GUINÉE CONAKRY – Quand les fêtes religieuses développent le pays…

La célébration des fêtes est devenue l’occasion de favoriser l’économie locale et la protection de l’environnement. Cette transformation sociale a commencé par les tisserands pour s’étendre au renouvellement des arbres et aux fameuses pommes de terre de Guinée. Entre promesse politique non tenue et crise du covid19 empêchant l’export, les guinéens, à commencer par les jeunes, ont décidé de se prendre en main. 

Lors de la fête musulmane de l’Aïd el-Kebir (Eid el-Adha ou Tabaski en guinéen) durant laquelle un mouton (ou une chèvre) est sacrifié,  les familles se réunissent et partagent un grand moment de convivialité. C’est ainsi que les guinéens reviennent dans leur localité familiale pour fêter ensemble ce jour saint. 

Depuis l’an dernier, les efforts des habitants de la Moyenne-Guinée s’orientaient sur le textile guinéen appellé « Donkin léépi ». Ces habits que les tisserands et teinturiers locaux confectionnent sont idéals pour les fêtes comme l’Aïd. Or, le secteur était en perte de vitesse et les débouchées commerciaux se faisaient rares. La fête de l’Aïd a permis de booster les ventes. 

La Basse-Guinée a emboité le pas. Le textile de Kindia fut mis a l’honneur. Idem en Guinée-Forestière où les yeux des habitants sont ornées par des textiles. Cette partie du pays qui s’appelle « La Forêt Sacrée » a une tradition ancestrale de travailleurs locaux. 

En somme, les guinéens ont trouvé un équilibre assez simple : consommer des produits locaux pour relancer l’économie locale.

Délaissée malgré les promesses politique, la pomme de terre est de la fête

Sur la même lancée, les habitants de la Moyenne-Guinée ont compris que cette année 2020 allait être très difficiles. Des milliers de tonnes de pomme de terre (plus de 20.000 tonnes en 2010 pour la fameuse pomme de terre dite la « Belle de Guinée ») ont été produits pour l’export. Les frontières étant fermés, il suffit de les stocker. 

Sauf qu’il n’y a nulle part où les stocker à faute de graves faits de corruption et un manque de responsabilité de la part des autorité incapable de construire un lieu de stockage. Conséquence, les pommes de terre pourrisent. Imaginez le désastre sociale et économique plongeant la Moyenne-guinée dans une crise sans précédent. 

Un appel a été lancé pour sauver le secteur des pommes de terre. C’est le président de la Fédération des paysans du Fouta Djalon (FPFD) et du Conseil national des Organisations paysannes de Guinée (CNOPG) Moussa para Diallo qui a osé. Pari réussi ! Les guinéens, comme un seul homme, sont allés acheter des pommes de terre permettant la pérénité des commerces locaux. L’Aîd a été le point culminant de ce sauvetage in-extremis. 

En effet, le produit guinéen le plus vendu à l’étranger est la pomme de terre. Fait surprenant, la plupart des plats guinéens sont à base de riz, alors que la Guinée Conakry ne produit pas de riz ! A l’inverse, la consommation des pommes de terre n’est pas un aliment de base en Guinée malgré le fort coût d’importation.

Exclu du secteur économique, la jeunesse guinéenne pense au futur écologique

Dans notre prochain article, nous analyserons en détail la dégradation catastrophique de l’environnement en Guinée, une zone d’investigation à haut risque pour les journalistes. 

Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’il existe aussi un rapport entre la fête de l’Aïd et les arbres. En effet, la déforestation sauvage a joué un rôle désastreux pour l’environnement. Les sources ont besoin des arbres pour s’étendre et rejoindre le lit des fleuves, particulièrement nombreux en Moyenne-Guinée. Leurs suppressions ont tari plusieurs rivières.

Reprenant une tradition nouvelle qui consiste à planter un arbre à chaque anniversaire, les familles profitent de l’Aïd pour le faire à leur tour et ainsi reboiser la Guinée Conakry qui en a besoin. 

C’est dans ce sens que les filles et fils de la région de Moyenne-Guinée construisent ensemble une union sacrée autour des valeurs culturelles, économique et écologique. Bien loin des promesses non tenues par Alpha Condé et son gouvernement qui préfèrent l’argent de la corruption que le bien être des citoyens, que ce soit au présent ou dans l’avenir.

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Guinée Conakry – Quelle éducation quand le taux d’alphabétisme est de 25% ?

Dans un pays où la méthodologie de l’éducation nationale, la formation des professeurs et la corruption généralisée n’aident pas les élèves à trouver les chemins de l’école, le taux d’analphabétisme représente 75% de la population. A cela s’ajoute le manque de considération que subit les enseignants en Guinée Conakry. Les enjeux sont importants car l’impact dépasse les enjeux de l’instruction.

Depuis des années le système éducatif guinéen classique est dominé par la pédagogie des 5 pas didactique.

  • le prérequis
  • la mise en situation
  • l’apport notionnel
  • le réinvestissement
  • le bilan

Ce système éducatif guinéen ne répond pas aux besoins des enfants, surtout avec une absence totale d’adaptation à l’environnement des familles qui ont plus d’intérêts à laisser leurs enfants en-dehors de l’école que de les enfermer dans une salle de classe. Instruire les enfants en-dehors de l’école aurait pu être une alternative intéressante, surtout en cette année de pandémie de Covid19.

Mauvaise formation des enseignants et grèves durement réprimées

À cela s’ajoute le manque de formation continue des professionnels éducatifs. Ils sont souvent mal payés par l’Etat guinéen et méprisés pour leur travail.

Cette situation a favorisé de gigantesques grèves comme nous vous l’annoncions dans notre article du 5 février 2020. Mais ces événements n’ont rien d’exceptionnel, cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu d’année scolaire normale, c’est-à-dire sans grève. 

Éducation Nationale et corruption

La corruption s’invite trop souvent dans la relation entre l’Etat et les professeurs. Certains élèves paient des backchichs pour être admis alors que d’autres qui ont réussi leurs examens n’ont plus de place pour s’inscrire. Cette corruption baisse le niveau scolaire des classes et enferme les meilleurs élèves dans un rythme qui n’est pas assez soutenu. 

Il n’y a pas que les aprents d’élèves qui paient pour que leurs enfants accèdent aux classes du collège. Des écoles trichent également. Selon des sources bien informées, une grosse affaire a eu lieu en 2019 dans la préfecture de Pita, située à quelques 400 kilomètres de la capitale Conakry. Plusieurs écoles privées auraient payées des sommes d’argent pour faire obtenir l’examen à un grand nombre d’élèves. Ainsi, l’école obtenait un taux d’acceptation anormalement élevée (maisqui prouve la qualité de l’enseignement proposé) et ce n’était pas basé sur le mérite des élèves.

D’autres accusations de corruption ont touché les délégués communales de l’éducation: ils se sont octroyé un pourcentage équivalent à 50.000 francs guinéens « FG » pour chaque prime reçu par l’enseignant. Pire, certains ont encaissé l’intégralité de la prime de l’enseignant. Il est alors très difficile pour l’enseignant de porter plainte : les chefs de l’éducation nationale sont intouchables.

Deux questions se posent auxquelles nous n’avons pas encore la réponse :

  • Quelle est la valeur des résultats pour cette année scolaire perturbée par plusieurs phénomènes?
  • Y aura-t-il des sanctions lorsque la fraude est avérée aux examens?

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EGYPTE – Episode 4 – La peur et la dépression contaminent la société égyptienne

EGYPTE – Episode 4 – La peur et la dépression accompagne la société égyptienne


«Je ne peux pas dormir, je ne peux plus penser, je me sens détruite» m’écrit la mère d’Hossam tard dans la nuit.


La famille d’Hossam attend. Que se passe-t-il pour lui ? Le manque d’information dévore de l’intérieur. Certains jours, sa mère est pleine d’espoir. Quelques temps plus tard, elle désespère. Ce rythme s’impose au quotidien. 

Durant les premières semaines de détention, j’ai observé la lente détérioration psychologique de la mère d’Hossam. Une souffrance profonde qui l’accompagne. Elle a beau imaginer où est son fils, ce qu’il fait, avec qui il est… Son seul désir, c’est sa sécurité malgré les rumeurs de torture en prison, et l’espoir d’un retour à la maison.

Ce n’est pas que dans sa tête que la mère d’Hossam perd pied face à l’emprisonnement de son fils : Un jour, la famille se préparait à visiter le fils en prison ; Le lendemain, la visite est reportée. Incertitude, frustration, impuissance ont infesté la maison d’Hossam pendant son absence. Le moral est atteint. 

L’impact de la répression sur les égyptiens

Derrière chaque citoyen égyptien détenu (sans motif et le plus souvent torturé), il y a toujours une famille, des amis, des collègues… Ces personnes ne sont pas seulement affectées psychologiquement par l’absence de leur proche, elles sont aussi menacées par le gouvernement.

Durant ces derniers mois, le gouvernement a étendu la répression aux proches, y compris les parents de ceux qui sont considérés dangereux pour la sécurité du pays. Nous avons plusieurs exemples. Lors d’une descente de police en janvier 2020, la maison d’un journaliste critique du gouvernement, Mohamed el-Gahry, a été perquisitionné, et finalement son frère a été arrêté.

Son frère n’est ni politisé ni revendicatif. Il est arrêté car c’est le frère de Mohamed el-Gahry. Donc, si Mohamed s’était rendu à la police, son frère serait libre. Project on Middle East Democracy («Projet sur la Démocratie du Moyen Orient») a rapporté après que la directrice du Carnegie Endowment’s Middle East Programme, Michelle Dunne: «C’est l’exemple le plus récent (parmi beaucoup) où les gouvernement égyptien cible des membres de famille des dissidents».

En conséquence, des milliers d’égyptiens sont affectés directement et indirectement par la répression. C’est un processus de détérioration graduelle de la santé mentale d’une société entière car elle atteint psychologiquement les familles égyptiennes. Il y a de quoi être angoissé. 

Le Président d’Egypte Abdel Fattah al-Sissi

Les gens brisés par la répression égyptienne

«Sh’ab Maksour» signifie «les gens brisés». Ce sentiment est partout en Egypte, souffrir de la perte d’un être cher car il est enfermé n’a rien d’exceptionnel. En revanche, les souffrances qui sévissent au sein des familles prennent des formes très différentes.


«Je regarde autour de moi et tout ce dont je me souviens n’est plus là. Amis en prison, amis à l’étranger, amis déprimés chez eux. Je n’ai pas de choix, sinon celui de m’habituer à ce sentiment de manque»


Parmi la jeunesse égyptienne, des gens sont morts durant la révolution. D’autres ont été blessés et n’ont jamais récupéré physiquement ou mentalement, d’autres jeunes sont encore en prison ou ont été forcés de s’enfuir.

Et comme si cela ne suffit aps, les arrestations en masse dès septembre 2019 a enfoncé encore plus de famille dans cette crise étatique et sociale. Pour le peuple égyptien, la dernière décennie est devenue une succession de traumatismes difficiles à oublier.

«Je regarde autour de moi et tout ce dont je me souviens n’est plus là. Amis en prison, amis à l’étranger, amis déprimés chez eux. Je n’ai pas de choix, sinon celui de m’habituer à ce sentiment de manque» s’exprime un ex-activiste en regardant tristement les autres tables d’un café bondé au centre-ville du Caire.

J’ai observé en silence ce scénario se répandre autour de moi.

Des gens sont assis seuls en sirotant leur thé et café turque. Quelques hommes âgés fument la shisha et jouent au traditionnel tawla. Des groupes d’amis partagent un repas en plaisantant. Malgré ces scènes normales de la vie quotidienne, je pouvais percevoir les dures épreuves de la société égyptienne contemporaine avec ses effets durables sur le bien-être des gens. Or, les données officielles ne font que confirmer cette triste atmosphère.

Des études récentes montrent les problèmes psychologiques en forte augmentation ces dernières années. En aout 2019, le Centre National d’Etudes Sociales et Criminologiques a enregistré qu’au moins 25% des égyptiens souffre de problèmes psychologiques.

Le taux de suicides est aussi alarmant. Environ 150 jeunes égyptiens entre 25 et 30 ans se sont suicidés pendant les premier huit mois du 2019, selon la Coordination Egyptienne des Droits et Libertés (« Egyptian Coordination for Rights and Freedoms »). Lorsqu’en décembre 2019 l’étudiant Nader Mohammed, âgé de 20 ans, se jette d’un bâtiment de 187 mètres au Caire, les vidéos qui capturent son suicide sont devenues virales sur internet. Malgré le chox des images, les égyptiens n’ont aps été surpris.

«Il y a de nombreuses sources de pression sur les jeunes égyptiens, y compris les études, la famille, les attentes sociales et les problèmes économiques… La dictature actuelle nous empêche de supporter la vie en Egypte» me confie un ami en lisant les journaux.

Nader Mohamed, 20, threw himself from the top of Cairo Tower

Sensibiliser la population égyptienne

Dans ce contexte, aborder le problème de la santé mentale n’est pas une tache simple. Si d’un côté le stigma social associé avec les problèmes psychologiques empêchent beaucoup de gens d’exprimer leurs difficultés, de l’autre nous trouvons très peu de services disponibles.

Comme les institutions gouvernementales sont insuffisantes, les organisations citoyennes ont essayé de combler la fosse, mais pas sans enjeux.

Le Centre de Gestion – Réhabilitation des victimes de violence El Nadim a aidé des milliers d’égyptiens en fournissant des thérapies psychologiques et physiques. Le Centre a gagné le Prix Amnesty International Droits de l’Homme en 2018 et il continue courageusement ses activités malgré les nombreux obstacles qu’il rencontre, y compris sa fermeture administrative par la police en février 2018.

@picture-alliance/dpa/Polaris Images/Amnesty/D.smile

Il y a d’autres initiatives créatives qui contribuent à sensibiliser les égyptiens sur les questions de santé mentale. Dans les années qui ont suivi la révolution du 2011, le journal indépendant en ligne Mada Masr a lancé une section spéciale dédiée à la santé mentale en Egypte. La série d’articles publiée était une tentative de briser un tabou traditionnel dans la société égyptienne en créant une plateforme d’échange sécure et libre.

Les égyptiens unis dans la peur et dans la dépression

Peur et dépression se propagent dans l’esprit des gens. Elles sont accompagnées par des sentiments de vulnérabilité, d’insécurité et même de culpabilité : pour n’importe quoi tu peux être placé sans raison en détention. Cela affecte durement le bien-être général de la société égyptienne et de sa jeunesse révolutionnaire en particulier. L’esprit des grands espoirs et de l’attente ambitieuse et ouvertement démocratique du printemps arabe qui dominaient les rues d’Egypte en 2011 a été remplacé par la frustration, voir de l’indifférence.

Avec toutes ces émotions difficiles à partager et la répression aveugle qui pèsent sur les épaules des égyptiens, les expressions artistiques qui mentionnent les problèmes psychologiques sont appréciées avec enthousiasme par la population.

Cette nouvelle scène artistique est révélatrice de l’explosion d’énergie des gens qui chantaient les paroles de «Cherofobia» lors du dernier concert de la rock band égyptienne Massar Egbari. Des paroles simples et pénétrantes qui touchent le cœur des égyptiens, laissant sortir l’accumulation de sentiments négatifs tenus à l’intérieure trop longtemps.

I’m apologizing to you for my silence, when you want to talk

I’m apologizing for my existence, and apologizing for my absence

And that i tend to isolate, and row material for depression

And that i have Cherophobia, and severe lack of interest


Je m’excuse avec toi pour mon silence, quand tu veux parler

Et que moi j’ai Cherophobia, et une sévère manque d’intérêt

Je m’excuse pour mon existence, et je m’excuse pour mon absence

Et que je tends à m’isoler, et matière première pour la dépression


انا بعتذرلك عن سكوتي، وقت ما تحبي الكلام

وان عندي شيروفوبي ونقص حاد في الاهتمام

انا بعتذرلك عن وجودي، وبعتذر ع الغياب

واني مايل لانعزالي، ومادة خام للاكتئاب

« Tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), Art. 3 déclame.

Ce n’est pas le cas actuellement en Egypte où les mesures renforcées de sécurité ont de plus en plus restreint la vie publique, la liberté et la sûreté des citoyens égyptiens dans les années passées.

La réaction du gouvernement à la vague de protestation le 20 septembre 2019 confirme qu’il y a une politique de répression totale sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sisi. Également, les mesures adoptées pour empêcher toute mobilisation populaire à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier 2020, révèlent la normalisation d’un état de peur totale dans le pays.

Un regard plus attentif sur les histoires de vie quotidienne des égyptiens ne peut pas nous laisser indifférents. Plutôt, il signale une oppression préoccupante menant à la détérioration, si non négligence totale, des droits de l’homme sous l’autorité du Directeur Adjoint des politiques dans le cadre du Project sur la Démocratie du Moyen Orient (Project on the Middle East Democracy – POMED) a appelé «le gouvernement le plus répressif dans l’histoire égyptienne moderne».

Parmi les histoires qui peuvent clairement illustrer cette situation, nous choisissons de présenter dans une série d’épisodes l’exemple d’Hossam, qui préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Ses vicissitudes depuis septembre 2019 stimulent plusieurs réflexions sur la situation actuelle dans un pays qui donne la priorité à la sécurité nationale mais où les citoyens arrivent difficilement à se sentir en sûreté.

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Soudan – La transition vers la démocratie bénéficie à la presse

Une année après la démission du dictateur soudanais Omar el-Béchir, le paysage médiatique du pays s’est totalement redessiné. Nous revenons sur ces changements, conséquence de la transition démocratique.

«Plus jamais dans le nouveau Soudan, un journaliste ne sera réprimé ou emprisonné.» Mercredi 25 septembre 2019, l’annonce du Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, promet aux journalistes une liberté jamais acquise auparavant.

À l’occasion de la conférence «Defend Media Freedom», organisée lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New-York, il approuve et signe le «Global Pledge to Defend Media Freedom» [l’Engagement mondial pour la liberté des médias]. À travers cet acte symbolique, Abdallah Hamdok s’engage à améliorer l’environnement médiatique soudanais, décimé par trois décennies de dictature.

Arrivé au pouvoir le 21 août 2019, Abdallah Hamdok remplace Omar el-Béchir, dictateur du Soudan depuis 1989, renversé au cours de la «révolution de décembre».

Bien que la traque aux journalistes et aux rédactions ait cessé depuis l’arrivée d’un gouvernement dirigé par un Premier ministre civil, tout le paysage médiatique reste à reconstruire. Unissant censure, répression, contrôle et exactions contre les journalistes, Omar el-Béchir laisse derrière lui des rédactions en pleine refontes.

En juillet 2019, Mediasrequest, un site dédié à répertorier les médias du monde, décomptait près d’une quarantaine de journaux de presse écrite, pour la majorité en langue arabe. D’autres journaux internationaux couvrent l’actualité du pays. De son côté, le ministère de l’Information et des Communications, sous la houlette d’Hassan Ismail Sayed Ahmed nouvellement élu, dirige les médias publics à travers le Sudan Radio and Television Corporation [SRTC] : Sudan Radio – Suna Sudan New AgencySudan TV.

«Le Soudan d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le Soudan d’hier», affirme Mohamed Nagi, directeur de la rédaction de Sudan Tribune, un site d’information couvrant l’actualité des pays de la région.

Fondé en 2002, le réseau gouvernemental SRTC contrôle et monopolise la majeure partie des émissions de télévision et des infrastructures de diffusion.


Selon des témoignages, des journalistes critiques du pouvoir en place ont été à plusieurs reprises envoyés dans des «ghost houses», prisons secrètes où l’on incarcérait les opposants pour y être exécuté ou torturé.


À l’époque d’Omar el-Béchir, dont l’objectif est de contourner ce monopole, des médias sont apparus à l’extérieur du pays pour tenter d’exercer leur métier.

Radio Dabanga ou encore Afia Darfur ont été fondés pour élargir le champ de parole des opposants politiques au Parti de l’ancien dictateur, le Congrès National. Radio Dabanga est basée aux Pays-Bas tandis qu’Afia Darfur diffuse ses émissions du Tchad.

Le «tout puissant NISS»

Arrivé à la tête du Soudan lors du coup d’État militaire le 30 juin 1989, Omar el-Béchir a imposé un système autoritaire, banni toute opposition politique et institutionalisé la censure.

  • Censure

Sous son règne, les services de renseignement soudanais «National Intelligence and Security Service», [NISS] sont devenus les acteurs centraux de la répression, de la censure et de la surveillance du régime autocratique. Aujourd’hui, cette unité rebaptisée «General Intelligence Service» [GIS] est sur le point d’être démantelée.

Le NISS possédait le pouvoir d’intervenir au sein même des rédactions et des imprimeries avec comme objectif le blocage de la parution des journaux. Les autorités fixaient également la «ligne rouge» à ne pas franchir selon les intérêts propres au pouvoir en place.

Osmane Mirghani, rédacteur en chef du journal indépendant Al-Tayar est arrêté le 22 février 2019. Des agents du NISS se sont invités ce jour-là dans les bureaux du journal pour interpeller le journaliste lui reprochant d’avoir critiqué à la télévision Sky News Arabia la mesure d’État d’urgence décrété par Omar el-Béchir.

Selon des témoignages, des journalistes critiques du pouvoir en place ont été à plusieurs reprises envoyés dans des «ghost houses», prisons secrètes où l’on incarcérait les opposants pour y être exécuté ou torturé.

Cette pression quotidienne permettait à l’ancien régime de contrôler tous les faits et gestes des journalistes œuvrant à l’intérieur de ses frontières.

  • Contrôle et régulation

Comme le raconte Abdelmoneim Abu Idris Ali, alors journaliste au Soudan pour l’AFP dans son article intitulé «Vie et mort dans une guerre oubliée», le NISS pouvait décider de la présence de journalistes sur les lieux pour couvrir l’actualité du pays.

28 mai 2014, dix heures du matin, le journaliste reçoit un coup de téléphone. Le «tout puissant NISS» l’appelle et lui manifeste: «Soyez à l’aéroport dans trente minutes» pour partir dans l’Etat du Kordofan du Sud. «C’est inhabituel. Et c’est urgent», explique Abdelmoneim Abu Idris Ali.

Pour cause: l’accès à cette région est habituellement contrôlé rigoureusement.

Au Kordofan du Sud, des rebelles et les forces armées gouvernementales s’affrontent depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Zone inaccessible, sous haute régulation, les autorités tentent de camoufler les exactions commises sur la zone.

Mais, ce jour-là, les services de renseignement ont décidé de contacter le journaliste dans l’optique de couvrir la création d’une unité paramilitaire: une opération de communication l’imposait.

Contactée par nos soins, une journaliste qui a souhaité rester anonyme témoigne de la difficulté d’exercer le métier de journaliste durant les trente de dictature : «Travailler en tant que journaliste sous le règne d’Omar el-Bechir fut vraiment une douleur traumatique. La peur d’être lue et relue puis arrêtée nous hante.» Ne pouvant pas être publiée par la presse soudanaise, elle décidait de transmettre ses articles aux médias internationaux.

«J’ai tout de même été arrêtée à deux reprises à cause de mon travail. On m’a aussi menacé de mort. Je couvrais les élections au Kordofan du Sud en 2011 pour le referendum d’indépendance du Sud Soudan. Ces élections se sont mal déroulées et la guerre a repris entre le gouvernement et le mouvement rebelle des SPLM.»

Sa présence embarrassait le gouvernement soudanais, «ils ont donc décidé de me kidnapper et m’interroger pendant un jour pour ensuite me laisser partir. Ils m’ont aussi menacé de mort pour que je quitte la région.»

La transition démocratique au Soudan

Au Soudan, après 30 ans de dictature, «la révolution de décembre» renverse Omar el-Béchir le 11 avril 2019.

L’armée reprend le pouvoir jusqu’aux accords signés le 17 août 2019 entre le conseil militaire de transition (CMT) et la contestation. Cet accord ouvre la voie à la création du Conseil de souveraineté, un organe exécutif de transition composé de six civils et cinq militaires avec une présidence confié dans un premier temps à Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan, un général de l’armée soudanaise.

Un gouvernement de transition est mis en place après l’investiture de l’économiste Abdallah Hamdok en tant que Premier ministre, désigné par l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) – principal protagoniste de la contestation.

Parallèlement, l’accord prévoit la formation de l’Assemblée législative de trois cents membres.

En pleine transition démocratique, des élections présidentielles devraient avoir lieu en 2022.

Un héritage qui perdure malgré la transition

Dès lors, se pose la question inhérente à cette transition: aujourd’hui, que reste-t-il du système d’antan qui encadrait les médias soudanais ?

La transition en cours donne espoir aux journalistes soudanais. Le Soudan est passé de la 175ème place au classement mondiale de la liberté de la presse en 2019 à la 159ème place aujourd’hui. Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique au sein de reporter sans frontière assure avoir rarement assisté à une telle ascension.

Une Constitution provisoire a été adoptée pour couvrir la période de transition. Celle-ci garantit officiellement à sa population une presse totalement libre.

Une réforme des médias a d’ailleurs été lancée sous l’égide de l’UNESCO en novembre 2019. Cependant, aujourd’hui, les lois sur la cybercriminalité (2007) sur la presse (2009), et sur la sécurité nationale (2010) continuent d’être actives et constituent selon Arnaud Froger «une grave menace pour la pratique du journalisme dans le pays.»

Ces lois représentent selon lui «une épée de Damoclès au-dessus des journalistes. Mais, c’est un chantier gigantesque. On ne passe pas de trois décennies de dictature à une démocratie totale.»  De son côté, Mohamed Nagi explique que «ces lois ne sont plus appliquées puisque la constitution les en empêche

Toutes ces lois donnent aux autorités en place un arsenal législatif gigantesque pour restreindre et soumettre les journaux du pays. Comme expliquer dans le rapport d’Amnesty.

Selon la loi sur la presse, le conseil national de la presse détient de nombreux pouvoirs allant de l’accord d’une licence aux institutions journalistiques à l’interdiction des publications d’articles.

De son côté, ladite loi de 2010 sur la sécurité nationale a institutionalisée l’immunité des autorités, actives dans la censure des médias au nom de la sécurité nationale.

Les autorités ont peu à peu cessé la politique de répression systématique d’antan. Des changements qui ne font cependant pas l’unanimité au sein du service général de renseignement. Une mutinerie s’est produite dans les bâtiments du GIS le 14 janvier pour contester le démantèlement de l’unité.

Malgré tout, la censure systémique s’est institutionalisée et s’exerce aujourd’hui au sein même des rédactions.

Le site web Index, affirmait en 2013 que les services de renseignement soudanais «National Intelligence and Security Service» [NISS], aujourd’hui les Services de renseignement général «General Intelligence Service» [GIS], posséderaient 90% de tous les journaux du pays en 2013.

À cette époque, les NISS rachetaient deux journaux indépendants et influents: Al-Sahafa et Al-Kartoum. À la suite de cette acquisition, Mozdalfa Osman décide de démissionner de son poste de directeur éditorial au sein d’Al-Khartoum: «J’ai démissionné en raison de l’influence négative sur mon travail et de la mise en œuvre de l’agenda du NISS, ce qui a contredit mon professionnalisme.»

Pour le secteur de la radio, l’organisation Fanack spécialisée sur les sujets d’Afrique du Nord, affirme que le gouvernement possède 15% des parts de toutes les chaînes audios.

«Il n’y a plus de censure aujourd’hui au Soudan. Je n’ai jamais entendu mes confrères me rapporter de tels cas de la part du nouveau gouvernement. Mais l’autocensure s’est établie et installée. Vous savez, pendant 30 ans les journalistes ont travaillé sous une dictature. Tout devait être relu deux fois avant d’être publié. Ces automatismes perdurent d’une certaine façon. D’autant plus qu’une majorité des médias ont des connexions avec l’ancien régime, à l’exception de deux ou trois», explique la journaliste soudanaise.

Cette situation est représentée par le récent licenciement de Lubna Abdella du journal Al Sudani Al Dawlia à la suite d’une enquête sur la corruption au sein de la commission, des droits de l’homme.

Mohamed Nagi ne s’alarme pas: «Ce cas ne dépend pas du gouvernement. Ça ne permet pas d’estimer la liberté de la presse au Soudan. Certains journaux sont certes dirigés par des proches de l’ancien régime mais ils ont prouvé leur indépendance financière. Donc, au nom de la liberté d’expression, ces personnes ont le droit de faire valoir leur idéologie.»

En janvier 2020 également, dans le cadre de la transition, les autorités soudanaises ont interdit la diffusion de deux journaux et deux chaînes de télévision, avançant que «ces institutions ont été financées par l’État et nous voulons rendre l’argent au peuple soudanais», déclarait alors Mohamed al-Fekki, membre du conseil de transition du Soudan. Les journaux Al-Sudani et Al-Ray Al-Am ainsi que les chaînes Ashrooq et Tayba ont été visés.

Mohammed Nagi nous explique que «le nouveau gouvernement a fermé ces médias dont le rôle était de faire la propagande pour l’ancien régime qui les finance. Ashrooq et Al-Sudani se sont par la suite restructurés et ont pu rouvrir. L’interdiction n’était pas pour des raisons idéologiques mais financières.»

En parallèle, selon les informations de RSF, le Cyber Jihadist Unit, un service d’espionnage et de surveillance des journalistes, est encore actif et diffuse régulièrement de fausses informations pour discréditer les autorités de transition et préserver les intérêts de l’ancien régime. Cette unité dirigée par les services de renseignement continuerait d’œuvrer dans l’ombre.

Elle «surveille et contrôle le contenu publié par les journalistes. Elle diffuse de fausses informations qui peuvent influencer les médias.  Elle traque les journalistes, les intimide avec des messages malveillants continuant d’exercer une forte pression sur les journalistes du pays.»

Arnaud Froger perçoit en cette unité le signe d’un héritage d’Omar el-Béchir à démanteler prochainement.

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Guinée – La liberté de la presse sombre à nouveau

Selon le site Guineedirect, les députés guinéens fraichement élus ont adopté ce 3 juillet 2020, un texte de loi qui limite une fois de plus la liberté de la presse en Guinée. Ainsi, le Président de l’institution HAC (Haute Autorité de la Communication – équivalent du CSA pour la presse guinéenne)) sera désormais nommé par le président de la République, en l’occurrence Alpha Condé. La HAC est en charge du bon fonctionnement de la presse en Guinée Conakry.

Après le chaos électoral du 22 mars 2020 qui a bénéficié aux députés à la solde du pouvoir présidentiel, nous pouvons affirmer sans se tromper que le Président s’empare de tous les pouvoirs: exécutif, législatif, judiciaire et maintenant médiatique.

Le rôle de la HAC sera de censurer selon le bon vouloir du Président

A l’heure du passage mondial au numérique, la Guinée Conakry décide de passer sous le contrôle d’un seul homme qui décidera qui a le droit de dire quoi.

Cet homme, nommé par le Président de la République, ne sera qu’un pantin obéissant au pouvoir absolu du chef de l’Etat.

En effet, quel média s’opposera à la ligne éditoriale dictée par la présidence? Aucun média ne sera épargné par ce musellement généralisé.

La HAC est vidé de sa substance, comme une coquille vide. Il est évident que les futurs commissaires risquent d’être mis devant des situations de fait accompli. Si le président de l’organe de régulation des médias est nommé par Alpha Condé, il n’aura aucune marge de manœuvre. Il suffira que le chef de l’Etat décide de retirer un agrément ou d’annuler une licence pour que cela soit tout de suite acté.

Naturellement, avant de nommer quelqu’un à ce poste prestigieux, Alpha Condé posera ses conditions à prendre ou à laisser. Autre nouvelle, la HAC passera de 11 à 13 membres.

Les conditions des délivrances et des retraits des agréments d’exploitation pour les médias audiovisuels, l’attribution et le retrait des fréquences et la création d’un poste de secrétaire général, chef du service administratif, sont d’autres nouveautés.

Selon nos confrères de Guinéedirect, la nomination des commissaires devant siégé à la HAC est encore floue. Dans tous les cas, les règles de nominations vont changer et cela impactera considérablement la presse libre en Guinée Conakry.

Voici le résumé des nouvelles mesures prises par la HAC :

Les amendements apportés ont aussi porté sur :

  • l’Article 4 (réécriture pour la reformulation du dernier aliéna pour des besoins de précision),
  • l’Article 6 (relèvement de nombre des membres de 11 à 13),
  • la réorganisation des corporations membres de la HAC (Art.10),
  • la réintroduction de l’âge minimum de 35 ans pour être membre, la réorganisation des commissions spécialisées (Art.13).

Il y a aussi eu la réécriture du dernier alinéa sur les mesures disciplinaires applicables aux membres de la HAC (Art.15), le relèvement du quorum de 7 à 9 membres pour siéger (Art.24), réintroduction et précision à l’alinéa 3 de la durée de validité de la carte professionnelle de journaliste; et au Titre V, il y a eu réécriture des articles 58,59 et 60 relatifs aux dispositions transitoires et finales.

Les nouveaux législateurs ont également revu à l’Article 5, un alinéa premier relatif au renforcement du rôle de la HAC dans l’émergence et la promotion de médias libres et responsables.

Au total, la nouvelle HAC aura en son sein 5 représentants des associations de presse; 3 représentants de la présidence de la République ; 1 représentant de l’Assemblée nationale.

Le conseil supérieur de la magistrature, le ministère des postes, télécommunications et de l’économie numérique, le collectif des imprimeurs, libraires, bibliothécaires et archivistes et le collectif du cinéma et de la photographie désigneront chacun un représentant.

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Lecture – « Hot Maroc », chronique d’une presse dont l’objectif est de diffamer

hot maroc livre

Le roman Hot Maroc de Yassin Adnan se déroule entre la dernière décennie du règne de Hassan II et la première décennie du règne de Mohamed VI (jusqu’à 2009). Écrit en arabe et publié au Maroc en 2016, le livre, qui vient d’être traduit en français, est une chronique attrayante et sarcastique des changements, des défaites et des contradictions politiques et sociales que vit alors le Maroc. Des paraboles jusqu’à Internet en passant par les «années de plomb» jusqu’à la «nouvelle ère» du règne de Mohamed VI, bienvenue dans ce Maroc chaud.

C’est à travers le personnage central de Rahal Laaouina que Yassin Adnan fait le diagnostic des tares de la société marocaine et des maux politiques qui rongent le pays. Tout au long du roman, l’écrivain dessine les lignes de la personnalité de Rahal : timide, peureux, «évitant les lumières», «il ne se vengeait de ses ennemis qu’en rêve».

Un jeune puceau, qui se contentait de «relations» imaginaires, convaincu d’avoir hérité d’une malchance qui le condamne, un homme «entouré de scénarios noirs», terrorisé par la répression et la mort.

Rahal —et avec lui le lecteur— va découvrir des points forts dans chacune de ces faiblesses.

Son incapacité à avoir des relations avec des filles l’a par exemple incité à développer une aptitude impressionnante à connaître la vie des gens dans les moindres détails, se rapprochant ainsi du travail d’un indicateur: «Rahhal s’attachait à tout savoir de ses amis . Ainsi se laissait-il submerger par les rapports précis et exhaustifs qu’il s’astreignait à préparer sur eux, pour servir l’étrange amitié qu’il leur vouait. Mais qui dit amitié ne dit pas toujours amour».

Pourtant, Rahal qui avait jusque-là soigneusement évité les lumières et s’était habitué à se mouvoir dans l’ombre se retrouve soudain en plein cœur de ce qu’il avait fui, sous les projecteurs de la police et de la politique. Ainsi se met-il à travailler pour la campagne électorale du parti d’un proche du roi et à collaborer en tant qu’agent électronique des services secrets.

« Meurtre symbolique » des opposants par les journalistes au Maroc

Le roman aborde avec audace l’émergence des médias en ligne à la botte du pouvoir, spécialisés dans la diffamation et le «meurtre symbolique» des opposants.

Des médias qui ont pullulé de manière remarquable ces dernières années. À l’instar de ce qu’on peut trouver dans d’autres pays de la région au lendemain de la vague dite des «printemps arabes», « Hot Maroc » n’est qu’un site Internet parmi d’autres, qui abritait une armada de bouchers, armés de couteaux électroniques toujours prêts à l’emploi pour affronter les «gauchistes de la dernière heure qui se languissaient encore du temps maudit des idéologies» et «ces islamistes qui se languissaient d’un califat calqué sur la prophétie» entre autres «ennemis de la patrie» parmi les journalistes opposants qui «profitent de la liberté d’expression dont jouit notre pays pour s’opposer à nos intérêts suprêmes».

Le site veille aussi à éviter «la dérive» du débat public sur Internet. Comme les autres sites de ce genre, il jouit d’un soutien haut placé, se trouve à l’abri de toute poursuite judiciaire et ne s’encombre pas du droit de réponse ou du «droit à gémir», selon l’expression de l’un des personnages.

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Congo – Covid-19 – L’insuffisance des soins tend-il vers un crime de masse ?

Selon le politologue Rudolph Joseph Rummel, le crime de masse se caractérise aussi par les actions dans lesquelles l’Etat ou le gouvernement cause la mort d’un grand nombre de gens: « démocide ». De cette perception, il n’y a qu’un pas avec la gestion scabreuse de la lutte contre la Covid-19 et les violences de toutes formes qui font des milliers des victimes au Congo Brazaville et susceptible d’être associé à un crime de masse.

Le nombre de cas et de décès de la covid-19 ne cessent d’augmenter au Congo-Brazzaville.

Officiellement, plus de 1300 cas et 41 décès sont recensés à ce jour. Depuis le mois de janvier le professeur Jean Bernard Nkoua Mbon (chef de service de cancérologie du centre hospitalier et universitaire de Brazzaville, République du Congo) et nous-mêmes avons tiré la sonnette d’alarme.

Au mois d’avril pendant que ce pays enregistrait une dizaine de cas, son gouvernement a pris la décision de confiner la population sans les mesures concrètes d’accompagnement.

Paradoxe, le gouvernement congolais a attendu que le virus circule avec virulence et atteigne plus de mille cas au mois de juin pour opter pour le déconfinement quasi-total du pays avec à la clé la réouverture des bars, lieux de cultes, la reprise des transports en commun, etc.

Cette attitude donne du tournis aux scientifiques et à plus d’une personne qui ont opté pour le silence, question d’éviter les représailles de la « democrature ».


La maladie est là et fait plus de ravages qu’on peut l’imaginer.


C’est bien de faire du « copier – coller » de la mère-patrie, mais c’est mieux de savoir qu’en Occident, le nombre de décès et de malades dûs à la Covid-19 a considérablement baissé. La présence des températures élevées en cette période estivale semble plus ou moins favoriser la résilience. Or, le Congo est actuellement en période de saison sèche caractérisée par de baisses de température. Souvenons-nous que c’est durant l’hiver, une saison froide, que le virus a ravagé l’Occident. Sans être pessimiste, il faut s’attendre à plus de cas durant cette saison sèche qui vient de commencer.

Le nombre officiel de décès avancé par le gouvernement est une donnée contestable, à cela s’ajoute la réalisation de tests de dépistage en très petite quantité et en dents de scie. Une centaine de tests par jour comparativement aux dix mille quotidiennement au Gabon voisin.

D’autres décès liés au Covid-19 ne sont pas enregistrés, notamment des malades qui restent chez eux et ceux qui ne sont pas testés avant que le pire ne survienne.

Bon nombre de Congolais estiment que la Covid-19 dans leur pays n’est qu’une invention des gouvernants pour s’attirer des faveurs des partenaires et amasser des fonds. Grosse erreur! La maladie est là et fait plus de ravages qu’on peut l’imaginer.

La gestion de la crise au Congo Brazaville relève d’un amateurisme inexplicable

Comment pouvez-vous expliquer qu’un Etat pétrolier qui génère des milliards d’euro ne puisse avoir que 23 respirateurs et qu’il manque constamment des réactifs pour organiser des tests massifs pour près de cinq millions d’habitants à peine ?

Le docteur en journalisme Mfumu Fila par exemple vient de perdre la vie par le fait d’avoir été intubé tardivement.

La ministre de la santé Jacqueline Lydia Mikolo ne semble pas avoir la maîtrise de la situation. Elle fait du surplace. A la fixer dans les yeux, on lit une déception, voire une certaine culpabilité.

Pour son honneur, elle ferait mieux de démissionner, que d’être prise pour responsable par les générations futures qui observent tout ce qui se passe. Bien qu’au Congo, lorsqu’on a donné son accord de participer dans un gouvernement Sassou, s’y retirer est synonyme de trahison. Oui!

Le président Sassou qui cumule 37 ans de règne, vieilli, usé avec ces accompagnateurs d’opposants qui pensent qu’à la présidentielle de 2021, n’ont plus rien à proposer à leurs concitoyens. Aucune inspiration ne peut venir d’eux si non de la démagogie.

  • Comment croire aux opposants qui veulent candidater à une élection qui se fera sur un recensement biaisé?
  • Comment croire à une élite qui ne lève pas le doigt devant l’écocide que connaît le Congo?
  • Comment croire à une élite qui veut bloquer l’école au moment où les enfants se préparent à affronter les épreuves des examens de fin d’année?

Normalement, les ministres Lydia Mikolo, Gilbert Ondongo coordonnateur du Task Force du Congo et le Premier ministre Clément Mouamba devraient être poursuivis par la justice pour non-assistance à personne en danger.

De même, Jean Jacques Bouya (ministre des grands travaux) qui n’a pas pu construire un hôpital digne de ce nom pour soulager les malades, ni une route solide pour y accéder… N’a évidemment pas pu livrer une fibre optique qui donnerait une satisfaction aux Congolais…

Ne pas sanctionner tous ces mousquetaires y compris les dignitaires qui terrorisent le peuple par différentes formes de violences et tribalisme alors qu’ils condamnent le racisme, revient à dire que Denis Sassou Nguesso et ses hommes par leur gestion scabreuse des affaires publiques tuent de nombreux congolais qui n’arrivent ni à se soigner ni à manger.

Enfin, concourir avec Sassou Nguesso en 2021 sans réunir toutes les conditions de transparence d’une élection, pour n’emprunter que les termes de l’extrémiste Tony Moudilou, c’est d’être « traître vis-à-vis des Congolais à défaut d’être son cheval de Troie ou complice de crime de masse.« 

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

Pour illustrer le manque d’assistance dans les hopitaux, un journaliste congolais nous a fait parvenir cette vidéo d’une femme agonisant du covid19. Nous avons bien sur vérifier la source. En revanche, nous ne savons pas le nombre de patients concernés par ces manques de moyen. 

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