La photo comme témoignage: entre action et réactions

Au cours de leurs carrières, les photojournalistes prennent un nombre incalculable de clichés. Alors parmi ce nombre impressionnant de photos, quelles sont celles qui vont retenir l’attention du public, celles qui vont faire le tour du monde et celles qui vont recevoir des prix ? Quel rôle voient-ils à la photo? Réponses de photographes.

Selon Zaher, photojournaliste syrien de 23 ans qui a dû fuir son pays le métier de photojournaliste consiste à rendre compte de la réalité. « Je pense que je fais ce que je peux pour atteindre la vérité et la transmettre ».

Il ajoute: « Ce que je fais n’est pas politique, je ne suis pas dans un parti, je ne fais que raconter la vérité. »

Pour d’autres, ce qui compte c’est de comprendre pleinement une situation. « Je veux comprendre pourquoi » explique un autre journaliste syrien Abdul Eassa. « Je ne veux pas seulement prendre une photo, je veux surtout comprendre pourquoi ». Il poursuit en expliquant que les manifestations des Gilets Jaunes au cours de cette année lui ont appris beaucoup de choses sur la France elle-même.

Le photojournalisme est également vu comme un moyen de créer du lien social, s’intéresser à des situations particulières, à des individus. C’est le constat que fait Zaher quand il dit « j’ai choisi la photo car chaque photo a une histoire, elle représente un moment (précis) ».

Pour d’autres encore le photojournaliste a pour mission d’interpeller le public, de toucher au moins une personne. C’est ce que confirme Abdul Eassa « le point essentiel [du photojournalisme] est d’avoir un impact sur les gens et sur l’humanité en général. Afin de stopper quelque chose, en particulier les crimes. Et aussi informer -prevent- sur les choses inconnues du public – that no one care. »

C’est d’autant plus vrai en cas de guerre, comme en Syrie, car il s’agit ici de rendre compte d’une situation dans sa globalité, de la violence sous toutes ses formes peu importe les acteurs impliqués et le positionnement politique. C’est d’ailleurs souvent cette violence qui pousse les photographes à vouloir des actions concrètes, au-delà de simples réactions. Surtout lorsqu’on est impliqué soi-même dans le conflit.

Voir leurs photographies partagées sur les réseaux sociaux puis reprises par les grands médias à la Une peut sembler avoir un effet sur la politique.

© Julia Le Duc – La Jornada de Matamoros

La photo du migrant salvadorien et de sa fille retrouvée noyés en essayant de traverser le Rio Grande en est un parfait exemple. Cette autre photo de migrants cherchant à atteindre les États-Unis en traversant la frontière a fait le tour de la planète et a engendré une vague d’émotion collective.

Un présentateur de CNN n’a d’ailleurs pas pu contenir ses larmes face à la violence qui s’en dégage. Mais pour le photographe de l’AFP, Abdul Eassa ce n’est pas l’image qui est choquante mais l’histoire qui se cache derrière.

D’autant plus que dans un monde saturé d’images, un cliché chasse l’autre, ce qui montre la limite d’une photo malgré l’émotion qu’elle suscite. Pourtant, cette image n’a pas fait dévier de son cap le président des États-Unis Donald Trump face à sa stricte politique migratoire.

Et au-delà du foisonnement d’images, l’apparition des fake-news est venue rendre les choses encore moins lisibles. Le lecteur se sent perdu et impuissant face à un flot d’images permanent et à cette concurrence de l’information. Cette inertie face à la diffusion de ces photos peut être très difficile pour les photojournalistes.

Pour Zaher Al Zaher témoigner est presque vital, c’est pourquoi il peine à comprendre l’absence d’actions. D’après lui, la situation en Syrie relève de la crise humanitaire. Lorsqu’il était en Syrie, il voulait travailler avec des journaux étrangers afin que la communauté internationale soit alertée et s’empare du problème. Cette frustration est toujours présente aujourd’hui et elle est commune à de nombreux photographes ayant fait face à ce genre de situations.

Ces reporters peuvent finir frustrés voire déçu du manque de réactions. En effet ils ont été sur le terrain pendant des mois et ont mis leur vie en danger, afin de livrer un récit fidèle de ce qu’ils ont vu et de témoigner de choses inconnues du grand public. Frustrés de ne pas avoir eu l’impact attendu et d’observer que la situation ne change pas.

Malgré tout, certaines photos deviennent iconiques, comme celle de Nick Ut représentant une petite fille brulée au Napalm en 1972 lors de la guerre d’Indochine.

Cette photo a fait le tour du monde et est devenu un symbole des violences subies par les civils lors de la guerre d’Indochine. Malgré son succès (on en fait même aujourd’hui des sacs), cette photo n’a pas fait basculer le cours de la guerre. Elle n’a fait que confirmer ce que pensait l’opinion publique américaine, lassée par ces huit années de conflits.

Au-delà même de la violence qu’elle dégage, cette photo est efficace car elle est simple et sobre, mettant en valeur la souffrance vécue par la petite fille et les enfants qui l’entourent. Elle montre une réalité violente et inconnue du grand public. Encore aujourd’hui cette photo est mondialement connue et elle illustre même les manuels d’histoire français.

Zaher Al Zaher


« Je me rends compte sur le coup que la photo est puissante et plus tard je me rends compte qu’elle représente l’Histoire ».

Né à Alep en Syrie, Zaher Al Zaher, 23 ans, commence à travailler en tant que photographe pour des journaux internationaux à partir de 2013. Il couvre l’évolution de la guerre civile syrienne, principalement à Alep.

À cause de son engagement politique, il est enlevé et torturé par les forces gouvernementales syriennes.

Il réussit à fuir en Turquie puis arrive en France à la Maison des Journalistes en 2017. Depuis il fait partie de la Society of Professional Journalist et suit principalement les manifestations, comme celles des Gilets Jaunes.

Abdulmonam Eassa


« Il y a pleins d’images, mais peu {de photojournalistes} prennent en compte l’histoire qu’il y a derrière »

Abdulmonam Eassa est un jeune photojournaliste syrien de 24 ans qui a commencé à travailler en tant qu’autodidacte lors de la guerre civile syrienne en particulier à Damas à partir de 2013.

Depuis plus de cinq ans il travaille en free-lance avec l’AFP d’abord en Syrie et depuis octobre 2018 en France. Avant d’arriver à la Maison des Journalistes il est resté un an en Turquie afin d’obtenir un visa pour la France.

Depuis il couvre principalement les manifestations, notamment celles des Gilets Jaunes à Paris. Il a reçu le Visa d’Or pour ses photos sur l’action des ONG en Syrie. 

Le dessin de presse aux portes du marché de l’art

A quand une grande vente aux enchères de dessins de presse comme le font les maisons Drouot ou Sothebys pour des artistes tel que Picasso ?

Autour de Martine Mauvieux, conservatrice du dessin de presse à la Bibliothèque de France, une cinquantaine de dessinateurs venus des 4 coins du monde (Portugal, d’Inde, d’Ecosse, de Jordanie, de Grande Bretagne, du Brésil, du Nigéria…) et des ayants droits se sont réunis à la BnF dans le cadre des Etats Généraux du dessin de presse. L’occasion de nous plonger dans l’univers des caricatures d’actualité, siamois du journalisme. 

Le public est impatient, percutant et chamailleur, il n’hésite pas à poser des questions et rend cette conférence aussi intéressante que dynamique. 

L’histoire du dessin de presse 

La caricature a commencé par l’humour. « L’humour dans l’image existe depuis toujours » rappelle Martine Mauvieux. 

Pour que le dessin de presse soit pris au sérieux au sein du milieu culturel et artistique, il a fallu attendre certaines donations pour qu’en 2007 le Ministère de la Culture ouvre le premier poste de conservateur à la BNF dédié au Dessin de Presse. 

Le dessin de presse est aux portes du marché de l’art

Ce marché de l’art est encore balbutiant. Certes, de grandes maisons d’enchères comme Sothebys ou Drouot ont déjà proposé des dessins de presse lors de leurs ventes aux enchères, mais ils sont rares et n’ont jamais eu droit à une cession consacrée. 

Sans la reconnaissance des plus grandes maisons de ventes aux enchères, il est difficile pour le dessin de presse de créer ou stabiliser un marché de l’art. De plus, certains vendeurs mettent aux enchères des fonds entiers. La profusion impacte les prix. Lorsque des centaines de dessins sont mis en vente d’un seul coup, cela fait baisser le prix de chaque dessin de presse. Malgré un potentiel important, le marché balbutie. 

L’autre handicap du dessin de presse est le traitement du sujet. Un dessin du général De Gaulle a toute sa place chez le particulier ou dans un musée. En revanche, la caricature d’un « simple ministre » ou d’un événement oublié perd de la valeur, ou parfois n’en a aucune. 

La caricature est un art populaire. « Vous pouvez acheter pour 30 euros jusqu’à 80 dessins » se scandalise un spectateur ! En même temps, ceux qui achètent ne sont pas les plus fortunés.

Malgré cela, l’avenir pourrait s’avérer radieux pour le dessin de presse. A titre comparatif, le marché de la Bande Dessinée a explosé en quelques années. La BD avait si peu de valeur que de nombreuses planches originales ont été détruites. Puis au fil des ans, l’essor des ventes aux enchères en a fait un style à part entière qui génère maintenant d’importants profits. 

Cependant, comme pour un dessin de presse, la conservation reste un enjeu primordial. 

L’enjeu crucial de la conservation

« Je suis un dessinateur compulsif, j’écris n’importe où, n’importe quand, y compris sur un coin de table par exemple... »

Devant cet aveu, la conservatrice sourit poliment tout en haussant légèrement les épaules. Comment conserver ces dessins ? Elle qui nous a patiemment énuméré comment la texture du papier (bien plus solide avant 1850) et la qualité de l’encre sont les conditions sine qua non d’une bonne conservation. Vient ensuite l’environnement du dessin, la température, l’éclairage, l’humidité… Garder un dessin de presse en l’état se révèle un travail méticuleux. 

Mais face à la qualité d’une nappe papier de restaurant, la conservatrice ne peut rien conseiller, à part photographier le dessin.

Bien sûr, la question se pose moins quand le dessinateur utilise directement un support digital. 

Et en ces temps où le dessin de presse n’a pas toute la place qu’il mérite, la digitalisation est une bonne option de conservation. C’est ainsi que le caricaturiste Triambak Sharma nous a montré un musée entièrement digital dont la passionnante visite nourrit l’imagination. 

Le dessin de presse est présent partout dans le monde et il deviendra peut-être un art majeur. Comprendre une époque par ces dessins de presse est une approche originale du quotidien par l’information.

Nous ne pouvons nous empêcher de conclure cet article par un dessin de Bilal Daggezen, présent à cette conférence et ancien journaliste de la MDJ. Il a du fuir la Turquie à cause de ses dessins.

 

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  • Alizée Gau met en vedette « les Porteurs de Paix »18/10/2018 - 9:21

    [EXPOSITION] Que font les peuples après la guerre ? La journaliste Alizée Gau s’est interrogée. Rédactrice et photographe, elle s’est rendue sur le terrain pour trouver la réponse. Résultat : une exposition itinérante intitulée « Tales of the afterwar », des articles et des projections commentées.

  • Le prix Bayeux 2018 des correspondants de guerre17/10/2018 - 1:58

    [ÉVÉNEMENT] 25 ans plus tard, le prix Bayeux est encore là avec davantage de réussite. « 25 ans plus tard, nous avons une énorme organisation, tous les services de la ville sont mobilisés derrière le Maire, mais, il y a 25 ans personne n’y croyait sauf Marie Jean-Alexe, directrice d’animation à Bayeux et moi » déclare Jean-Léonce Dupont Conseiller départemental de Bayeux et Président du Conseil départemental.

  • L’exposition photo d’Ameer à la Chapelle Notre-Dame de la Sagesse11/10/2018 - 10:06

    [EXPOSITION] Samedi après-midi 6 octobre 2018. À 4.000 km d’Alep, en Syrie. 6 ans après le début des bombardements. Retour à Paris. D’une photo à une autre, le regard d’Ameer Al Hablbi nous habite. Le temps de l’exposition, nous vivons dans deux mondes parallèles: l’angoisse de la guerre et la douceur de vivre d’un étudiant parisien.

  • Un voyage sans retour10/10/2018 - 10:07

    [EXIL] C’est le départ. Il faut y aller. Aller loin de ce pays, loin de tout ce cauchemar. Parcequ’il faut survivre. A l’aéroport ce jour, le militaire à qui on avait donné beaucoup d’argent pour m’aider à sortir vint me chercher dans la voiture. C’est lui qui a géré les bagages. Il m’a bien dit d’en prendre sinon j’allais attirer l’attention. Il a raison après tout. J’ai presque eu un excédant mais tout est rentré dans l’ordre.

  • « Un Prix Nobel congolais » est-ce un signe des temps ?09/10/2018 - 9:11

    [PRIX NOBEL] « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». L’aphorisme est de Rabelais. En harmonie totale avec l’attribution du Prix Nobel de la paix 2018, vendredi dernier, au médecin gynécologue congolais, Denis Mukwege, pour son abnégation à la cause des femmes violées, au Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo. A la fois, un cas de science et de conscience. Est-ce un présage des lendemains qui « changent » dans ce pays meurtri ?

Interview de Mago Torres : « La menace contre les journalistes existe, notre travail y répond »

Mago Torres est à la fois journaliste et chercheuse, elle fait partie d’une équipe de journalistes mexicains et américains qui ont enquêté sur les fosses non répertoriées au Mexique. Ce travail d’investigation de plus d’un an et demi répertorie plus de 2.000 « fosses » clandestines au Mexique entre 2006 et 2016. Un site a été créé adondevanlosdesaparecidos.org : « Où vont les disparus? », ainsi qu’une carte interactive pour géolocaliser ces fosses. Leur approche du terrain et le travail d’équipe dans ce pays extrêmement dangereux pour les journalistes, ont été récompensés le 3 mai 2019 par le prix Breach/Valdez, créé en mémoire de deux reporters assassinés en 2017 au Mexique. A l’occasion de la remise d’un prix à la Mairie de Paris, Mago Torres a rendu visite à la MDJ et nous a accordé cette interview. 

Le plan interactif sur le site permet de naviguer à travers les états du Mexique et de lire les reportages associés à chaque fosse. Il permet aussi de voir l’évolution sur ces dix annéess, entre le début de l’offensive militaire contre la drogue, lancée en 2006 par l’ex-président Felipe Calderon, et le lancement de cette enquête journalistique.

Depuis, près de 250.000 personnes ont été assassinées à travers le pays, selon les chiffres officiels. « En 2006, il y avait deux fosses, l’année suivante on est passé à 100, puis on n’est pas descendu sous les 250 fosses » découvertes par an, a expliqué à l’AFP Marcela Turati, journaliste. Selon les estimations du gouvernement, un peu plus de 1.100 fosses clandestines ont été localisées et il y a environ 26.000 cadavres non identifiés dans les morgues.

Qu’est ce qu’une fosse ? 

Une fosse sert de tombe ou de charnier.

Au Mexique, la « fosse » est majoritairement composée de plusieurs corps (et non pas d’un seul), souvent de simples fragments d’os en décomposition.

Ces fosses ne sont pas que dans des endroits reculés, elles sont aussi en pleine ville. ​Plusieurs d’entre elles ont été découvertes lors de démolition d’immeubles, un mur de séparation peut avoir été utilisé pour camoufler un ou plusieurs corps. 

Outre Marcela Turati, les reporters mexicains Alejandra Guillen, Mago Torres, Marcela Turati, Erika Lozano, Paloma Robles et Aranzazu Ayala, ainsi que le journaliste américain David Eads ont travaillé avec 15 autres collaborateurs pour mettre en place cette plateforme.

La remise du prix Breach/Valdez, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai 2019, intervient le jour même de l’annonce d’un nouvel homicide de journaliste au sud du Mexique. Telesforo Santiago Enriquez, qui animait une émission sur une radio communautaire, est le quatrième journaliste assassiné au Mexique depuis le début de l’année 2019.

En 2018, c’est la journaliste mexicaine Daniela Rea, auteur de nombreux reportages sur la violence déchirant son pays, qui avait reçu la première édition du prix Breach/Valdez, retrouver son interview ici.

La journaliste Mago Torres à la Maison des journalistes #MDJ

C’est avec Mago Torres que nous avons rendez-vous. Chercheuse et journaliste, elle est venue rencontrer les journalistes de la MDJ et apporter son soutien à notre association.

Nous en avons profité pour l’interviewer et comprendre comment une équipe de journalistes a pu enquêter dans ce pays si dangereux pour les journalistes et avec autant de données à traiter. 

Maison des journalistes : Mago Torres, qui êtes-vous et avec qui avez-vous travaillé pour cette enquête des 2000 tombes clandestines au Mexique? 

Mago Torres : Je suis journaliste d’investigation et chercheuse. Je suis également membre d’un collectif de journalistes indépendants qui s’est confronté au phénomène des personnes disparues au Mexique.

Nous avons décidé de nous réunir en faisant collaborer différentes disciplines: la recherche de données, l’expérience du terrain, les méthodologies, les accès aux archives publiques et la collecte de graphiques, les photographies, les videos…

C’est cet ensemble de compétences qui nous réunit et qui fait notre force d’investigation.

#MDJ : Quel était votre rôle dans cette équipe d’investigation ?

[MG] J’ai appris le journalisme (ou plus précisemment à faire du journalisme), non pas en suivant un cursus traditionnel, mais en collectant des données. J’ai ensuite été intéressée par les différentes méthodologies et les outils de recherche à notre disposition. C’est donc devenu mon rôle au sein du groupe de journaliste.

Je dois penser ma recherche des faits à partir de la documentation. Où sont les documents que nous pouvons interroger et à partir desquels nous pouvons construire, comprendre, raconter puis publier une histoire ?

En en tant que chercheuse, je travaille surtout en arrière-plan. Donc je n’échange pas avec les gens, je ne leur parle presque pas. Mon travail, c’est d’interroger les documents. 

Dans cette équipe de journalistes, mon rôle met en lumière les différentes manières de faire une enquête. 

Pour mener à bien ces investigations, qui subissent dissimulations et fausses pistes, la collaboration entre les disciplines est vitale. C’est dans cette interdisciplinarité que je situe ma contribution au journalisme.

Quel fut le point de départ de cette enquête ? 

Cette enquête n’a pas commencé par un fait précis en particulier, c’est le fruit d’une accumulation d’expériences.

Pendant des années, les journalistes ont mis à jour la présence de fosses communes dans le pays et ont décrit la peine que les familles de disparus endurent tous les jours.

A partir de toute cette expérience accumulée et de la compréhension du terrain que nous possédons, nous avons voulu avoir d’autres perspectives. Par exemple, que se passe-t-il lors du processus d’identification des personnes retrouvées dans ces fosses ?

C’est ce qui nous a conduit à enquêter sur les archives publics et à publier nos travaux à la fin de l’an dernier. C’est l’aboutissement d’un lent processus.

Pouvez-vous nous décrire cette méthodologie d’investigation ?

Tout d’abord nous voulions savoir quelles données étaient disponibles concernant la découvertes de ces tombes clandestines.

Nous avons donc utilisé l’expérience des membres de l’équipe sur le terrain et de tous ces journalistes au Mexique, et nous nous sommes demandés quelles étaient les données à notre disposition ?

Afin d’obtenir ces données, nous avons utilisé la loi d’accès à l’information (freedom of information act) du Mexique. Nous avons donc soumis des requêtes auprès du gouvernement fédéral mais aussi auprès des 32 états et entités du pays. Au fur et à mesure que nous recevions les documents, nous avons commencé à créer une base de données nationale en les organisant pour leur donner du sens.

Au cours de notre travail, nous avons rencontré quelques difficultés car sur les 32 états, seulement 24 ont reconnu la présence de tombes clandestines sur leur territoires; 8 ont donc nié leur existence.


Nous parlons d’un pays où environ 40.000 personnes ont disparu.


Nous avons décidé de nous en tenir au niveau des données du gouvernement fédéral, et c’est ce que nous utilisons dans notre enquête et dans la carte nationale que nous avons publiée.

Ensuite, il s’agissait d’organiser et de trier ces données. Nous avons pu constater ce qu’observaient les familles de disparus depuis bien longtemps : l’absence d’une méthodologie commune utilisée par les autorités pour documenter les découvertes des tombes clandestines.

Je tiens également à préciser que notre enquête s’étend de 2006 à 2016. C’est la période sur laquelle nous travaillons. A partir de là, nous avons soulevé plus de questions.

  • Pourquoi n’existe-t-il pas une méthodologie commune ?
  • Pourquoi n’utilisent-ils pas systématiquement les mêmes catégories ?
  • Pourquoi utiliser des critères différents ?
  • Pourquoi tant de lacunes dans les informations ?

Par exemple, dans certains endroits où des corps ont été trouvés, nous n’avons pas de données précises: est-ce un corps entier ou un fragment d’os ?

C’est ce manque d’information que nous essayons de résoudre. En fin de compte, ce que nous essayons de déterminer se résume facilement ; Combien de personnes ont été trouvées ? Quels procédés utilisent les autorités pour identifier les corps ?

Nous parlons d’un pays où environ 40.000 personnes ont disparu. Vous comprendrez que pour résoudre cette enquête nous avons besoin d’une méthodologie!

Tandis que nous organisions les données et les placions sur une carte, nous avons commencé à identifier des cas dont nous connaissions déjà l’existence. C’est là où l’expérience sur le terrain prend toute son importance, tout comme le travail de visualisation des données (data visualisation).

L’interdisciplinarité de notre équipe journalistique nous a permis de rassembler tous ses éléments ensemble en travaillant efficacement.

Quel impact votre enquête a eu au Mexique ?

L’apport principal de cette enquête est la création d’une base de données nationale qui n’existait pas avant. Au nom des familles des victimes et aussi en tant que citoyen, je pense que c’est ce qui fait la différence.

Et maintenant, les autorités, après notre publication mais aussi après le changement de gouvernement, sont prêtes à présenter des rapports concernant l’amélioration des processus d’identification et la tenue de ces registres nationationaux.

Le gouvernement a aussi annoncé que notre enquête avait constitué avec d’autres publications les principales références concernant les processus de documentation des fosses communes.


Plus les données dont nous disposerons et dont la société disposera, seront de qualité, plus les avancées dans les étapes d’identification des affaires de personnes disparues seront importantes.


L’un des problèmes que nous avons constaté concernant ce manque d’information, est qu’il impacte directement les familles de disparus et les fait souffrir. Je pense donc que le plus grand apport de notre enquête est de fournir des informations à propos de l’état des recherches au Mexique. Et je dirais que nous allons voir ce qui va arriver.

Je ne pense pas que les familles devraient attendre plus longtemps. Plus les données dont nous disposerons et dont la société disposera, seront de qualité, plus les avancées dans les étapes d’identification des affaires de personnes disparues seront importantes.

Avez-vous été menacée durant cette enquête ? 

A ma connaissance, nous n’avons pas reçu de menaces directes. Mais je pense que le travail d’équipe et l’ensemble de compétences qui nous a réuni est une façon de nous protéger.

Quand nous ne pouvons pas aller sur le terrain, quand nous avons identifié que certaines régions pouvaient représenter un danger, nous avons décidé d’utiliser d’autres moyens d’informations.

Lors de l’exploration de certaines zones, nous avons bien eu droit à quelques remarques comme «c’est mieux que vous partez». Mais cette réalité présente au Mexique depuis longtemps, est aussi ce qui nous pousse à travailler ensemble, à collaborer dans un effort collectif et interdisciplinaire et de développer de nouvelles techniques afin de traiter au mieux les sujets sur lesquels nous travaillons. 

La menace contre les journalistes existe, notre travail y répond.

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  • Afrique : la guerre de l’eau sur le fleuve Nil01/10/2019 - 8:47

    Les voix s’élèvent de partout, comme une incantation, pour parler de la crise prochaine de l’eau. Ce n’est plus un bruit de fond, perçu dans le cadre global du déréglément climatique. C’est maintenant, presque une affaire à part, que les médias mettent en relief. Vu son caractère va-t-en-guerre. Plusieurs points du globe seront touchés. Y […]

  • Afrique du Sud : les pires émeutes xénophobes depuis une décennie10/09/2019 - 1:22

    Cinq personnes ont été tuées et près de 200 autres arrêtées dans les émeutes xénophobes qui secouent depuis le 1er septembre l’Afrique du Sud, qualifiées de « totalement inacceptables » par les journalistes du monde entier. La police a tiré jeudi des balles en caoutchouc dans le centre de Johannesburg, la principale ville du pays, pour disperser […]

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    Dans la nuit du 11 au 12 aout 2019, une catastrophe incomparable de loin à la longue crise qui a secoué la Cote d’Ivoire, se produit. Le disc-jockey chanteur, aussi controversé qu’adulé de la nouvelle génération, Arafat Dj succombe de ses blessures suite à un grave accident de moto à Angré quartier de la commune […]

  • Makaila Nguebla: un journaliste tchadien devant la justice française05/09/2019 - 10:45

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  • Recrudescence des attaques contre les journalistes en RD Congo03/09/2019 - 9:15

    Journaliste en danger (JED), s’insurge contre le regain d’attaques enregistrées depuis quelques semaines contre des journalistes et des médias. Le JED appelle les nouvelles autorités de la République Démocratique du Congo à prendre des mesures immédiates pour que cessent ces attaques répétées. En l’espace de deux semaines, le JED a enregistré au moins 6 cas […]

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    A 52 ans, celle qui des décennies durant a été une inconditionnelle d’Alassane Ouattara a pris ses distances avec le RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix) et son mentor. Célestine Olibe TAZERE veut jouer un véritable rôle dans la politique ivoirienne et ne s’en cache pas. Portrait d’une indomptable. Originaire du […]

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    Lundi 26 août. Le gouvernement que vient de nous offrir la coalition FCC-CACH, après sept mois de discussions qu’on savait d’ailleurs byzantines, est tout, sauf un gouvernement de «changement». Un beau mélange de genres et d’«équilibres budgétivores», loin des intérêts du peuple. Lisez le document et tirez objectivement la conclusion. C’est, pour beaucoup, un supplément de […]

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    Arrêté en janvier dernier, le rappeur et activiste Valsero et son ami Amente font partie des 500 prisonniers politiques dans les geôles camerounaises arrêtés en ce début d’année. Laurène Lepeytre, réalisatrice indépendante française, a suivi le rappeur de 2014 à 2015 pour son documentaire « Du Piment sur les Lèvres ». Aujourd’hui, elle se mobilise de nouveau […]

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    Tout se passe dans la logique de Kabila et de son FCC (Front Commun pour le Congo) de gagner tous les votes. Il y eut été étonnant, voire surréaliste, que Thambwe Mamba, candidat de la plate-forme fidèle à l’ancien chef de l’Etat, perde le scrutin pour l’occupation du perchoir du Sénat. Mais il l’a difficilement […]

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    [PORTRAIT] Comme beaucoup de ses confrères, Mahamat n’a pas eu d’autre choix que de mettre ses compétences de journaliste au service du régime dictatorial tchadien. Mais une fois sa rédaction quittée, le jeune homme enquête sur les massacres perpétrés dans son pays.

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    Classé 131 place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, la liberté de l’information au Cameroun ne va pas en s’améliorant. L’incarcération politique demeure courante et l’autocensure des travailleurs de l’information omniprésente. La liberté de l’information au Cameroun ne se distingue pas beaucoup de ses voisins, le Nigeria et le Tchad, […]

  • Afrique : le Bénin, la démocratie et le millionnaire26/06/2019 - 9:05

    La plupart des chefs d’Etat africains accèdent à cette fonction flamboyante sans un sou vaillant. D’autres, souvent diplômés, sont  issus des classes sociales les plus démunies. Compréhensible qu’à  leur arrivée au pouvoir, ils cherchent à s’enrichir avec un rare cynisme. Tout en se rêvant « califes ». Et, ils y parviennent d’autant plus facilement qu’ils érigent la […]

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    Forbidden Stories, plateforme destinée à sécuriser le travail des journalistes, a dévoilé son projet environnemental. Une enquête aux côtés de 30 médias sur le secteur minier, particulièrement répressif à l’égard des reporters. L’occasion de faire le point sur l’une des formes de journalisme les plus menacées ; le journalisme environnemental. « Les rapports d’enquête sur l’environnement […]

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    Des images contradictoires, futiles à souhait. Du sur-place politique. Au sommet de l’Etat, trônent deux présidents de la République, le premier visible (sans pouvoir), le second masqué (détenant illégalement l’imperium). Le tout rehaussé, en théâtralité, par un début d’éclatement du parti d’opposition LAMUKA. Voilà ce à quoi assiste le peuple congolais, depuis la « passation du […]

Hong Kong: comprendre la crise par la liberté de sa presse

Alors que la Chine est classée 177 sur 180 dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontière (RSF), la presse de la région administrative spéciale de Hong Kong a elle, pendant longtemps, bénéficié de son système libéral. Mais depuis la rétrocession en 1997, la donne a drastiquement changé. Hong Kong a chuté de la 18e place en 2002 à la 73e cette année. Les manifestations se déroulant depuis 3 mois à Hong Kong pourraient annoncer un tournant décisif pour le futur de la presse.

Grâce au « un pays, deux systèmes », Hong Kong a longtemps accueilli les grandes agences de presse étrangère (AFP, Reuters pour ne citer qu’eux). Les réseaux Internet ne souffrent pas non plus du Grand Firewall chinois : des sites comme Google ou Facebook sont accessibles sans compromis. Mais derrière cette façade, la presse subit depuis les années 2000 de graves attaques de son voisin communiste.

Définitivement abandonné le 4 septembre, le projet de loi d’extradition vers la Chine a été pointé du doigt dès son annonce par les organismes de défense des droits de la presse comme étant une menace importante pour les journalistes hongkongais et leurs sources. Jusqu’ici, la Chine organisait des kidnappings pour ramener sur son territoire des opposants à l’étranger, mais le nouveau projet de loi menaçait, avec l’accord avec les autorités hongkongaises, de permettre des extraditions par la voie légale.

Hong Kong, un îlot pour la presse libre en Asie

En juillet 2018, on comptait à Hong Kong 78 quotidiens de presse, pour la majorité en langues chinoise ou anglaise. Ils cohabitent depuis toujours, à l’image de la société hongkongaise, une grande variété d’opinions dans la presse. Le grand clivage politique étant la relation avec la Chine, entre les médias dit pro-démocrates (Apple Daily, Passion Times) et les médias pro-chinois (Sing Pao Daily News, The Standard, Sing Tao Daily). Cependant, les sensibilités de ces médias varient également sur les questions politiques, libérales, internationales ou sociales.

En parallèle, deux journaux sont contrôlés par Pékin via le Bureau de liaison à Hong Kong (Wen Wei Po, Ta Kung Pao). Ces quotidiens diffusent la vision officielle de l’actualité mondiale et nationale du Parti communiste chinois (PCC), mais selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, ils sont considérés aux yeux des Hongkongais comme les journaux les moins crédibles.

Michel Bonnin dans l’émission d’Arrêt sur Images du 23 août 2019

Au départ opposé au projet de loi qui menaçait leur liberté économique, le milieu des affaires a ensuite fait marche arrière pour s’aligner avec la Chine après que le régime leur ait rappelé que c’est du marché économique chinois dont ils dépendent.

Des journaux hongkongais déjà sous influence chinoise

Fin 2015, le rachat du South China Morning Post (SCMP), le quotidien anglophone le plus important de Hong Kong par le groupe Alibaba (plateforme de vente Chinois) a mis en lumière la fragilité de l’indépendance des médias.

Depuis, le journal a été à plusieurs reprises accusé de collaboration avec les autorités chinoises. En juillet 2015, Zhao Wei est arrêtée et retenue prisonnière pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Un an après cette avocate et activiste des droits de l’Homme en Chine sort de prison mais reste sous le coup d’une importante surveillance. Au moment de sa libération, le SCMP publie alors les confessions de la jeune avocate qui explique « réaliser d’avoir emprunté un chemin dangereux et souhaite se repentir. Je ne suis plus la même personne. »

Ni son avocat, ni son mari n’avait pu obtenir le droit de s’entretenir avec elle depuis son incarcération.

Même histoire pour Gui Minhai, écrivain suédois d’origine chinoise qui travaillait pour la librairie hongkongaise Causeway Bay Books. Entre octobre et décembre 2015, cinq employés sont enlevés, dont Gui Minhai, kidnappé lors d’un voyage en Thaïlande. Début 2016, les cinq libraires réapparaissent à la télévision nationale. Ils confessent plusieurs délits, expriment leurs regrets puis purgent leurs peines. Gui Minhai est le dernier des cinq libraires à être libéré en octobre 2017 mais il est interdit de sortie de territoire.

Quelques mois plus tard, nouveau rebondissement, Gui Minhai retourne en prison. Prétextant une visite médicale, des diplomates suédois auraient tenté de l’extraire du pays mais les autorités chinoises l’ont intercepté avant.

« Gui a insisté pour l’interview [avec le SCMP], il souhaite dire la « vérité » au public » – Au South China Morning Post on reste évidement septique, on met des guillemets autour de « vérité »

C’est à ce moment que le journal hongkongais South China Morning Post intervient.

Dans un article publié en février 2018, le bouquiniste hongkongais réapparaît dénonçant une machination de la Suède qui l’aurait piégé. « J’ai honte de mon comportement. J’ai commis beaucoup d’erreurs (…) Je souhaite à ma famille une vie heureuse. Ne vous inquiétez pas pour moi. » « J’aimerais désormais rester vivre en Chine. (…) Je souhaite que le gouvernement suédois cesse de me contacter et arrête de dramatiser mon cas. »

C’est la seconde confession de Gui Minhai mais celle-ci ne convainc pas sa fille, Angela Gui, plus que la première. Depuis 2015, elle dénonce sa détention comme politique et exige le retour de son père.

En avril, Tammy Tam, rédactrice en chef du SCMP lui répondait dans un éditorial : « Nous vous assurons catégoriquement que nous n’avons pas collaboré avec les autorités chinoises. (…) En tant que journalistes, nous faisons couramment face à des décisions difficiles. Ici, nous avons dû choisir entre interviewer votre père dans ce cadre contrôlé ou ne rien faire. »

Mais cette déclaration d’indépendance de la rédactrice en chef sonne faux alors qu’en 2015, 6 mois avant le rachat du journal, quatre éditorialistes du SCMP, connus pour leur opposition au régime chinois, étaient forcés de quitter la rédaction.

Dans un éditorial, le Asia Sentinel (journal où travaille également Philip Bowring, un des éditorialistes écartés du SCMP) soupçonnait déjà le Bureau de liaison à Hong Kong, souvent taxé d’être un organe d’influence chinois, d’être derrière ces évictions.

Les confessions forcées, un « classique » des médias chinois

Les confessions publiques comme celles qu’on fait Zhao Wei et Gui Minhai sont très répandues dans les médias chinois, elles sont réalisées en collaboration avec les autorités et diffusées aux heures de grande écoute de la télévision publique chinoise.

En réalité, ces confessions sont produites sous la menace et représentent une des nombreuses pratiques utilisées par le régime pour tisser la toile de sa propagande. Celles-ci n’ont jamais fait illusion à Hong Kong ou à l’international et visent majoritairement le public chinois sensible à la propagande du PCC.

Mais voir apparaître ce type de pratique propagandiste à Hong Kong, dans un média pourtant censé être indépendant du pouvoir, semble indiquer que la Chine continentale a déjà commencé à reprendre la main sur la presse hongkongaise.

Dans un article pour la revue Made in China en novembre 2018, Magnus Fiskesjö, anthropologue et ami de Gui Minhai estimait la réputation du journal définitivement ternie: « Ces récentes affaires montrent que le South Chinia Morning Post [depuis son rachat par Alibaba] ne peut désormais plus être considéré comme une organisation de presse indépendante. »

Une opinion qui semble partagée par les Hongkongais, alors même que le journal était auparavant perçu comme le quotidien le plus sérieux de la presse. Selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, le SCMP est le journal qui a le plus perdu en crédibilité entre 2003 et 2016.

Un nouveau journalisme d’opposition

En réponse à la pression chinoise grandissante, de nouveaux médias web au financement alternatif sont apparus avec une ligne radicalement opposée à la rétrocession de Hong Kong.

Extrait d’une manifestation du 5 août filmé à 360° par Hong Kong Free Press

Né dans le sillage de la Révolution des parapluies de 2014, Hong Kong Free Press (HKFP) est un journal web anglophone.

Ce média fonctionne par donation, selon un modèle non lucratif et affiche une transparence sur ses finances. Sa couverture alternative des manifestations de 2019 diffère du reste de la profession, les journalistes filment les rassemblements et affrontements au côté des manifestants.

FactWire est une agence de presse bilingue apparue en 2016. Elle se concentre sur l’investigation des affaires nationales et fonctionne sur un modèle économique similaire à HKFP. Sa première enquête exposa les graves défauts de qualité des rames de métros hongkongaises importés de Chine continentale. Depuis le début des manifestations, FactWire couvre les cas de violences policières en recoupant le déroulé des événements grâce aux dizaines de vidéos disponibles sur la toile.

Face à une influence chinoise de plus en plus présente, ces nouveaux médias entendent peser sur le marché de l’information hongkongaise en mettant en avant la liberté d’expression, la démocratie et les droits de l’Homme contre le système chinois. Un climat de peur entretenu par des attaques contre les journalistes.

Des journalistes pro-démocratie pris pour cible

Kevin Lau au club des correspondants internationaux de Hong Kong le 9 mai 2015

« On m’a souvent demandé ces deux dernières années si la presse à Hong Kong était en danger. Maintenant, je crois que la réponse est claire comme de l’eau de roche. Elle l’est. »

Le Ming Pao est un des plus gros journaux de la presse hongkongaise, de tendance plutôt libérale et en faveur de l’ouverture vers Pékin. En 2014, le journal participait à une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur les paradis fiscaux mis en place par le gouvernement de Xi Jinping et le PCC [Parti Communiste Chinois].

Le 26 février 2014, Kevin Lau, rédacteur en chef au Ming Pao est attaqué au couteau alors qu’il sortait de sa voiture. Deux hommes appartenant aux triades hongkongaises lui infligent de multiples blessures au dos et aux jambes.

Pour la sphère politique, aucun lien ne peut être établi entre l’attaque de Kevin Lau et une atteinte à la liberté de la presse. Mais le Ming Pao, rejoint par toute la profession journalistique, dénoncent alors cette attaque comme un crime contre la liberté de la presse.

Mais cette attaque rejoint la liste grandissante des violences contre les journalistes depuis la fin des années 90.

  • En 1996, le journaliste Leung Tin-Wai se fait mutiler au hachoir dans son bureau de travail.
  • En 1997, Albert Cheng, journaliste de radio se fait poignarder dans le parking de son lieu de travail.
  • Chen Ping éditeur du magazine iSun Affairs subit un passage à tabac en 2013
  • Deux jours plus tard le patron de l’Apple Daily, Jimmy Lai, retrouve une machette et une hache en guise d’avertissement à son domicile vandalisé.

Tous partagent une opinion opposée à la rétrocession de Hong Kong.

La question du mobile de l’attaque s’est ensuite posée. À ce moment là, Kevin Lau et la rédaction du Ming Pao collabore avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) pour une enquête sur les montages fiscaux organisés par l’élite politique chinoise du PCC.

Une corrélation qui n’a pas été plus approfondie, n’ayant aucune preuve que l’attaque ait été commandée depuis la Chine, les organisations de protection des journalistes ont préféré écarter toute hypothèse prématurée.

Après 11 arrestations et 2 condamnations, l’enquête n’est finalement pas parvenue à déterminer de commanditaire, cependant ces même triades hongkongaises sont depuis réapparues à plusieurs reprises. Contre le mouvement pro-démocrate en fin 2014, et également le 22 juillet dernier où cette fois-ci, elles ont été aperçues collaborant avec les forces de police hongkongaise dans de nombreuses vidéos amateur compilées par le New York Times.

La rétrocession de Hong Kong en 1997 a porté un grand coup au journalisme hongkongais et les affaires d’ingérence se sont succédées. Face aux pressions chinoises, le modèle libéral hongkongais ne semble pas capable de protéger la liberté de sa presse et tend au contraire, sous la pression, à collaborer avec Pékin. Reste la société hongkongaise, qui elle, après 14 semaines de mobilisation, ne semble pas l’entendre de cette oreille.

Une présence massive sur les réseaux sociaux et un important retour du journalisme citoyen

Si la situation pour la presse semble s’assombrir à Hong Kong, la mobilisation elle ne semble pas diminuer.

Alors que les manifestants étaient quelques dizaines de milliers dans les rues en 2014, les cortèges ont rassemblé cette année près de deux millions de personnes mi-juin et 1,7 million le 18 août, alors même que le mouvement tend à se radicaliser.

Dans Le Temps du débat sur France Culture, Eric Sautedé, analyste politique basé à Hong Kong, évoque un soutien populaire de près de 80% et une mobilisation de 25% des citoyens (pour une population de 7,4 millions).

« Be Water »: slogan phare de la mobilisation

Dans ce contexte, le mouvement a développé une présence d’une importance sans précédent sur les réseaux sociaux.

La communication autour des mobilisations, empreinte de culture asiatique, est massive et a largement dépassé les frontières chinoises (voir thread twitter du photojournaliste Maxime Reynié sur les visuels partagées sur les réseaux)

Suivant le modèle du réseau de journalisme citoyen Indymedia en Europe et Amérique du Nord (ensemble de médias citoyens locales de tendance de gauche radicale), In-Media version hongkongaise s’est développé à Hong Kong de façon collaborative depuis 2004.

Alors que le journalisme citoyen à connu un fort déclin en Occident au profit des réseaux sociaux, In-Media a continuer à fonctionner au gré des mobilisation contre la gouvernance chinoise.

Le site de In-Media connaît depuis le début des manifestations des pics d’affluence (classé 82.000e début juin, inmediahk.net est aujourd’hui 38.000e mondial selon les statistiques de trafic Web Alexa) tandis que la page Facebook compte elle plus de 560.000 abonnés.

Liban, un lieu de transit pour les journalistes en exil?

Bien-connu dans la région pour sa tolérance en matière de liberté de la presse, le Liban accueille de nombreux journalistes en exil des pays voisins. Pourtant, de nombreux défis à plusieurs niveaux entravent le travail des journalistes en exil. Conséquence, ils arrivent au Liban mais ils ne souhaitent pas s’installer.

Situé dans une région où la plupart des pays figurent en rouge ou en noir selon la carte du RSF World Press Freedom Index, le Liban apparaît comme un lieu sûr pour les journalistes qui cherchent un refuge proche pour continuer leur travail.

Pourtant, hors de ce contexte, la liberté d’expression au Liban a des limites majeures. De nombreux défis nuisent à l’exercice du journalisme de manière indépendante, libre et, surtout, en toute sécurité. Face à ce double scénario, de nombreux journalistes en exil arrivent au Liban mais leur séjour n’est que temporaire.

2019 RSF World Press Freedom Index

Des défis à plusieurs niveaux pour la liberté de la presse

Classé au 101e rang dans le World Press Freedom Index 2019 de Reporters Sans Frontières (RSF), le Liban est confronté à de nombreux défis, notamment en termes de politisation. Ce que le docteur Suad Joseph appelle dans ses recherches «La familiarisation politique au Liban» constitue un obstacle majeur au développement d’un paysage médiatique libre et indépendant.

Dans leur rapport intitulé “Lebanese Media – A Family Affair”, the Media Ownership Monitor lancé au Liban par RSF et la Fondation Samir Kassir expose en détail le contrôle des médias libanais par des groupes politiques clés et de riches clans de famille.

Les principales conclusions indiquent un paysage médiatique hautement politisé, ce qui joue un rôle crucial dans la formation de l’opinion publique. En outre, divers cas d’agressions de journalistes montrent la situation précaire de la liberté de la presse dans le pays.

Entre autres, le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) au Liban a dénoncé l’assaut par des soldats libanais de quatre journalistes couvrant une manifestation à Beyrouth le 23 décembre 2018. Le Centre Samir Kassir eyes (SKeyes) surveille constamment les difficultés des journalistes au Liban et dans la région.

“Chaque fois que vous êtes journaliste ici et que vous êtes victime d’une attaque, vous pouvez être sûr que personne ne tiendra pour responsable la personne qui vous a attaqué,” Ayman Mhanna, directeur exécutif de SKeyes déclare à MDJ.

L’impunité est prédominante et la législation en la matière est extrêmement élastique et arbitraire au Liban. « Nous sommes actuellement confrontés à une période de poursuites judiciaires très fréquentes à l’encontre de journalistes, sur la base de définitions très vagues« , ajoute Mhanna.

Le Liban a également une longue histoire d’assassinats de journalistes. L’assassinat de l’éminent journaliste libanais Samir Kassir le 2 juin 2005 montre bien les risques énormes auxquels les journalistes sont exposés, en particulier en période de profonde division politique. Depuis 1992, neuf journalistes ont été tués, quatre d’entre eux ont été ciblés pour meurtre et quatre autres ont été assassinés en toute impunité selon la CPJ au Liban.

La lutte pour promouvoir la liberté d’expression

En même temps, le Liban se démarque dans la région par certaines initiatives en faveur de la liberté d’expression.

La Fondation Samir Kassir et ses différents projets ont notamment pour objectif de renforcer la liberté de la presse dans le pays et dans la région.

Chaque année depuis 2006, le Prix Samir Kassir pour la Liberté de la Presse rend hommage aux journalistes de la région pour leur travail. Financé par l’Union européenne, il est devenu l’un des prix des médias les plus prestigieux dans les régions MENA et du Golfe. La MDJ s’est entretenue avec le lauréat du prix 2019 dans la catégorie des opinions, Roger Asfar.

Originaire de Syrie, Asfar analyse de manière critique dans son article « Captain Majed or the Father Commander » le concept de héros inculqué dans l’esprit des Syriens depuis leur enfance. Il suggère de rompre avec lui pour le développement d’une véritable société démocratique.

Basé à Beyrouth depuis 2008, Asfar concentre actuellement ses travaux sur les questions religieuses et sociales contemporaines, tout en continuant à écrire des articles sur la Syrie et les réfugiés syriens. « Le nom de Samir Kassir, qui porte ce prix, me donne fierté et motivation pour entreprendre un travail journalistique libre et indépendant » Asfar déclare.

« En outre, le sens de la reconnaissance de la part de l’Union européenne et de la Fondation Samir Kassir construit la bonne réputation du journaliste, renforce sa confiance en lui et l’encourage à faire face aux difficultés du travail journalistique« .

Le Liban, un refuge pour les journalistes en exil?

En raison de ce double scénario, où des initiatives courageuses en faveur de la liberté d’expression sont contrebalancées par des épisodes récurrents d’intimidation de reportages indépendants et libres, le Liban accueille de nombreux journalistes des pays environnants, mais seulement de manière temporaire.

Pour les journalistes exilés au Liban, leur sécurité est une préoccupation majeure. En particulier pour les Syriens, le risque perçu est très élevé. Peur constante et menaces « Je ne me sens pas en sécurité ici » déclare la journaliste syrienne Naama al-Alwani.

« Après avoir reçu trop de menaces sur les médias sociaux ou par téléphone, j’ai arrêté de publier. » Al-Alwani souhaite vivement quitter le Liban et poursuivre son travail dans un environnement plus sûr. « J‘étais en danger en Syrie et je ne veux plus être en danger « .

Ahmad Alqusair, un autre journaliste syrien poursuivant inexorablement son travail de journaliste indépendant au Liban, explique à MDJ certaines des raisons de cette peur constante. « La peur provient principalement du régime syrien et de son implication dans l’environnement libanais » déclare-t-il. « Le Hezbollah et les services de sécurité libanais constituent des menaces majeures pour les journalistes et les activistes syriens.« 

En conséquence, la plupart des journalistes et des activistes syriens doivent quitter le Liban. La plupart d’entre eux sont maintenant partis vers d’autres pays. Bassel Tawil, ancien journaliste et activiste syrien basé à Paris, se souvient de son séjour au Liban comme une période extrêmement angoissante. « J’ai perdu mon portefeuille alors je suis entré dans le pays sans papiers. Tous les points de contrôle dans le pays pourraient me retenir et me renvoyer en Syrie, où je suis recherché par le régime syrien » explique-t-il.

« Il y a de nombreux cas de personnes renvoyées en Syrie par le gouvernement libanais ou après avoir été kidnappés par Hezbollah« . « Par exemple, je connais personnellement un groupe de Syriens qui souhaitaient se rendre en Turquie par voie maritime. Malheureusement, le capitaine était un membre du Hezbollah. Il les a donc plutôt conduits dans la ville portuaire syrienne de Lattaquié, où ils ont été remis à la Sécurité Syrienne. L’un d’eux était mon ami; il était pharmacien et militant. Sa famille a reçu son corps après seulement une semaine.

Éviter les sujets sensibles

« Tristement, le paysage médiatique au Liban s’est dégradé« . Alqusair poursuit: « Ce pays n’est pas libre pour les Libanais, imaginez pour les Syriens…« 

Quand ils arrivent au Liban, les journalistes exilés ne sont pas libres de couvrir un certain nombre de sujets sensibles, comme ceux liés à la politique, religion, prisonniers et enlèvements.

La Sûreté de l’Etat libanais, l’un des quatre principaux appareils de renseignement et de sécurité au Liban, a régulièrement menacé des journalistes qui osent couvrir ces sujets. C’est notamment le cas du journaliste syrien Abdelhafiz Al Houlani. Selon l’Association des Journalistes Syriens, il a été arrêté le 19 novembre 2018 après avoir signalé des cas d’avortements anormaux dans le camp de réfugiés d’Arsal au nord du Liban.

Au-delà des préoccupations de sécurité

La sécurité n’est pas la seule raison du phénomène actuel des journalistes exilés ne venant que temporairement au Liban. Ayman Mhanna, directeur exécutif de SKeyes, souligne notamment les problèmes juridiques liés à la résidence et au permis de travail. « Obtenir les papiers pour pouvoir travailler légalement dans le pays peut être assez coûteux et lent » explique-t-il.

Par exemple, le journaliste syrien Alqusair a déclaré qu’il n’avait obtenu son permis de séjour qu’après un an à compter de son arrivée. Par conséquent, de nombreux journalistes qui entrent légalement dans le pays finissent facilement par travailler sans documentation.

« Outre ces obsttacles juridiques » ajoute Mhanna, « il est indéniable que le discours officiel des autorités libanaises est très hostile aux réfugiés.« 

La présence de ce climat anti-réfugiés constitue sans surprise une source supplémentaire de vulnérabilité des journalistes en exil au Liban. Parmi tous ces éléments, il convient tout aussi de mentionner la pression financière exercée sur les journalistes exilés au Liban. Dans un pays également confronté à une crise économique, les médias manquent souvent de fonds et ne peuvent pas payer beaucoup. S’installer au Liban ne garantit donc pas la stabilité financière des journalistes. 

Explorer les nombreuses facettes en termes de liberté de la presse dans un pays traditionnellement perçu comme plus libéral par rapport à la région environnante conduit à nuancer ce point de vue. Malgré la présence d’initiatives distinguées soutenant la liberté d’expression, les défis restent nombreux.

Les journalistes libanais et exilés opèrent dans un paysage médiatique hautement politisé, où les sujets sensibles doivent être évités et les menaces d’attaques sont récurrentes. Les journalistes exilés sont confrontés à des défis supplémentaires.

Pour les Syriens en particulier, le risque perçu pour leur sécurité est très élevé. Plus généralement pour tous les journalistes exilés au Liban, leur statut juridique, leur indépendance financière et le climat de plus en plus anti-réfugiés représentent une préoccupation constante.

En conséquence, les journalistes en exil qui ont été forcés de quitter leur pays d’origine pour leur travail ne souhaitent pas s’installer ici. Le Liban représente plutôt une étape dans leur long voyage à la recherche d’un lieu où continuer de rechercher et de rapporter la vérité librement, indépendamment et en toute sécurité.

Recrudescence des attaques contre les journalistes en RD Congo

Journaliste en danger (JED), s’insurge contre le regain d’attaques enregistrées depuis quelques semaines contre des journalistes et des médias. Le JED appelle les nouvelles autorités de la République Démocratique du Congo à prendre des mesures immédiates pour que cessent ces attaques répétées.

En l’espace de deux semaines, le JED a enregistré au moins 6 cas d’atteintes flagrantes à la liberté de l’information en RD Congo, à Kinshasa et dans les provinces où des journalistes et médias ont été victimes des attaques ciblées en rapport avec leur travail.

Voici une liste non exhaustive des journalistes concernées par la répression:

Simon BOFUNGA, directeur de Congo Nouveau, journal paraissant à Kinshasa, qui a été interpellé le mercredi 21 août 2019 au parquet près la Cour d’Appel de Kinshasa Gombe. Le journaliste s’y était rendu après avoir reçu un mandat de comparution. Détenu pendant environ 10 heures, le journaliste a été remis en liberté sans être auditionné et sans savoir le motif réel de cette interpellation. Il lui a été demandé de se présenter au parquet le vendredi 30 août.

Raim MAYAMA, journaliste présentatrice du magazine « Masolo ya Congo » et collaboratrice avec plusieurs médias émettant à Kinshasa, a été interpellée, le mardi 20 août 2019, successivement à la police criminelle et au parquet de grande instance de Likasi, dans la province du Haut- Katanga sur ordre de M. Kambaj, Chef de bureau des Mines. La journaliste s’était rendue au bureau du Chef de bureau des Mines pour réaliser une interview sur le présumé détournement de la taxe minière. Après avoir recueillie des informations auprès d’un proche collaborateur de M. Kambaj, Raim MAYAMA a été subitement mise aux arrêts. Accusée « d’extorsion », elle a été conduite dans les installations de la police criminelle avant d’être acheminée au parquet où elle a été gardée jusqu’à présent sans droit de visite ni d’assistance ou de conseil.

Serge SINDANI, journaliste à Kis24.Info, un média en ligne dont la rédaction est basée à Kisangani dans la province de la Tshopo, a été violemment molesté par un groupe d’éléments des Forces Armées de la RD Congo, le 18 août 2019, alors qu’il regagnait son domicile après avoir couvert le culte de dédicace de la province de la Tshopo à Dieu, organisé par le nouveau Gouverneur de province. Violenté, le journaliste a été dépouillé de tous ses biens, notamment ses deux téléphones portables. 

La radio Télévision Shaloom, l’une des stations des radios de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Central, fermée depuis trois mois pour non paiement des redevances, taxes et impôts par la Direction Générale des Recettes Administrative, Domaniale et de Participation (DGRAD) a été visée, le vendredi 16 août 2019 dans la nuit, par un groupe de personnes non autrement identifiées. Tous les matériels de ce média ont été emportés. Il s’agit notamment du mixeur, le groupe électrogène, les ordinateurs, les micros, etc.

Michel Tshiyoyo, directeur de la Radio Sozer FM, une station communautaire émettant à Kananga, chef- lieu de la province du Kasaï Central est détenu depuis le mercredi 14 août 2019, dans les installations du Tribunal de paix de Kananga sur ordre du gouverneur de province M. Martin Kabuya qui « l’accuse d’incitation à la haine et outrage à l’autorité provinciale ». Le journaliste est poursuivi pour s’être interrogé sur sa page Facebook sur la rumeur d’une altercation qui aurait eu lieu entre le gouverneur Martin Kabuya et son adjoint Ambroise Kamukuny lors d’une mission officielle à Kalamba Mbuji, un poste douanier situé à 250 km de Kananga, dans le territoire de Luiza. Depuis son arrestation, Michel Tshiyoyo comparaît devant le Tribunal de paix de Kananga. À l’audience du lundi 26 août dernier, le journaliste a récusé les juges et a sollicité la recomposition du tribunal. Depuis, Tshiyoyo reçoit dans sa cellule des menaces de mort: « Michel, c’est nous que tu veux combattre. On va te tuer, retiens- le. Nous connaissons où habitent tes deux femmes. Nous t’avons piégé et nous t’avons eu. Tu n’es pas intelligent. Que le tribunal se prononce tu verras« .

Franck MUSUNZU, journaliste-correspondant de la Radio Pole FM à Masisi, un territoire de la province du Nord- Kivu, a été copieusement tabassé, le jeudi 1er août 2019, par un militaire des Forces Armées de la RD Congo. Le journaliste voulait interviewer la population de la localité de Kitshanga, victime de plusieurs exactions militaires.

Après plus d’un mois de fermeture arbitraire, un média proche de l’opposition a été re-ouvert. Aucune déclaration des officiels congolais n’a accompagné cette reprise, ni justifiée les raisons de la fermeture de cette chaîne. Il s’agit de la Radiotélévision par Satellite (RTV1) qui a repris ses activités le samedi 24 août 2019. Signalons que le signal de ce média a été brusquement coupé, le samedi 29 juin 2019, sans aucune notification, verbale ou écrite, adressée aux responsables de ce média diffusait une émission intitulé « Spécial Lamuka » appellant la population à participer à une marche pacifique, le 30 Juin 2019, pour notamment réclamer « la vérité des urnes ». Cette manifestation de l’opposition était interdite, la veille par l’autorité urbaine au motif le 30 Juin était un jour commémoratif de l’indépendance de la RD Congo.

Dorcas BAKANDA, journaliste de la Radio Communautaire Rurale FM, station émettant à Mbandaka, chef- lieu de la province de l’ Équateur, a été victime, le dimanche 28 juillet 2019, d’une violente agression. La journaliste a été poignardée à ses postérieurs par un groupe d’hommes munis d’armes blanches. Blessée et saignant à flots, Dorcas BAKANDA a été dépossédée de son sac à main contenant son téléphone portable, son dictaphone, etc. Dorcas BAKANDA a été attaquée sur son chemin de retour à son domicile après avoir présenté une émission consacrée au décryptage de l’actualité sociopolitique de la province. Dans cette tranche d’émission, elle a critiqué les autorités provinciales en les invitant à pouvoir résoudre le problème de l’inondations récurrente dont est victime la population locale.

Attaque avec violence, vol, enfermement arvitraire, peur au quotidien…

Le JED condamne avec la plus grande fermeté ces attaques dont sont actuellement victimes des journalistes qui doivent pouvoir exercer leur travail dans les meilleurs conditions, surtout à l’aube de cette période de l’alternance politique en RDC qui doit marquer une rupture avec les méthodes et pratiques prédatrices de l’ancien régime.

Près de huit mois après son avènement au pouvoir, et en dépit de ses déclarations des bonnes intentions, le JED constate avec regret que le nouveau Président de la République Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi , n’a pris aucune mesure concrète pour promouvoir la liberté de la presse et assurer la sécurité des journalistes.

Rappelons que la RDC a perdu plusieurs journalistes (ses Fils maison) à cause des exactions commises en 2018 ; Nombreux sont en exil tandis que d’autres vivent dans la clandestinité bien qu’ils soient dans leurs propres pays ; d’autres ont été assassinés, enterrés dans des fosses communes à Kinshasa et à travers la République.

Lors de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai dernier, il avait pourtant déclaré: « J’entends par quatrième pouvoir que vous avez des droits. Le droit d’être protégé, de parler librement ou d’investiguer…!« 

Les atteintes à la liberté d’expression, d’opinions et d’informations en République démocratique du Congo restent un combat pour la vraie démocratie dans le pays de Lumumba!

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    Un procès ouvert en 2015, reporté 15 fois. Avec notre confrère de la Maison des journalistes Hicham Mansouri, Maâti Monjib est visé par une plainte suite à la création d’une application mobile aidant les journalistes marocains et depuis censurée par le pouvoir. Hicham a du quitter le Maroc après avoir connu la diffamation et la […]

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Le code de bonne conduite des médias en cas d’attentat: à chaque raté, sa mesure du CSA

En 2016, après l’intense couverture médiatique des divers attentats en France et les nombreuses dérapages des rédactions, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) met en place un « code de bonne conduite des médias« . Dernière sanction en date, vendredi 2 août 2019, le Conseil met en demeure la chaine d’information BFMTV. En cause, sa « diffusion répétée d’une information erronée » lors de la couverture des attentats dans l’Aude, en 2018. L’occasion pour la Maison des journalistes de revenir sur les bourdes médiatiques et les précautions prises par le CSA.

Ces événements sont restés dans la mémoire de tous les français: entre janvier 2015 et juillet 2016, la France est victime d’une vague d’attentats (Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher, les 13 novembre 2015 et 14 juillet 2016). Lors de chaque attaque, une grande couverture médiatique est mise en place.

Les attentats de janvier 2015 vont marquer un tournant dans le traitement de l’information à caractère terroriste. Le CSA sanctionne plusieurs rédactions pour leur couverture des évènements.

Le gendarme de l’audiovisuel leur adresse, au total, 15 mises en garde et 21 mises en demeure pour les raisons suivantes: divulgation de fausses informations, atteinte au respect de la dignité et de la personne humaine, trouble de l’ordre public, trouble des interventions des forces de l’ordre, ou encore mises en danger de la sécurité d’un individu.

Le CSA, c’est quoi?


Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel est une structure française, créée par la loi du 17 janvier 1989.

Le CSA régule le milieu de la télévision et de la radio: son rôle principal est de garantir la liberté de communication en France.

Le gendarme de l’audiovisuel a plusieurs missions:

  • attribuer les fréquences des radios et des télés
  • nommer les patrons de l’audiovisuel public
  • respecter le pluralisme politique
  • garantir la protection des mineurs face aux contenus diffusés
  • assurer une représentation de la diversité à l’antenne
  • faire respecter la dignité humaine
  • défendre la langue et la culture française
  • veiller aux dérapages
  • sanctionner les acteurs de l’audiovisuel.

En 2016, le CSA reconnaît l’importante couverture médiatique de ces événements et sa complexité. L’organisme s’interroge alors sur les pratiques utilisées par les rédactions.

Le 25 octobre de la même année, après plusieurs entretiens avec divers représentants des médias, des représentants des victimes, et le Procureur de la République de Paris, le CSA communique un « code de bonne conduite des médias« , proposant à ces derniers, un ensemble de précautions à prendre en cas d’attaque terroriste. A chaque raté, sa mesure.

La gêne au travail des forces de sécurité

Ce qu’il s’est passé: lors des attentats de janvier 2015, les chaînes BFMTV, Canal +, Euronews, France 2, France 24, LCI et TF1, avaient diffusés des informations et des images indiquant le déploiement des forces de l’ordre, leur positionnement exact ainsi que la stratégie mise en place, alors que les terroristes étaient encore retranchés à Dammartin-en-Goële et à l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes.

La divulgation de ces informations aurait pu porter préjudice aux déroulements des opérations, à la sécurité des forces de l’ordre et à celle des otages. Les chaînes auront une mise en garde.

France 2 est la première chaîne arrivée sur les lieux de la prise d’otage de l’Hyper Cacher. Le journaliste qui couvre l’intervention policière, est visiblement trop proche des forces de l’ordre, et se fait repousser.

La mesure du CSA: dans son « code de bonne conduite« , le CSA invite les rédactions à « agir avec discernement » lors de leur recherche d’information. Ceci dans le but d’éviter de gêner le travail des forces de l’ordre.

L’organisme met l’accent sur la gêne que peut occasionner la présence des médias sur les lieux d’interventions.

La prise de contact avec les terroristes

Ce qu’il s’est passé: vendredi 9 janvier 2015, il est plus de 15h lorsque la radio RTL appelle l’Hyper Cacher de Vincennes et parvient à entrer en contact avec Amedy Coulibaly.

Le preneur d’otage raccroche mal le combiné. RTL enregistre alors la conversation, et la diffuse à l’antenne le lendemain. Lien vers le podcast de RTL

La mesure du CSA: le Conseil précise la ligne de conduite à adopter lorsque des opérations sont en cours. Le gendarme de l’audiovisuel demande aux médias de s’abstenir d’une quelconque prise de contact, que ce soit avec les terroristes ou les otages, au risque d’entrainer des « conséquences dramatiques sur la sécurité des personnes et sur du déroulement de l’enquête« .

Dans le cas où les terroristes sont à l’origine de la prise de contact avec les médias, comme il a pu en être le cas avec Amedy Coulibaly qui avait contacté BFM TV, le CSA stipule qu’il est « indispensable que les pouvoirs publics en soient informés immédiatement et selon les procédures qu’ils auront définies ».

Les sanctions du CSA


La mise en garde est un courrier adressé aux éditeurs ou aux distributeurs leur rappelant la nécessité de se conformer à la réglementation.

La mise en demeure est une lettre envoyée aux éditeurs ou aux distributeurs qui ont reçu, au préalable, une mise en garde.

Le destinataire est sommé de rectifier sa faute, au risque de recevoir une sanction.

La sanction varie en fonction de la gravité de l’acte.

Elle peut aller d’une simple insertion d’un communiqué dans un programme, à la suspension d’une émission.​

Les témoignage des victimes, proches ou témoins.

Ce qu’il s’est passé: à l’époque présentatrice du journal de France 2, la journaliste Elise Lucet s’entretient au téléphone avec la sœur de Lilian Lepère, l’otage de l’imprimerie de Dammartin-en-Goële où sont retranchés les frères Kouachi.

La conversation est diffusée en direct à la télévision, alors que Lilian est toujours caché.

La mesure du CSA: la prise de contact avec les victimes, les témoins ou leurs proches est autorisée, même si le CSA demande une « vigilance particulière pour ne pas mettre en danger la sécurité des personnes« .

Autre cas: en 2016, un attentat a lieu sur la promenade des Anglais à Nice lors du feu d’artifice du 14 juillet. Les médias présents sur place interrogent victimes et témoins de l’attaque. Une vague de critique s’en suit sur les réseaux sociaux quant à la nature des témoignages recueillis par France 2 et LCI: entre image choque et témoignage incohérent de personnes déboussolés.


Visionner le journal de France 2 du 15 juillet 2016.


La mesure du CSA: lors du recueil de témoignage de victime ou de témoin, le CSA demande aux médias de prendre en compte « l’état de vulnérabilité » et « l’état de choc » des interrogés, qui ne sont pas forcément en mesure de « consentir de manière éclairée à la captation de leur image ou de leur propos ».

Renforcer la fiabilité de l’information

Ce qu’il s’est passé: lors de l’attentat du 14 juillet 2015 à Nice, plusieurs médias télévisuels et web relaient la rumeur d’une prise d’otage.​

La mesure du CSA: dans son communiqué, le CSA appelle à la prudence quant à la diffusion d’informations non confirmées: celles-ci sont susceptibles « d’alimenter la tension et la panique des personnes présentes sur les lieux (…) et plus généralement du public ».

L’organisme ajoute que l’emploi du conditionnel par les médias ne suffisent pas toujours « pour que le public ait conscience du caractère incertain d’une information« .

Le CSA rappelle que l’origine de l’information doit toujours être précisée. Si une information erronée est diffusée, celle-ci doit être rectifiées au plus vite, et de manière répétée.

Comment traiter l’image des terroristes et de leur propagande?

Ce qu’il s’est passé: de nombreux médias avaient pour habitude de diffuser le nom et la photo des auteurs des attaques terroristes dans leur journal télévisuel.

Capture d'écran de la chaine de télévision France 3

La mesure du CSA: le Conseil laisse le choix aux rédactions d’anonymiser, nominativement et visuellement, les auteurs des actes terroristes.

Il conseille également d’éviter la diffusion d’image ou de son de propagande, bien qu’elle soit utilisée à des fins d’information. Si ces éléments sont diffusés, le CSA demande aux rédactions de les accompagner « d’éléments éditoriaux adaptés et des précisions quant à leur origine ».

Depuis, comme l’indique France Culture, les médias français ont pris des mesures individuelles concernant la représentation des terroristes dans leur contenu.

Découvrez en 1 minute de podcast France Culture les raisons pour lesquelles les terroristes doivent rester anonymes. 

Acquisition payante d’image réalisé par des amateurs

Ce qu’il s’est passé: certains témoins d’attaque tentent d’obtenir une rémunération en échange de leur vidéo ou de leur prise de son.

Si les médias français refusent, la plupart du temps, ce genre de pratique, ce n’est pas le cas des médias étrangers, pour qui l’achat de contenus amateur est monnaie courante, comme l’explique Le Monde.

Certains achats pourraient avoisiner les 50 000 euros. ​

La mesure du CSA: le Conseil met en garde les rédactions quant à l’acquisition payante d’image ou de son fait par des amateurs lors de ces événements.

Il rappelle que cette pratique doit rester « exceptionnelle » afin d’éviter des captations réalisées dans l’unique but d’obtenir une rémunération.

Dans le cas où les contenus amateurs sont utilisés, le CSA demande un renforcement de la vérification de la source, et invite les rédactions à contextualiser ces supports amateurs.

En matière de règles générales, le Conseil invite les médias à mettre en place une cellule de crise au sein de la rédaction et à instaurer un contrôle et une validation de l’information renforcés. L’organisme préconise également une diffusion en « léger différé » de l’information pour garantir son contrôle et sa validation.

Contacté par la Maison des Journalistes, Jacques Esnous, Vice-Président du Directoire et Directeur de l’Information à RTL, affirme qu’ « il fallait une collaboration sur le terrain entre les autorités et les médias, qui eux ont une nécessité d’informer ».

Ce code de bonne conduite représente finalement un accord « permettant de respecter à la fois le droit à l’information, les besoins de l’enquête et le respect des victimes » déclare-t-il.

Cette mesure permet de « tracer une ligne jaune à ne pas franchir » ajoute-t-il.

Pour autant, le Directeur de l’information à RTL précise qu’une « responsabilité incombe à chaque média », et que malgré ce code « certains seront toujours tentés de franchir cette ligne ».

La dernière « mise en demeure  » de BFM TV, le 23 mars 2018


Une fusillade à Carcassonne, suivi d’une prise d’otage dans un supermarché de Trèbes, dans l’Aude, faisait quatre morts et quinze blessés.

  • Durant son direct, BFMTV diffusait, de manière répétée, une information erronée sur Radouane Lakdim, l’auteur de l’attaque: la chaîne affirmait qu’il avait été naturalisé Français en 2015 alors qu’il était fiché S depuis 2014. 
  • Erreur, puisque la naturalisation de Radouane Lakdim date en réalité de 2004.

Malgré les excuses de la chaîne, le CSA engage en octobre 2018, une procédure de sanction à son encontre.

Vendredi 2 août, le CSA a communiqué sa décision : il a « mis en demeure » la chaîne lui demandant de « faire preuve de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information. »