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Avec « Une Fois Ici-bas » Wareth Kwaish met en lumière les envies de liberté des jeunes Irakiens

[Par Louis ROYER]

Wareth Kwaish, réalisateur irakien, a présenté mardi 9 février 2016, à la Maison des Journalistes, son court métrage de 12 minutes filmé intégralement à l’iPhone, « Une Fois Ici-bas » devant une vingtaine de collègues et de militants. 

(Source : MDJ)

(Source : MDJ)

L’Irak, malgré la chute de Saddam Hussein il y a 13 ans, est toujours en proie à l’instabilité. Désormais déchargée de la présence américaine mais avec un gouvernement peu ouvert à la démocratie ou à la liberté de parole. S’ajoute à cela la présence de Daesh qui contrôle une part Nord-Ouest du pays. 

Dans cette situation tendue, les manifestations et les appels à une transition démocratique sont souvent muselés et réprimandés par les autorités. Pour parler de ces problèmes, en 2014, Wareth Kwaish, a sorti son iPhone, et il filme en caméra cachée les heurts entre manifestants et la police. Il donne également la parole à des jeunes, désabusés et qui souhaitent que leur pays sorte du marasme. Un court-métrage fort, sélectionné au Festival de Cannes en 2015 et  au Festival International du Film des Droits de l’Homme, qui se tiendra du 5 au 19 avril 2016, dans la catégorie « Séance courts-métrages : les figures de la jeunesse ».

(Source : Wareth Kwaish)

(Source : Wareth Kwaish)

(Source MDJ)

(Source MDJ)

« C’était important pour moi de faire ce film, raconte Wareth Kwaish, même si je n’avais pas beaucoup de moyens, il fallait que je laisse le peuple témoigner. Même moi, pendant longtemps j’ai eu peur de m’exprimer, et j’ai enfin réussi à me libérer, à briser les entraves qui me bloquaient intérieurement en réalisant ce documentaire. Je pense que l’on n’a pas besoin de caméra à 10 000 euros pour réaliser un bon film, il faut juste avoir les bonnes idées et une cause ».

Irak : Des journalistes sur le chemin de la mort

[Par Karwan Tayib BAZYAN]

03 septembre 2014, les frontières  entre Daesh et les forces irakiennes à Slemanbag, nord de Bagdad, Irak. Hawre Khalid, Photojournaliste. Photo par Nwenar Fatih

03 septembre 2014, les frontières entre Daesh et les forces irakiennes à Slemanbag, nord de Bagdad, Irak. Hawre Khalid, Photojournaliste. Photo par Nwenar Fatih

Les correspondants de guerre en Irak racontent leur vécu et ses menaces au long de la guerre contre le groupe djihadiste de L’Etat Islamique.
Comment décrivent-ils Daesh ?

Ayant vécu aux Pays-Bas pendant 3 ans, Hawre Khalid, 27 ans, photojournaliste et documentariste kurde irakien avait décidé de travailler dans ce pays. «En fait, je veux bien rester tranquille, mais j’aime travailler dans mon pays malgré les difficultés et le risque,» a-t- dit.
Selon les journalistes concernés : « Daesh (acronyme de L’Etat Islamique en arabe) est un groupe d’ultra barbarie. Pourtant il tue tout le monde : l’enfant, le journaliste, l’homme et la femme. De plus, ce groupe n’accepte pas les autres. Il revendique la suppression de toute les civilisations et de tous ceux qui refusent de s’aligner sur lui. « Daesh est un groupe suicidaire. Il a une culture très différente. Il est une force mortelle ».
Pour les journalistes, la situation est difficile car ils sont spécialement ciblés par ce groupe. « L’Etat Islamique a une mentalité religieuse très agressive et extrémiste. Il n’accepte ni négociation ni dialogue,» estime Aram Jamal, 31 ans, correspondant de la chaîne de télévision de KNN.

12 juin 2014, Talward, Kirkouk. Hawar Star, cameraman de NRT. Il tourne les combattants kurdes pendant la guerre contre Daesh en Irak. Photo par Hawre Khalid

12 juin 2014, Talward, Kirkouk. Hawar Star, cameraman de NRT. Il tourne les combattants kurdes pendant la guerre contre Daesh en Irak. Photo par Hawre Khalid

Daesh et les médias
Une question qui se pose : est-ce que les correspondants travaillent dans les zones sous contrôle de Daesh ?
Selon Hawar Star, 24 ans, qui est cameraman pour la chaîne de télévision de NRT: «Il n’y a pas de journalistes qui travaillent dans les régions contrôlées par Daesh. Les journalistes étrangers travaillent quelquefois sur les événements loin des champs de bataille. Il y a des journalistes qui ont utilisé des moyens techniques comme le zoom pour arriver à travailler à distance». Dans le même temps, l’organisation islamiste maîtrise sa communication en direct : « Daesh utilise les réseaux sociaux pour annoncer ces activités,» soulignent les journalistes.
« Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai vu qu’une seule fois la chaîne de télévision « Vice News » diffuser un reportage sur la région qui est sous le contrôle de Daesh. Ce groupe est très dangereux notamment pour les journalistes kurdes. Pour cette les journalistes ne peuvent pas du tout travailler au contact de ce groupe qui les tuerait » explique Hawar Star et Hardy Muhammad, 27 ans, correspondant de la chaîne de télévision de GK.

15 novembre 2014, Hawija, Kirkouk. Hardy Muhammad, correspondant de GK, il interviewe avec les combattants kurdes dans un champs de bataille pendant la guerre contre Daesh en Irak

15 novembre 2014, Hawija, Kirkouk. Hardy Muhammad, correspondant de GK, il interviewe avec les combattants kurdes dans un champs de bataille pendant la guerre contre Daesh en Irak

« Daesh refuse tous les critères du travail médiatique. Il n’accepte aucune pratique du journalisme au point que l’on a vu des journalistes étrangers décapités par Daesh » a rappelé Aram Jamal.
Mais que doivent faire les correspondants de guerre avant de commencer à couvrir les événements ? « Il faut que les journalistes effectuent un stage de journalisme de guerre,» a affirmé Hawre Khalid. Le journaliste doit évaluer la situation avant de se lancer sur le terrain. « Dans tous les cas, quand on travaille dans les zones de guerre, on rencontre toujours la mort ». Concernant les journalistes étrangers il affirme qu’ils « ne courent pas les mêmes dangers que nous. Pour notre part, nous avons bien compris la nature de notre région».
Hardy Muhammad critique, au passage, les étrangers qui viennent en Irak en tant que journalistes alors qu’ils ne le sont pas. « ce sont parfois des espions. »

12 juin 2014, Kirkouk. Hawkar Mustafa, Correspondant de Kirkuk  TV et  Kamaran Najim, photojournaliste, deax heurs avent de blesser de Najim, pendant la guerre contre Daesh en Irak

12 juin 2014, Kirkouk. Hawkar Mustafa, Correspondant de Kirkuk TV et Kamaran Najim, photojournaliste, deax heurs avent de blesser de Najim, pendant la guerre contre Daesh en Irak

Les risques du métier
« Depuis que la guerre a commencé entre les forces Irakiennes et l’Etat Islamique, je continue à travailler comme un photojournaliste dans les fronts, bien sûr que j’ai rencontré la mort plusieurs fois. Malheureusement, j’ai perdu un ami qui était photojournaliste comme moi, Kamaran Najim. Ce n’est pas fini, les risques sont encore là » a dit Hawre Khalid.
« J’ai rencontré la mort plusieurs fois, Nous sommes journalistes, C’est notre destin» confirme Aram Jamal.
Pour Hawkar Mustafa, Correspondant de la chaîne de télévision de Kirkuk TV, la situation est toujours dangereuse: « j’ai risqué ma vie plusieurs fois, de plus j’ai rencontré la mort quatre fois. » a-t-il indiqué Hawkar Mustafa. Autre risque : l’exil, dit, de son côté, Hawar Star « je risque toujours d’être mis à la porte, telle la réalité de mon pays.»
Selon les correspondants cités ici : « Si quelqu’un décide de devenir correspondant de guerre, il faut qu’il se prépare bien avant de le devenir. Le journaliste doit effectivement disposer d’ informations sur la guerre et sur ce que se passe sur le terrain. Le journaliste de guerre doit, une fois qu’il décidé de partir, porter dans son sac de quoi assurer les premier secours. »

30 septembre 2014, Dans un champs de bataille à Daquq. Aram Jamal, correspondant de KNN, avec les combattants kurdes pendant la guerre contre Daesh en Irak

30 septembre 2014, Dans un champs de bataille à Daquq. Aram Jamal, correspondant de KNN, avec les combattants kurdes pendant la guerre contre Daesh en Irak

Le Peshmarga protège les journalistes
Les correspondants de guerre déclarent que « le Peshmarga (le combattant kurde) protège bien les journalistes. Il les soutient beaucoup. C’est la raison pour laquelle on peut dire que le Peshmarga se sacrifie pour la protection de la vie des journalistes dans les champs de bataille. Il nous guide ou conseille bien.»

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Kamaran Najim (source : Twitter)

Kamaran Najim (source : Twitter)

Le cas de Kamaran Najim
Tous les correspondants parlent de Kamaran Najim. Le plus connu des photojournalistes Kurde d’Irak, Kamaran Najim a été blessé en mission professionnelle dans une bataille entre les combattants kurdes (Peshmarga) et le groupe djihadiste de Daesh, le 12 juin 2014. Après avoir été blessé, il a été enlevé par Daesh puis il a disparu jusqu’à aujourd’hui. Kamaran était responsable d’une agence de photographie de Metrography. Il a publié ses photos dans les plus connus des journaux internationaux comme : Times of London, Monocle Magazine, Financial Times Magazine, Vanity Fair, Washington Post, Getty Images, Al Sharq Al Awsat Newspaper…

 

 

L’Etat Islamique- l’Irak et les Kurdes : Quel avenir attend le pays?

[Par Karwan Tayib BAZYAN]

Des jihadistes de l'EIIL tiennent un point de contrôle à l'entrée de Mossoul, le 16 juin 2014 | Karim Sahib

Des jihadistes de l’EIIL tiennent un point de contrôle à l’entrée de Mossoul, le 16 juin 2014 | Karim Sahib

L’Etat Islamique –connu également sous le nom de « Daech »- est un groupe djihadiste extrémiste sunnite qui a été fondé, en Irak en 2006. Le fondement de son pouvoir reste l’application fidèle de la « Charia ». Pour ce mouvement, les musulmans qui n’adhèrent pas l’idéologie du groupe sont en dehors de l’Islam. Il considère que les kurdes sont les alliés d’Israël et des pays occidentaux. Dernièrement, l’Etat islamique a exploité le conflit entre les chiites, sunnites et les kurdes en Irak pour contrôler Mossoul, la deuxième grande ville du pays et plusieurs autres villes de la région sunnite. Quel rapport a donc cet affrontement avec les précédents conflits entre les sunnites, les chiites et les Kurdes? Quel avenir se dessine-t-il pour l’Irak de demain?

Le Kurdistan irakien et l’Irak

Le Kurdistan irakien est une entité politique, fédérale et autonome du Nord de l’Irak, reconnue par la constitution irakienne de 2005 et par la communauté internationale. Lors de la dernière élection législative, trois partis politiques laïcs obtiennent la majorité : le Parti démocratique du Kurdistan (38 sièges), L’Union patriotique du Kurdistan (18 sièges) et le Mouvement de Gorran (24 sièges). En revanche, les partis islamistes qui se considèrent comme «islamistes modérés», gagnent 17 des 111 sièges au parlement Kurdistan. Notons que les partis politiques kurdes se revendiquent nationalistes par rapport au Kurdistan.
Les autres partis politiques irakiens sont islamistes notamment les partis politiques chiites ; ils sont de confession islamiste chiite traditionnelle. Le clergé (un ayatollah) a un véritable pouvoir décisionnel en leur sein. Mais, chez les arabes sunnites nous trouvons des partis politiques islamistes et des partis laïcs confessionnels. De toute façon, nous pouvons dire que tous les partis irakiens sont confessionnels. Il n’existe pas du tout de parti purement nationaliste dans le pays.

Carte tirée du site fr.wikipedia.org

Carte tirée du site fr.wikipedia.org

Les Kurdes Irakiens n’ont pas de véritables liens d’appartenance à l’Irak, parce que les autorités irakiennes, depuis le début des années 1920 jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas donné la totalité des droits aux Kurdes c’est pour cela que ces derniers sont toujours en conflit avec elles. En 1991, après un grand exode des kurdes vers les frontières de l’Iran et de la Turquie, parce qu’ils ont rencontré la persécution et le massacre de 1991 à 2003, le Kurdistan irakien, protégé par la couverture aérienne garantie par la communauté internationale a bénéficié d’une quasi-indépendance. De plus, dans les années 1980 plus de 182 mille Kurdes ont été victimes d’un génocide (connu sous le nom d’Anfal), mais également en 1988 sous le régime de Saddam Hussein, qui a provoqué la mort de 5 mille civiles kurds de la ville de Halabja au Kurdistan irakien avec des armes chimiques. Et il faut , en outre, rappeler qu’en 1988, le régime irakien a détruit 90% des villages des kurdes. Malheureusement, à l’époque, tous les pays arabes et musulmans sont restés silencieux.
Par ailleurs, de 1991 (après l’exode) à 2003, les Etats-Unis, l’Angleterre et la France ont pris la décision de protéger les Kurdes. A partir de 1991, la région de Kurdistan irakien était en dehors du contrôle du gouvernement irakien, depuis que les kurdes avaient constitué un gouvernement local et un parlement régional. Après le renversement du régime de Saddam Hussein, ils ont partagé le processus politique en Irak.
Gardons à l’esprit que cette région est très riche en pétrole et en gaz naturel. Aujourd’hui, plusieurs entreprises pétrolières étrangères travaillent au Kurdistan irakien. La région était en sécurité jusqu’ au 9 juin 2014. A partir de cette date, l’Etat Islamique l’a menacée sans cesse. Mais de toute façon, la situation n’est pas très tragique, parce que les pays occidentaux ont très vite annoncé leur soutien aux Kurdes en Irak contre le « Daech ».

Les Kurdes, sunnites et les chiites
Le conflit entre les arabes sunnites et chiites ne date pas d’aujourd’hui. Les sunnites contrôlaient le pouvoir en Irak depuis la Première Guerre Mondiale jusqu’en 2003, c’est-à-dire après la proclamation de l’indépendance en 1932. Lors de cette indépendance, la Grande-Bretagne a fait, selon nous, une grande erreur politique : elle a couronné une personne d’origine étrangère qui venait d’Arabie Saoudite au lieu d’une personnalité irakienne. Ensuite, elle n’a pas garanti les droits des Kurdes en Irak, non plus. De ce fait, les Kurdes se sont retrouvés annexés à l’Irak.
Après la chute du régime de Saddam Hussein, le conflit confessionnel a commencé entre les arabes sunnites et chiites. Mais, les Kurdes ont coupé tout lien avec le régime Saddam Hussein jusqu’en 2003. Ensuite, ils sont revenus à Bagdad pour créer un nouveau système politique. Le conflit des Kurdes avec les sunnites et les chiites a émergé pour plusieurs causes, y compris concernant les frontières que possède la région du Kurdistan avec les autres car cette région demande à inclure quelques villes dont Kirkuk, qui correspond à la zone la plus importante du Kurdistan.
Pour les Kurdes, l’ethnie est plus importante que la religion. L’opposition entre les sunnites et les chiites est d’orde religieux et confessionnel, mais les conflits entre les arabes en général et les Kurdes sont ethniques. Notons que le régime de Saddam Hussein qui était totalitaire, marginalisait à la fois les chiites et les Kurdes. Cependant, après le renversement de Saddam, les chiites ont contrôlé le pouvoir.
Actuellement, l’Etat Islamique contrôle les régions habitées par les sunnites, parce qu’il a été directement au indirectement soutenu par ces derniers. Aujourd’hui, Les sunnites en Irak soutiennent l’Etat Islamique contre les chiites et les Kurdes, pour renforcer leur position dans le pays.
D’ailleurs, Les autorités arabes en général n’acceptent pas les autres minorités dans les pays arabes. Pour confirmer cela, il suffit de prendre des exemples : les autorités irakiennes ont réprimé les Kurdes en Irak et en Syrie après la Première Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, les coptes sont marginalisés en Egypte, les berbères en Afrique du nord et d’autres minorités au Soudan ont été réprimées.

Les sunnites et les chiites : une histoire sanguinaire

Carte tirée du site huffingtonpost.fr

Carte tirée du site huffingtonpost.fr

Le conflit entre les sunnites et les chiites est très ancien en Irak. Ce pays a toujours été un champ de bataille entre ces deux populations. Elles n’arrivent toujours pas à un consensus en vue d’ une coexistence pacifique. D’ailleurs, ce conflit continue depuis l’émergence de l’Islam jusqu’à aujourd’hui. De plus, l’Irak a connu d’autres conflits entre les Califats et l’empire Séfévides –les chiites iraniens- depuis bien longtemps. On peut dire que le même conflit continue sans entraîner aucun changement.
Aujourd’hui, les pays sunnites, le Qatar, l’Arabie Saoudite, La Turquie, etc. soutiennent les arabes sunnites et l’Iran soutient les arabes chiites en Irak.

Quel avenir cela dessine-t-il?
Les expériences antérieures à l’occupation d’Irak par les Etats-Unis et ses alliés en 2003 montrent que les ethnies en Irak ne souhaitent pas vivre dans un pays forcément contrôlé par Bagdad ou centralisé par le gouvernement de Bagdad. Dans ce contexte, on pourrait émettre plusieurs hypothèses ou suppositions pour l’avenir de l’Irak. Peut-être serait-il mieux de fédérer toutes les ethnies dans ce pays, selon trois grandes régions : »Trois régions semi-autonomes attribuées aux chiites, sunnites et Kurdes, tout en plaidant en faveur de l’unité » (selon les propos de Joe Biden, vice-président des Etats-Unis). Ce modèle est fortement soutenu par les Kurdes. Les arabes shiites disposent, en revanche, d’un système fédéral. Ils espèrent créer leur modèle dans une région à part entière en Irak. Les événements sur le terrain rendent les Irakiens connaisseurs de la réalité et du modèle proposé par Joe Biden et qui est le meilleur pour toutes les ethnies, car il permettrait d’éviter la guerre civile et de stabiliser le pays.