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EGYPTE – Episode 4 – La peur et la dépression contaminent la société égyptienne

EGYPTE – Episode 4 – La peur et la dépression accompagne la société égyptienne


«Je ne peux pas dormir, je ne peux plus penser, je me sens détruite» m’écrit la mère d’Hossam tard dans la nuit.


La famille d’Hossam attend. Que se passe-t-il pour lui ? Le manque d’information dévore de l’intérieur. Certains jours, sa mère est pleine d’espoir. Quelques temps plus tard, elle désespère. Ce rythme s’impose au quotidien. 

Durant les premières semaines de détention, j’ai observé la lente détérioration psychologique de la mère d’Hossam. Une souffrance profonde qui l’accompagne. Elle a beau imaginer où est son fils, ce qu’il fait, avec qui il est… Son seul désir, c’est sa sécurité malgré les rumeurs de torture en prison, et l’espoir d’un retour à la maison.

Ce n’est pas que dans sa tête que la mère d’Hossam perd pied face à l’emprisonnement de son fils : Un jour, la famille se préparait à visiter le fils en prison ; Le lendemain, la visite est reportée. Incertitude, frustration, impuissance ont infesté la maison d’Hossam pendant son absence. Le moral est atteint. 

L’impact de la répression sur les égyptiens

Derrière chaque citoyen égyptien détenu (sans motif et le plus souvent torturé), il y a toujours une famille, des amis, des collègues… Ces personnes ne sont pas seulement affectées psychologiquement par l’absence de leur proche, elles sont aussi menacées par le gouvernement.

Durant ces derniers mois, le gouvernement a étendu la répression aux proches, y compris les parents de ceux qui sont considérés dangereux pour la sécurité du pays. Nous avons plusieurs exemples. Lors d’une descente de police en janvier 2020, la maison d’un journaliste critique du gouvernement, Mohamed el-Gahry, a été perquisitionné, et finalement son frère a été arrêté.

Son frère n’est ni politisé ni revendicatif. Il est arrêté car c’est le frère de Mohamed el-Gahry. Donc, si Mohamed s’était rendu à la police, son frère serait libre. Project on Middle East Democracy («Projet sur la Démocratie du Moyen Orient») a rapporté après que la directrice du Carnegie Endowment’s Middle East Programme, Michelle Dunne: «C’est l’exemple le plus récent (parmi beaucoup) où les gouvernement égyptien cible des membres de famille des dissidents».

En conséquence, des milliers d’égyptiens sont affectés directement et indirectement par la répression. C’est un processus de détérioration graduelle de la santé mentale d’une société entière car elle atteint psychologiquement les familles égyptiennes. Il y a de quoi être angoissé. 

Le Président d’Egypte Abdel Fattah al-Sissi

Les gens brisés par la répression égyptienne

«Sh’ab Maksour» signifie «les gens brisés». Ce sentiment est partout en Egypte, souffrir de la perte d’un être cher car il est enfermé n’a rien d’exceptionnel. En revanche, les souffrances qui sévissent au sein des familles prennent des formes très différentes.


«Je regarde autour de moi et tout ce dont je me souviens n’est plus là. Amis en prison, amis à l’étranger, amis déprimés chez eux. Je n’ai pas de choix, sinon celui de m’habituer à ce sentiment de manque»


Parmi la jeunesse égyptienne, des gens sont morts durant la révolution. D’autres ont été blessés et n’ont jamais récupéré physiquement ou mentalement, d’autres jeunes sont encore en prison ou ont été forcés de s’enfuir.

Et comme si cela ne suffit aps, les arrestations en masse dès septembre 2019 a enfoncé encore plus de famille dans cette crise étatique et sociale. Pour le peuple égyptien, la dernière décennie est devenue une succession de traumatismes difficiles à oublier.

«Je regarde autour de moi et tout ce dont je me souviens n’est plus là. Amis en prison, amis à l’étranger, amis déprimés chez eux. Je n’ai pas de choix, sinon celui de m’habituer à ce sentiment de manque» s’exprime un ex-activiste en regardant tristement les autres tables d’un café bondé au centre-ville du Caire.

J’ai observé en silence ce scénario se répandre autour de moi.

Des gens sont assis seuls en sirotant leur thé et café turque. Quelques hommes âgés fument la shisha et jouent au traditionnel tawla. Des groupes d’amis partagent un repas en plaisantant. Malgré ces scènes normales de la vie quotidienne, je pouvais percevoir les dures épreuves de la société égyptienne contemporaine avec ses effets durables sur le bien-être des gens. Or, les données officielles ne font que confirmer cette triste atmosphère.

Des études récentes montrent les problèmes psychologiques en forte augmentation ces dernières années. En aout 2019, le Centre National d’Etudes Sociales et Criminologiques a enregistré qu’au moins 25% des égyptiens souffre de problèmes psychologiques.

Le taux de suicides est aussi alarmant. Environ 150 jeunes égyptiens entre 25 et 30 ans se sont suicidés pendant les premier huit mois du 2019, selon la Coordination Egyptienne des Droits et Libertés (« Egyptian Coordination for Rights and Freedoms »). Lorsqu’en décembre 2019 l’étudiant Nader Mohammed, âgé de 20 ans, se jette d’un bâtiment de 187 mètres au Caire, les vidéos qui capturent son suicide sont devenues virales sur internet. Malgré le chox des images, les égyptiens n’ont aps été surpris.

«Il y a de nombreuses sources de pression sur les jeunes égyptiens, y compris les études, la famille, les attentes sociales et les problèmes économiques… La dictature actuelle nous empêche de supporter la vie en Egypte» me confie un ami en lisant les journaux.

Nader Mohamed, 20, threw himself from the top of Cairo Tower

Sensibiliser la population égyptienne

Dans ce contexte, aborder le problème de la santé mentale n’est pas une tache simple. Si d’un côté le stigma social associé avec les problèmes psychologiques empêchent beaucoup de gens d’exprimer leurs difficultés, de l’autre nous trouvons très peu de services disponibles.

Comme les institutions gouvernementales sont insuffisantes, les organisations citoyennes ont essayé de combler la fosse, mais pas sans enjeux.

Le Centre de Gestion – Réhabilitation des victimes de violence El Nadim a aidé des milliers d’égyptiens en fournissant des thérapies psychologiques et physiques. Le Centre a gagné le Prix Amnesty International Droits de l’Homme en 2018 et il continue courageusement ses activités malgré les nombreux obstacles qu’il rencontre, y compris sa fermeture administrative par la police en février 2018.

@picture-alliance/dpa/Polaris Images/Amnesty/D.smile

Il y a d’autres initiatives créatives qui contribuent à sensibiliser les égyptiens sur les questions de santé mentale. Dans les années qui ont suivi la révolution du 2011, le journal indépendant en ligne Mada Masr a lancé une section spéciale dédiée à la santé mentale en Egypte. La série d’articles publiée était une tentative de briser un tabou traditionnel dans la société égyptienne en créant une plateforme d’échange sécure et libre.

Les égyptiens unis dans la peur et dans la dépression

Peur et dépression se propagent dans l’esprit des gens. Elles sont accompagnées par des sentiments de vulnérabilité, d’insécurité et même de culpabilité : pour n’importe quoi tu peux être placé sans raison en détention. Cela affecte durement le bien-être général de la société égyptienne et de sa jeunesse révolutionnaire en particulier. L’esprit des grands espoirs et de l’attente ambitieuse et ouvertement démocratique du printemps arabe qui dominaient les rues d’Egypte en 2011 a été remplacé par la frustration, voir de l’indifférence.

Avec toutes ces émotions difficiles à partager et la répression aveugle qui pèsent sur les épaules des égyptiens, les expressions artistiques qui mentionnent les problèmes psychologiques sont appréciées avec enthousiasme par la population.

Cette nouvelle scène artistique est révélatrice de l’explosion d’énergie des gens qui chantaient les paroles de «Cherofobia» lors du dernier concert de la rock band égyptienne Massar Egbari. Des paroles simples et pénétrantes qui touchent le cœur des égyptiens, laissant sortir l’accumulation de sentiments négatifs tenus à l’intérieure trop longtemps.

I’m apologizing to you for my silence, when you want to talk

I’m apologizing for my existence, and apologizing for my absence

And that i tend to isolate, and row material for depression

And that i have Cherophobia, and severe lack of interest


Je m’excuse avec toi pour mon silence, quand tu veux parler

Et que moi j’ai Cherophobia, et une sévère manque d’intérêt

Je m’excuse pour mon existence, et je m’excuse pour mon absence

Et que je tends à m’isoler, et matière première pour la dépression


انا بعتذرلك عن سكوتي، وقت ما تحبي الكلام

وان عندي شيروفوبي ونقص حاد في الاهتمام

انا بعتذرلك عن وجودي، وبعتذر ع الغياب

واني مايل لانعزالي، ومادة خام للاكتئاب

« Tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), Art. 3 déclame.

Ce n’est pas le cas actuellement en Egypte où les mesures renforcées de sécurité ont de plus en plus restreint la vie publique, la liberté et la sûreté des citoyens égyptiens dans les années passées.

La réaction du gouvernement à la vague de protestation le 20 septembre 2019 confirme qu’il y a une politique de répression totale sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sisi. Également, les mesures adoptées pour empêcher toute mobilisation populaire à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier 2020, révèlent la normalisation d’un état de peur totale dans le pays.

Un regard plus attentif sur les histoires de vie quotidienne des égyptiens ne peut pas nous laisser indifférents. Plutôt, il signale une oppression préoccupante menant à la détérioration, si non négligence totale, des droits de l’homme sous l’autorité du Directeur Adjoint des politiques dans le cadre du Project sur la Démocratie du Moyen Orient (Project on the Middle East Democracy – POMED) a appelé «le gouvernement le plus répressif dans l’histoire égyptienne moderne».

Parmi les histoires qui peuvent clairement illustrer cette situation, nous choisissons de présenter dans une série d’épisodes l’exemple d’Hossam, qui préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Ses vicissitudes depuis septembre 2019 stimulent plusieurs réflexions sur la situation actuelle dans un pays qui donne la priorité à la sécurité nationale mais où les citoyens arrivent difficilement à se sentir en sûreté.

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Chronicles from Egypt 3/4 – Searching for Justice

“Everyone has the right to life, liberty and security of person” the Universal Declaration of Human Rights (1948), Art. 3 recites.

This appears not to be the case in today’s Egypt, where reinforced security measures have increasingly been constricting Egyptian citizens’ life, liberty and security in the last years.

The government’s reaction to the wave of protests on September 20th, 2019 does not but confirm the presence of a policy of total repression under President Abdel Fattah al-Sisi’s rule.

Equally, the measures adopted to prevent any popular mobilization on the occasion of the anniversary of the Egyptian Revolution on January 25th, 2020 is highly indicative of the imposition of a state of total fear in the country.

A closer look into some everyday life stories of Egyptians cannot leave us indifferent.

Rather, it signals a worrying oppression leading to a deterioration, if not complete neglect, of human rights under what Project on the Middle East Democracy (POMED)’s Deputy Director for Policy, Andrew Miller, has called “the most repressive government in modern Egyptian history”.

Among the several stories that could clearly illustrate this scenario, we chose to present in a series of episodes the example of Hossam, who prefers to remain anonymous for security reasons. His vicissitudes since September 2019 stimulate a number of reflections on the current situation in a country that strongly prioritizes its national security but where citizens can hardly feel secure.

Episode 3 – Searching for justice: lawyers and human rights organizations at work

Let us go back to the tense moments following Hossam’s disappearance.

Suddenly, his family and friends found themselves into an unprecedented situation that required careful consideration. What were the best steps to take? Which were the most suitable people to reach out? Which organizations could help following his case? Who could be trusted?

With all these questions in mind and no time to waste, Hossam’s beloved ones quickly mobilized in his desperate search.

In reason of the distressing events of those days, major local human rights organizations were extremely responsive. Their Facebook pages were filled with documents explaining the most recommended procedures. Similar information were circulating through WhatsApp accompanied with phone numbers of trustworthy lawyers. A network of knowledgeable people were mobilizing to offer as much help as possible. Despite the unfavorable context, people falling into the unfortunate possibility of knowing anyone victim of enforced disappearance were not alone.

Few days after going to the local police station, Hossam’s family received the confirmation of what they had suspected from the very beginning. Hossam’s name appeared in the official list of people taken by the National Security near Tahrir Square on Saturday.

From that moment, the regular life of a tranquil family living in the Cairo countryside was turned ups and down. They had no choice but to start reach out lawyers, human rights organizations, local authorities in an attempt to bring Hossam safe back home.

Ahlam Almuetaqala (Dreams of the Detainee) Créateur: Inji Efflatoun Lieu: Egypt

The Egyptian fight against terrorism in court

After Al-Sisi takeover in 2013, fighting terrorism has represented the focal point in the official state discourse, progressively used after 2015 and further reinforced after last September protests. A comparative observation of the most recurrent charges suggests the arbitrary nature of legal justifications for the most recent detentions.

In addition to the accusation of “joining terrorist groups”, the charges of “spreading false news”, “misuse of social media” and “undermining national security” are persistently used. Under these very broad statements, it is evident that anyone could easily fall into the category of people to detain, as it was the case for Hossam.

As reported by Amnesty international in the weeks following the outbreak of protests, “The protesters and those arrested –who all face terrorism-related charges- have an extremely diverse range of age, socio-economic, gender and religious backgrounds, including non-political backgrounds”.

Human rights organizations have been pursuing several paths to review the penal code in order to bring more clarity to the reasons for detention in Egypt.

On December 14th and 15th, the National Council for Human Rights (NCHR) called for “the need to update and activate amendments”, especially with regards to pre-trial detention, but in vain. Rather, during the first months of 2020, the government proposed new legislative amendments to further toughen what human rights groups call the “draconian” 2015 anti-terrorism law. In fact, On February 10th, Egyptian parliament approved amendments to the anti-terrorism law, broadening the definition of terrorist activities and terrorist financing as well as imposing harsher sentences for terrorism-related crimes.

Lawyers and human rights organization at work: a strenuous struggle

In a country where the rule of law seems a mere abstraction, lawyers and human rights organizations could naturally be deluded. Nonetheless, many believers in the need for justice do not give up.

Remarkably, the weeks following the wave of arrests saw a well-orchestrated coordination of lawyers, human rights organizations, journalists, academics and activists denouncing that reality.

Numerous statements bringing light to the alarming application of law in Egypt were released. In October, NCHR called the last wave of arrest of people on the street unconstitutional. As a reaction, security forces mobilized all media outlets to criticize the council and his President, Mohamed Fayek, declaring that “he lacks knowledge of his own country’s laws”.

Although recurring to legal instruments to bring justice has proved to be extremely challenging, several lawyers continued their valorous struggle.

They were incessantly monitoring the situation, releasing essential information and taking action. Most importantly, they have put themselves at complete disposal of the community in need, sacrificing vital hours of sleep and any kind of personal life. A look into the Twitter and Facebook accounts of major lawyers reveals weeks of uninterrupted work, with posts published every hour, day and night.

Not only has that urgent scenario put a serious strain on lawyers’ psychological health, but it has also implied dangers for their safety.

Generally, an Egyptian lawyer defending sensitive causes can put his or her own life at risk. Remarkably, Ibrahim Metlawy, a lawyer working on the case of Italian PhD student Giulio Regeni murdered in Egypt during his field research, was arrested, detained and tortured in September 2017.

Last September scenario further proved the current criminalization of human rights. Not only detention and torture, but also harassment and threats are recurrently adopted to discourage this activity. Among others, Human right lawyer and executive director of the Arabic Network for Human Rights Information (ANHRI) Gamal Eid was assaulted by a dozen of armed men who he suspected were police officers as reported by BBC on December 30th, 2019.

Gamal Eid posted a picture of himself covered in paint after the alleged attack-BBC

In their report “Human rights behind bars in Egypt”, EuroMed Rights monitors current human right defenders at risk showing the innumerous faces of those who have been targeted. In addition to detention, the Egyptian state frequently recurs to police probation, travel ban, asset freeze.

Lawyers and human rights defenders represent a vital component of the Egyptian community in search for justice. With their knowledge, strenuous work and unstoppable commitment, they have been assisting thousands of people in their journey through detention, while putting themselves at risk.

However, people’s confidence in the power of law to bring justice in cases of arbitrary detention has been challenged to the point of exhaustion. Without doubt, what remains in the mind of victims of injustice is the need of change while continuing “wrestling with the darkness” (نصارع الظلام) as framed by Egyptian revolutionary musician and poet Ali Talibab.

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EGYPTE – Episode 3 – La dictature s’attaque aux familles des prisonniers

C’est l’histoire d’une famille qui se bat pour communiquer avec Alaa Abd El Fattah, militant emprisonné dans les geoles égyptiennes. Seif, sa soeur, a été enlevée par des forces de sécurité en civil devant le bureau du procureur général dans le quartier de Rehab au Caire ce mardi 23 juin 2020. Seif était venue déposer plainte en tant que victime d’un attentat et d’un vol qualifié survenu la veille devant le complexe pénitentiaire de Tora.

Le complexe pénitentiaire de Tora, de sinistre réputation, continue de broyer des citoyens égyptiens. Enfermés pour un rien, l’enfer des prisons égyptiennes est une série proposée par l’Oeil de la MDJ. 

Mardi, Sanaa est arrivée devant le bureau du procureur général vers 14 heures. Des agents de sécurité en civil l’ont arrêtée, elle et son avocat, à la porte de l’immeuble et lui ont demandé sa carte d’identité nationale.


Depuis le 12 mars, tous les prisonniers en Égypte ont vu leur famille et leurs avocats suspendus en raison de restrictions liées aux coronavirus.


Une fois son identité établie, ils ont repoussé son avocat et ont forcé Sanaa à monter dans un microbus banalisé et sont partis, suivis de trois voitures banalisées. Elle est apparue une heure et demie plus tard au parquet, selon son avocat, Khaled Ali. On ne sait toujours pas quelles charges sont retenues.

Sanaa, sa mère Laila Soueif, et sa sœur Mona Seif, s’étaient rendues au bureau du procureur général en compagnie de leurs avocats pour déposer une plainte concernant l’attaque de lundi à l’extérieur de Tora.

Les trois femmes se rendaient à Tora tous les jours depuis plusieurs jours afin de recevoir une lettre d’Alaa que les responsables de la prison avaient promis de leur transmettre.

Depuis le 12 mars, tous les prisonniers en Égypte ont vu leur famille et leurs avocats suspendus en raison de restrictions liées aux coronavirus.

Mais ces dernières semaines, la communication par lettre a été autorisée – mais pas pour Alaa, qui n’a reçu que deux correspondances en trois mois:

  • Une brève note le 18 mai informant sa famille qu’il mettait fin à une grève de la faim qu’il avait lancée après son et d’autres prévenus n’ont pas pu assister aux audiences de renouvellement de la détention.
  • L’autre, un message tout aussi court le 6 juin.

Pendant plusieurs jours avant l’agression, les autorités pénitentiaires ont promi qu’une lettre serait livrée. Chaque jour, Laila Soueif revenait aux portes de la prison et aucune lettre n’apparaissait. Samedi, après avoir été retirée de force de la zone d’attente habituelle, Laila a décidé qu’elle ne rentrerait pas chez elle et dormirait devant les portes de la prison.

Dimanche soir, ses filles Mona et Sanaa l’ont rejoint. Elles ont toutes dormi sur le trottoir à l’extérieur de la prison, puis à l’aube ont été attaqués par un groupe de femmes en civil.

Elles les ont battues avec des bâtons, les ont traînées par les cheveux et ont volées leurs affaires à la vue des agents de sécurité se tenant devant la prison. La famille a ensuite publié en ligne des photos montrant de graves ecchymoses sur le corps de Sanaa. Ils surveillaient de près les signes de commotion cérébrale.

« La seule raison pour laquelle Sanaa est venue avec nous aujourd’hui, c’est que les procureurs voient les ecchymoses sur son corps, comme preuve de l’attaque d’hier », a déclaré Mona.

«Le procureur connaît les menaces et les abus auxquels Alaa et notre famille ont été confrontés… Au lieu de la recevoir en tant que victime de coups et d’agressions perpétrés sous la direction du ministère de l’Intérieur et de la sécurité de l’État, et de documenter ses blessures, le procureur est complice de la remettre aux services responsables des violences dont elle fait l’objet » a déclaré Mona dans un flux en direct environ une heure après l’enlèvement.

«Rappelez-vous, Sanaa a été battue, y compris avec un bâton, traînée par terre, volée et agressée verbalement en plein air, devant les forces de sécurité à la prison de Tora hier. Imaginez le danger dans lequel elle se trouve actuellement », a déclaré Mona.

« Et imaginez le danger qu’Alaa et les autres prisonniers dont nous ne savons rien se trouvent également. Ma mère et moi ne quitterons pas le bureau du procureur avant que Sanaa ne soit amenée ici. »

Alaa Abd El Fattah est l’un des militants et des penseurs politiques les plus connus d’Égypte, bien qu’il ait été emprisonné pendant la grande majorité des années depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah el Sisi.

Il fait partie des milliers d’Égyptiens actuellement en détention provisoire. Il a été arrêté en septembre 2019, dans le cadre de la «vague d’arrestations de septembre » à la suite de petites manifestations provoquées par le dénonciateur, Mohamed Ali.

Données sur le nombre de détenus par la Commission Egyptienne pour les Droits et les Libertés - The Egyptian Commission for Rights and Freedoms © ECRF

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EGYPTE – Episode 2 – Au-delà des privations de liberté

« Tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), Art. 3 déclame.

Ce n’est pas le cas actuellement en Egypte où les mesures renforcées de sécurité ont de plus en plus restreint la vie publique, la liberté et la sûreté des citoyens égyptiens dans les années passées.

La réaction du gouvernement à la vague de protestation le 20 septembre 2019 confirme qu’il y a une politique de répression totale sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sisi. Également, les mesures adoptées pour empêcher toute mobilisation populaire à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier 2020, révèlent la normalisation d’un état de peur totale dans le pays.

Un regard plus attentif sur les histoires de vie quotidienne des égyptiens ne peut pas nous laisser indifférents. Plutôt, il signale une oppression préoccupante menant à la détérioration, si non négligence totale, des droits de l’homme sous l’autorité du Directeur Adjoint des politiques dans le cadre du Project sur la Démocratie du Moyen Orient (Project on the Middle East Democracy – POMED) a appelé «le gouvernement le plus répressif dans l’histoire égyptienne moderne».

Parmi les histoires qui peuvent clairement illustrer cette situation, nous choisissons de présenter dans une série d’épisodes l’exemple d’Hossam, qui préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Ses vicissitudes depuis septembre 2019 stimulent plusieurs réflexions sur la situation actuelle dans un pays qui donne la priorité à la sécurité nationale mais où les citoyens arrivent difficilement à se sentir en sûreté.

Torture systématique et abus dans les prisons égyptiennes

Depuis la présidence d’Abdel Fattah el-Sisi, tout le monde sait que la répression d’activistes, bloggeurs, journalistes et chercheurs a atteint un pic alarmant.

C’est devenu une pratique commune, celle de réduire au silence l’opposition grâce à la disparition forcée, l’assaut et la détention des gens qui défient le discours officiel de l’Etat.

Sauver des détenus égyptiens

Dans son reportage biannuel sur la détention en Egypte, le Detention Watch Project a compté :

  • 932 disparitions forcées
  • 638 détentions arbitraires
  • 320 meurtres équivoques dans la première moitié de l’année 2019

En décembre 2019, l’Institut International de la Presse a comptabilisé 61 journalistes emprisonnés dont 25 arrêtés entre ctobre et décembre.

© CPJ – Statistiques des journalistes attaqués en Egypte depuis 1992

En plus, les protestations de septembre ont provoqué une intensification ultérieure de répression gouvernementale. La campagne lancée sur Twitter en novembre 2019 avec l’hashtag #SaveEgyptianDetainees confirme une augmentation déplorable des détentions arbitraires.

Comme dans le cas d’Hossam, plusieurs personnes ont été enlevées dans la rue, environ 4321 détenus entre le 20 septembre et le 21 octobre 2019, selon la Commission Égyptienne pour les Droits et les Libertés (The Egyptian Commission for Rights and Freedoms – ECFR).

Données sur le nombre de détenus par la Commission Egyptienne pour les Droits et les Libertés - The Egyptian Commission for Rights and Freedoms © ECRF

Pendant celle période, des milliers de citoyens ont fait l’expérience d’une détention.

Après une période exténuante d’attente (peu d’informations et beaucoup d’incertitudes extrêmes), quelques détenus ont été progressivement libérés. Comme une journaliste du Wall Street Journal basée au Caire, Amira el-Fekki, l’a expliqué le 4 décembre 2019: «Pendant que les autorités égyptiennes ont continué à libérer centaines de détenus depuis les événements du 20 septembre, les rétracteurs du gouvernement sont ténus en prison sous des vagues accusations».

La menace de la détention a pris sa forme extrême, menant à une conscience diffusée de la prédominance de «Dhulm», injustice, dans l’actuel Etat égyptien.

La torture systématique dans les prisons égyptiennes. Si «Dhulm» est une pensée récurrente dans la tête de milliers d’égyptiens, le mot «Ta’azib», torture, est également devenu très important dans le vocabulaire égyptien arabe.

En Egypte, la détention ne se limite pas à la privation de la liberté. Depuis les années du Président Gamal Abdel Nasser, les prisons ont été associées avec maltraitements, abuses et, surtout, torture.

Encore, sous la présidence d’Abdel Fattah el-Sisi, les méthodes des forces de sécurité de l’Etat semblent devenir exponentiellement brutales. «C’est juste, mais dépassé. Les prisons aujourd’hui sont beaucoup pire que ça», un activiste égyptien qui vit à l’étranger a exclamé.

Il était à la projection d’un film inspiré par des événements réels sur la torture en Egypte titré «el Hatk» (L’assaut), réalisé par Mohamed el Bahrawi.

El HATK movie screening, Montreal Feb 9

Venez assister à la projection du tout nouveau film égyptien El Hatk au cinéma du Parc de Montréal le dimanche 09 février 2020 à 15h00.Un film indépendant qui raconte les sévères conditions que les égyptiens et le printemps arabe vivent.Le film est produit par Les Films de la Mer et réalisé par M. Mohamed El Bahraoui.Les billets sont disponibles en ligne au coût de 10$ .https://omniwebticketing.com/cinemaduparc/?schdate=2020-02-09&perfix=47644

Publiée par Egyptian Canadian Coalition for Democracy sur Jeudi 23 janvier 2020

Cette perception de l’augmentation de brutalité dans les pratiques adoptées pour silencer l’opposition est confirmée aussi par des études officielles réalisées par des organisations internationales.

En juin 2017, le Comite ONU contre la Torture a affirmé que la situation actuelle mène à «la conclusion incontestable que la torture est une pratique systématique en Egypte».

Les nombreux témoignages des ex prisonniers également envoient un message alarmant. Dans l’article «Thinking with Alaa» apparu dans le journal indépendant en ligne Mada Masr, le célèbre activiste des droits de l’homme Alaa Abdel Fattah a commencé à dénoncer ouvertement les conditions déplorables des prisons depuis sa dernière détention en prison.

Outre la durabilité inévitable de la torture, pendant son emprisonnement on lui a nié tout besoin fondamental y compris l’accès aux matériels de lecture, à la lumière naturelle et à l’eau propre.

Pendant que le gouvernement a récemment tenté de montrer une image positive des prisons égyptiennes en organisant des visites pré-programmées pour des journalistes et des officiers, comme la visite ouverte à la prison de Tora en novembre 2019, une recherche indépendante sur le sujet suggère une réalité complètement différente.

La réaction internationale

Le 14 novembre 2019 Al Monitor reporte que la cofondatrice du mouvement 6 April et journaliste Israa Abdelfattah va commencer une grève de la soif. Elle essayait à ouvrir une enquête officielle sur des plaintes concernant son endurance à la torture en détention provisoire.

Dans un Etat où les appels à une application équitable et transparente de la loi sont vains, les gens ont été laissés sans d’autres moyens sauf des gestes extrêmes pour faire entendre leur cause. C’est donc naturel de se demander quelle est la réaction internationale à un pays qui a manifestement violé les droits fondamentaux de l’homme universellement protégés par des conventions internationales.

En février 2020, six ONG en défense des droits de l’homme ont demandé dans une lettre collective au Conseil Européen «une révision complète des relations de l’Union Européenne avec l’Egypte» en raison de la répression continue des droits de l’homme dans le pays.

Tandis que nombreuses organisations internationales comme Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters without Borders, Committee to Protect Journalists et d’autres dénoncent la réalité alarmante dans l’Egypte actuel, les Etats ont souvent fermé les yeux sur la question.

Même devant des cas importants qui ont reçu une grande couverture médiatique et sont directement reliés avec d’autres pays, les gouvernements ont réagi très peu ou pas du tout.

Le cas le plus récent de l’égyptien Patrick Zaki George, étudiant en Italie arrêté lors de son arrivée à l’Aéroport du Caire le 7 février 2020, a provoqué une indignation générale accompagnée par des affirmations de politiciens comme le président du Parlement Européen David Sassoli.

Cependant, nous ne pouvons pas observer aucune mesure qui effectivement rédiscute les relations diplomatiques et économiques avec l’Egypte. Entre outres, les affaires commerciales entre l’Italie et l’Egypte ont même augmenté.

Le journal panarabe al-Araby al-Jadid a reporté quelques jours après la possibilité d’un accord imminent sur l’armement de 9 billiards d’euros entre le Caire et Rome.

Les cas où les victimes du système répressif égyptien ne sont pas seulement des citoyens égyptiens sont récurrents, de la disparition mystérieuse, torture et meurtre de l’étudiant italien Giulio Regeni en 2016 à la mort en prison de l’américain-égyptien Mustafa Kassem le 13 janvier 2020.

La question est si la communauté internationale aura jamais l’’intention d’entendre activement et pas seulement prétendre d’entendre les voix de milliers de personnes qui souffrent des injustices en Egypte.

Celles voix qui crient fort l’inhumanité des prisons en Egypte, comme exprimé dans la chanson puissante de Ramy Essam «Fe segn bel Alwan» (Prison colorée). «Oh état de gens tristes, honte sur vos idées. Gloire aux prisonniers tant que vous êtes des hypocrites».

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Egypte – Épisode 1 – D’une simple promenade à la détention

« Tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), Art. 3 déclame.

Ce n’est pas le cas actuellement en Egypte où les mesures renforcées de sécurité ont de plus en plus restreint la vie publique, la liberté et la sûreté des citoyens égyptiens dans les années passées.

La réaction du gouvernement à la vague de protestation le 20 septembre 2019 confirme qu’il y a une politique de répression totale sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sisi. Également, les mesures adoptées pour empêcher toute mobilisation populaire à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier 2020, révèlent la normalisation d’un état de peur totale dans le pays.

Un regard plus attentif sur les histoires de vie quotidienne des égyptiens ne peut pas nous laisser indifférents. Plutôt, il signale une oppression préoccupante menant à la détérioration, si non négligence totale, des droits de l’homme sous l’autorité du Directeur Adjoint des politiques dans le cadre du Project sur la Démocratie du Moyen Orient (Project on the Middle East Democracy – POMED) a appelé «le gouvernement le plus répressif dans l’histoire égyptienne moderne».

Parmi les histoires qui peuvent clairement illustrer cette situation, nous choisissons de présenter dans une série d’épisodes l’exemple d’Hossam, qui préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Ses vicissitudes depuis septembre 2019 stimulent plusieurs réflexions sur la situation actuelle dans un pays qui donne la priorité à la sécurité nationale mais où les citoyens arrivent difficilement à se sentir en sûreté.

Episode 1 – D’une simple promenade à la détention

Samedi 21 septembre 2019, Hossam se promène dans la rue près de Tahrir Square. Il arpente l’avenue du 6 octobre pour déposer la nourriture fait-maison que sa mère de 53 ans avait préparée pour un ami étranger résident au Caire.

Juste après ce bref rendez-vous, il devait être de retour chez lui. Sa mère l’attend à la maison… Mais le fils ne rentre pas. Son frère ainé qui vit à l’étranger tente de le contacter, en vain. Il a pourtant deux téléphones, mais les deux sont mystérieusement injoignables !

La majorité des arrestations en Egypte commence de cette manière

Plus tard, la famille découvre qu’il a été kidnappé près de Mohamed Mahmoud Street, un des centres de la révolution de 2011. A cette époque, les murs du quartier étaient encore couverts de graffitis. Depuis, ils ont disparu.

Pour Hossam, c’est le Service de Sécurité Nationale qui l’a brutalement enlevé dans la rue avant de le conduire à la station de police puis en prison.

En quelques heures, Hossam passe du statut d’homme libre se promenant dans la rue à celui de criminel potentiel confiné en détention.

Et pendant ce temps, sa famille n’a aucune information officielle sur les raisons de sa détention.

Le centre du Caire se transforme en État policier

Cet épisode n’est pas étonnant pour quelqu’un qui a vécu au Caire récemment. “Wust el-Balad”, le centre et ses alentours, sont devenus des points sensibles et donc soumis à d’intenses contrôles de sécurité. Policiers en civil, voitures de police et soldats déploient leur force autour des rues, places et ponts principaux, comme si l’Etat était en guerre ou prêt à en mener une.

Dans un tweet daté 27 septembre 2019, le correspondent arabe de la BBC en Egypte et Moyen Orient, Sally Nabil décrit un déploiement sans précédent des forces de sécurité dans la capitale égyptienne et conclut: «Tahir Square parait plutôt une station militaire!».

As I was living in Cairo at the time, I could myself witness a reality where “Egyptians are treated as criminals simply for peacefully expressing their opinions” in Naja Bounaim’s, Amnesty International North Africa Campaign Director, words.

Not only did people get used to be extremely cautious when speaking, but they equally feel vulnerable while simply walking or even staying in their own homes. In addition to “spot checks” of peoples’ phones, looking for content that might deem political, visits of people’s apartments from the “Mabaheth”, State Security Service Investigations, increased in frequency and degree of intrusion.

On a Sunday morning, I opened the door of my apartment in Mounira neighbourhood and I found myself in front of two people with civilian clothes accompanied by the “Bawab”, the doorman. After asking for the contract of the apartment, they did not hesitate to enter the rooms of my two flatmates and I. After a thorough search through our books, laptops and phones accompanied by precise questions on our identity, they proceeded to the nearby apartment.

Quand je vivais au Caire, j’ai vu une société où «les Égyptiens sont traités comme des criminels pour la simple raison qu’ils souhaitent exprimer leurs opinions pacifiquement», pour paraphraser Naja Bounaim, Directrice de la Mission d’Amnesty International en Afrique du Nord.

Les égyptiens sont devenus très prudents en exprimant leur opinion, ils se sentent vulnérables tout le temps, y compris quand ils se promènent ou qu’ils rentrent chez eux.

Outre les contrôles inopinés des téléphones portables pour rechercher des contenus qui peuvent être politiquement sensibles, les inspections du «Mabaheth», le Service d’Investigation pour la Sécurité de l’État, dans les appartements des égyptiens sont augmentés en fréquence et dégrée d’intrusion.

Un dimanche matin, j’ai ouvert la porte de mon appartement dans le quartier Mounira et je me suis retrouvée devant deux personnes en civil accompagnées par le «Bawab», le gardien du bâtiment. Après avoir demandé le contrat de logement, ils n’ont pas hésité à rentrer dans ma chambre ainsi que celles de mes colocataires.

Après une recherche approfondie dans nos livres, ordinateurs et téléphones, accompagnée par des questions précises sur notre identité, ils ont poursuivi dans l’appartement suivant.

Au-delà des mesures urgentes de sécurité: la normalisation de l’intrusion dans la vie privée des gens

C’est à cause d’une série de vidéos d’un ex-contractuel égyptien dans l’Armée que les protestations de septembre ont commencées. Il s’agit de Mohamed Ali qui de l’Espagne dénonçait la corruption du gouvernement. Dès lors, le régime a décidé d’agir en urgence.

Les mesures adoptées sont alors conçues comme une partie de la «bataille contre le terrorisme», priorité du programme d’Al-Sisi depuis sa prise de pouvoir en 2013.

Les mots publiés par le compte officiel d’Al-Sisi sur Twitter le 27 septembre souligne la nécessité de combattre le terrorisme en tant que Nation, une bataille qui, il a déclaré, «n’est pas encore finie».

Tandis qu’on peut considérer cette répression exponentielle comme une réaction temporaire à la vague de protestations du 20 septembre 2019, l’observation du Caire dans la période suivante nous dit quelque chose de diffèrent.

Ces derniers mois, les mesures renforcées susmentionnées pour préserver la stabilité du pays ont été renforcées sans interruption, avec des différences d’intensité qui change de semaine en semaine.

Comme l’activiste égyptienne pour les droits humains Mona Seif l’explique dans un tweet daté 13 octobre 2019: «Chaque semaine un nouvel activiste est kidnappé dans la rue, chez lui ou au travail».

En Janvier 2020, la même atmosphère du septembre passé, caractérisée par un contrôle total sur les mouvements, les mots et la vie des gens, réapparait dans la capitale.

Lors de l’anniversaire de la révolution du 25 janvier – au présent appelée la célébration traditionnelle d’«Aid al Shurta», «La Journée de la Police», dans la rhétorique officielle du gouvernement, le centre de la ville était fermé. Cela ne constitue pas une surprise.

La correspondante au Caire du Wall Street Journal, Amira el-Fekki, à ce jour-là rapporté sur Twitter: «Dans ce qui est en train de devenir un assaut normalisé à la vie privée des égyptiens, la police inspecte les téléphones des gens autour du centre du #Cairo, #Tahir. Certains restaurants ne font pas de consignes dans cette partie de la ville aujourd’hui, pour éviter que leurs livreurs soient harcelés par la police».

Dans l’article, «Your guide to surviving downtown during the revolution anniversary crackdown» (« Votre guide pour survivre dans le centre-ville pendant la répression de l’anniversaire de la révolution »), publié par le journal indépendant en ligne Mada Masr le 21 janvier, les témoignages des gens qui décrivent leurs expériences d’arrestation arbitraire, raid et inspection aléatoire suggèrent un scénario répété de contrôle total auquel tout égyptien peut être sujet.

Entre passé et présent Ces mesures de sécurité ont été appliquées à de nombreuses villes en Egypte. Le scénario du centre du Caire où Hossam a été kidnappé en septembre passé, illustre la politique actuelle du gouvernement de contrôle total sur l’espace publique et privé.

Paradoxalement, ce centre de la capitale égyptienne est historiquement associé au développement intellectuel, l’échange culturel et à la créativité artistique, est devenu le décor d’un état policier.

Les principes de «Aysh, Hurriya, wa Adala Ijtimaiya» – «Pain, Liberté et Justice Sociale», qui circulait dans le même quartier en 2011, a été rapidement substitué par une atmosphère de peur constante, où toute activité, mouvement et mot, est contrôlé.

Une question demeure: quand cette place symbole de la liberté et du peuple renouera-t-elle avec son glorieux passé de symbole de la liberté ?

Pour l’instant, les égyptiens observent en silence les changements de l’environnement et de la société qui animent la région. Un processus de transformation où le concept de «the square», comme formulé dans la révolution égyptienne, est devenu «mémoire»… Ce serait presque le souvenir d’un rêve alors que le présent est cauchemar.

«Une histoire à raconter à travers des narrations», comme le rock band égyptienne Cairokee qui a mis en garde le pouvoir dans sa fameuse chanson révolutionnaire «al Midan», la «Square».


O you the square, where were you long ago? […] sometimes I am afraid that we become just a memory we get away from you then the idea dies and fades away and we go back to forget what happened and you become a story to tell in narrations.


Photo by New York Times in Egypt

 

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Afrique – Les dictateurs Sassou, Condé, Gnassingbé, Biya, Sissi… interpellés par le Coronavirus qui les menace

Après la Chine où la maladie s’est déclenchée, des cas de coronavirus ont été détectés en France, en Italie, au Japon, en Iran, en Irak, en Coré du sud, aux Usa… Des pays avec une surveillance médicale évoluée. L’Afrique, continent le plus vulnérable et le plus perméable, peine encore à prendre des dispositions solides. Pourtant la Chine, épicentre de la maladie, est devenue au cours de cette dernière décennie, le pays le plus prisé des Africains.

La difficulté dans l’obtention de visas pour l’Europe et les Etats-Unis d’une part et des avantages commerciaux vers la Chine d’autre part, ont fait que les Africains choisissent le pays de Mao comme destination de prédilection. Malheureusement c’est dans ce nouveau centre d’affaire mondial que le Coronavirus s’est déclenché, faisant à ce jour environ 2700 morts et plus de 77000 malades, dont la plupart sont mis en quarantaine.

«Il est impensable que le continent africain soit le seul épargné. Il est fort possible que nous ayons des cas sur le continent qui n’ont pas été détectés.»

Premier partenaire commercial du continent, avec des échanges qui ont dépassé les 200 milliards de dollars en 2019 et une augmentation de plus de 600%. des liaisons aériennes entre l’Afrique et la Chine. Il y a six vols directs d’Ethiopian Airlines, quatre vols direct de Royal Air Maroc, trois vols direct Kenya Airways, deux vols direct de Rwandair…

Tous relient la chine à l’Afrique chaque semaine. Tous les jours, des centaines des chinois posent leurs valises sur le continent noir et dans le sens contraire, de nombreux africains continuent à se fréquenter comme si le confinement ne concernait que les occidentaux.

Certes, le sous-sol africain est le plus riche de la planète terre cependant, ses habitants sont les plus désorganisés qui existent avec des structures sanitaires en lambeau. Face donc à cette désorganisation, pauvreté et divers échanges, on est en droit de paraphraser John Nkengue, directeur du centre africain de prévention de la lutte contre les maladies a l’UA qui a déclaré: « Il est impensable que le continent africain soit le seul épargné. Il est fort possible que nous ayons des cas sur le continent qui n’ont pas été détectés ».

Si par le passé, les africains ont bénéficié du concours des occidentaux pour lutter contre le virus Ebola au Libéria, en Sierra Leone, en Guinée Conakry, en République Démocratique du Congo (RDC), il n’est pas sûr aujourd’hui que ses mêmes partenaires préoccupés par leur sécurité par rapport au virus puisse voler à leurs secours.

Les dictateurs, pillards et gouvernants africains ne doivent donc plus tout attendre, des partenaires au développement, des institutions spécialisées des Nations Unies, de l’OMS (Organisation Mondiale de la santé) ou des pays du nord pour prendre des initiatives. La surveillance doit être organisée afin d’épargner les populations en proie à la pauvreté endémique et à des violences de tout genre. La Chine par exemple, a construit plusieurs centres hospitaliers spécialisés contre le virus en un temps record. En France, où 6 cas ont été déclarés, une batterie de mesures est prise et la sensibilisation se fait au quotidien au plus haut sommet de l’Etat afin d’empêcher la propagation de la maladie.

Le glas vient de sonner pour les dictateurs et violeurs des droits, plus préoccupés par leur image, par la tricherie des élections, par le pillage. Il faudrait faire plus que de bomber leur torse et leurs muscles pour combattre efficacement le virus Coronavirus sur le sol africain.

Par ailleurs, en présence des gouvernants irresponsables tels ceux qui ne communiquent pas et bâillonnent les voix discordantes, les populations doivent se prendre en charge elles-mêmes pour ne pas subir les effets pervers du Coronavirus.

Un espoir à confirmer

Testé en Chine dans une dizaine d’hôpitaux selon le Huffinghton Post, la chloroquine pourrait être un traitement efficace contre le Coronavirus. Cette information relayée par le docteur Raoult, spécialiste français des maladies infectieuses, reste à confirmer.

En attendant que l’espoir se confirme, j’appelle les africains à appliquer les méthodes de prévention classiques comme partout dans le monde.

Les médias doivent jouer leur rôle traditionnel d’enquêter et d’informer comme le site zenga-mambu qui traite ce sujet constamment.

Selon nos informations, le mardi 25 février plusieurs ressortissants chinois seraient confinés suite à leur retour de voyage en Chine. D’autres sources affirment que certains chinois au Congo sont aussi concernés. Nous espérons que le gouvernement communiquera précisément sur ce sujet brûlant.

Enfin, bien que débordé, l’OMS dont le siège régional est à Brazzaville, devrait aider le Congo pour une riposte et une prévention efficace contre l’épidémie du Coronavirus. Cette attitude de l’OMS mettra en confiance plusieurs africains qui pensent qu’ils sont abandonnés.

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Corée du Nord & AFP: enquête sur le journalisme sous dictature

En novembre 2016, l’Agence France-Presse (AFP) inaugurait son bureau à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord. Son objectif: couvrir le pays de l’intérieur en capturant tout ce qui lui était possible de voir, via des reporters présents sur place. Trois ans après, la Maison des journalistes est entrée en contact avec Philippe Massonnet, directeur régional Asie-Pacifique, également en charge du bureau de Pyongyang.


Comment fonctionne l’équipe de reporters?

Quel type de contenu informatif produit l’AFP dans le pays «le plus secret au monde»?

Être journaliste étranger et travailler constamment sur le sol nord-coréen, est-ce mission impossible?


Une équipe de l’AFP Asie, constituée d’un reporter texte, d’un reporter vidéo et d’un reporter photo, y travaille depuis 2016.

Faire son travail de journaliste en Corée du Nord

Leur temps sur place est néanmoins limité: ces trois journalistes se rendent en Corée du Nord toutes les six semaines pour une dizaine de jours. Cette restriction est due à une certaine réglementation du régime nord-coréen: «Aucun journaliste étranger n’a le droit d’être en permanence là-bas» nous déclare Philippe Massonnet.

Mais lorsque les reporters de l’AFP Asie ne sont pas sur place, comment la production d’informations est-elle assurée? Une autre équipe, cette fois locale, prend le relai. Parmi une liste «mince» de candidats exclusivement nord-coréens, deux locaux ont été choisis par l’AFP pour endosser les rôles de vidéaste et de photographe.

Formés à Pyongyang, puis à Hongkong pendant une semaine, ces intervenants ont apprivoisé le fonctionnement et le travail éditorial de l’Agence France-Presse. Ils ont également été formés à la technique de prise de vue. Cependant, aucun local n’a été désigné pour réaliser des contenus écrits. Un choix volontaire de la part de l’agence française: «On savait que le travail allait être très restreint».

En réalité, les deux intervenants nord-coréens «n’ont pas un rôle de journaliste à proprement parlé» nous explique Philippe Massonnet, «ils sont plus des assistants de rédaction, des fixeurs (ils assurent le rôle d’intermédiaire entre les autorités, les interlocuteurs nord-coréens, et l’AFP)».

La majeure partie des contenus est d’ailleurs produite par les trois journalistes de l’AFP Asie. Dans ce pays où la censure et l’autocensure règnent d’une main de fer, il semblerait évident que le gouvernement ait un droit de regard, et exerce un contrôle sur leurs productions.

Et pourtant, «aucune de nos réalisations n’a été contrôlée ou censurée a postériori», nous certifie le directeur régional.

L’organisme français dispose d’une totale liberté quant à l’édition de ses reportages. Ces derniers sont édités soit en Corée du Nord, soit à Hong-Kong.

Comme l’illustre ce reportage, la rédaction est libre de ses commentaires et de ses propos. Ici, elle n’hésite pas à souligner les failles entre les statistiques données par le gouvernement, et la réalité du terrain.

Le journaliste aborde également l’épineuse question du manque de nourriture dans le pays. Mais ce «final cut», accordé à l’Agence France-Presse, ne signifie pas pour autant que l’organisme est entièrement libre. L’obtention d’une information est une toute autre affaire…

L’accès à l’information: sésame ouvre toi?

À chaque pays, sa réglementation d’accès à l’information pour les journalistes. La Corée du Nord, elle, a pour coutume d’imposer un contrôle drastique et minutieux des sujets abordés, tant sur le plan informatif que sur le plan visuel et esthétique: dans une ville voisine de Pyongyang, des nord-coréens sont en train de lire le journal dans la rue.

Les journalistes d’Envoyé Spécial filment la séquence. Leur guide entre en scène, et échange quelques mots avec les locaux.

En un claquement de doigt, trois hommes sortent du champ de la caméra: leur tenue vestimentaire n’est pas appropriée pour la situation, et entache l’image du pays. Sans ces trois individus, l’image est, aux yeux du régime nord-coréen, immaculée, irréprochable, et donc diffusable.

Envoyé Spécial Corée du Nord

Capture d’écran Envoyé Spécial : premier plan représentant la scène initiale.

Envoyé Spécial Corée du Nord

Capture d’écran Envoyé Spécial : plan final après modification à la demande du guide

Si la demande d’autorisation pour avoir accès à une information, ou pour effectuer un tournage représente l’étape majeure de la création d’un sujet, elle n’en demeure pas moins l’étape la plus complexe à passer en Corée du Nord.

Les reporters de l’AFP, bien que présents sur place, rencontre les mêmes difficultés que les autres journalistes étrangers: «les autorisations sont les seules choses sur lesquelles l’équipe n’a pas la main» nous affirme le directeur régional. Les journalistes de l’AFP sont, au final, eux aussi restreints, «mais on en était conscient dès la création de ce bureau. Il n’y a aucune surprise» souligne Philippe Massonnet.

Si ce dernier avoue avoir une part de frustration, il n’oublie pas l’objectif initial de l’implantation du bureau à Pyongyang: «Ce qui est important, ce n’est pas d’être restreint, mais d’avoir un accès dans le pays. On se dit qu’on est privilégié, on va au moins conter ce que l’on voit».

Car en effet «très peu de médias occidentaux ont la possibilité de se rendre en Corée du Nord. Jusqu’ici, l’Agence France-Presse est le seul organisme journalistique français à posséder un bureau de correspondance en Corée du Nord. Mais au niveau international, il n’est ni le seul, ni le premier. L’agence de presse japonaise Kyodo s’y est implantée en 2006. Six années plus tard, c’est au tour de l’agence américaine AP (Associated Press) d’installer son bureau en Corée du Nord. Cet accord, passé entre KCNA (l’agence de presse nord-coréen) et l’AFP, revêt un aspect symbolique: «Avoir un bureau sur place, c’est un grand pas» déclare le directeur régional.

Un pas vers une plus grande couverture de l’information ? Très certainement, puisque comme l’affirme Philippe Massonnet «plus on y est, plus des relations se créent, et plus on peut faire de choses».

Depuis trois ans, les journalistes de l’AFP Asie ont «accumulé des documents riches», devenant ainsi des témoins privilégiés d’une partie de l’Histoire nord-coréenne. Mais certains thèmes sont pour autant considérés comme des «sujets tabous», dont il est formellement interdit de parler, ou d’y faire allusion.

Impossible donc pour les journalistes étrangers d’obtenir des informations relatives à ces sujets. Sur ce point, l’AFP ne déroge pas à la règle, et sa présence régulière sur le sol nord-coréen ne lui concède pas de privilège.

«Il y a des pays où l’on sait que l’on ne peut pas insister» nous explique Philippe Massonnet, et d’ajouter: «Il n’y a pas d’intérêt à aborder ces questions-ci, puisqu’elles resteront automatiquement sans réponse». Des questions qui resteraient donc sans réponse, mais qui seraient aussi susceptibles de compromettre tant le travail des journalistes français AFP que celui des intervenants nord-coréens: «Si l’on aborde des questions complexes, ca complique la tâche de tout le monde».

Le mois d’avril pointe le bout de son nez dans les rues de Pyongyang, entraînant avec lui la floraison des premiers abricotiers.

Quelques nord-coréens flânent dans les allées des parcs, quand d’autres, pinceau en main, sont venus peindre le spectacle. En parlant de spectacle, la foule se presse pour admirer tortues et poissons, et se prendre en photo devant les squelettes de divers animaux, lors des inaugurations du zoo et du musée d’histoire naturelle de la capitale.

Le dimanche, au cœur du parc Moran, les corps des nord-coréens se lâchent et s’évadent, se laissant porter par les rythmes des musiques populaires

Ce sont ces instants de vie, ces actes quotidiens que les journalistes AFP Asie et les deux intervenants locaux capturent. Les sujets abordés sont liés à des informations dites «froides»: plus éloignées de l’actualité pure, les thématiques traitées s’apparentent alors à des sujets de type magazine.

Mais cette couverture médiatique s’inscrit «dans la logique de ce que l’on voulait faire depuis le début» nous déclare Philippe Massonnet.

Quand l’AFP a décidé d’installer un bureau de correspondance dans ce pays, son objectif était de «conter la Corée du Nord à travers des histoires quotidiennes».

Outre les lancements de missile, les commémorations des grands événements de Corée du Nord, et les rencontres avec des dirigeants étrangers, les questions d’ordre politique ne sont pas placées sur le devant de la scène médiatique de l’AFP.

Et pour cause, l’organisme n’a pas accès à cette actualité chaude: «Nous ne sommes pas informés des décisions importantes». Quant aux interviews officielles, elles sont «quasi-inexistantes».

Avoir un entretien avec Kim Jong Un ? N’y pensez même pas…

Ces deux vidéos témoignent de la complexité à filmer la politique en Corée du Nord : ici l’AFP choisi de filmer les événements du point de vue des habitants nord-coréens, sans aucune interview d’officiel, aucune image d’homme politique.

Pour autant, cette situation est loin de déstabiliser le directeur régional, qui rappelle l’origine du travail de l’AFP sur place: «Nous ne sommes pas là-bas pour avoir des scoop politiques ou pour parler de la politique, mais bien pour raconter la Corée du Nord».

Malgré sa distance avec le domaine politique, l’équipe de l’AFP Asie a tout de même pu travailler sur des sujets «plus sérieux», comme en mars 2019 où elle a couvert les élections locales des districts.

«La Corée du Nord n’est pas le pays des micros-trottoirs»

Si donner la parole aux citoyens est devenu monnaie courante dans de multiples pays, il est difficile de parler aux nord-coréens, qui eux, ne sont pas habitués à cette pratique. «La Corée du Nord n’est pas le pays des sondages d’opinion ou des micros-trottoirs» nous déclare Philippe Massonnet.

«Il y a un côté à fois déstabilisant et à la fois surprenant pour les nords coréens» lorsqu’ils se font approcher par des journalistes étrangers.

Les interviews étant parfois difficiles à obtenir, cela créé une part de frustration pour l’équipe de reporter: «Quand on n’a pas de citation pour les vidéos, le reportage devient plus compliqué à réaliser» constate le directeur régional.

Mais cette situation donne en réalité une nouvelle approche du métier de journaliste: ce dernier ne se contente plus de récupérer une information et de la diffuser, mais il «effectue un travail de journaliste pur: avec le peu que l’on me raconte, comment vais-je montrer, expliquer la chose. (…) Avec des citations qui sont parfois de la propagande, on arrive à quand même raconter une histoire».

Il y a toutefois des situations, des lieux, où la parole des nord-coréens se délie. Philippe Massonnet se rappelle d’un reportage traitant de la fête des écoles, «les gens parlaient plus facilement, ils étaient plus ouverts».

En somme, les citoyens nord-coréens sont plus à l’aise «à partir du moment où les sujets abordés racontent leur quotidien».

A l’image du documentaire « Pyongyang s’amuse », réalisé par Pierre-Olivier François, et des reportages de l’AFP, la Corée du Nord, et plus précisément ses habitants, ne semble plus représenter l’idéologie d’un pays terne, glacial, enclavé: ces images inédites laissent place à des moments plus intimes, plus réels, parfois même légers. Ces auteurs apportent un nouveau regard, celui d’un pays coloré et modernisé.

Mais cette vision inédite à un prix, celui de la familiarisation avec le pays et ses habitants: si les reporters de l’AFP se rendent sur le sol nord-coréen toutes les six semaines, il aura fallu 8 ans, et plus d’une quarantaine d’allers retours aux auteurs de « Pyongyang s’amuse » pour parvenir à capter ces instants rares…

La télévision en Corée du Nord


L’arrivée de Kim Jong Un au pouvoir a quelque peu changé l’univers télévisuel nord-coréen: contrairement à ses prédécesseurs, le dirigeant fait passer son idéologie non plus par des statues à son effigie, mais par la télévision.


Le paysage télévisuel de Corée du Nord, bien qu’il tende à se moderniser, reste maigre et restrictif.

La première et principale chaîne de télévision, KCTV (Télévision centrale coréenne), date de 1963.

Accessible partout (elle est présente dans les lieux publics.) et par tous, cette chaîne est marquée par sa forte idéologie: chaque soir à 17 h, les premières images diffusées sont celles du Mont Paektu. Cette montagne sacrée est un symbole en Corée du Nord et serait le prétendu lieu de naissance de Kim Jong II. S’en suit une diffusion de l’hymne national.

Sa programmation se compose d’informations, de dessins animés et de documentaires exclusivement nord-coréens, et d’émissions politiques traitant et commentant les déplacements du dirigeant.

Cependant, son temps de diffusion n’est pas continuel: en semaine, KCTV est limitée à 5 h 30 de programmes par jour. Les dimanches, jours de fête et pendant les élections, la chaîne diffuse pendant près de 14h.

Trois autres chaînes sont disponibles via le câble. Elles ne sont donc pas accessibles par tous les nord-coréens. Chacune de ces chaînes occupe un rôle bien spécifique.

  • Mansudae Tv, lancée en 1973, est spécialisée dans les programmes artistiques et technologiques. Elle est accessible le samedi pendant 3 h, et le dimanche uniquement pendant 9h.
  • La chaîne Ryongnamsan voit le jour en 2012. En vérité, cette chaîne a été lancée pour remplacer la “TV éducative et culturelle” créée en 1997. Ryongnamsan propose des films scientifiques populaires, des conférences et des programmes éducatifs, comme l’apprentissage des langues étrangères.
  • Enfin, depuis 2015 Sport Television diffuse des contenus sportifs (compétition des athlètes nord-coréens, documentaire sur l’histoire du sport) le samedi et le dimanche de 19h à 22h.
  • En 2016, la Corée du Nord lance même son propre programme de vidéo à la demande. Baptisé Manbang qui signifie «partout», ce service est accessible via l’intranet local de Corée du Nord. Les contenus proposés ont cependant fait l’objet d’une validation par le gouvernement.

L’arrivée de Kim Jong Un au pouvoir a quelque peu changé l’univers télévisuel nord-coréen: contrairement à ses prédécesseurs, le dirigeant fait passer son idéologie non plus par des statues à son effigie, mais par la télévision.

Ces dernières années, la principale chaîne de télévision, KCTV, a évolué et s’est modernisée, via ses contenus et sa présentation, comme l’illustre le média ABC.