« Les plus gros vont foncer et les petits n’auront rien » L’écosystème de la presse est-il menacé?

Le parlement français a définitivement adopté l’instauration d’un « droit voisin » pour les agences de presse et les éditeurs de presse mardi 23 juillet 2019. Cette extension du droit d’auteur permet aux médias numériques de bénéficier de compensations financières lorsque leurs contenus sont réutilisés et diffusés sur les plateformes des GAFA. Mais quelles vont être les conséquences pour les éditeurs de presse?

Google et Facebook, premières sources d’information

L’origine de l’extension de cette loi repose sur deux constats.

Google et Facebook sont devenus les premières sources d’information en Europe. D’après Marc Feuillet, directeur général du groupe Figaro, deux tiers de la population européenne s’informe via ces sites.

Les deux géants du numérique s’approprient les contenus produits par les médias, et les publient gratuitement sur leurs plateformes, Google Actualités, Facebook ou encore Twitter.

Les éditeurs de presse sont par conséquent liés à Google et Facebook via la diffusion et les audiences que ces derniers leur apportent. Dans un entretien accordé au Monde en 2018, Richard Gingras, vice-président de Google pour les news, affirme que « Google Search et Google Actualités génèrent plus de 10 milliards de visites par mois vers leurs sites ».

Les GAFA sont alors des intermédiaires clés, entre éditeurs et consommateurs.

Deux géants qui concentrent le marché de la publicité

Les GAFA monopolisent le secteur publicitaire sur internet: à eux seuls, Google et Facebook possèdent deux tiers du marché de la pub, soit environ 2,7 milliards d’euros en France pour l’année 2017 selon Le Monde.

Pour être financés, les médias se dotent de plusieurs éléments: les lecteurs, les subventions d’Etat, et les annonceurs, c’est à dire la publicité.

Mais quand Google et Facebook partagent les contenus des éditeurs de presse, aucune compensation financière n’est allouée aux médias. Une étude commandée par l’Alliance de la presse d’information générale et publiée dans Le Monde estime que la perte des revenus publicitaires des éditions de presse se situe entre 250 et 320 millions d’euros par an.

Ce qui équivaut entre 9 et 12% des revenus publicitaires de Google et Facebook.

Cependant, malgré plusieurs prises de contact et relances auprès du cabinet EY-Parthénon, qui a réalisé l’étude, nous n’avons pu avoir accès à la méthode de calcul de ces données.

Retrouver une presse de qualité?

Avec la mise en place du « droit voisin » les éditeurs de presse pourront obtenir une rémunération de la part des GAFA lorsque leurs articles sont utilisés sur leurs plateformes. Ce nouveau financement permet aux éditeurs de presse de récupérer leur dû, en tant que créateur de contenu d’information.

Ces revenus amélioreront, en outre, les conditions de travail des rédactions et des journalistes.

En août 2018, Sammy Ketz, directeur de l’AFP à Bagdad, publiait une tribune via l’AFP (Agence France Presse) dans laquelle il faisait état de la situation critique du secteur. « En 40 ans de carrière, j’ai vu le nombre de journalistes sur le terrain diminuer de manière constante ». Des licenciements dus à un manque de moyens et de financement dans les rédactions.

Il dénonçait également les conditions dans lesquelles les reporters, notamment ceux spécialisés dans le reportage de guerre, doivent travailler: « Aujourd’hui, il faut des gilets pare-balles, des casques, des voitures blindées, parfois des gardes du corps pour éviter d’être enlevés, des assurances. Qui paie de telles dépenses ? Les médias ! Et cela est onéreux« . Cliquez pour lire la tribune de Sammy Ketz.

Au détriment de leur indépendance…

En adoptant la loi, l’objectif des partisans du droit voisin pour les éditeurs de presse était de garantir un journalisme aussi qualitatif qu’indépendant.

Cependant, la mise en place d’un accord financier entraine une double dépendance des médias envers les GAFA.

« Les plateformes jouissent déjà d’une influence forte sur les éditeurs de presse à travers leur rôle d’indispensable intermédiaire entre les journalistes et les citoyens (…) Le droit voisin leur donne un nouveau levier d’influence, économique, direct, en créant une ligne de revenus, garantie par la loi » déclare Jean-Christophe Boulanger, président du Spiil (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne) dans une tribune publiée par Legipresse.

Un autre questionnement entre en compte: celui de la liberté d’informer.

« Mais quand les revenus du Monde ou du Figaro dépendront des revenus de Google ou de Facebook, combien de temps encore pourrons-nous lire dans ces journaux des critiques de ces géants? » souligne l’association la Quadrature du Net dans un communiqué de presse de mars 2019.

Avec ces accords, les éditeurs de presse pourront-ils encore assurer la liberté d’information, principe fondamental de leur métier? Le choix des thématiques traitées sera-t-il, en partie, tenu par les géants du net?

Le silence des GAFA

Aucun commentaire. Telle est la réaction de Google et Facebook face à l’adoption de la loi en France. Pour autant, Giuseppe de Martino, président de l’Association des services Internet communautaires (ASIC) qui compte, entre autre, Facebook et Google, réplique dans le Monde: « C’est une usine à gaz. Cela profitera aux éditeurs les plus gros ».

Des négociations au profit des grands médias français?

Pour permettre une action commune, un organisme entre éditeurs de presse a été créée : l’Alliance de la presse d’information générale. Cette structure regroupe les trois syndicats professionnels de la Presse Quotidienne Nationale, Régionale, et Départementale ainsi que la Presse Hebdomadaire Régionale.


« Les plus gros vont foncer, et les petits n’auront rien« , déplore le Spiil.


Pour autant, cette alliance ne prend alors pas en compte la SPIIL, qui regroupe une multitude de médias indépendants.

Et pourtant, Jean-Christophe Boulanger, président du syndicat, a déclaré dans le Monde: « J’ai proposé à l’Alliance de discuter d’une société de gestion des droits d’auteur, pour avoir une approche commune, je n’ai pas eu de retour ».

Les médias indépendants seraient-ils condamnés à mener seuls le combat contre les géants du web?

« Les plus gros vont foncer, et les petits n’auront rien », nous déplore le Spiil.

Tout comme l’ASIC, l’organisme craint ainsi des négociations indépendantes qui profiteront, en majeure partie, aux grands éditeurs de presse. Ces mêmes éditeurs sont, par ailleurs, ceux qui perçoivent le plus de subventions de la part de l’Etat.

Tableau réalisé à l’aide des chiffres dévoilés par le Ministère de la Culture et de la Communication

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Adapter le droit voisin aux éditeurs de presse: un combat incertain

Mardi 23 juillet 2019, l’instauration d’un « droit voisin » pour les agences de presse et les éditeurs de presse, a définitivement été adoptée en France. Cette extension du droit d’auteur permet aux médias numériques de bénéficier de compensations financières lorsque leurs contenus sont réutilisés et diffusés sur les plateformes des GAFA. Pour l’heure, les négociations s’annoncent laborieuses. La Maison des journalistes fait le point.

Aucun commentaire, aucune réaction. Le silence de Google et Facebook face à l’adoption de la loi en dit long…


Il semble « inimaginable qu’ils [les GAFA] refusent d’appliquer la loi et préfèrent fermer leurs services d’actualité » déclare Patrick Mignola, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale. Inimaginable ? Mais possible…


Et pour cause, les négociations entre les éditeurs de presse et les GAFA semblent difficiles, d’autant plus qu’à ce jour, beaucoup de zones d’ombre persistent. « C’est une loi complexe. Sur internet, on lit tout et n’importe quoi à ce sujet », témoigne anonymement un avocat de la propriété intellectuelle.

La création d’un organisme unique?

Le texte adopté prévoit un ou plusieurs organismes en charge de la collecte et de la gestion des fonds. Mais pour le moment, « aucun comité, aucun organisme de gestion n’a été créé, pour garantir ces négociations et la redistribution équitable des recettes publicitaires » regrette le Spiil (Syndicat pour la Presse Indépendante d’Information en Ligne).

Ainsi, le choix de la société reste encore à définir. Diverses pistes sont relayées dans les médias.

Selon La Croix, un modèle similaire à celui de la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) est envisagé. La SACEM collecte l’argent lié aux droits d’auteur, et le redistribue aux créateurs français.

A contrario, le journal Les Echos écrit « les éditeurs voulant aller vite, ils ne devraient pas retenir l’hypothèse, un temps évoquée, de la mise en place de leur propre structure« .

La gestion de ces revenus serait alors assurée par l’un des trois organismes suivants, le CFC (Centre Français d’exploitation du droit de copie), la SACEM, ou la SCAM (Société civile des auteurs multimédia).

Giuseppe de Martino est président de l’ASIC (Association des services Internet communautaires) dont Google et Facebook sont membres. Interrogé par Challenges, il émet des réserves sur cet organisme: « Si le texte nous oblige à passer par une société de gestion collective, espérons que ce sera moins coûteux et plus transparent que ce qui existe pour la musique« .

Unité des éditeurs de presse pour négocier collectivement?

La loi vise aussi à instaurer des négociations collectives permettant ainsi aux éditeurs de presse d’avoir plus de poids face aux géants du numérique.

David Assouline, sénateur de Paris et porteur de cette loi, insiste sur le fait « qu’il doit y avoir une unité de l’ensemble de la presse et que les acteurs de la presse ne doivent pas être dispersés. »

Une alliance a ainsi vu le jour: l’Alliance de la Presse d’Information Générale. Cette structure regroupe les trois syndicats professionnels de la presse quotidienne, nationale, régionale, et départementale ainsi que la presse hebdomadaire régionale.

Pour autant, cette alliance ne prend pas en compte les médias indépendants. Jean-Christophe Boulanger préside le Spiil, qui regroupe 180 éditeurs. Dans un article publié par Le Monde, ce dernier a déclaré: « J’ai proposé à l’Alliance de discuter d’une société de gestion des droits d’auteur, pour avoir une approche commune, je n’ai pas eu de retour ».

Les médias indépendants seraient-ils condamnés à mener seuls le combat contre les géants du web?

Les GAFA peuvent-ils refuser les négociations?

Malgré la prise de contact avec une quinzaine d’avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle, aucune réponse ne nous a été communiquée. Impossible donc de savoir si les GAFA peuvent refuser ou non les négociations. Cependant, si les deux géants du numérique publient sans autorisation, le texte prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende.

Aux Echos, Giuseppe de Martino répond: « Est-ce que des grandes plates-formes pourraient aller jusqu’à fermer leurs services aux éditeurs de presse? Les contenus de la presse ne sont pas clefs pour les plates-formes et elles ne sont pas prêtes à payer des sommes folles, voir prêtes à payer tout court.« 

Pour Patrick Mignola, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, il semble « inimaginable qu’ils refusent d’appliquer la loi et préfèrent fermer leurs services d’actualité » déclare-t-il dans une interview au Nouvel Economiste. Inimaginable? Mais possible…

Quand Google contourne la loi

Par le passé, Google a prouvé sa capacité à jouer avec la loi.

En 2013, l’Allemagne lance le projet de loi « Lex Google« , porté notamment par les groupes de presse Springer et Bertelsmann. La réaction de Google fut la suivante: « Nous proposons aux éditeurs une nouvelle possibilité : nous indiquer s’ils veulent ou non que leurs contenus restent référencés sur Google News ».

En d’autres termes, un ultimatum a été posé aux éditeurs de presse allemands : être référencé gratuitement sur leur site ou en être exclu. La loi entre en vigueur à l’automne qui suit, et pourtant, aucun média allemand, ni même les groupes Springer et Bertelsmann, ne se trouve déréférencé de Google News.

Les raisons? La loi n’oblige pas Google à rémunérer les éditeurs et ces derniers renoncent finalement à leurs droits, Google News leur apportant trop d’audience…

Autre cas en France, un an plus tôt.

Le pays fait le choix de renoncer à la loi. En effet, Google négocie un accord avec les éditeurs français via son Fonds Google. Doté de 60 millions d’euros sur trois ans, ce Fonds finance les projets numériques des éditeurs français.

La sanction la plus rude est celle de l’Espagne.

C’est une première mondiale, en 2014, Google Actualités décide de fermer son site. En cause, la législation espagnole qui contraint le géant du web à rémunérer les éditeurs de presse. La décision a provoqué une chute considérable des audiences des journaux en ligne. De plus, Google Actualités ne semble toujours pas disponible pour l’heure…

A la différence de la loi adoptée en France, la législation ibérique établissait un droit « inaliénable » des éditeurs de presse à recevoir une compensation financière. Pour les députés, parlementaires et journalistes, les dérives évoquées ci-dessus ne devraient pas se reproduire.

Cette fois, la loi a été adoptée au niveau européen. Le poids que représente la population européenne est considérable pour le marché de Google et Facebook.

Catherine Morin-Desailly, sénatrice centriste commente: « Google a intérêt à poursuivre son activité en Europe qui est un marché profond et durable de 500 millions de consommateurs. C’est le premier marché économique organisé« .

La France est le premier pays à transposer la directive européenne du droit voisin dans sa législation. Quant aux autres pays membres de l’Union Européenne, ils ont jusqu’en 2021 pour instaurer la loi.

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Le droit voisin et son extension à la presse

Le droit voisin s’invite à la table des éditeurs et agences de presse. Dans ce cadre, des médias français pourront demander de l’argent au GAFA (Google-Amazon-Facebook-Apple). Premier volet de notre série en 3 épisodes sur ce nouveau droit de la presse qui pourrait révolutionner la visibilité des médias sur internet. 

Qu’est-ce que le droit voisin du droit d’auteur?

Créé par la loi Lang n°85-660 du 3 juillet 1985, le droit voisin est un droit annexe au droit d’auteur. Il s’inscrit dans le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI).

Ce droit permet d’apporter une protection aux personnes qui participent à la création d’une œuvre, sans pour autant en être les créateurs.

Qui peut demander un droit voisin?

A l’origine de sa création, le droit voisin s’applique à trois catégories de personnes: les artistes-interprètes (chanteurs, acteurs, toute personne qui interprète une œuvre), les producteurs de musique ou de vidéo, et les organismes de radiodiffusion et de télédiffusion.

Que permet le droit voisin?

Le droit voisin comporte des droits patrimoniaux et des droits moraux.

Les droits patrimoniaux permettent à l’ayant droit d’autoriser ou d’interdire l’utilisation et l’exploitation de sa prestation. Il peut également demander une rémunération lorsque sa prestation est utilisée ou exploitée. En France, depuis 2015, la durée des droits patrimoniaux est de 70 ans à compter du 1er janvier de l’année suivante.

Les droits moraux sont en charge, d’une part, du respect du nom de l’artiste (à chaque utilisation, le nom de l’artiste doit être indiqué) et d’autre part, du respect de l’interprétation (on ne peut modifier une interprétation sans autorisation.)

Le droit voisin est éternel, il ne peut être supprimé, ni vendu, et se transmet aux héritiers.

Qui gère les rémunérations des ayants droit?

Un organisme, la SPRÉ (Société pour la Perception de la Rémunération Equitable), collecte les revenus auprès des utilisateurs et les répartit dans quatre sociétés:

  • L’ADAMI (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens-interprètes)
  • La SPEDIDAM (Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes) pour les artistes interprètes
  • La SCPP (Société civile des producteurs phonographiques)
  • La SPPF (Société des producteurs de phonogrammes en France) pour les producteurs.

Par la suite, ces sociétés redistribuent les revenus aux ayants droit.

Quelles sont les sanctions en cas de non-respect du droit voisin?

La contrefaçon, la reproduction ou la diffusion d’une œuvre sans autorisation peuvent être sanctionnées soit civilement (versement de dommages et intérêts en réparation d’un préjudice) soit pénalement (trois ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende).

Extension du droit voisin pour les éditeurs de presse : la directive européenne

Le 26 mars 2019, après deux ans de débat, les eurodéputés ont définitivement adopté la réforme européenne du droit d’auteur: l’objectif était de moderniser ce droit à l’ère du numérique.

Dans cette directive, l’article 15 (anciennement article 11) ajoute de nouveaux bénéficiaires au droit voisin : les éditeurs et les agences de presse.

Que dit la directive européenne à propos des éditeurs et des agences de presse?

Les rédactions peuvent désormais demander une rémunération aux agrégateurs d’informations, comme Google News, ou aux réseaux sociaux, comme Facebook, lorsque ces derniers utilisent et diffusent leur contenu sur leur site.

Auparavant, ces plateformes référençaient et transmettaient les publications des médias sans donner de compensation financière aux éditeurs : un problème à l’heure ou ces géants du web sont devenus les principaux diffuseurs de l’information.

Les contenus des éditeurs sont protégés pendant deux ans. Les éditeurs peuvent renoncer à ce droit. Les Etats membres de l’Union Européenne ont deux ans pour transposer le texte dans leur législation nationale.

Quelles sont les exceptions dans la directive?

Les éditeurs de blogs ne bénéficient pas de ce droit car leurs publications ne sont pas « sous le contrôle d’un éditeur de presse ».

Les publications scientifiques et universitaires ne sont pas non plus soumises aux droits voisins.

L’usage de liens hypertextes est exclu de ce droit, car il ne « constitue pas une communication au public ».

L’utilisation de mots isolés (comme les hashtags), les reprises d’extraits « très courts », ou le rappel de faits rapportés dans les publications de presse sont exclus de ce droit.

Seuls les sites réalisant des bénéfices sont concernés par la directive. Les usages privés ou non-commerciaux sont exclus de la directive.

L’adoption de la directive en France

Portée par le Sénateur socialiste David Assouline, la directive européenne a été et définitivement adoptée le 23 juillet 2019. La France est le premier pays de l’UE à transposer cette directive dans sa législation. Elle reprend en majeure partie le texte des eurodéputés, mais plusieurs amendements ont été apportés.

La loi française précise les entités qui sont tenues de payer ces droits voisins. Sont donc pris en compte, les « services de communication au public en ligne », soit les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les grandes plateformes.

Les photographies et les vidéos réalisées par les agences et les éditeurs de presse sont considérées comme des « publications de presse » et sont donc incluses dans la loi.

Le texte français établit également un droit pour les journalistes, auteurs des publications, d’obtenir une part de la rémunération dédiée aux éditeurs et aux agences de presse.

Une clarification pour la répartition de la rémunération des éditeurs de presse, a également été ajoutée. Elle prendra en compte « les investissements humains, matériels et financiers réalisés par les éditeurs et les agences de presse », ainsi que leur « contribution à l’information politique et générale ».

Aussi, le texte prévoit un ou plusieurs organismes en charge de la collecte et de la redistribution des recettes. L’organisme reste à définir. Enfin le droit patrimonial, détenu par les agences et les éditeurs de presse, est fixé à 5 ans.

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La révolution syrienne vue par la chaîne Russia Today ou la nouvelle lutte de l’information

Avec plus de 1.400.000 vues, c’est la vidéo star de la chaîne YouTube du média russe. Pour la version allemande, c’est près de 1.800.000 et c’est plus de 4.500.000 pour la vidéo postée sur la page Facebook « In the NOW » qui appartient, sans que ce soit explicitement indiqué, à la rédaction de Russia Today. L’image est forte, le propos cinglant, le décor officiel onusien couronne le tout: « La jeune journaliste indépendante qui remet en cause un confrère mainstream ». En 3 minutes 30, elle y dénonce la propagande occidentale, la corruption de l’organisation de Défense Civile Syrienne et l’inexistence de source fiable. Pourtant la journaliste, Eva Bartlett, n’est pas tant indépendante que le précise le sous-titre, le décor siglé ONU, pas vraiment officiel, et le propos plutôt mensongé comme le décrypte le journal Libération.

Médias occidentalistes contre médias russes

La guerre civile syrienne trouve ses origines début 2011, dans le sillage des révolutions arabe du Maghreb. Dès 2012, la Russie offre un appuie logistique à son allié syrien. En septembre 2015, Vladimir Poutine annonce répondre à la demande de soutien militaire du chef d’État syrien. Au moins 5.000 soldats sont déployés ainsi que plusieurs sociétés militaires. Les bombardements débutent à la fin du mois sur les groupes djihadistes et rebelles.

RT recrute alors pour couvrir le conflit de nombreux indépendants qui partagent un point de vue pro-russe, voir pro-Bashar el-Assad. Toujours critique de l’ingérence occidentale, ainsi que son idéologie envahissante, la chaîne prend alors un angle souverainiste pour ‘expliquer’ les exactions du régime de Bashar el-Assad.

Plus problématique encore, les reportages entretiennent une confusion constante – et contraire à toute déontologie – entre les groupes salafistes djihadistes et les groupes rebelles de l’Armée syrienne libre.

Syrie : confessions d’enfants qui n’ont rien connu d’autre que la guerre


« Les combattants de Liwa al-Quds, c’est ce qui ressemble le plus à une famille pour Jamil. » Lizzie Phelan, reporter de Russia Today.


Le 13 décembre 2016, les rebelles de l’armée syrienne libre déposaient les armes à Alep. Ils avaient jusqu’alors tenu la ville face aux forces royalistes, tandis que dans les campagnes alentours, le régime faisaient également face au groupe État islamique.

Dans un reportage pour RT à Alep, trois jours plus tard, la journaliste britannique Lizzie Phelan accompagne une chabiha, une milice pro-gouvernementale, qui sauve des enfants de « la guerre » (La quoi ? Révolution ? Non, connais pas.)

On retrouve tout du long la rhétorique des civils utilisés comme bouclier humain et la journaliste entretien la confusion en parlant des « terroristes » pour nommer les groupes rebelles.

La bataille d’Alep a fait plus de 21.500 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). en grande partie à cause des frappes menées par le régime syrien et la Russie. Celles-ci ont parfois visé intentionnellement les populations civiles d’Alep – comme ceux-là mêmes interviewés dans le reportage de RT – avec l’utilisation d’armes chimiques, de barils explosifs largués par hélicoptère et d’armes à sous-munitions comme révélé par erreur dans un reportage de RT.

Dans une interview pour le New York Times en janvier 2012, la reporter de guerre de RT et de l’agence iranienne Press TV, Lizzie Phelan défend sa vision d’un journalisme souverainiste:

« Je me sens davantage en paix avec moi-même en travaillant pour le média d’un pays qui se défend d’une agression extérieur que pour un autre dont l’idéologie impérialiste justifie d’elle même le fait d’être imposé partout dans le monde et par tous les moyens nécessaires. (…) Le rôle de ces médias mainstream, BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera, est de créer un récit qui justifie une intervention en Syrie, en Libye. »

« Je pensais aller à Homs mais j’ai dû renoncer car c’était trop dangereux pour moi suite aux attaques de journalistes par la prétendu Armée syrienne libre. » explique la journaliste de RT, faisant allusion à la mort du cameraman Gilles Jacquier le même mois dans des circonstances incertaines. Mais un mois après, ce sont deux journalistes occidentaux (Marie Colvin et Rémi Ochlik) qui couvraient le conflit du côté des rebelles de Homs qui étaient tués, cette fois-ci directement visé par les forces du régime.

À l’ère de la post-vérité, l’objectivité n’a plus de sens et les massacres ne sont que des opinions

Une autre cible récurrente de la chaîne RT est la Défense civile syrienne ou Casques blancs accusés de tous les maux : enlèvement d’enfants, manipulations, voir même d’actes terroristes.

Cette organisation humanitaire est présente depuis le début du conflit au côté des groupes révolutionnaires. 4.000 volontaires sont présent dans l’ensemble du pays pour évacuer des décombres les victimes et prodiguer les premiers soins.

Très présente sur les réseaux sociaux, l’organisation syrienne a reçu dès 2013 un soutien financier des États-Unis et de l’Europe, et un appui logistique de l’ONG Britannique Mayday Rescue. Les installations des Casques blancs souvent ciblées par les frappes russes et loyalistes, c’est plus de 260 volontaires qui ont perdu la vie depuis le début du conflit. Les bombardements visant les zones rebelles sont souvent doublés pour atteindre, quelques minutes après la première salve, les secouristes occupés dans les décombres.

Recherge YouTube "Casques blancs" : Revoilà Lizzie Phelan qui nous ''réinforme'' cette fois-ci sur les Casques blancs

Le 7 avril 2018 à Douma, la chaîne RT prétend que les 3 bonbonnes de gaz chloré, qui ont fait près d’une centaine de victimes civiles avérées, ont été déposés par les rebelles. Mais très vite les images des bonbonnes cabossées par la chute, voir passées à travers un plafond pour l’une, contredisent cette version.

Le fait que les bonbonnes ait été larguées incrimine directement le régime qui a le contrôle total, avec les forces russes, du ciel syrien. Quelques jours après, une vidéo montrant la frénésie dans un hôpital de Douma a été reprise par le média russe qui sous entend une manipulation de la Défense civile syrienne .

Pourtant aucun casque blanc n’apparaît pas dans la vidéo originale, et pour cause celui-ci est complétement indépendant de l’organisation. On peut trouver comme source première de cette vidéo le groupe Facebook Douma.Revolution et la chaîne YouTube du potentiel auteur de la vidéo.

« Toute l’information selon des sources contradictoires »

Robert Fisk sur Russia Today (Capture d’écran, 2012)

Dans les journalistes cités par RT France sur cette attaque on retrouve également le grand reporter britannique Robert Fisk (The Independent) qui couvre le conflit syrien en compagnie des forces russes et syriennes.

Mais depuis le début du conflit, Fisk fait l’objet de nombreuses critiques de ses confrères pour ses positions pro-Bashar. Le site Conspiracy Watch affirme que Fisk a « quasiment perdu toute crédibilité auprès de la communauté des grands reporters, et plus généralement de la presse occidentale ».

Sur l’attaque chimique de Douma du 7 avril, le journaliste a rapporté le témoignage d’un médecin qui contredit la version occidentale et remet la faute sur un casque blanc qui aurait provoqué volontairement la vague de panique. Par la suite, Fisk a été très critiqué, car le médecin cité n’était pas présent ce jour là et il n’aurait pas pris la peine, pourtant présent dans les premiers à Douma, de rencontrer les médecins de garde ce jour là.

Et finalement, si c’était plutôt la Russie qui essaierait grâce à ses médias de justifier son intervention en Syrie ? Non, à la MDJ on ne tombera pas dans le complotisme…​

Derrière la propagande pour les régimes syriens et russes diffusée par la chaîne, il est surtout reproché à RT une couverture inégale du conflit, ignorant la réalité de la révolution syrienne.

Le 23 novembre 2018 à Kafranbel, le journaliste et militant révolutionnaire Raed Fares, sous la menace constante des groupes djihadistes, était abattu en pleine rue par un commando de trois hommes armés. Tandis que les médias occidentaux traiteront l’information en rendant hommage à l’homme et son combat pour la révolution, RT et l’ensemble des médias russes n’en diront pas un mot.

Derrière cette guerre de l’information et les intérêts géopolitiques de chacun dans la région, la couverture de RT du conflit syrien a pourtant un effet bien réel. En ajoutant à une situation chaotique la chape de plomb d’une désinformation propagandiste, RT permet d’abord et avant tout de cacher les crimes de guerre et assassinats politiques d’un boucher de Damas.

« Osez questionner » – Slogan de la chaîne RT

Lancée en 2005 en langue anglaise sous le nom RT International, au départ basé à Moscou , la chaîne internationale russe, Russia Today s’est rapidement déclinée en arabe et en espagnol et a ouvert des bureaux internationaux.

La branche française de RT est lancée en décembre 2017 et fait face très tôt à une opposition ferme du gouvernement français.

Le Syndicat national des journalistes dénonce dans un communiqué le 12 juillet 2018, la fermeté de l’État envers la chaîne qui s’est fait interdir pendant la campagne présidentiel l’entrée de tous les meeting du partie présidentiel En Marche, puis perdait ses accréditations à la salle de presse de l’Élysée en mai 2018.

Malgré un format d’actualité en continue (BFM TV, C News), RT revendique une ligne éditoriale très critique des démocraties libérales  et des médias occidentaux. La chaîne a trouvé dans le mouvement des Gilets jaunes un nouvel écho pour sa liberté d’opinion, sa ligne souverainiste et son opposition au gouvernement français.

Elle réalise son record d’audience le 8 janvier 2019 avec 763.000 visiteurs uniques.

Fin 2018, RT compte une cinquantaine de journalistes et prévoit à terme une rédaction permanente de 150 employés.

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Coup d’envoi du Réseau des Médias en France pour la Paix, des solutions concrètes en vue!

Le coup d’envoi du Réseau des Médias en France pour la Paix a été donné le 27 juillet à Paris par Wahib-Lucas Makhlouf, manager de HWPL France. Une vingtaine de personnes dont des journalistes et des citoyens ont pris part à la cérémonie de lancement qui a été organisée à l’hôtel Ibis, porte de Bercy.

La création de ce réseau dont l’initiative revient à l’ONG internationale, Heavenly, Culture, World Peace, Restoration of Light (HWPL), va permettre aux journalistes exerçant en France de se concerter, et de débattre d’une manière régulière des moyens de promouvoir les valeurs de la paix dans le secteur des médias.

Une plate-forme de partage d’articles dénommée « Peace Initiative » a été d’ores et déjà mise sur pied avec comme objectif la promotion d’un contenu médiatique valorisant la paix tant du point de vue du volume que de la qualité.


« Si les journalistes se dédient à l’effort de paix, les pensées des personnes et notamment des hommes politiques changeront »


« Nous avons réalisé qu’une seule réunion n’est pas suffisante pour partager le message de paix » a expliqué Wahib-Lucas. « Nous avons créé ce réseau a-t-il ajouté, car nous avons besoin de quelque chose de plus concret et de plus régulier ». Toutes les personnes qui travaillent dans les médias et qui souhaitent à travers leurs articles sensibiliser le public sur le thème de la paix peuvent rejoindre le réseau.

Selon le manager de HWPL France, le réseau est ouvert également aux étudiants, aux professeurs d’université des départements des médias et de la communication et à toute personne militant pour la paix.

Au sein  du réseau, les professionnels des médias trouveront les encouragements qui les aideront à prendre des initiatives ainsi que des outils à même de les éclairer sur leurs responsabilités envers le public. 

Invité à la tribune, le journaliste de la MDJ, Makaila Nguebla tout en se félicitant de cette « belle initiative » a souhaité que « la France puisse s’approprier le réseau ». Et d’ajouter « J’ai été séduit par l’action de HWPL. On a pensé à mettre en place un réseau pour les reporters de guerre mais pas pour les journalistes qui travaillent pour la paix » a-t-il déclaré. « Ce réseau est d’autant plus nécessaire que le monde est aujourd’hui dévasté et menacé par les conflits politiques, confessionnels, ethniques, les guerres civiles, l’insécurité et le terrorisme ».

Notons que la cérémonie a été marquée par la signature d’un contrat symbolique associant les nouveaux adhérents à HWPL. HWPL fut l’initiatrice en 2016 de la « Déclaration pour la paix et la cessation des guerres dans le monde ».

L’ONG espère soumettre ce texte l’année prochaine à l’assemblée générale de l’ONU en vue de le faire adopter comme une résolution ayant force de loi.

Le fondateur de HWPL, Man Hee Lee est un ancien soldat de la guerre de Corée (1950-1953) qui a vécu l’enfer des tueries à grande échelle. D’après lui: « Si les journalistes se dédient à l’effort de paix, les pensées des personnes et notamment des hommes politiques changeront ».

HWPL

C’est une ONG internationale affiliée à l’ECOSOC de l’ONU avec un statut consultatif. Depuis novembre 2016, elle a réalisé dans 22 pays 40 forums ayant réuni 176 journalistes. Ces forums autour du journalisme de paix visent à renforcer les valeurs humaines et de paix dans chaque secteur de la société : la politique, le social, la religion…

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“Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance” – Portrait du journaliste Mahamat

Comme beaucoup de ses confrères, Mahamat n’a pas eu d’autre choix que de mettre ses compétences de journaliste au service de Télé Tchad, une chaîne de télévision du régime dictatorial tchadien. Mais une fois rentré chez lui, le jeune homme enquête sur les massacres perpétrés dans son pays. Un soir de novembre, c’est la recherche de trop. Mahamat est arrêté.

Été 2011, Mahamat est officiellement bachelier. Il s’inscrit à un concours pour intégrer une école de journalisme basée au Soudan. Mahamat est admis. Le gouvernement lui octroie alors une bourse pour ses études. Le jeune homme fait pour la première fois ses valises, et quitte son pays natal, le Tchad. 

« Une fois ma formation terminée, j’ai dû rentrer pour travailler au service du gouvernement ».

2014, Mahamat a 22 ans, et fait ses premiers pas de journaliste à la rédaction arabe de Télé Tchad, l’une des plus grandes chaînes télévisées du pays. Là bas, il réalise des reportages, et travaille au desk.

Mais au Tchad, être journaliste rime avec censure et surveillance acharnée. Les recherches, qu’elles soient personnelles ou professionnelles, sont constamment contrôlées. « La rédaction nous a à l’œil, et tout ce que l’on fait est centralisé au gouvernement ».

Un contrôle également présent à plus petite échelle : « les journalistes se surveillent même entre eux ».

Pour Mahamat, la réalité du métier de journaliste dans son pays est désolante: « Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance ».

Le mois d’avril 2016 s’ouvre sur l’élection présidentielle. Idriss Deby, le candidat sortant, brigue un cinquième mandat. Pour les tchadiens, l’heure est à la contestation: ils demandent le départ du dictateur, au pouvoir depuis 26 ans. 


« Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».


A Télé Tchad, on se prépare à couvrir l’événement. Mahamat est désigné “envoyé spécial” pour les régions de Dar Sila et de Ouaddaï, à l’est du pays. Arrivé sur place, la couverture médiatique est difficile et inédite pour le jeune homme : “Pendant un mois, je suis au coeur des tensions et des violences”.

Mahamat est marqué par la brutalité humaine qu’entraine ces élections.

Lors d’un meeting du PLD (Parti pour les Libertés et le Développement) un parti d’opposition au régime, Mahamat est à son tour pris pour cible. Des militants l’attaquent physiquement. « Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».

Sa liberté d’expression, Mahamat la retrouve le temps d’un instant, lorsqu’il discute des questions des droits de l’homme dans l’émission “choc des idées” sur FM Liberté : une radio privée, non tolérée par le pouvoir.

Dire la vérité. A tout prix. C’est pourtant ce qui anime Mahamat et deux autres journalistes tchadiens.

Le 26 novembre 2016, un massacre a lieu à Ngueli, au nord du pays: : une bagarre entre deux familles fait cinq morts et plusieurs blessés. Quelles sont les réelles circonstances du drame ? Qui sont les vrais responsables ? Les trois journalistes décident de mener leur propre enquête.

Mais très vite, leur investigation est interrompue. Le 10 décembre 2016, Mahamat et ses deux confrères sont arrêtés à leurs domiciles respectifs et sont amenés à la police judiciaire. « Pendant deux jours, on a été interrogés et torturés ». Une signature sur un papier promettant l’arrêt des recherches permet finalement aux trois journalistes d’être relâchés.

Quelques semaines plus tard, Mahamat apprend que l’un de ses deux collègues a été tué. Accident ? Vengeance personnelle ? Coup du gouvernement ? Mahamat l’ignore, encore aujourd’hui. La mauvaise nouvelle n’arrête pourtant pas les deux journalistes.


Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ».


Deux ans plus tard, ils lancent une autre enquête : divers bombardements ont lieu à Miski dans le Tibesti, un massif montagneux du Sahara central, zone frontalière de la Libye.

Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ». Mahamat et son confrère sont en train de recouper leurs sources, quand ils sont soudainement interrompus. Des hommes de l’Agence Nationale de Sécurité (service des renseignements tchadiens) se tiennent derrière eux. Tout va très vite. Les deux journalistes sont menottés, embarqués. Leur téléphone et leur ordinateur sont saisis. Leur enquête, effacée…

La sanction est plus lourde que lors de leur première arrestation. Cette fois, Mahamat et son confrère ne seront pas relâchés. Ils sont placés en cellule d’isolement, et torturés quotidiennement…

Un matin de novembre, une bonne étoile vient mettre fin aux vingt-cinq jours de calvaire de Mahamat. « On me dit que je vais être transféré« . Le jeune homme est sorti de sa cellule, et laissé de côté. Quelques minutes plus tard, sa bonne étoile apparait devant lui. « Je suis relâché, cagoulé, et emmené dans une ferme, à une douzaine de kilomètre de la capitale ».

Mahamat reste caché dans cet endroit jour et nuit. Mais il risque à tout moment d’être retrouvé. Sa bonne étoile s’organise, et finit par trouver une solution.


« Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais. »


Le 19 décembre 2018, pour la deuxième fois dans sa vie, Mahamat doit faire ses valises. Mais ce second voyage n’a rien d’exaltant : Mahamat doit quitter le pays. Pour aller où ? Il l’ignore… Mahamat a rendez-vous en terre inconnue. La peur l’envahit. « Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais ».

Son escale à Istanbul le mettra sur la voie… Dans la salle d’embarquement, Mahamat observe les visages des individus autour de lui: « Je comprends que je suis en train de voyager vers la France ».

Pour autant, la découverte de la destination ne rassure pas le jeune tchadien, “Tant que je n’avais pas de réelle protection, je n’arrivais pas à me réjouir ».

Arrivé à l’aéroport en France, Mahamat est déboussolé. Il ne connaît « RIEN de la France« … Un taxi lui propose ses services, mais Mahamat refuse. Il se méfie. « Ici aussi, il y des services de sécurités. A tout moment, je pouvais être reconnu et dénoncé aux autorités françaises ».

C’est finalement un ami de la banlieue parisienne qui viendra le récupérer, mettant fin à ses angoisses et ses inquiétudes. Mahamat passera plusieurs mois à la Roche-sur-Yon avant de rejoindre la capitale.

Aujourd’hui, la peur et l’insécurité ont laissé place à un esprit serein. Mahamat est désormais rempli d’espoirs et d’ambitions: “J’aime mon métier de journaliste, et même si je suis loin de mon pays, je veux continuer à clarifier la situation sur ce qu’il s’y passe”.

Souvenir

Mahamat glisse sa main dans la poche de son pantalon, et en sort un papier imprimé, quelque peu froissé.

Un soir, parmi les quelques billets de Francs CFA que son père tenait entre ses mains, un dollar s’était glissé. Mahamat le regardait, ébahi. Son père décida de lui donner ce billet.

Aujourd’hui, le dollar a parcouru plus de 5000 kilomètres et ne quitte jamais la poche du jeune homme.

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Comment pérenniser l’indépendance d’un média, le rendre incessible, et non achetable? Depuis sa création en 2008, Mediapart n’a cessé de penser une structure juridique capable de garantir son indépendance  économique et éditoriale. 

Après trois années de recherche, le pure-player a finalement trouvé son Graal : créer son propre fonds de dotation, le Fonds pour une Presse Libre (FPL).

Qu’est-ce qu’un Fonds de dotation ? 

Situé entre le modèle de la fondation et celui de l‘association,  cet organisme a pour objectif de collecter des dons. Par la suite, ces biens sont utilisés pour réaliser, ou aider la production d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général.  


“Un fonds de dotation ne possède pas de part sociale »


Organisme à but non lucratif, “Un fonds de dotation ne possède pas de part sociale” explique Maître Nicolas Bodson, avocat spécialisé dans le droit des fondations. Ce fonds n’a alors pas d’actionnaire. Il ne peut pas être racheté.

Pourquoi Mediapart utilise ce dispositif juridique? 

Depuis sa création, le journal numérique fonctionne sous forme de SAS (Société par action simplifiée) : plusieurs actionnaires se partagent le capital de la société. 

L’actionnariat de Mediapart - 2018 - Mediapart a dix ans. Et dix ans, ça ne suffit pas! 

Cette forme juridique a toujours fait débat au sein du média. Bien que contrôlée par une majorité de journalistes, Edwy Plenel et ses collaborateurs voulaient “trouver une porte de sortie” et créer une structure économique totalement indépendante de l’actionnariat. 


«En France, ce sont des industriels de l’armement, du luxe, des travaux publics, des opérateurs téléphoniques, des banquiers d’affaires qui détiennent l’essentiel des médias».


Dans son carnet “Mediapart a dix ans. Et dix ans, ça ne suffit pas!, Mediapart dénonçait le fonctionnement du paysage médiatique : «En France, ce sont des industriels de l’armement, du luxe, des travaux publics, des opérateurs téléphoniques, des banquiers d’affaires qui détiennent l’essentiel des médias». L’objectif du média est d’éviter toute prise de contrôle du journal numérique par des “intérêts économiques privés”.

Carte des médias dépendent d’intérêts industriels ou financiers, de groupes de presse ou de l’État - 2018 - Jérémie Fabre

Comment Mediapart va-t-il effectuer sa transformation ? 

Montage de la nouvelle gouvernance de Mediapart - 2019 - Youtube “L’avenir de Mediapart”

Conformément à la réglementation d’un fonds de dotation, Mediapart va supprimer tous ses actionnaires.


Nous inventons le contrôle de Mediapart par une structure non capitaliste” résume Edwy Plenel.


Ces derniers vont céder la totalité du capital, estimée à 16,3 millions d’euros, à la SPIM (Société Pour l’Indépendance de Mediapart), elle-même contrôlée à 100% par le FPL. Le journal numérique devient donc “incessible, inachetable, inspéculable” déclare Marie-Hélène Smiejan, co-fondatrice du média. Il supprime ainsi toute forme de prise de contrôle par des intérêts financiers économiques. “Nous inventons le contrôle de Mediapart par une structure non capitaliste” résume Edwy Plenel. 

Le rôle de la Société Pour l’Indépendance de Mediapart – SPIM

Le rôle premier de la SPIM est de protéger le capital de Mediapart, en étant détenu par le FPL. Il préserve également l’indépendance économique du journal numérique en constituant des réserves financières, issues des dividendes effectués par le journal. Ces réserves aideront Mediapart en cas de soucis financiers. Enfin, la SPIM effectue le transfert des bénéfices de Mediapart au FPL.

Quelle sera la mission d’intérêt général du FPL? 

Mediapart a choisi “d’améliorer l’écosystème médiatique”. Cela passe par la défense de la liberté de la presse, de son indépendance et de son pluralisme. Des valeurs inscrites dans la charte de déontologie du média : « sa mission est d’être au service du droit de savoir et de la liberté de dire ». 

Ces engagements sont essentiels pour Mediapart, à l’heure où les médias français sont touchés par « les attaques répétées contre la liberté de la presse », « les convocations par les services de renseignement » ou encore « les violences sur les journalistes…« , explique Edwy Plenel.

Par ailleurs, les dons reçus par le FPL, serviront uniquement cette mission. Ils ne pourront en aucun cas bénéficier à Mediapart. En revanche, ce dernier versera une partie de ses dividendes au Fonds, afin de contribuer à sa mission d’intérêt général. 

A qui appartiendra ce Fonds pour une presse libre?

Le Fonds pour une presse libre n’aura pas de “dirigeant”.

Comme le stipule la loi, il sera en revanche doté d’un Conseil d’administration (3 personnes maximum) et d’un Comité Stratégique, dont les membres seront élus en automne prochain. Les membres du Conseil et du Comité ne peuvent pas exercer des fonctions dirigeantes au sein de  Mediapart.

Comment garantir ce fonctionnement et sa pérennité?

L’Association du Droit de Savoir (ADS), créée par les fondateurs de Mediapart, vient verrouiller le dispositif mis en place par le média. Selon Edwy Plenel, elle joue un rôle de “verrou moral sur l’ensemble de la structure” : l’ADS dispose d’un droit de veto sur toutes les modifications de statuts du FPL et de la SPIM.


“Mediapart sera dans un coffre fort” affirme le journal.


Composée de cinq salariés ou anciens salariés de Mediapart, l’association sera éternelle puisqu’elle sera continuellement renouvelée par des journalistes du média. “Mediapart sera dans un coffre fort” affirme le journal. 

Une inspiration made in Royaume-Uni : l’exemple The Guardian

C’est une première en France, mais l’idée de Mediapart n’est pas ex-nihilo. Outre-Manche, le journal The Guardian possède depuis 1936 un modèle similaire, le « Scott Trust », aujourd’hui renommé “Scott Trust Limited”. Toutes les actions de la société ont été transférées dans ce trust.

L’acte de fiducie, en date du 19 juin 1936, déclarait que la société devait “être exploitée autant que possible sur les mêmes principes que ceux suivis jusqu’à présenté”. L’objectif était là aussi de garantir et pérenniser l’indépendance financière et éditoriale du Guardian, tout en préservant la liberté journalistique de toute ingérence commerciale ou politique. 

Via son compte twitter, Katherine Viner, actuelle rédactrice en chef du Guardian, a félicité le journal numérique français pour sa transformation.

Pourquoi le Fonds Pour une Presse Libre n’a pas été créé plus tôt? 

Créé en 2008, le Fonds de dotation est issu de la loi de la modernisation de l’économie de 2008 (loi no 2008-776 du 4 août 2008). Le journal Mediapart a, quant à lui, été pensé quelques années plus tôt, entre fin 2006 et début 2007. Sa mise en ligne officielle date, quant à elle, du 16 mars 2008, soit quelques mois avant la création des Fonds de dotation.

L’usage du fonds de dotation en France

En France, il y a autant de création de fonds de dotation par mois, qu’il y a de création de fondation par an.  Depuis 2016, plus de 300 fonds sont créés chaque année. Le 1er trimestre 2019 en compte actuellement 173. Les principaux domaines d’intervention de ces structures sont l’art et la culture (27%), la santé et la recherche, ainsi que l’action sociale, toutes deux évalués à 17%.

« Ils sont fous! » clamait la plupart des journalistes français à l’annonce du lancement de leur média 100% numérique en 2007.

Aujourd’hui, le changement de gouvernance de Mediapart engendre peu de réaction de la part des médias français, à l’exception de Goeffrey Livolsi (co-fondateur du journal indépendant Disclose) et de Pierre Duquesne (journaliste à l’Humanité), qui accueillent cette nouvelle avec enthousiasme sur leur compte twitter.

Le changement de statut de Mediapart devrait prendre effet d’ici l’automne prochain. 

Mediapart en quelques points clés 

Mediapart est journal d’actualité français, indépendant, et exclusivement numérique (aussi appelé pure-player). 

  • Le média est créé en 2008 par 4 journalistes Edwy Plenel, François Bonnet, Laurent Mauduit et Gérard Desportes, ainsi que Marie-Hélène Smiéjan.
  • L’aspiration de ses fondateurs est de créer un journal économiquement et éditorialement indépendant : le pure-player est payant et vit uniquement des recettes de ses abonnements. Mediapart ne reçoit aucune subvention de l’Etat, il n’a pas de pub et n’est pas coté en bourse. 
  • Mediapart est principalement connu pour ses investigations. Le journal a joué un rôle clé dans la révélation de plusieurs affaires : l’affaire Woerth-Bettencourt (2010), l’affaire Sarkozy-Kadhafi (2012), l’affaire Cahuzac (2012-2013), l’affaire Benalla (2018-2019) et très récemment l’affaire De Rugy (2019). 
  • En 2010, Mediapart atteint son équilibre financier. En mars 2018, le pure-player annonce avoir dépassé les 150 000 abonnés. Mediapart réunis 83 journalistes. Son chiffre d’affaire est aujourd’hui de 13,8 millions d’euros. 
  • Mediapart se définit comme “le journal de ses lecteurs”. Outre leur participation via leur abonnement, les lecteurs peuvent écrire des articles sur le ‘Club”, une rubrique exclusivement alimenté par ces abonnés.
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