RD Congo : un criminel au perchoir du Sénat

Tout se passe dans la logique de Kabila et de son FCC (Front Commun pour le Congo) de gagner tous les votes. Il y eut été étonnant, voire surréaliste, que Thambwe Mamba, candidat de la plate-forme fidèle à l’ancien chef de l’Etat, perde le scrutin pour l’occupation du perchoir du Sénat. Mais il l’a difficilement emporté par 65 voix contre 43 voix arrachées par Modeste Bahati Lukwebo, pour un total de 108 votants. Moins la voix de Kabila, absent à la séance. C’était le samedi 27 juillet.

Bahati Lukwebo est à féliciter avec un roulement de tambour, du fait que l’histoire retiendra qu’il aura été le premier homme politique à claquer la porte du FCC et à défier ensuite celui-ci à travers un vote.

En somme, l’ancien ministre de la justice, Thambwe Mamba, un des thuriféraires du premier cercle de Kabila, ne peut se réjouir d’un succès qui a tout d’une gloriole. Compte tenu de son âge (76 ans), de sa longue carrière politique, de sa richesse immense et de sa proximité avec le « raïs », il aurait dû faire mieux que par cette victoire poussive contre un Bahati Lukwebo, décidé à monter sur le ring et à combattre presqu’à mains nues.

Au-delà de cette décision téméraire de Bahati Lukwebo, il n’y a pas à voir que la victoire du courage d’un homme qui s’est arrêté, en se disant « ça suffit », mais la fragilité de l’édifice que Kabila est en train de construire pour se maintenir au pouvoir. L’acte du challenger de Thambwe Mamba  vient de démontrer que le FCC est une mosaïque constituée non pas de convictions politiques, mais plutôt d’illusions et de profits matériels.

Maintenant que la direction du Parlement est entièrement à la dévotion du « raïs », aussi bien l’Assemblée nationale que le Sénat, que reste-il à faire par le FCC? L’expérience nous montre que Kabila et ses comparses ne font jamais rien au hasard. Toutes les étapes que la vie politique congolaise est en train de traverser, depuis la grande mascarade de la passation du pouvoir entre Kabila et Tshisekedi, sont réglées comme du papier à musique.

Les temps sont mûrs

La réponse est simple. Le nouveau cap pour le FCC est maintenant l’amorce d’un travail de sape pour faire tomber Tshisekedi. Jusque-là, celui-ci n’a fait que multiplier des erreurs, après avoir pensé que Kabila le laissera évoluer sans anicroche. Puisqu’il aurait été élu par le peuple, donc « président élu », sa première démarche positive aurait été celle de s’émanciper de l’ancien président -rompre unilatéralement l’accord qui les lie. Il aurait, ensuite, cherché à démontrer que la majorité ainsi gagnée par le FFC, au niveau des législatives, était pure invention, sans aucune logique. Enfin, il se serait dépensé à faire cause commune avec Lamuka.

La formule aurait marché à merveille, puisque le peuple séparé par la mésentente des leaders, réconciliés, se serait réconcilié avec lui-même, à son tour, pour exiger le départ de Kabila. Au lieu de cela, Félix Tshisekedi a cherché le serrage de boulons de son siège éjectable à l’extérieur. Y compris au Rwanda et en Ouganda, dont le regard sur la situation en RD Congo, n’est pas du tout désintéressé. Que pourront faire ces pays contactés s’il arrive que le FCC décide le destituer? Rien du tout.

Or, tel est l’enjeu de la démarche entreprise par Kabila. Pour lui, c’est le pouvoir et rien d’autre. Et le chemin royal pour y parvenir, dans le contexte actuel, restait la mise en accusation et la destitution de Tshekedi par le Parlement. La suite passe comme une lettre à la poste : modification de la Constitution et élection d’un nouveau président par le Sénat. En la personne de Kabila.

Sur le papier ou dans l’imagination, tout cela semble facile à se réaliser. Mais, c’est sans compter, désormais, avec un effet de criquet : le peuple dont le FFC ne tient aucunement compte. Car, le peuple congolais de 2018 -qu’on nous le conteste ou non– n’est pas celui de 2019. En témoigne l’attitude homérique de Modeste Bahati Lukwebo. Par cette brèche s’engouffreront, sûrement, plusieurs autres kabilistes repentis. Mine de rien, les temps sont comme mûrs!

Les temps sont comme mûrs, puisqu’à consulter « les réseaux sociaux », les cris d’orfraie montent de partout, en RD Congo, et même en Afrique, pour moquer l’occupation du perchoir du Sénat par un criminel de guerre. En effet, Thambwe Mwamba est accusé de ce forfait par un juge belge.

“Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance” – Portrait du journaliste Mahamat

Comme beaucoup de ses confrères, Mahamat n’a pas eu d’autre choix que de mettre ses compétences de journaliste au service de Télé Tchad, une chaîne de télévision du régime dictatorial tchadien. Mais une fois rentré chez lui, le jeune homme enquête sur les massacres perpétrés dans son pays. Un soir de novembre, c’est la recherche de trop. Mahamat est arrêté.

Été 2011, Mahamat est officiellement bachelier. Il s’inscrit à un concours pour intégrer une école de journalisme basée au Soudan. Mahamat est admis. Le gouvernement lui octroie alors une bourse pour ses études. Le jeune homme fait pour la première fois ses valises, et quitte son pays natal, le Tchad. 

« Une fois ma formation terminée, j’ai dû rentrer pour travailler au service du gouvernement ».

2014, Mahamat a 22 ans, et fait ses premiers pas de journaliste à la rédaction arabe de Télé Tchad, l’une des plus grandes chaînes télévisées du pays. Là bas, il réalise des reportages, et travaille au desk.

Mais au Tchad, être journaliste rime avec censure et surveillance acharnée. Les recherches, qu’elles soient personnelles ou professionnelles, sont constamment contrôlées. « La rédaction nous a à l’œil, et tout ce que l’on fait est centralisé au gouvernement ».

Un contrôle également présent à plus petite échelle : « les journalistes se surveillent même entre eux ».

Pour Mahamat, la réalité du métier de journaliste dans son pays est désolante: « Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance ».

Le mois d’avril 2016 s’ouvre sur l’élection présidentielle. Idriss Deby, le candidat sortant, brigue un cinquième mandat. Pour les tchadiens, l’heure est à la contestation: ils demandent le départ du dictateur, au pouvoir depuis 26 ans. 


« Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».


A Télé Tchad, on se prépare à couvrir l’événement. Mahamat est désigné “envoyé spécial” pour les régions de Dar Sila et de Ouaddaï, à l’est du pays. Arrivé sur place, la couverture médiatique est difficile et inédite pour le jeune homme : “Pendant un mois, je suis au coeur des tensions et des violences”.

Mahamat est marqué par la brutalité humaine qu’entraine ces élections.

Lors d’un meeting du PLD (Parti pour les Libertés et le Développement) un parti d’opposition au régime, Mahamat est à son tour pris pour cible. Des militants l’attaquent physiquement. « Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».

Sa liberté d’expression, Mahamat la retrouve le temps d’un instant, lorsqu’il discute des questions des droits de l’homme dans l’émission “choc des idées” sur FM Liberté : une radio privée, non tolérée par le pouvoir.

Dire la vérité. A tout prix. C’est pourtant ce qui anime Mahamat et deux autres journalistes tchadiens.

Le 26 novembre 2016, un massacre a lieu à Ngueli, au nord du pays: : une bagarre entre deux familles fait cinq morts et plusieurs blessés. Quelles sont les réelles circonstances du drame ? Qui sont les vrais responsables ? Les trois journalistes décident de mener leur propre enquête.

Mais très vite, leur investigation est interrompue. Le 10 décembre 2016, Mahamat et ses deux confrères sont arrêtés à leurs domiciles respectifs et sont amenés à la police judiciaire. « Pendant deux jours, on a été interrogés et torturés ». Une signature sur un papier promettant l’arrêt des recherches permet finalement aux trois journalistes d’être relâchés.

Quelques semaines plus tard, Mahamat apprend que l’un de ses deux collègues a été tué. Accident ? Vengeance personnelle ? Coup du gouvernement ? Mahamat l’ignore, encore aujourd’hui. La mauvaise nouvelle n’arrête pourtant pas les deux journalistes.


Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ».


Deux ans plus tard, ils lancent une autre enquête : divers bombardements ont lieu à Miski dans le Tibesti, un massif montagneux du Sahara central, zone frontalière de la Libye.

Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ». Mahamat et son confrère sont en train de recouper leurs sources, quand ils sont soudainement interrompus. Des hommes de l’Agence Nationale de Sécurité (service des renseignements tchadiens) se tiennent derrière eux. Tout va très vite. Les deux journalistes sont menottés, embarqués. Leur téléphone et leur ordinateur sont saisis. Leur enquête, effacée…

La sanction est plus lourde que lors de leur première arrestation. Cette fois, Mahamat et son confrère ne seront pas relâchés. Ils sont placés en cellule d’isolement, et torturés quotidiennement…

Un matin de novembre, une bonne étoile vient mettre fin aux vingt-cinq jours de calvaire de Mahamat. « On me dit que je vais être transféré« . Le jeune homme est sorti de sa cellule, et laissé de côté. Quelques minutes plus tard, sa bonne étoile apparait devant lui. « Je suis relâché, cagoulé, et emmené dans une ferme, à une douzaine de kilomètre de la capitale ».

Mahamat reste caché dans cet endroit jour et nuit. Mais il risque à tout moment d’être retrouvé. Sa bonne étoile s’organise, et finit par trouver une solution.


« Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais. »


Le 19 décembre 2018, pour la deuxième fois dans sa vie, Mahamat doit faire ses valises. Mais ce second voyage n’a rien d’exaltant : Mahamat doit quitter le pays. Pour aller où ? Il l’ignore… Mahamat a rendez-vous en terre inconnue. La peur l’envahit. « Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais ».

Son escale à Istanbul le mettra sur la voie… Dans la salle d’embarquement, Mahamat observe les visages des individus autour de lui: « Je comprends que je suis en train de voyager vers la France ».

Pour autant, la découverte de la destination ne rassure pas le jeune tchadien, “Tant que je n’avais pas de réelle protection, je n’arrivais pas à me réjouir ».

Arrivé à l’aéroport en France, Mahamat est déboussolé. Il ne connaît « RIEN de la France« … Un taxi lui propose ses services, mais Mahamat refuse. Il se méfie. « Ici aussi, il y des services de sécurités. A tout moment, je pouvais être reconnu et dénoncé aux autorités françaises ».

C’est finalement un ami de la banlieue parisienne qui viendra le récupérer, mettant fin à ses angoisses et ses inquiétudes. Mahamat passera plusieurs mois à la Roche-sur-Yon avant de rejoindre la capitale.

Aujourd’hui, la peur et l’insécurité ont laissé place à un esprit serein. Mahamat est désormais rempli d’espoirs et d’ambitions: “J’aime mon métier de journaliste, et même si je suis loin de mon pays, je veux continuer à clarifier la situation sur ce qu’il s’y passe”.

Souvenir

Mahamat glisse sa main dans la poche de son pantalon, et en sort un papier imprimé, quelque peu froissé.

Un soir, parmi les quelques billets de Francs CFA que son père tenait entre ses mains, un dollar s’était glissé. Mahamat le regardait, ébahi. Son père décida de lui donner ce billet.

Aujourd’hui, le dollar a parcouru plus de 5000 kilomètres et ne quitte jamais la poche du jeune homme.

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Liberté de la presse au Cameroun, entre « fake news » et antiterrorisme

Classé 131 place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, la liberté de l’information au Cameroun ne va pas en s’améliorant. L’incarcération politique demeure courante et l’autocensure des travailleurs de l’information omniprésente. La liberté de l’information au Cameroun ne se distingue pas beaucoup de ses voisins, le Nigeria et le Tchad, où l’on retrouve les mêmes tabous sur les sujets politiques liés au terrorisme ou aux malversations financières des puissants, en particulier durant le déroulement des récentes élections dans ces trois pays.

Si le Cameroun n’a pas vu d’assassinat de journaliste depuis plusieurs années, ce n’est pas le cas de son voisin centrafricain où les assassinats de journalistes étrangers sont encore réguliers, comme la Française Camille Lepage en 2014, ou en août 2018 pour trois journalistes russes.

Au sud, la Guinée Équatorial présente un contexte plus obscur pour la liberté de l’information. Les médias privés sont inexistants, le contrôle du pouvoir sur les médias est total et la censure généralisée.

L’antiterrorisme au Cameroun comme moyen de répression des journalistes

Depuis l’apparition au Cameroun d’une nouvelle législation antiterroriste en 2014, les journalistes camerounais se trouvent directement menacés comme n’importe quel autre justiciable.

En juillet 2015, Ahmed Abba, correspondant sur place de RFI était incarcéré, pour avoir enquêté d’un peu trop près sur l’activité du groupe terroriste Boko Haram. Il fut libéré après 876 jours de détention, des reports successifs de son procès et la menace de peine de mort par un tribunal militaire.

« Nous sommes en état de guerre. Et tous les États du monde en état de guerre ont des lois antiterroristes. En cela, le Cameroun n’innove pas. En France, aux États-Unis, vous avez des lois antiterroristes. (…) Les journalistes peuvent dire ce qu’ils veulent pourvu que ce soit conforme à la défense de nos institutions, de notre État, de notre gouvernement qui est aujourd’hui en guerre.« 
Issa Tchiroma-Bakary, précédent ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement camerounais, cité dans les colonnes de RFI.

Depuis 2019, ce sont les journalistes traitant la politique camerounaise qui sont particulièrement visés. Après sa victoire aux élections d’octobre 2018, Paul Biya entame, dans un contexte social troublé entre le manque de transparence des élections et les manifestations de l’opposition, un septième mandat depuis 1982.

En janvier, deux journalistes, Théodore Tchopa et David Eyengue, pour le quotidien national Le Jour étaient arrêtés tandis qu’ils couvraient une réunion de représentants politique de l’opposition.

René Emmanuel Sadi, le nouveau ministre de la Communication camerounaise, avait souhaité s’exprimer sur l’incident dans les colonnes de RFI, celui qui aurait pu représenter un renouveau, une meilleure considération pour les travailleurs de la presse reprend finalement la rhétorique sécuritaire très similaire à son prédécesseur.

« Les journalistes ne sont pas au-dessus des lois. Les deux journalistes n’ont certes pas commis des délits de presse, mais ce sont des citoyens qui ont participé à des manifestations non autorisées. Je peux vous garantir qu’ils passeront également à l’audition, devant les juridictions compétentes. »
Propos recueilli lors d’une interview à RFI.

Les réseaux sociaux comme nouveau terrain de lutte

L’accès des citoyens à l’information au Cameroun représente également un problème majeur dans le pays. Si le pouvoir n’applique pas de blocage spécifique pour certains sites et services de communication ou de diffusion, le pays est coutumier des coupure totales des réseaux internet.

Ces coupures ont visé spécifiquement les régions anglophones du pays pour des durées qui ont pu atteindre 93 jours successifs en 2017.

Comme beaucoup de pays en développement du monde, les réseaux sociaux se sont imposés de façon brutale. Le Cameroun est un des pays d’Afrique à avoir connu un des plus forts taux de connectivité ces trois dernières années.

Le smartphone s’est démocratisé et les discours politiques ont trouver un écho nouveau via les réseaux sociaux. Une lutte de l’information s’est développé dans ce pays où les scandales politiques sont généralement étouffés par le pouvoir.

Dans le contexte de tension entre le pouvoir et la minorité anglophone du pays, le président Paul Biya a décidé de lancer une compagne de lutte contre les « fake news » sur Internet, justifiant encore une fois des persécutions de journalistes comme Mimi Mefo, arrêtée puis relâchée, en novembre 2018.

Le 27 juin, c’est un journaliste helvétique, Adrien Krause, qui a été agressé devant la résidence du président Biya en Suisse. Alors qu’il couvrait une manifestation d’opposants au président camerounais en séjour en Suisse, plusieurs individus appartenant au service d’ordre du président camerounais l’ont molesté et ont confisqué son matériel.

Adrien Krause put le récupérer sans perte de données, il a porté plainte par la suite mais avec peu d’espoir de suite juridique réelle, les gardes du corps présidentiel étant protégés, par l’immunité diplomatique.

Cependant, le président camerounais a dû écourter son séjour à Genève en raison des tensions avec Berne qui, par le biais de son ministre des affaires étrangères, a préféré lui conseiller le chemin du retour.

Afrique : le Bénin, la démocratie et le millionnaire

La plupart des chefs d’Etat africains accèdent à cette fonction flamboyante sans un sou vaillant. D’autres, souvent diplômés, sont  issus des classes sociales les plus démunies. Compréhensible qu’à  leur arrivée au pouvoir, ils cherchent à s’enrichir avec un rare cynisme. Tout en se rêvant « califes ». Et, ils y parviennent d’autant plus facilement qu’ils érigent la corruption en système de gouvernement.

On se faisait à l’idée, à tort, que le jour où les gens riches passeraient au pouvoir, on assisterait à la naissance de la démocratie. A la confirmation de nos indépendances creuses. Et à la fin de cet état de pauvreté endémique qui nous accable. Il est vrai que l’expérience, dans ce sens, ne comprend qu’un exemple concret, celui du Malgache Ravalomanana (2002-2009), un millionnaire dans l’agro-alimentaire dont le résultat de la gestion reste mitigé. Pour le reste, il s’agit des gouvernants qui se sont enrichis, en faisant main basse sur le trésor public.


Pour le reste, il s’agit des gouvernants qui se sont enrichis, en faisant main basse sur le trésor public.


Pourtant, des hommes riches irréprochables existent. Des personnes qu’on a vues partir de rien, mais qui, à la force du poignet, sont parvenues à s’asseoir sur des grosses fortunes. Trois d’entre elles sont récemment venues à la politique active, et occupent le sommet de l’Etat, par les urnes: le Malgache Andry Rajoelina, 45 ans, janvier 2019 ; le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, 66 ans (ancien syndicaliste), février 2018 ; et le Béninois Patrice Talon, 61 ans, avril 2016.

Des espoirs « talonnés »

La démocratie au Bénin, laquelle, avec quelques autres rares régimes démocratiques ont la côte, en Afrique, est aujourd’hui mise à mal par Patrice Talon. Pour autant, l’actuel chef de l’Etat est un demi-milliardaire. Un homme d’affaires avisé et instruit, qui a fait fortune dans la filière d’intrants agricoles et d’égrenage du coton. Il figure au 15e rang  de plus grandes fortunes d’Afrique subsaharienne francophone, avec un patrimoine évalué par la revue Forbes 2015, à plus de 400 millions de dollars.


Or, depuis son arrivée, à la tête de l’Etat, le Bénin s’embrouille dans une dérive autoritaire inquiétante: le président décide seul.


Or, depuis son arrivée, à la tête de l’Etat, le Bénin s’embrouille dans une dérive autoritaire inquiétante: le président décide seul. Ainsi élabore-t-il des propositions de loi scélérates, rejetées en bloc par le Parlement, à l’origine d’un climat constant de tensions et d’affrontements mortels.

Enfin, il concocte une nouvelle charte des partis politiques, qui exclut les formations de l’opposition d’élections législatives, en avril. Sauf deux formations à sa solde. C’est le bouquet ! S’ensuivent protestations et répressions dans le sang … jusqu’à imposer manu militari interdiction à l’ancien président Boni Yayi (2006-2016) de sortir de chez lui pendant 50 jours.

C’est le triomphe de la dictature, puisqu’en dépit de toutes les désapprobations émises par les instances africaines, le Parlement monocolore de Talon continue de fonctionner. Au vu et au su de tout le monde.

Talon a « talonné » les espoirs des Béninois qui l’on voté, en croyant que la toute-puissance de l’argent avait forcément une influence positive sur l’homme. Espoirs douchés également pour toute l’Afrique, médusée, se demandant à quel saint se vouer pour le salut.

En tout cas, qu’ils soient incultes, bien formés en France (c’est le cas de l’Afrique de l’Ouest) et aujourd’hui millionnaires, ils sont tous pareils nos chefs d’Etat. Et, les diplômés – le Guinéen Alpha Condé en est un – pires que les bruts!

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Centrafrique : 2 journalistes violemment interpellés dans le cadre de leur activité professionnelle

Samedi 15 juin, deux journalistes ont été violemment interpellés à Bangui en Centrafrique. C’est lors d’une manifestation de l’opposition interdite par les autorités, qu’ils se sont vu confisquer et détruire leur matériel. Charles Bouessel et Florent Vergnes, correspondants de l’AFP en Centrafrique accrédités, couvraient la manifestation de l’opposition à Bangui samedi 15 juin lorsqu’ils ont été interpellés.

 

« Avec Florent, nous tentons de partir (…). L’OCRB nous voit et semble furieux qu’on ait filmé la scène, ils foncent sur nous » a confié Charles Bouessel selon l’AFP. Flavien Mbata, ministre de la justice en Centrafrique a affirmé que les journalistes « ont été interpellés par la police, car ils étaient présents sur les lieux d’une manifestation interdite par la police« .

Retenus plus de six heures Ils ont déclaré, selon l’AFP, avoir été auditionnés trois fois et retenus plus de six heures par des membres de l’Office centrafricain de répression du banditisme (OCRB).


Ils [les journalistes de l’AFP] ont à leur tour tenté de partir lorsqu’ils ont « entendu des tirs à balles réelles ». L’OCRB a alors foncé sur eux car ils ont vu qu’ils filmaient la scène.


Récit de l’arrestation de ces deux journalistes

Charles Bouessel, confirmant la version de Florent Vergnes, a affirmé que tout se déroulait bien : les CRS (leur équivalent en Centrafrique) les laissaient filmer jusqu’à ce que les manifestants se dispersent. Ils ont à leur tour tenté de partir lorsqu’ils ont « entendu des tirs à balles réelles ». Mais l’OCRB a foncé sur eux lorsqu’ils ont vu qu’ils filmaient la scène.

 « l’un d’eux attrape ma caméra et la fracasse par terre. » raconte Charles Bouessel. Il ajoute  » je met les mains en l’air mais je me prend une première claque dans la tête. mon sac à dos où il y a mes papiers, passeport, carte bleue, accréditation presse,  est arraché et jeté par terre. je demande à le prendre, ainsi que les débris de mon appareil mais je reçoit seulement des coups ».

Le journaliste est « ceinturé à la gorge »

Florent Vergnes affirme, toujours selon l’AFP, avoir « été ceinturé à la gorge » et s’être « pris des beignes, des coups de crosse de Kalachnikov dans le dos ».

Il ajoute « ils m’ont arraché mon sac, mon appareil photo et mon téléphone ».

Ils ont été arrêtés aux alentours de 15H00 (14H00 GMT) et ont été libérés à 20H48 sans papiers, argent, ni téléphone.

Dimanche matin, Florent Vergnes a consulté un médecin à Bangui pour faire constater les blessures dues à son interpellation. Selon le certificat médical, « ce jour, il présente un volumineux hématome temporal droit, un hématome sur l’omoplate droite, un hématome sur la base du nez et une douleur sur l’articulation temporo-mandibulaire gauche et un trouble de l’articulé dentaire ».

Reporters sans frontières (RSF) n’a pas attendu pour condamner cette agression. L’ONG a notamment réagit sur Twitter en affirmant que « ces mauvais traitements ne doivent pas rester impunis « .

Ces agressions s’ajoutent au triple assassinat de journalistes Russes en juillet dernier et à l’assassinat de Camille Lepage journaliste française tué en 2014, prouvant l’insécurité journalistique qui règne en Centrafrique depuis quelques années maintenant.

Situation en Centrafrique

Le Centrafrique n’arrive pas à sortir de la guerre civile et des violences qui en découlent.

Les attaques contre les médias, les destructions de radios sont permanentes. La situation des journalistes est donc précaire selon Reporters sans frontières (RSF). L’Etat ne contrôle plus la majorité du territoire et les autorité tolèrent de moins en moins la critique par la presse. La censure s’exerce notamment en presse écrite.

Camille Lepage, journaliste Française de 26 ans avait été tué en République centrafricaine le 12 mai 2014. 

L’an dernier, au mois de juillet, 3 journalistes avaient été retrouvés tués.

L’insécurité pour les journalistes n’est pas récente. Il y a 5 ans, la Maison des journalistes accueillait un journaliste centrafricain victime de la répression : « Certains ont détruit ma maison et ont arrête mon petit frère afin d’obtenir des renseignements me concernant. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de mon frère à l’heure qu’il est.« 

Il faut noter que la République Centrafricaine a perdu 33 places au classement mondial de la liberté de la presse en 2019 et se positionne au 145 ème rang mondial sur 180. 

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Les journalistes environnementaux : un climat hostile

Forbidden Stories, plateforme destinée à sécuriser le travail des journalistes, a dévoilé son projet environnemental. Une enquête aux côtés de 30 médias sur le secteur minier, particulièrement répressif à l’égard des reporters. L’occasion de faire le point sur l’une des formes de journalisme les plus menacées ; le journalisme environnemental.

« Les rapports d’enquête sur l’environnement peuvent être aussi dangereux que les rapports sur le narco-trafic »


Le Green Blood Project ou « le projet sang vert » est une enquête réunissant 40 journalistes, 15 médias dans 10 pays différents durant 8 mois. La série qui en découle est publiée à compter du 18 juin dans 30 organes de presse du monde entier dont Le Monde, The Guardian au Royaume-Uni, Expresso au Portugal et Süddeutsche Zeitung en Allemagne.

Ce nouveau projet est une enquête collaborative internationale lancée par le collectif Forbidden Stories qui poursuit les enquêtes de journalistes menacés, emprisonnés ou assassinés.

Trois continents sont explorés : l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie

L’enquête se penche sur les pratiques de trois compagnies minières, milieu opaque et devenu interdit aux journalistes et à l’investigation. « Sur chaque continent, l’industrie minière dissimule certains secrets inavouables » peut-on lire dans le teaser dévoilé ce jour.

Green Blood Project permet de dénoncer l’impact des mines sur la santé et l’environnement ainsi que leurs politiques d’expansion brutales tout en rendant publics les actes de censure et les menaces touchant les journalistes.

L’aventure commence en Tanzanie, où le journaliste Jabir Idrissa dénonce les agissements autour d’une mine d’or. Elle se poursuit au Guatemala, où l’industrie du nickel provoque la colère des populations locales et les autorités tentent de bâillonner le journaliste Carlos Choc. Elle se termine en Inde, où des journalistes comme Sandhya Ravishankar dévoilent au péril de leur vie les agissements de véritables « mafias du sable ».

Le journalisme environnemental sous haute tension

« Couvrir l’environnement est l’une des formes de journalisme les plus dangereuses, après le reportage de guerre » souligne The Guardian.

Bruce Shapiro, directeur du Dart Center for Journalism and Trauma a déclaré dans les pages du quotidien britannique que « les rapports d’enquête sur l’environnement peuvent être aussi dangereux que les rapports sur le narco-trafic ».

Lundi 17 juin, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) livre son rapport. Au moins 13 journalistes ont été tués depuis 2009 pour avoir enquêté sur des scandales environnementaux. Le total pourrait même atteindre 29 cas, le CPJ enquête toujours sur 16 autres décès suspects.

Une constatation qui n’épargne aucun continent

L’Inde se classe parmi les endroits les plus dangereux pour exercer le  métier de journaliste environnemental.

Trois des treize personnes qui ont été tuées au cours de leur travail depuis 2009 étaient originaires du pays.

Trois autres étaient basées aux Philippines.

Les autres sont morts au Panama, en Colombie, en Russie, au Cambodge, au Myanmar (ex-Birmanie), en Thaïlande et en Indonésie.

Pour le directeur exécutif du CPJ, Joel Simon, « la couverture de tels articles pour les médias nationaux et internationaux implique souvent de se rendre dans des communautés éloignées et de faire face à des intérêts puissants. Cela le rend intrinsèquement dangereux. […] Ce n’est pas un problème nouveau, mais il est devenu plus aigu à mesure que le changement climatique a un impact plus direct sur le quotidien des gens« .

La hausse des menaces envers les journalistes environnementaux pose des questions sur la vulnérabilité de ces derniers. Pour Eric Freedman, professeur de journalisme au Knight Center for Environmental Journalism, les « reporters devraient recevoir une formation à la sécurité, comme beaucoup de correspondants de guerre ou internationaux ». Comme le rappelle le Comité pour la protection des journalistes, « le meurtre est la forme ultime de la censure ».

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La « dépouille mortuaire-épouvantail » d’Étienne Tshisekedi

Si Etienne Tshisekedi, cet homme de conviction, faisait peur à ses adversaires politiques, de son vivant, il l’a fait autant, sinon plus, à travers sa dépouille mortelle, deux ans après sa mort. Non seulement à la « kabilie » (cf Kabila), mais aussi au camp de son propre fils, Félix, l’actuel chef de l’Etat de la RD Congo. Détail quasiment occulté.


« Charogne de serpent fait toujours peur », dit un adage bantou.


La démonstration de cette thèse n’appelle pas forcément une longue rhétorique, rompue aux règles de la dialectique. Elle est simple.

Tout est lié à la mort du leader, Etienne Tshisekedi, à Bruxelles, le 1er février 2017.

On attendait beaucoup de lui pour le dénouement du dialogue politique, parrainé par l’Eglise catholique. En vérité, dans le camp de Kabila, on ne s’était pas attristé de ce décès.

Dans une guerre, la mort du principal chef militaire induit souvent la débandade de ses troupes. Le constat est amer au niveau de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS). Première force de l’opposition (à l’époque) au régime dictatorial de Kabila, celui-ci s’est mis à la dépecer, jusqu’à « apprivoiser » Félix Tshisekedi.

L’UDPS, qu’on le veuille ou non, est aujourd’hui en lambeaux. L’attitude des militants déboussolés, dans lesquels réside encore le cœur battant du parti, en dit long. Nous aurons l’occasion de le démontrer avec force détails dans notre prochain article: « RD Congo : le ferment d’une révolte populaire ».

Ironie de l’Histoire congolaise

Cette paralysie de toute l’opposition, après ce qu’il est convenu d’appeler l’ « Accord de la St-Sylvestre », est la raison pour laquelle le corps d’Etienne Tshisekedi est « resté orphelin » pendant plus deux ans à la morgue à Bruxelles.

La « kabilie » en avait effroyablement peur. Dans son fantasme de voir des millions des Congolais sortir, à Kinshasa, pour honorer la dépouille mortelle du « Sphinx de Limite », et transformer vite la circonstance en révolte populaire, le pouvoir aujourd’hui « échu » s’était chaque fois arrangé pour repousser le rapatriement du corps aux calendes grecques.

Ironie de l’histoire : depuis janvier, c’est son fils qui est devenu Président de la République. Felix Tshisekedi, fils d’Etienne, obtient donc le pouvoir supreme. Les Congolais se sont mis illico presto à espérer, car pour la plupart d’entre eux, feu Tshisekedi était un véritable combattant de la démocratie, un « bwana mkubwa » (un grand monsieur, en kiswahili), après Lumumba.

Son corps devait vite d’être rapatrié au sol qui l’a vu naître, et y être enterré avec des honneurs dus au rang des « Grands ». En France, il aurait été conduit, sans nuances, au Panthéon.

Qu’a-t-il fait, Félix Tshisekedi, à ce propos ?

Une opération en deux temps, trois mouvements.

Les premiers signes négatifs sont partis d’un document confectionné et signé par son chef de cabinet, Vital Kamehre. Un document vague, qui évoquait surtout des chiffres, astronomiques, sur la dépense liée aux obsèques. Or, la stature du défunt devait appeler, pour ce faire, la décision du Parlement congolais. Un acte qui devait être gravé dans les annales de la République. Pour quelle raison s’était-on précipité à réaliser vaille que vaille ces funérailles, qui devaient recevoir, au préalable, une onction de la Nation? Cherchait-on à engranger simplement des effets d’annonce? Ou avait-on véritablement peur? L’actuel chef de l’Etat et son « emblématique » chef de cabinet ont, en quatre mois de gouvernance, accumulé des erreurs d’amatérisme du genre: « M’as-tu vu? ».

Pour des actes sans importance, au regard des défis à relever que pose le pays. Que penser, par exemple, de l’image médiatisée à outrance de Félix Tshisekedi inaugurant la construction d’un pont vicinal, sinon associer celle-ci à un chef d’Etat protocolaire, assigné uniquement à « inaugurer les chrysanthèmes? ».

Avec cette dépouille mortuaire, tout pouvait arriver

Cette parenthèse fermée, revenons à la dépouille mortuaire qui a fait peur à tout le monde.

Il y a deux ans, à la « kabilie », et hier, au camp de Félix. Que s’était-il passé, à Bruxelles, mardi 28, à propos de l’avion?

A ce jour, l’imbroglio est resté total.

On parle de plusieurs choses, à la fois : c’est un gros appareil qui devait transporter plus de cent personnes (qui s’était volatilisé) ; la facture du propriétaire de cet avion n’aurait pas été honorée ; finalement, c’est un avion plus petit, dont on ne connait pas le propriétaire, qui a solutionné la question. Certaines informations ont cité le Togo ou le Gabon comme pays amis bienfaiteurs.

L’avion a décollé de Bruxelles, jeudi 30 mai à 11h25. Pour atterrir à Kinshasa à la nuit tombante. Interrogés, au sujet du retard, les responsables politiques belges ont décliné toute responsabilité.

Tout compte fait, et avec le recul du temps, il n’est pas vain de voir que quelque chose à cloché sur le rapatriement de la dépouille mortelle de Tshisekedi. Un véritable nœud gordien! Y avait-il intention, pour les autorités en place à Kinshasa, que certaines étapes du programme tracé constituant la haie d’honneur soient « brûlées », puisqu’elles étaient potentiellement périlleuses?

Imaginez une foule de centaines de milliers de gens, agglutinés sous le soleil équatorial, criant et courant tout autour du cortège funèbre! Tout dans pareil cas pouvait arriver. Une déferlante qui aurait l’opportunité de tout emporter sur son passage: la « kabilie » et tous ses alliés, c’est-à-dire Félix Tshisekedi, Kamerhe et consorts.

Une « dépouille mortuaire-épouvantail » qu’on a maîtrisée, à travers mille et un calculs savants, en choisissant notamment son débarquement, de nuit, à Kinshasa-La-Rebelle. Pour faire court, disons qu’il y a eu plus de peur que de mal. Heureusement. Paix éternelle à ce grand combattant de la démocratie. C’était un deuxième Lumumba, à sa manière. Quoi qu’on en dise!

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