Chers élèves, séparez la bonne graine de l’ivraie

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Chers élèves,

 

Vous allez aborder comme chaque année « la Semaine de la presse et des médias dans l’école ». Mais vous êtes conviés cette fois-ci à l’examiner sous l’angle de l’« info, et des supports ». Car une même information peut être différemment traitée selon le type de média qui la prend en charge. Vous l’avez sans doute remarqué par vous-mêmes et ce, avant même qu’on vous l’enseigne, une nouvelle apprise à la radio, est reprise presque instantanément par la télévision et les publications en ligne, la presse écrite prenant généralement le relais le lendemain, voire dans la semaine ou le mois selon la périodicité.

 

Excusez-moi, de faire cette comparaison brutale avec le commerce, sachant que le métier de journaliste prête à idéalisation quand bien même il demeure un métier noble. Vous l’avez compris : toute information, quelque soit le support qui la véhicule est un produit. Un produit informatif certes, mais, qui plus est, est doublé d’une valeur commerciale.

 

L’info comme le chocolat
Vous l’avez sans doute relevé avant que vos parents vous l’apprennent, le chocolat est vendu sous diverses formes. Il existe en poudres, en pilules, en boissons, en purées, en bouchées, en grandes ou petites tablettes, en bonbons, en coffrets, en jouets de miniature et j’en oublie… Il peut être associé à d’autres ingrédients comme le lait et le sucre. De même l’information comme tout produit se décline sous des formules extrêmement diverses. Pour ainsi dire, l’info se coule dans le moule qui lui donne sa forme. Si nous sommes tous des consommateurs de l’info, il y a, au demeurant, autant d’infos et de journaux que de publics ou ce qu’on appelle les lectorats. Les petites bourses par exemple ont un accès limité aux magazines onéreux ou de luxe, qu’ils peuvent néanmoins consulter en médiathèque. Mais pas seulement. Les plus instruits des gens, autodidactes ou ayant fait des études à l’université, ont la capacité d’assimiler les écrits de haut niveau, ce qui n’est pas le cas des moins cultivés. Aussi certaines personnes seront-elles plus aptes à lire tel ou tel journal suivant qu’elles sont accros de foot, d’informatique ou de cinéma, d’où d’ailleurs le besoin des médias spécialisés comme les revues pour enfants, les revues médicales, de voyages, de l’auto, de la pêche, du bricolage, du jardinage, d’animaux etc. C’est dire que finalement ce sont les consommateurs que nous sommes, qui déterminent la fabrication du support par lequel nous vient l’info.

 

Si j’ai comparé l’info au chocolat, c’est qu’elle peut être livrée dans un bel emballage tellement aguichant, que vous risquez d’en consommer de mauvaises. Il faut avoir goûté à plusieurs genres de produits journalistiques, pour que vous puissiez apprécier les infos à leur juste valeur. On dit que la radio donne l’info, la télé la « montre » et les journaux l’analysent. La pluralité de titres et de supports, renforce certes la liberté d’expression, mais celle-ci n’est pas pour autant définitivement acquise. Il lui faut la sanction des différents publics. C’est pourquoi, chers élèves, vous êtes appelés en tant que consommateurs de l’info à séparer la bonne graine de l’ivraie sinon vous ne lirez que ce qu’on voudra vous faire lire.

 

Larbi GRAÏNE

 

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Larbi Graine

Larbi GRAÏNE est un journaliste algérien qui a exercé dans plusieurs titres de la presse écrite en Algérie. Il est titulaire d’un DEA en littératures francophones et d’une maîtrise en Histoire et Sciences Sociales.

En 2010, Larbi GRAÏNE a publié chez l’Harmattan un livre sur le syndicalisme autonome en Algérie, intitulé "Naufrage de la fonction publique et défi syndical". Accueilli par la Maison des Journalistes en 2014, il vit depuis en France.

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