiirbek SAILANBEK Kazakh journalist and former resident at the MDJ

  •  Translated from the French by Léna Jghima, trainee at Maison des journalistes (MDJ). You can read the original version HERE.

 

 

 

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Tout ce que la France m’a donné

29 avril 2019 à Paris. Il pleuvait, les passants cherchaient des abris en courant. Personne n’a remarqué un oiseau tout trempé. J’ai vu cet oiseau en pensant à moi-même : la confusion de l’ignorance, la peur, l’angoisse de l’inconnu… Je me demandais, Meiirbek, pourquoi tu es en France ?

Je me demandais sans arrêt : Meiirbek, si tu restais silencieux au Kazakhstan, est-ce que tu garderais ta vie tranquille et prospère là-bas ? Peut-être ? Mais je ne trouverais pas la paix au fond de mon cœur,  je ne pouvais pas rester silencieux ainsi j’ai commencé à crier : la liberté, la liberté. Mais au lieu de la liberté, c’est la menace que j’ai reçue.

À Paris, tout seul dans ma petite chambre [à la Maison des journalistes], chaque fois que je fais la cuisine et que je suis dans mon lit, j’ai ma réponse : Meiirbek, si tu étais au Kazakhstan tu serais en prison, et la France t’a donné la liberté.

La France est ma troisième patrie. Oui, la France n’est pas parfaite, il y a beaucoup de problèmes à résoudre en France. Mais au moins en France, on ne cache pas les problèmes.

Et puis, en France, nous les réfugiés, comme des oiseaux trempés par la pluie, nous avons les mêmes droits que les citoyens français. Nous pouvons vivre dans l’égalité. Que ce soit le travail, l’éducation ou le déplacement, nous avons les mêmes droits, au moins officiellement et politiquement. Donc la France m’a donné l’égalité.

Quand nous les oiseaux sommes en train de trembler sous la pluie, une main douce et chaude se tend vers moi, elle essuie l’eau sur mon corps et me donne un abri… Ainsi j’aimerais vous remercier, les professeurs, car non seulement vous nous apprenez le français, mais vous nous apprenez, en plus, la fraternité.

Je me souviens bien de votre sourire, à chaque fois. Chaque fois que je suis en difficulté, je me rappelle les sourires de mes professeurs et leurs encouragements: “Meiirbek, c’est pas grave, tu y arriveras!

Qu’est ce que la France m’a donné?   La liberté, l’égalité, la fraternité.

Merci beaucoup.

Meiirbek SAILANBEK, journaliste kazakh (ancien résident de la MDJ)

Corbeil-Essonnes

04.06.2021

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“Rendez-vous européen” avec un journaliste irakien

PORTRAIT.  Journaliste irakien exilé en France, son enquête sur les crimes d’honneur a remporté le prix Nirij (Network of Iraqi Reporters for Investigative Journalism) en 2018. Habillé avec élégance, portant une courte barbe soigneusement taillée, Ahmed Hassan affiche une timidité enfantine qui se dissipe rapidement au fil de notre rencontre. Portrait de ce journaliste, également résident de la Maison des journalistes (MDJ).

Ahmed avait 13 ans lorsque la guerre d’Irak éclata en 2003. D’une voix à peine audible, il raconte cette période dramatique et traumatisante durant laquelle il a perdu plusieurs proches. “J’étais terrorisé de voir les chars et les militaires américains occuper des rues devenues désertes. Avant, il y avait une agitation quotidienne des gens sortant des souks…” Cependant, ces temps de guerre n’évoquent pas que de tristes souvenirs à Ahmed. Il dit avoir vécu une enfance aussi heureuse que celles des autres enfants. “Unis, nous avons pu en tant que famille dépasser tous les obstacles. Mes parents ont bien pris soin de nous. On se réunissait le soir et on discutait. Mon père nous racontait des histoires, dont certaines inventées par lui-même. Il n’y avait ni radio ni télévision, car l’électricité avait été coupée. Tout avait été détruit. On entendait juste les tirs, les cris et les pleurs.

     Ahmed est né à Al-Rusafa, l’un des plus vieux quartiers de Bagdad. Situé au cœur de la ville, ses places publiques abritent de superbes monuments. Dès son adolescence, il participe aux diverses manifestations et aux activités politiques. “J’ignorais complètement leurs objectifs (rires) et mon père me demandait continuellement de faire attention.” Afin d’approfondir ses connaissances, Ahmed intègre en 2008 la faculté de sciences politiques de Bagdad. “C’est là où ma vie a changé”, dit-il dans un demi-sourire. “Ça commence par une histoire d’amour avec une jeune fille chrétienne très cultivée. C’est elle qui m’a encouragé à faire du journalisme. D’ailleurs, mon premier article, je l’ai écrit avec elle. ‘Les jeunes d’Irak ont besoin de la vie’, tel était son titre. Les jeunes souffraient énormément à cette époque. Ils ne pouvaient même pas se promener dans les jardins ou au bord du fleuve Dijla. Ils avaient peur des extrémistes et des milices.” 

 

Cet article a été le début de sa carrière, durant laquelle Ahmed a collaboré avec huit journaux plus ou moins indépendants. Mais il n’était pas au bout de ses peines. “J’ai rencontré des difficultés dans les salles de rédaction. On nous demandait alors de nous plier aux pressions des partis politiques et des financiers. J’ai toujours refusé”, lâche-t-il avec beaucoup de fierté. “Ces institutions diffusaient un discours haineux contre certaines composantes du peuple irakien. Pour elles, le terrorisme était sunnite, et les milices qui tuent et volent étaient chiites… En réalité, sunnites comme chiites souffrent des milices et du terrorisme. Aucun des deux ne représente la volonté du peuple irakien, pas plus que le gouvernement parachuté par les forces américaines. Ici, je ne souhaite exprimer aucune sympathie avec le régime de Saddam Hussein, qui était pire pour le peuple irakien, d’autant qu’à son époque il n’y avait même pas de journalisme.

     C’est cette absence d’un journalisme indépendant et professionnel qui a poussé la nouvelle génération à se lancer dans des aventures professionnelles numériques. C’est le cas d’Al Alam Al Jadid – Le Nouveau Monde –, fondé en 2013 et dirigé par Ahmed Hassan. Le journal espérait contourner l’emprise économique et éditoriale des partis politiques sur les médias. “Depuis 2003, les gouvernements successifs ne cessent de faire l’éloge d’un prétendu paysage médiatique libre et ouvert à une opinion critique. Ceci est un mensonge auquel bien des démocraties ont malheureusement adhéré, probablement pour des raisons économiques.” Pour appuyer ses propos, Ahmed Hassan évoque un rapport de l’association de défense de la liberté de la presse en Irak – dont il est l’un des fondateurs–, qui relate les violations ayant ciblé des journalistes entre 2010 et 2020. En l’espace de dix ans, au moins 90 journalistes ont été assassinés et 350 ont été la cible d’agressions ou de tentatives d’assassinat par des groupes armés affiliés au pouvoir. “Nous n’avons pas vu la justice ou le gouvernement bouger pour punir les responsables de ces crimes. C’est l’impunité totale”, s’indigne Ahmed. 

À ce climat d’insécurité pour les journalistes viennent s’ajouter des problèmes hérités de la dictature. “Les autorités continuent à appliquer des lois qui datent de l’époque de Saddam Hussein. Les symboles de l’État – président, président du parlement, Premier ministre, etc. – sont intouchables”, estime Ahmed.

L’exil en France

Ahmed a commencé à réfléchir à l’idée de quitter le pays après l’assassinat de plusieurs amis et collègues journalistes. Mais c’est lorsqu’il a vu son nom figurer sur une liste des prochaines cibles qu’il a pris sa décision. Il n’a alors pas beaucoup hésité sur la destination. “La France est un état laïc; et puis j’aime cet équilibre entre le socialisme et le capitalisme. Je m’intéresse à la sociologie française depuis mes études à l’université et je pense que j’aurai plus de chances de réussir professionnellement dans une ville comme Paris.” Arrivé en France en septembre 2020, Ahmed envisage de reprendre ses études en master puis doctorat de sociologie politique.

Souvenir

     Ahmed hésite un peu avant de nous montrer un objet auquel il est attaché. “Toutes les affaires auxquelles je tenais sont restées à Bagdad. Ma bibliothèque, mon bureau, et bien sûr ma maison”. Il jette un regard sur sa montre numérique et enchaîne : “S’il y a un objet précieux que j’ai apporté avec moi, c’est cette montre. Je l’ai achetée à Bagdad un mois avant de venir en France. Elle contient un agenda qui m’aide beaucoup dans mon travail de journaliste. J’avais un problème avec l’exactitude avant de posséder cette montre. Mes amis ajoutaient toujours deux heures aux rendez-vous qu’ils me donnaient (rires).”  Mais ces retards n’étaient pas le fait seulement de ses oublis : “ Bagdad est connue pour la piètre qualité de ses transports publics, ainsi que ses embouteillages dus à l’état des routes, aux travaux interminables et aux checkpoints. Il est difficile d’honorer plus de deux rendez-vous par jour. Même les étrangers sont conscients de cela, c’est pourquoi ils ne s’installent pas loin de Karrada, où se concentrent les médias. À Bagdad on vous demande souvent de préciser ‘rendez-vous européen ou irakien?’.” Pour l’heure, ses rendez-vous sont parisiens, mais pourra-t-il un jour retourner à Bagdad et y exercer librement son métier ?  

 

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