Roger Kakulirahi, journaliste de Kilalo Press

À Mambasa, dans la province de l’Ituri, en RDC, l’arrestation d’un journaliste environnemental suscite l’indignation des défenseurs de la liberté de la presse. Kilalo Press et les JAN dénoncent une atteinte grave à ce droit fondamental.

 

Par Djify Elugba Kabamba

Le dimanche 31 mai 2026, Roger Kakulirahi, journaliste de Kilalo Press et membre des Journalistes amis de la nature (JAN), a été brièvement interpellé par un responsable de la police nationale congolaise alors qu’il réalisait des prises de vues pour la chaîne de télévision B-ONE.

D’après les informations recueillies sur place, l’officier concerné aurait réagi sous le coup de la colère, croyant à tort que le journaliste filmait un dépôt de bois lui appartenant. Les mêmes sources évoquent de présumées activités d’exploitation illégale du bois dans la zone, une pratique qui menace progressivement le couvert forestier de cette région, déjà marquée par plusieurs alertes liées à la déforestation. Notamment en ce qui concerne de la réserve de faune à okapis.

Roger Kakulirahi travaille au sein de la rédaction de Kilalo Press. Il est aussi correspondant à Beni et dans le territoire de Mambasa, en Ituri, pour plusieurs médias. Il travaille régulièrement sur des sujets liés à la dénonciation de la déforestation et aux activités présumées d’exploitation illicite des ressources forestières dans cette partie de l’est de la République démocratique du Congo.

Pour Kilalo Press et les Journalistes amis de la nature, cette interpellation constitue une grave atteinte à la liberté de la presse et au droit fondamental d’informer, tel que garanti par les articles 23 et 24 de la Constitution congolaise. « Toucher à un journaliste dans l’exercice de ses fonctions, c’est porter atteinte au droit de toute une communauté à être informée », rappelle Andy Kambale Matuku, coordonnateur des Journalistes amis de la nature.

Par ailleurs, les deux organisations estiment qu’aucun journaliste ne devrait être inquiété, intimidé ou empêché d’exercer sa profession lorsqu’il agit dans l’intérêt général et que les allégations liées au dépôt de bois doivent faire l’objet d’investigations approfondies par les autorités compétentes, sans que cela puisse en aucun cas justifier une restriction du travail journalistique.

Les deux organisations réclament à la justice militaire de diligenter rapidement une enquête afin d’établir les responsabilités et d’engager des poursuites contre les auteurs de cette interpellation jugée arbitraire. Elles appellent également les mécanismes de protection des défenseurs des droits humains à se mobiliser aux côtés de Roger Kakulirahi.

Cette interpellation soulève des questions sérieuses sur les risques encourus par les journalistes qui enquêtent sur les crimes environnementaux et les réseaux d’exploitation illicite des ressources naturelles dans l’est de la RDC.

A lire également : RDC. Mort sur un chantier illégal, une entreprise chinoise impliquée