Muhindo Nzangi/ Photos prise sur le portail nulmerique du ministere.
Où sont passés les 57 millions de dollars de la Banque africaine de développement destinés à l’agriculture des jeunes ? Dans un pays où des millions de personnes ont faim, les élus sont en droit de demander des comptes. Ce qu’a fait la députée Hermione Bolumbe qui annonce une motion de défiance
Par D.E KABAMBA
La députée nationale Hermione Bolumbe a annoncé le dépôt prochain d’une motion de défiance contre le ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi. Elle l’accuse d’avoir détourné quelque 57 millions de dollars américains (environ 50 millions d’euros) de la Banque africaine de développement, destinés au financement de projets agricoles en faveur des jeunes.
Les explications fournies par Muhindo Nzangi lors d’une séance plénière à l’Assemblée nationale le 21 octobre n’ont pas convaincu la représentation nationale. Celle-ci voulait voir clair sur les réalisations des fonds alloués par la BAD. Face à ce qu’elle considère comme des réponses insuffisantes, la députée a été cinglante : « Le ministre n’a répondu à aucune de mes questions. Un directeur de cabinet du chef de l’État a fait une note bien avant pour alerter le ministre qu’il y avait détournement de 57 millions de dollars. Il faudrait que cette hémorragie s’arrête. »
Pendant ce temps, sur le terrain, la réalité est brutale. D’après les données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, 1 Congolais sur 4, éprouve des difficultés à satisfaire ses besoins alimentaires de base. Les enfants figurent parmi les populations les plus vulnérables : entre janvier et juin 2026, plus de 4 millions d’enfants de moins de 5 ans avaient besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë. Un quart d’entre eux souffrent de formes sévères pouvant entraîner la mort en quelques semaines.
« Loin de s’atténuer, la crise s’est enracinée et complexifiée, ce qui a piégé des millions de ménages vulnérables dans un cycle de besoins persistants », a déclaré David Stevenson, représentant du PAM dans le pays.
De son côté, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé, lors de la 54e session du Comité des Nations unies sur la sécurité alimentaire mondiale à Rome, que la production alimentaire mondiale est pourtant suffisante pour nourrir l’ensemble de la population. En RDC, le problème n’est donc pas l’absence de ressources, c’est sa gestion.
Ce pays, doté des terres agricoles parmi les plus fertiles du continent africain, laisse un quart de sa population mourir de faim. Dans le même temps, des fonds, destinés à soutenir l’agriculture des jeunes, auraient été détournés. Face à la sécurité alimentaire, le gouvernement congolais ne manque donc pas de moyens, mais peut-être d’une réelle volonté politique.
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