«Ni le Congo du Sud, ni du Nord, mais le Congo du cœur» – Présentation du livre de Ghys Fortuné Bemba Dombe, résident à la MDJ

Malgré les efforts, certaines conférences se transforment en meeting politique. Il aura fallu toute l’énergie du journaliste Ghys Fortuné pour rappeler l’objectif de cette rencontre: la sortie de son livre «de l’enfer à la liberté». De nombreuses personnes sont venues l’écouter. Parmi eux, d’éminents représentants dont d‘anciens ministres congolais. Les propos du journaliste sontt donc scrutés à la lettre près.

En guise d’introduction, le rôle essentiel de la liberté d’informer pour exercer la liberté de voter. Sans les bonnes informations, comment peut-on savoir pour qui on vote?

Contextualiser le rôle de chacun est essentiel, mais c’est bien le parcours de Ghys Fortuné qui intéresse les invités. Par exemple, sa volonté inébranlable de ne pas céder malgré les pressions subies: 18 mois de prison, 19 kilos en moins.

Or, il suffisait d’avouer la non véracité des articles, reconnaitre la calomnie (alors que toutes les informations avaient été scrupuleusement vérifié par lui-même) ; si il avouait, il sortait.

Ghys Fortuné a donc pris la parole, énumérant les violences subies comme autant d’anecdotes trahissant le calvaire des prisonniers au Congo. Tandis que certains prisonniers entrent et sortent selon les bons vouloirs de la République, Ghys Fortuné croupit dans une cellule où les conditions sanitaires sont déplorables.

«Les Congolais continuent de payer un lourd tribut pour les manipulations tribalistes et les querelles manigancées par les politiciens pour leurs intérêts personnels. Quelques exemples :

  • Trois guerres civiles en trois décennies qui ont entrainés de milliers de morts
  • Malgré sa richesse (pétrole, forêt, hydrographie, végétation etc.), le Congo est classé par le PNUD parmi le pays à indice de développement humain faible ;
  • Une économie exsangue souffrant d’un endettement colossal et de crises à répétition alors que le pays a bénéficié d’une remise de sa dette à la fin de la première décennie des années 2000 et a accumulé des revenus pétroliers faramineux pendant en 2010 et 2015 ;
  • Délitement d’un État qui ne fonctionne pas, où règne l’arbitraire et l’impunité. La faillite systémique a permis l’émergence d’une catégorie de citoyens cherchant à dénoncer la mauvaise gouvernance et les multiples dérives régimes.

Dans cet élan Talassa, notre organe de presse, a pris une part active à cette démarche. À partir de ce moment nous étions devenus une cible pour le pouvoir. Les hommes du système nous ont intenté procès sur procès depuis la création du journal Talassa en 2001. J’ai été victime d’intimidations, d’harcèlements, de tentatives d’enlèvement et d’assassinat et de plusieurs arrestations avant la dernière, en janvier 2017, qui a duré 18 mois.»

En prison, les rumeurs courent. Dehors, il y aurait tel ou tel événement qui s’attaque au moral des prisonniers politiques.

En prison, les sévices s’attaquent aussi bien à l’esprit qu’au corps

La nourriture est-elle empoisonnée? Peu importe, il faut la nettoyer avant consommation, elle est si rare: seulement trois repas par semaine. Les sévices physiques ne suffisent pas à briser un esprit combattif, l’humiliation est donc de mise.


L’Etat congolais lui confisque ses biens, ses comptes en banque, les autorités ratissent larges: même les cadeaux apportés par sa famille en prison disparaissent.


Ghys Fortuné sort de la prison pour des interrogatoires qui ne mènent à rien, à peine a-t-il la possibilité de faire des allers-retours à l’hôpital malgré une condition physique qui se dégrade chaque jour.

«Mon incarcération a été un véritable enfer. Je suis sortie de là avec plusieurs pathologies. Mêmes à mes pires ennemis je ne souhaite pas qu’ils vivent ce que j’ai subi au cours des 18 mois d’incarcération:

  • Sévices corporels ;
  • Pressions psychologiques ;
  • Privation de visite ;
  • Privation de sommeil ;
  • Privation de nourriture (2 repas par semaine ; par compassion Norbert Dabira me donnait de la nourriture) ;
  • Privation de soins ;
  • Enfermement en isolement total et complet dans des cellules sans électricité où je dormais à même le sol. Elles prenaient l’eau à chaque pluie. Elles étaient d’une insalubrité insupportable et infestées de souris, cafards, scorpions et fourmis, moustiques et vers de terre. En guise de toilette j’avais un seau sans couvercle que je vidais selon l’humeur de la hiérarchie pénitencière (tous les 24, 48, 72 heures voir plus).
  • Il est arrivé de partager ma cellule de la maison d’arrêt de Brazzaville avec des psychopathes assassins envoyés surement dans le but de m’achever. Mais grâce à Dieu notre cohabitation de 2 mois s’est déroulée sans problème.»

Et à force d’insister, la folie, la paranoïa, la solitude et la crainte pour ses proches sont devenus ses compagnons de cellule. En revanche, le désespoir n’a jamais été la bienvenue.


L’Etat congolais lui confisque ses biens, ses comptes en banque, les autorités congolaises ratissent larges: même les cadeaux apportés par sa famille en prison disparaissent. On y découvre un système où chaque chef fait ce qu’il veut sur son territoire de compétence, c’est du harcèlement quotidien.

L’objectif? Faire craquer Ghys Fortuné. S’il ne craque pas physiquement, les autorités visent le mental. Et à force d’insister, la folie, la paranoïa, la solitude et la crainte pour ses proches sont devenus ses compagnons de cellule. En revanche, le désespoir n’a jamais été la bienvenue.

Soutien à Ghys Fortuné via Mediapart

«Pour sortir le Congo d’une situation économique délabrée et d’une situation politique qui fait craindre l’éclatement du pays, il faut un sursaut citoyen, surtout de la part des « intellectuels ».

Toutefois, les personnes qui ont connu la torture, le harcèlement, l’emprisonnement, les violences sexuelles, les familles qui ont perdu leurs biens gagnés à la sueur, ceux qui ont perdu des parents… portent dans leur chair et dans leur esprit des stigmates profonds indicibles.

Ces personnes sont souvent amenées à croiser les responsables de cette violence institutionnelle, leurs bourreaux, qui, en raison de l’impunité qui les protège, continuent à les narguer, à les intimider voire à les menacer afin qu’elles se taisent.

Leur peur l’emporte ainsi sur la rage. Alors, ce sursaut, la réconciliation et la paix sont-elles possibles dans un pays qui porte autant de blessures, autant d’injustice, autant d’impunités…?

Comment faire pour préserver réellement l’unité nationale dans un tel environnement et dans ces conditions?

Dans ces conditions: Comment vivre avec l’horreur? Nul ne doit empêcher le recouvrement de la mémoire, surtout pas les bourreaux. Ensuite l’oubli ne se fera qu’à certaines conditions…

Cependant, quelles que soient les souffrances subies et les difficultés il faut toujours positiver ; en effet, les congolais ont à vivre ensemble, ont à reconstruire un pays détruit par l’égoïsme, la bêtise et la folie des Hommes.

Il faut donc pardonner et aimer même les traitres et les bourreaux comme le firent Jésusde Nazareth pendant qu’on le clouait sur le poteau et, par la suite, ceux qui ont véhiculé son message de pardon, de réconciliation et de paix comme Paul de Tarse et, plus près de nous, Mahatma Ghandi, Martin Luther King, Nelson Mandela….

La force du pardon est le véritable antidote à la tristesse provoquée par la rancune et la vengeance. La réconciliation et la paix sont-elles possibles dans un pays qui porte autant de blessures ? Comment faire pour préserver réellement l’unité nationale dans un tel environnement et dans ces conditions?

Les Congolais peuvent-ils prendre exemple sur l’Allemagne et la France qui se sont fait des guerres atroces, mais qui ont pourtant trouvé la voie pour se réconcilier et se donner un avenir partagé. Les Congolais peuvent-ils prendre exemple sur le Rwanda et sur l’Afrique du Sud? »

Les questions du public

Le public est varié: des confrères prennent la parole pour apporter leur soutien, louer le courage et s’interroger sur l’avenir du Congo Brazzaville.

La réponse de Ghys est toujours la même. Il leur parle d’amour. «Il faut s’aimer et ainsi se respecter».


Quand un homme d’une cinquante d’années à qui on a gelé les comptes et fermer tous les titres de presse et les entreprises qu’il a créé, l’expression «nouvelle vie» n’est pas heureuse.


Au problème politique s’ajoute les problèmes ethniques, les congolais du nord et du sud ne se réconcilient pas, pire le cycle des vengeances continue. Face à cette dramatique situation qui perdure, Ghys Fortuné ose prendre cet exemple personnel.

Ses parents (sous-entendu des personnes de son ethnie) ont violé une femme et sa fille il y a des années. Pourtant, lorsque l’Etat congolais a gelé ses comptes et que ses meilleurs soutiens ne pouvaient plus rien pour lui, la fillette violée (devenue femme) a pris la décision de payer les frais scolaires des enfants de Ghys Fortuné. Au-delà de la somme, le risque social pris état conséquent (aider un paria politique). Elle a su pardonner. Elle a su mettre en place l’amour qui crée plus qu’un simple pont entre ceux du Nord et ceux du Sud, elle réunit les enfants du Congo.

Cette anecdote, comme beaucoup d‘autres, donne de l’espoir aux personnes venus assister à l’événement.

Démonstratif, Ghys Fortuné continue sur cette ligne lorsque le représentant officiel pour l’Europe du parti politique au pouvoir (qui l’a donc mis en prison) prend la parole. Ils évoquent leur constat respectif et mettent en valeur les points de convergence plutôt que de divergence.

Combattif, Ghys Fortuné peut enfin savourer ce moment qui représente pour lui la transition entre l’horreur qu’il a vécu et cette nouvelle vie qui s’offre à lui. Nouvelle vie? Quand un homme d’une cinquante d’années à qui on a gelé les comptes et fermer tous les titres de presse et les entreprises qu’il a créé, l’expression «nouvelle vie» n’est pas heureuse.

Mais il a de quoi être fier. Et c’est sans l’once du moindre doute qu’il affirme: «Je vous le dis chers amis, un jour je retournerai au Congo!»

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Le «troisième mandat» des présidents, un effet de mode en Afrique ?

L’histoire africaine -à contresens-, ayant trait au «troisième mandat» présidentiel, a des adeptes. Parmi lesquels le président guinéen Alpha Condé. Arrivant à la fin de son deuxième mandat en octobre prochain, selon les termes de la Constitution, il semble vouloir jouer les prolongations. En dépit des protestations du peuple contre lesquelles il oppose une répression sanglante. Avec déjà plus d’une dizaine de morts au compteur.

A y voir les choses avec un œil comique, on a l’impression d’assister aux vicissitudes envoûtantes de la mode vestimentaire: il suffit qu’un rien de nouveau se pratique quelque part, pour que des pans entiers de la société, un peu partout, saisissent le mouvement au vol. Et qu’aussitôt la chose devienne tendance. Il en fut ainsi des coups d’Etat et tout ce qui s’en était suivi, jusqu’aux réalités aujourd’hui de «troisième mandat».

Le troisième mandat présidentiel, à la mode africaine ?  

A propos des coups d’Etat, selon deux politologues américains, Jonathan Powell et Clayton Tyne de l’université Kentucky (Etats-Unis), il y a eu depuis 1960 à ce jour  en Afrique, plus de 400 coup d’Etat (réussis ou non).

Trois «fils à papa» ont été hissés à la magistrature suprême: en RD Congo (Kabila fils), au Togo (Eyadema fils) et au Gabon (Bongo fils). Un quatrième dauphin, Gamal (héritier très contesté du président Moubarak), échouait au seuil des lambris du palais égyptien, quand advinrent les Printemps arabes, en 2010. Pour raviver la tradition, le président ougandais Museveni prépare son fils Muhoozi pour lui succéder. Si cela n’est pas officiel, c’est du moins dans tous les esprits.

En Afrique, tout serait-il donc mauvaise imitation, au niveau de la gouvernance? La rage avec laquelle agit le président guinéen peut fouler aux pieds la Constitution, qui ne lui accorde que l’exercice de deux mandats, ne fait pas dans la nuance.

Elle montre qu’Alpha Condé, comme s’il s’agissait d’un effet de mode, est irrésistiblement attiré par l’exemple de ses paires qui ont tenté et réussi le coup: modifier la Constitution. Citons, dans ce palmarès, le Burundais Nkurunziza, l’Ougandais Museveni, le Rwandais Kagamé et l’Egyptien Fattah al-Sissi.

«Esprit de chefferie»

Qu’un Alpha Condé, cet opposant insubmersible contre les régimes rétrogrades de son pays, puisse en venir à se rabaisser à ce point à la fin de sa carrière, à 81 ans d’âge, est déconcertant pour la jeunesse africaine.

Peut-on imaginer cette figure de la lutte pour la démocratie faire emprisonner et, pire, faire tuer ceux qui manifestent pour le respect des règles démocratiques?

Comment le lustre du pouvoir a-t-il pu diluer la sagesse autant que l’intelligence de ce professeur d’université, blanchi sous le harnais de l’opposition, s’étonne-t-on?

L’étonnement s’arrête, net, quand on se souvient que des velléités allant dans le même sens ont affleuré, un moment, la pensée du président malien, Ibrahim Boubakar Keita.

Et, surtout, lorsque on se rend compte que le président Sénégalais, Macky Sall, ne s’en cache même pas. Pour preuve, il vient de limoger un haut fonctionnaire, Sory Kaba, qui a eu l’outrecuidance de déclarer à haute voix que «la Constitution du Sénégal interdit un troisième mandat». Que dire de la Côte d’Ivoire où le président Ouattara évite avec tact ce sujet?

En dernière minute, ce mardi 3 décembre, à Dakar, un coin du voile a été levé, à ce propos. Au cours du «Débat africain», organisé par Alain Foka de RFI, qui planchait sur le thème «L’Afrique est-elle trop endettée ?», les présidents Ouattara et Sall ont botté en touche, en ce qui concerne la question se rapportant au «troisième mandat». Des réponses vagues !

Comme quoi l’Afrique «soumise à l’esprit de chefferie», selon l’expression du penseur camerounais Achille Mbembe, est encore loin de la démocratie classique.​

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RD Congo: Kabila est-il le dindon de la farce ?

Dans l’un de nos nombreux articles consacrés au capharnaüm politique qu’est la RD Congo, nous le disions clairement: «Entre Kabila et Tshisekedi, il y a un dindon de la farce». Cette expression métaphorique, dotée d’une pointe d’humour, signifie «se faire duper, se faire rouler…». Elle prend corps avec force, surtout, dans le cas de l’accord passé entre deux personnes.

Il s’agit ici en l’espèce du «deal» conclu entre Kabila et Tshisekedi.

Ce jour-là, après certainement des longs entretiens pour évaluer les avantages de l’un et de l’autre, les deux interlocuteurs ont conclu leur accord (verbal ou écrit, peu importe) sur le partage du pouvoir.

Voici, grosso-modo, les termes de l’accord: Tshisekedi, président de la République, devant marcher uniquement sur les tapis rouges à l’extérieur, et Kabila, vrai maître des horloges, devant rester caché…

Malheureusement, il ne l’a fait que sous un voile très transparent. Il ne pouvait en être autrement pour ce dernier dont le pouvoir est l’unique raison de la vie. Qu’est-ce qui s’était réellement passé au moment précis du paraphe? Kabila se disait certainement: «Je l’ai eu, ce nigaud. Je les avais tous eus pour le poste de Premier ministre». Pour sa part, Tshisekedi se frottait les mains en se disant: «Je l’ai eu, ce petit ‘Rwandais’. En tant que Président de la République, je finirai par l’étouffer».

C’est le scénario classique dans un marché de dupes. Chacun croyant avoir trompé l’autre, alors qu’en fin de compte, il y a toujours entre les deux un «dindon de la farce».

Il y a en cela la logique qui veut qu’il y ait un perdant et un gagnant. On ne peut gagner à la fois tous les deux, tout comme on ne peut perdre à la fois tous les deux. Même en foot, il n’y a pas véritablement de match nul. Il y a toujours un gagnant, ne serait-ce qu’en termes du nombre de corners réalisés ou à travers le temps de la possession du ballon…

«Nous allons fouiner…»

Fabien Kusuanika de Télé Tshangu, émettant à partir de Belgique, n’a eu de cesse de proclamer que «le temps est le meilleur allié de la vérité». Il en a fait son credo. Nous voici arrivés au moment que tout le monde attendait de pied ferme, parce que tout le monde savait qu’il en serait ainsi. Parce que tout le monde, du moins toux ceux qui avaient fait un effort pour épouser l’impartialité (neuf dixième du peuple congolais), savait que le deal Kabila-Tshisekedi devait connaître une fin météorique.

Au fond, on attendait que la vérité éclate. Celle-ci a été brutalement jetée sur la place publique. Plus besoin de chercher le bout de papier sur lequel on trouverait les paraphes des deux signataires.

Car, un camp a dit, publiquement: «Nous allons fouiner… (sous-entendu, dans les crimes de sang et économiques que vous avez commis pendant vingt-deux ans de règne dictatorial)».

L’autre a rétorqué, publiquement: «Nous allons fouiner à la CENI et à la Cour Constitutionnelle… (sous-entendu, vous n’avez pas gagné les élections, nous vous avons plutôt ‘nommé’ au poste de Président de la République)».

Les choses ne pouvaient pas être plus claires. La Cour Constitutionnelle devrait normalement se saisir de cette affaire, qui a tous les accents d’une haute trahison.

Mais, en attendant, qui de Kabila et de Tshisekedi dans ce jeu de cache-cache est le dindon de la farce ?

«A malin, malin et demi», Tshisekedi l’a été, en ayant réussi à briser le rêve de Kabila, qui croyait dur comme fer que la formule russe «Poutine-Medvedev» passerait au Congo comme une lettre à la poste.

Le «raïs» Kabila a été joliment roulé dans la farine. Dans ce cas précis, c’est lui le dindon de la farce. Avec un bonnet d’âne. En plus.

Une retraite dorée

Et après ? Certes, ce n‘est pas encore la fin de l’histoire. Mais c’est déjà un bon début, qui permettra de trouver une issue à l’imbroglio qui affecte gravement la sphère politique congolaise.

Il n’y a pas trente-six solutions pour cela: Kabila doit accepter de «libérer» le pays, en prenant sa retraite par ailleurs dorée. Puis, que la classe politique procèdera à une mise à plat, dont l’objectif sera de retourner aux urnes après une période de transition acceptée plus ou moins par tous.

Une transition qui implique des réformes pour des élections dignes de la démocratie. Avec une personnalité idoine à sa tête, sans étiquette politique. Qu’on se souvienne d’Emile Zola qui disait: «Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil»

A Kabila et à Tshisekedi de s’y appliquer pour le bonheur du peuple congolais, ce souffre-douleur depuis des décennies.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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RD Congo – Le parti Lamuka rêve d’une majorité parlementaire et présidentielle

La coalition Lamuka espère « obtenir une majorité parlementaire après les élections anticipées » pour organiser des élections dans les dix-huit mois conformément aux propositions de sortie de crise formulées par Martin Fayulu, un de ses leaders.
Pour y arriver, « nous devons rester unis » estime sur Top Congo FM, Steve Kivuata, cadre de cette plate-forme ayant porté la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle de décembre 2018 dont il revendique toujours la victoire.
 
Peu avant le dit scrutin, Martin Fayulu avait été désigné « candidat commun de l’opposition ». Une année après cette désignation, son parti, l’ECIDE et Nouvel élan, celui d’Adolphe Muzito, ont organisé une matinée politique à Kinshasa. Le mot fort c’est l’unité : l’unité des leaders entre eux et l’unité de tout un peuple envers Lamuka qui est « son instrument de démocratie », précise Steve Kivuata.
 
En attendant « la remise et reprise entre le coordinnateur sortant Jean-Pierre Bemba et l’entrant Adolphe Muzito », Steve Kivuata indique que ce dernier a déjà « lancé des perspectives axées sur l’unité… » 
 

Quatre leaders politiques en poistion de force

Malgré le retrait de Freddy Matungulu et Mbussa Nyamwisi du présidium de Lamuka, « Moise Katumbi, Jean Pierre Bemba, Adolphe Muzito et Martin Fayulu sont restés constants. C’est l’essentiel », explique Steve Kivuata.
 
« Nous devons continuer notre combat. Nous devons asseoir une vraie démocratie dans notre pays », assure-t-il.
 
Pour l’opposant, le bilan de Lamuka démontre que « le peuple est resté également constant. Il a soutenu les leaders dès le départ. Aujourd’hui, Lamuka est devenu un état d’esprit et un instrument de combat pour la réhabilitation de la démocratie et la paix dans notre pays ».
 
La célébration de « l’an 1 » de la désignation de Martin Fayulu comme « candidat commun de l’Opposition était aussi une occasion de faire un rappel historique. D’où nous venons et où nous sommes aujourd’hui ». 
 
Célébré au siège de l’ECIDE de Martin Fayulu à Kinshasa, cet événement n’a pas connu la participation de tous les leaders des partis membres de Lamuka. Une absence également observée du côté de la presse Kinoise et internationale suites à plusieurs bavures policières à l’encontre des chevaliers de la Plumes en confisquant leurs matériels arbitrairement souvent lors de manifestations de l’opposition organisée par Lamuka.

RD Congo – RSF: « Aucun journaliste ne devrait être en prison pour diffamation… »

Reporter sans frontières (RSF) se joint à l’organisation Journaliste en danger (JED) pour demander la remise en liberté immédiate des journalistes congolais détenus depuis le début de la semaine alors qu’ils étaient poursuivis pour des faits de diffamation. Ce type de détentions préventives abusives justifie l’urgence de changer la loi répressive sur la liberté de la presse toujours en vigueur en République démocratique du Congo.
Cela fait déjà six jours qu’Achiko NGAYA, directeur des Nouvelles du soir, est incarcéré avec quatre autres journalistes de la place à Kinshasa .
 
Les journalistes ont été arrêtés lundi 31 octobre à son domicile et les quatre autres sur leurs lieux de travail selon le JED qui a pu s’entretenir avec l’un des avocats des journalistes. Le directeur de publication a été interrogé à propos d’un article intitulé « Ecobank, sur les traces de la Biac » dans lequel figurent des témoignages de clients sur les dysfonctionnements de la banque.
 
« Placer ce journaliste en garde à vue puis en détention préventive revient à le considérer comme présumé coupable alors même qu’il ne devrait pas revenir à la police de statuer sur le fond de l’affaire en matière de délits de presse », estime Arnaud FROGER, responsable du bureau Afrique de RSF.
 
« Aucun journaliste ne devrait être en prison pour diffamation. Cette mesure privative de liberté est complètement disproportionnée et envoie une très mauvaise image du pays à libérer ce journaliste sans délai et à lancer au plus vite la réforme de la loi sur la liberté de la presse qui, en l’état actuel, protège ceux qui attaquent les journalistes ».
 
Lors d’une mission conjointe qui s’est déroulé du 14 au 18 octobre à Kinshasa, RSF et le JED ont plaidé pour la mise en œuvre urgente de deux chantiers prioritaires susceptibles d’améliorer rapidement et concrètement la liberté de la presse en RDC.
 
Les deux organisations ont présenté au ministre de la Communication et des médias et à son homologue des Droits humains des recommandations pour réformer la loi de 1996 sur la liberté de la presse qui prévoit entre autres:
  • des peines capitales privatives de liberté pour des délits de presse mineurs
  • la peine de mort pour des articles qui relèveraient de la « trahison »
Le texte ne prend pas en compte l’intérêt public d’un article, la véracité des faits ou la bonne foi du journaliste lorsqu’il est amené à se défendre dans le cadre de poursuites en diffamation.
 
Huit députés et sénateurs rencontrés à Kinshasa ont également accepté de faire partie d’un « groupe de parlementaires amis de la liberté de la presse » constitué par JED et RSF pour défendre l’urgence d’une réforme du cadre légal répressif qui régit actuellement l’exercice du journalisme en RDC.
 
En Afrique subsaharienne, la RDC est le pays dans lequel RSF a enregistré le plus d’exactions contre les journalistes et les médias. RSF et JED ont également demandé aux autorités de mettre en place un réseau de points focaux dans les différentes administrations et ministères concernés par la liberté de la presse, première étape d’un mécanisme visant à assurer une réponse rapide et un suivi des plus hautes autorités afin de renforcer la protection des journalistes et lutter contre l’impunité.
 
Rappelons que la RDC occupe actuellement la 154e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de presse établi par RSF.

Encore un journaliste tué: est-ce lié à son enquête sur le virus Ebola ?

4 novembre 2019 : Papy Mahamba Mumbere a-t-il payé le prix de son engagement dans lutte contre Ebola?

Le journaliste venait d’animer une émission sur la riposte contre l’épidémie qui a déjà fait plusieurs milliers de morts dans l’est de la RDC lorsqu’il a été tué samedi soir vers 20h à son domicile à Mambasa, dans la province de l’Ituri.

Selon les informations recueillies par Journaliste en danger (JED), le journaliste et animateur de la Radio communautaire de Lwemba a été attaqué par un groupe d’hommes muni de couteaux et de machettes, sous les yeux de sa femme, elle même grièvement blessée.

Leur maison a ensuite été incendiée par les assaillants.

RD Congo: l’insupportable impunité

En République Démocratique du Congo, la réforme de la justice n’est qu’un simple refrain dont ses résultats n’ont jamais produit d’effets. Dans la plupart de temps, le gouvernement cherche à traduire les présumés coupables cités dans certains « dossiers louches » devant le tribunal, mais il n’y arrive toujours pas.

Plusieurs dossiers demeurent pendants: le Crash de l’Antonov 72 affrété par la présidence de la République, l’incendie du dépôt de la Céni, la disparition de 15 millionzs de dollars USD, les meurtres à Yumbi dans la ville province de Bandundu, la corruption des sénateurs, les arrestations arbitraires des journalistes et l’auto-censure des médias… puis tant d’autres crimes. « Quid de ces enquêtes ? », s’interroge l’opinion.

Face à un amas de dossiers qui ne fait que s’accumuler jour après jour, l’opinion remet en cause les efforts qu’engagent le gouvernement dans la réforme de la justice, en appliquant la rigueur à tout le monde. Dans les faits, le scepticisme commence à gagner du terrain et on regarde autrement l’État de droit.

Systématiquement, le gouvernement se prononce sur un dossier « flou » visant à sanctionner les coupables. Cette sanction se résume à un bout de papier. L’impact des sanctions sur le terrain est bel et bien étouffé comme il est de coutume en République démocratique du Congo.


La police, censée garantir la sécurité des personnes et de leurs biens, tue dans l’indifférence la plus totale du gouvernement, raconte le journal L’Opinion.


Face à ces dossiers qui demeurent encore « louches », l’opinion tant nationale qu’internationale souhaite voir l’actuel président à l’œuvre. L’État de droit n’est pas qu’un slogan politique ou de communication.

Ainsi donc, l’opinion ne jure que sur les résultats de ces enquêtes. Quant à l’actualité, la série continue à Kinshasa avec des agents en armes à la gachette facile.

La semaine dernière mercredi 30 octobre, un policier a tué par balle l’administrateur général de l’hôpital Vijana, situé l’avenue Bukama, dans la commune de Lingwala à Kinshasa. Auparavant, un agent de l’ordre avait ouvert le feu à Ngaba sur un conducteur de moto, communément appelée « Wewa ». La police, censée garantir la sécurité des personnes et de leurs biens, tue dans l’indifférence la plus totale du gouvernement, raconte le journal. En lieu et place d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, les agents de l’ordre ont imaginé une autre manière de rétablir l’ordre: tuer sans sommation.

https://twitter.com/PeupleGagne/status/1189577224246190081?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1189577224246190081&ref_url=https%3A%2F%2Fobservers.france24.com%2Ffr%2F20191031-rd-congo-kinshasa-policier-tue-medecin-centre-sante-vijana

Étant informée de ces dramatiques événements, cette fois-ci, la justice congolaise va-t-elle agir sévèrement, s’interroge-t- on. Car, tout cela s’est passé en flagrant délit. Il revient au gouvernement à travers sa justice, de montrer qu’il est sur la bonne voie, en traduisant les coupables devant un tribunal, du fait que cette question fâche.

Oui, les présumés responsables de différentes tragédies doivent répondre de leurs actes. Au nom de l’État de droit que prône le président de la République Félix Tshisekedi.

Donc, si les antivaleurs ne font que s’accumuler, cela ne servira à rien d’évoquer l’instauration d’un État de droit, car ce dernier a besoin de bons principes. Sinon, c’est de l’utopie !

RD Congo: le grand désordre politique !

Le mois d’octobre vient de se terminer, marqué par un grand désordre politique. Charriant plusieurs affaires dont quelques-unes revêtent un caractère obscur, au point de désorienter nombre d’observateurs. Problème: elles donnent, globalement, l’impression d’être épars, sans liens apparents les unes avec les autres. Alors qu’à l’analyse, elles semblent être plus ou moins liées.

Le 10 du mois, un avion Tupolev 72 assurant le transport de la logistique présidentielle est tombé, conduisant à une série d’hypothèses: accident, sabotage au sol ou destruction, en l’air, par une arme quelconque destinée à ce genre de mission ? En attendant le résultant d’une enquête initiée à ce propos, le mystère demeure entier.


Ils ont vu dans cet événement la main scélérate de Kabila.


Le lendemain, les militants de l’UDPS, parti du président Tshisekedi, ont violemment manifesté, allant, encore une fois, jusqu’à réclamer la fin de la coalition entre le FCC et le CASH, plates-formes de Kabila et de Tshisekedi. Ils ont vu dans cet événement la main scélérate de Kabila.

Si la thèse de sabotage ou de destruction de l’appareil se confirmait ou non, cette sortie de la base de l’UDPS ne serait-elle pas de nature à placer Tshisekedi au pied du mur, à travers sa propre logique ? Celle-ci, pour justifier son renoncement à l’accord de Genève, au sein de LAMUKA, consistait à évoquer les «exigences de sa base».

Or, aujourd’hui, c’est cette même base qui a lui demandé de rompre le deal avec Kabila. Que va-t-il faire le président de la République, ainsi mis à l’épreuve de sa propre logique ? Attention ! Les censeurs sont à l’affût…

Un effet « concentré »

Trois jours après cette affaire d’avion «tombé», le 13 du mois, survient la question de document «fuité». Il s’agit d’un document militaire, top secret, provenant de l’état-major général de l’armée congolaise. Celui-ci porte sur une organisation d’un «état-major intégré» des armées congolaise, rwandaise, burundaise… et même tanzanienne. Le but de cette opération: en finir une fois pour toutes avec les groupes armés qui se sont incrustés à l’est de la République Démocratique du Congo.

D’aucuns pensent que ce document aurait été jeté en pâture à la place publique pour nuire à Tshisekedi. Pour la bonne et simple raison que le chef de l’Etat s’est autorisé cette initiative sans avoir eu l’aval du Parlement. Ils rappellent l’épisode de la rupture brutale entre Kabila et Kamerhe, du temps où ce dernier dirigeait l’Assemblée nationale (2006-2009). Après avoir protesté véhémentement contre l’entrée des troupes rwandaise au pays, sans l’avis de l’Assemblée, ce dernier s’en était allé. En prenant  congé et de l’Institution, et de Kabila, son mentor politique.

Il est difficile d’établir un lien plausible entre les deux faits (avion tombé et document fuité!). Ils sont séparés, selon toute vraisemblance, par mille lieues. Mais certains observateurs, à cause de leur proximité, y décèlent une corrélation dite de «par cause commune». C’est la deuxième version de la corrélation dite «de cause à effet».


L’annonce du retour de Kabila sur la scène politique … comme s’il s’y était éloigné !


Explication. Si, l’avion a été saboté ou détruit en l’air, par une arme tirée du sol, et si le document militaire secret, parvenu entre les mains du public, sont l’œuvre d’une même et unique source, l’hypothèse de «par cause commune» sera vérifiée. Dans ce cas, l’auteur aura  visiblement cherché un effet «concentré», qui puisse mobiliser au maximum l’attention de l’opinion. A la manière des actions terroristes. Faites l’addition du Tupolev abîmé et du document fuité, en l’espace de trois jours, il y a là, en image, l’effet d’une bombe.

N’y a-t-il pas derrière ce dernier événement (document fuité), quelque intelligence malveillante qui aurait cherché à discréditer Tshisekedi auprès du peuple, pour qui les armées rwandaise et ougandaise sont plus qu’exécrables ?

Qui a tiré sur l’avion présidentiel ? Un argumentaire creux

Ce n’est pas tout. Du samedi 19 au mercredi 30, soit en l’espace de 12 jours, on a assisté à plusieurs autres actes ; quatre, pour être précis. L’un d’eux est celui qui domine sur le reste ou, autrement dit, constitue le pivot autour duquel tout s’articule: l’annonce du retour de Kabila sur la scène politique … comme s’il s’y était éloigné !

Entre le 19 et le 30 donc, le théâtre a pour acteurs:  samedi 19, affaire liée aux accusations paranoïaques de Banyamulenges (Congolais d’origine rwandaise), avec pour fond le territoire de Minemwbe, situé dans la province du Sud-Kivu.

La question perdure, au sujet de cet espace géographique congolais, en but à l’irrédentisme du Rwanda, via les Banyamulenges.

Depuis, il y a accrochages dramatiques entre les autochtones et les arrivants rwandais ; lundi 21 à Kinshasa, sortie médiatique d’Alain Atundu, porte-parole du FCC, pour dire «tout le bien» qu’il pensait de la coalition Kabila-Tshisekedi. Stupide !


A quoi et envers qui Katumbi faisait cette allusion ? Enigme !


Au fond, c’était pour préparer l’annonce du come-back de Kabila ; enfin, mercredi 23, l’ancien président sort du bois : ses affidés, à Lubumbashi, au cours de ce qu’ils ont appelé «matinée politique», ont déroulé un argumentaire creux sur ce retour que le peuple, d’ores et déjà, a ostensiblement rejeté.

En réalité, tous ces faits ne sont pas loin de l’hypothèse liée à la théorie de «par cause commune». Ils seraient tous liés, depuis l’affaire du Tupolev 72 : avec pour but de marquer les esprits et d’en tirer des dividendes sur l’émotion. Raté. Car, pour les Congolais, l’annonce de Lubumbashi est passée comme un non-événement.

Quant au tacle de l’opposant Katumbi, samedi 26, à Goma, devant la foule: «Je ne vous décevrai pas, je ne serai jamais un ‘traitre’», il y a lieu de se poser des questions.

A quoi et envers qui Katumbi faisait cette allusion ? Enigme !

Et, enfin, l’élection  de Jaynet Kabila, sœur jumelle du «raïs» congolais, à la tête de la stratégique Commission Défense et Sécurité. C’est la fin d’une démarche qui entre dans la résonance du projet conduisant à la pérennité du système kabiliste.

Défauts de la cuirasse

On en est ainsi à la clôture de cette «séquence», car les mois à venir seront, sans doute, beaucoup plus riches en péripéties. En fait, Kabila va tenter de confirmer sa présence sur l’échiquier politique, dans le sens de l’accaparation du pouvoir en 2023 (si jamais on y arrive). Mais aussi dans le but de démontrer que Tshisekedi n’est qu’une marionnette écartelée entre sa traitrise et l’espoir, en vain, de conquérir l’estime du peuple.

Car, entre les deux alliés, la guerre a déserté la  basse intensité ; elle s’approche de plus en plus de celle de tranchées. 

De fait, en dehors de la décision de la gratuité scolaire et de l’application de celle-ci, qui se poursuit cahin-caha, Tshisekedi semble «dispersé». Il s’illustre plus par des déclarations à l’emporte-pièce, sans lendemain, comme le «déboulonnage de la dictature» ou «la sortie des vingt millions de Congolais de la pauvreté en cinq ans» que par des initiatives propres à arracher l’impérium des mains de Kabila. On ne dirige pas un pays à coups de promesses démagogiques.

Dans ce cas, quel est le sort réservé à l’échéance électorale projetée en 2023, sinon un vrai bluff que lance Kabila ? On n’y arrivera pas. A moins que Tshisekedi répare les défauts de sa cuirasse ou que le peuple ouvre les yeux, à l’instar des Libanais, Irakiens ou Chiliens… et marche pour la conquête de sa souveraineté.

En en attendant, le fin mot de l’histoire de la RD Congo post-Kabila appartient à la cour du roi Pétaud.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France