Congo. « Marius chez vous », fin d’une émission populaire

Dimanche, 28 mars, Marius Muhunga, annonçait avec une réelle émotion, la fin des émissions TV « Marius chez vous » sur les réseaux sociaux. Il en était, à la fois, le boss et l’animateur vedette. Pour justifier cette cessation, le journaliste évoquait son embauche à « La voix de l’Amérique ».

Ce média congolais émettait depuis Washington DC, capitale des Etats-Unis. Il croulait sous son audience au zénith. En raison, bien sûr, de son excellence.

Je suivais en direct de cette émission spéciale. Elle était conclue par des avis et considérations des fans, celles et ceux qui aimaient suivre cette télévision :  c’était une pluie de félicitations… et un feu de coups d’émotion. Sans doute sincères ! Je ne m’en cache point, j’ai tissé, moi aussi, en l’honneur de mon éminent confrère, un joli bouquet de « fleurs platoniques ».

Tweet de Marius Muhunga annonçant la fin de « Marius chez vous »

De fait, une telle opportunité, pour un journaliste africain, ne relève pas d’une sinécure. Il doit y avoir, pour ce faire, des arguments qui parlent excellence et mérite. C’est, pour Marius, le couronnement d’une carrière flamboyante. Ne le reçoivent que celles et ceux qui ont fait de leur plume et de leur micro un « distributeur » de vérités ; des journalistes qui savent brasser « rigueur du fond et clarté de la forme », pour l’éclat des valeurs républicaines.

Quant à mon bouquet de fleurs, j’avoue que ce sont des roses avec leurs épines. D’un côté, satisfaction et joie, de l’autre, inquiétude, tout de même. Suivie d’une interrogation angoissante : Marius s’est-il donné le temps de triturer la question autour de son « élection » à cette prestigieuse institution américaine ?

Je ne sais. S’il l’a fait, c’est tant mieux. Mais, s’il ne l’a pas fait qu’il essaie de « passer de l’autre côté du miroir », comme on dit, pour en savoir plus. Car, à cause de son rayonnement au sein des populations congolaises, par ces temps de la politique nationale faite de bassesse, « TV Marius chez vous » pouvait être la cible de ceux qui voulaient la voir disparaître. Ces ennemis implacables de la vérité. Ces menteurs au sommet de l’Etat.

Dans ce dernier cas, voilà peut-être un joli « coup de réussite » pour Marius, seul, mais certainement un terrible « coup de massue » pour la masse des Congolais progressistes, épris de justice et d’ardent désir de voir le Congo se relever. Autant au pays que dans la diaspora.

C’est mon humble point de vue.

 

 

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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Les islamistes, une marque déposée en Algérie

L’image des islamistes est une « marque déposée » en Algérie. Nul ne peut y toucher sans se rendre coupable de félonie. C’est une image maudite et immuable qui annonce la condamnation à la perpétuité.

C’est ainsi qu’en a voulu le régime en place. Confronté à une opposition inédite, qui menace de l’emporter, le pouvoir algérien est en train d’engager en ce moment la bataille de l’image et de la mémoire autour de la guerre civile des années 1990. Au fur et à mesure que le mouvement anti-régime, Hirak, prend de l’envergure, les islamistes sont montrés du doigt comme les instigateurs sournois de cette insurrection populaire. Du coup, ils sont renvoyés à leur violence djihadiste. C’est eux qui seraient à la manœuvre pour manipuler les millions d’Algériens qui manifestent dans les quatre coins du pays. Comme le dit Gaston Bachelard « Les images ne sont pas des concepts. Elles tendent à dépasser leur signification. » Ainsi, la télévision d’État n’a pas lésiné sur les mises en scène en montrant des « terroristes  ‘daechisés’ » tenant des propos selon lesquels ils seraient impliqués dans un projet violent au sein du Hirak. Depuis Bouteflika, et même au-delà, le récit sur les islamistes est sous contrôle, et il n’est pas jusqu’à la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » qui ne les considère comme les uniques responsables de la décennie sanglante. Aucune nuance n’y est permise. Le régime tente une énième division des populations en espérant voir des pans de la société se désolidariser du courant islamiste Rachad, qui s’est tenu à l’écart du système rentier.  Ce qui confère à ce mouvement politique une certaine virginité politique par rapport à ses homologues islamistes corrompus et largement discrédités. 

Que ce courant ait pu, depuis, évoluer dans le bon sens, ou qu’il ait pu aspirer à se conformer aux desiderata de la démocratie, ou même qu’il ait pu vouloir s’inspirer du modèle islamiste à la tunisienne; cela doit relever du domaine de l’impossible et de l’impensable. Si la presse algérienne était véritablement libre, elle aurait pu se faire l’écho des mutations de l’acteur islamiste qui outre, refuse lui-même l’étiquette d’« islamiste », affirme vouloir contribuer à bâtir un État de droit.

La transgression du « politiquement correct » par le journaliste El Kadi Ihsane

N’empêche, la presse algérienne recèle des individualités remarquables, qui de temps en temps, parviennent à briser la loi de l’omerta. Un petit article intitulé « Pourquoi la place de Rachad doit être protégée dans le Hirak » paru le 23 mars 2021, a mis sens dessous dessus le régime algérien. Signé par le journaliste et éditeur de presse électronique, El Kadi Ihsane (proche de la mouvance laïque), ce papier qui plaide pour l’intégration de l’acteur islamiste dans le mouvement anti-régime, a valu à son auteur d’être convoqué par la gendarmerie nationale sur une plainte, tenez-vous bien, du ministère de …la Communication. El Kadi Ihsane avait, par message vidéo, averti avant de se rendre à la convocation qu’il observerait une « grève de la parole » face aux gendarmes au cas où on l’interrogerait sur le contenu de son travail journalistique. Évidemment, il a tenu parole, ce qui, irrémédiablement en dit long sur la portée de cette affaire.

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Journaliste algérien établi en France

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Guinée. Interview avec le député Sébastien Nadot

Réélu à la tête de la Guinée pour un troisième mandat (après avoir modifié la constitution, qui limitait le pouvoir à deux mandats), le président Alpha Condé accentue la répression à l’encontre de ses opposants. Bilan : plus de 200 personnes ont été tuées par les Forces de défense et de sécurité (FDS) depuis 2010. 

Sébastien Nadot, député de la Haute Garonne et membre de la commission des affaires étrangères à l’assemblée nationale française, suit de près la situation en Guinée. Il a accepté notre invitation et a répondu aux questions de Mamadou Bah.

 

 

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Algérie. Des présidents agonisants

L’autre jour, en flânant dans Paris, je suis tombé sur un SDF absorbé par la lecture d’un livre. Oui, cela se remarque, à Paris, la culture s’est démocratisée, elle n’est plus l’apanage des seuls clercs. Elle irrigue jusqu’aux petites gens, parmi les plus démunies et les plus délaissées.

La posture du SDF qui lit, buste incliné, presque couché sur un banc public, suggérait qu’il tenait entre les mains un de ces bouquins à l’eau de rose, un Harlequin, peut-être. J’engage la conversation avec lui. Eh bien, je n’en reviens pas lorsqu’il me montra la première de couverture : Les lois fondamentales de la stupidité humaine, de l’auteur italien Carlo Maria Cipolla. 

C’est un opuscule publié en 2011 dont je n’ai jamais entendu parler. Je suis allé très rapidement le chercher en librairie. On en parcourt les pages avec avidité. Ça diffère du principe de Peter qui s’applique au monde du travail. Principe selon lequel tout employé est appelé à s’élever à son niveau d’incompétence. En revanche, le texte de Cipolla est une démonstration que l’humanité est dominée par les stupides et les non stupides.

© Yanrazz’s Blog

La thèse est illustrée par des schémas représentant l’axe des abscisses et des ordonnées. Ça permet une replongée dans les cours de mathématiques qu’on a eus jadis au collège. Le genre humain stupide se répartirait en stupides proprement dits, en crétins et en bandits. Ce qui me rassure c’est que la stupidité représente dans chaque société humaine la même proportion d’individus.

Qu’on vive dans un pays industriel ou dans un pays sous-développé, on retrouve le même pourcentage de gens stupides. On y apprend donc que le nombre de stupides est proportionnel à celui de la population. On y apprend aussi que la stupidité touche, en fait, les deux sexes avec toujours le même pourcentage quoique les hommes stupides sont légèrement plus nombreux que les femmes stupides. Ceci du fait de la démographie qui est à l’avantage des premiers.

Si on devait créer une nouvelle science que je me propose d’appeler la “stupidité appliquée”, il est aisé d’y dégager la loi suivante : le succès de la démocratie euro-américaine tient au fait qu’elle parvient – avec plus ou moins de bonheur – à neutraliser la composante stupide de sa population.

Les électeurs avertis mènent campagne contre les acteurs susceptibles de nuire à l’intérêt général. En un mot, ce sont les gens normaux, c’est-à-dire ceux qui ne sont ni stupides, ni crétins, ni bandits, qui empêchent les êtres stupides de sévir.

Sous d’autres cieux, l’organisation d’élections truquées, comme en savent faire les régimes policiers, empêche la matière grise de remonter vers le haut. C’est, du reste, souvent sous l’angle de la stupidité que le Hirak algérien (le mouvement de protestation qui agite l’Algérie depuis février 2019) dénonce la nomenklatura militaire qui détient les rênes du pouvoir politique, économique et financier.

Cette nomenklatura semble avoir trouvé goût, depuis Bouteflika, à introniser des présidents potiches “proches du cercueil” pour reprendre les termes d’un hirakiste de la Place de la République, l’agora parisienne où chaque dimanche les Algériens de la diaspora se donnent rendez-vous pour apporter leur soutien au soulèvement algérien.

L’on s’y était beaucoup amusés ce week-end à commenter la récente désignation à la tête du Sénat d’un apparatchik de 91 ans. La rumeur dit qu’il souffre de la maladie d’Alzheimer. Cela promet, car c’est la garantie que l’actuel chef de l’État, qui ne s’est pas encore remis de sa maladie, est susceptible d’être remplacé par plus malade que lui. 

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Journaliste algérien établi en France

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Afrique de l’Ouest : ces élections qui tuent l’espoir

Dans les pays développés, démocratiques, et dans la plupart de ceux qui aspirent à l’être, les urnes constituent une sorte de blanchisserie de la démocratie. Elles « nettoient » et accouchent, en principe, du propre pour donner des nouveaux habits à la République, un nouvel élan. C’est tout le contraire pour l’Afrique qu’elles habillent d’un accoutrement cachant contestations et violences meurtrières. En témoignent, singulièrement, les résultats de récentes élections au Niger, en Guinée Conakry et en Côte-d’Ivoire.

Pendant quasiment une semaine, Niamey, capitale du Niger, et plusieurs autres villes du pays flambaient de colère. On chahutait, on bousculait, on incendiait maisons de particuliers et bâtiments publics. Avec des morts à la clé. Et pour cause. Tout était parti, mardi 23 février, par la publication des résultats du deuxième tour de la présidentielle, remporté sans contexte par Mohamed Bazoum. Selon ces résultats, celui-ci avait récolté 55,75 % des voix, face à son rival de l’opposition, Mahamud Ousman, avec 44,25 % des suffrages.

Pourtant, le président sortant, Mahamadou Issoufou, avait écarté du chemin la pierre d’achoppement consistant à modifier la Constitution pour un « troisième mandat ». Astuce permettant aux présidents en place de se maintenir au pouvoir, mais ayant pour conséquences de générer des mouvements de protestations violents. Tout était donc fondé pour assister, cette fois, à des élections paisibles. On avait vite oublié que les désordres post-électoraux, en Afrique, étaient la règle et leur contraire l’exception.

Or, en novembre et en octobre derniers, il y a eu élection présidentielle, respectivement en Côte-d’Ivoire et en Guinée Conakry. Les présidents des deux pays ont procédé à une modification de Constitution pour un « troisième mandat » et se sont, de ce fait, maintenus à leur fauteuil. Mais, sur fond des crises pré et post-électorales, émaillées de brutalités : destructions de biens publics et bains de sang. L’opinion tant locale qu’internationale l’avait décrié à tue-tête, et on avait cru que cela était suffisant pour servir d’exemple au Niger. Bernique !

Manifestation contre la modification de la Constitution en Guinée, le 24 octobre à Conakry – Crédit : Aboubacarkhoraa

Les deux exemples laissent perplexe. En Côte-d’Ivoire, après avoir publiquement promis de quitter le pouvoir, le président Ouattara est spectaculairement revenu sur sa décision. Or, il est à classer parmi ce que l’Afrique a de meilleur, en termes d’élites intellectuelles. Il a renié la parole donnée, qui a valeur de serment. Sans scrupule. Il en est de même du président guinéen Alpha Condé, professeur des universités, y compris à la Sorbonne. Il s’accroche au pouvoir, à plus de quatre-vingts ans d’âge, après avoir lutté, lui-même, des décennies durant, contre l’aspérité des dictatures guinéennes.

Comment penser, dans ce contexte de proximité de temps (en l’espace de cinq mois) et de position géographique (le Niger est même voisin de la Côte-d’Ivoire) que ces attitudes de responsables politiques ivoiriens et guinéens, et des événements qui y sont liés, n’aient pas eu un impact sur le plan mental des Nigériens votants ? N’avaient-ils pas vu, instinctivement, une « main frauduleuse » dans les résultats d’élections organisées par un alter ego de l’Ivoirien Ouattara et du Guinéen Condé ?

Il y a, à cet égard, un problème fondamental de confiance, qui va continuer de se poser pendant longtemps encore entre les dirigeants africains et leurs peuples, dont la maturité politique ne cesse de croître.

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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De Gouville : Le jour où j’ai rencontré Sankara

Figure révolutionnaire africaine, Thomas Sankara (1947-1987) est considéré comme le « père de la révolution » au Burkina Faso (ancienne république de Haute-Volta). Président du Conseil national révolutionnaire et chef de l’État de facto pendant quatre ans (1983 – 1987),  il est assassiné le 15 octobre 1987. A ce jour, plusieurs zones d’ombres persistent concernant sa mort ainsi que son personnage. 

Albéric De Gouville, rédacteur en chef de France 24 et vice-président de la Maison des journalistes, est l’un des derniers journalistes à avoir interviewé le « Che Guevara africain ». Retour sur cette rencontre dans une interview réalisée par Mamadou Bhoye Bah pour L’œil de la MDJ.

 

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GUINEE CONAKRY – La liberté de la presse attaquée

Pour avoir diffusé les opérations de dépouillement de vote en direct (dans un contexte de fraude massive), la Haute Autorité de la Communication a suspendu le site d’information Guinéematin.com pour un mois. C’est une décision lue dimanche soir sur les ondes des médias d’État. Le fondateur du site, dans une interview accordée à l’émission les grandes gueules ce matin de mardi 20 octobre, indique que la décision ne lui a même pas été notifiée !

« C’est par les réseaux sociaux que j’ai appris la suspension de mon site alors que mes reporters étaient encore sur le terrain. J’ai demandé à Ahamed, un ami qui est commissaire de la HAC, quelle loi interdisait à mon média de diffuser sur notre page Facebook en direct le dépouillement des bulletins de vote ? Personne n’a su me donner la réponse ! Mon avocat m’indique que la loi n’interdit pas au site de diffuser en direct le dépouillement. » 

Plus grave, cette décision émane d’un ancien journaliste chevronné devenu président de la HAC, Boubacar Yacine Diallo. Il est le fondateur de la radio horizon FM et il fut le président de l’urtelgui, l’union des radios et télévisions guinéenne. Puis il a bénéficié d’un décret présidentiel le nommant président de la HAC.

Et c’est un effet de mode qui se diffuse en Guinée Conakry. Avant 2020, ce poste de la HAC était un poste électif, donc soumis à un eélection. Dorénavant c’est un poste attribué par le pouvoir. Le pouvoir exécutif s’empare de toutes les instances électives en transformant les modes de désignations par décrets. Ce qui permet à l’exécutif de décider à la place du peuple.

Alors que la Guinée Conakry a reculé de trois points sur le baromètre de la liberté de la presse l’année dernière, passant de la la place 107 à 110, les médias privés continuent d’être la cible du pouvoir exécutif de Conakry. Aujourd’hui, c’est au tour du fondateur du site guinéemat.com de faire l’objet d’un acharnement de la part de l’État. Qui sera le prochain victime de l’injustice médiatique ?

Nous profitons de cette tribune pour saluer et encourager nos confrères de Guinée Matin. Informer les citoyens en ces lendemains d’élection contribuent à la démocratie.

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