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BÉLARUS. Trois photoreporters en exil témoignent (entretien)

 De gauche à droite : Kseniya Halubovitch, Violetta Savchits et Volga Shukaila devant la Maison des journalistes. Crédit : Hicham Mansouri

Elles s’appellent Violetta Savchits, Volha Shukaila et Kseniya Halubovitch. Trois photoreporters bélarusses en exil, venues à Paris pour le vernissage de l’exposition photo “Si près, si proche : Bélarus – un an de lutte » organisée à la Maison des journalistes (MDJ), et à laquelle elles participent. Entretien.

Vous êtes des photoreporters femmes en exil, et le thème de la femme est très représenté dans cette exposition. Les femmes au Bélarus sont-elles plus à risque ou bien sont-elles simplement plus courageuses ?

Violetta Savchits

Violetta Savchits : Les protestations féminines [de 2020, NDLR] ont eu un effet de surprise. Il y avait une sorte d’admiration de ces marches notamment dans les médias occidentaux leur donnant ainsi davantage de visibilité. Mais c’est aussi la conséquence d’un système patriarcal et sexiste ambiant. On a eu des scènes où des mecs sont battus par la police devant leurs copines qui, elles, ont été épargnées. Mais cela n’a pas duré longtemps. Dans les faits, la répression touche tout le monde, toutes les classes sociales, peu importe l’âge ou le sexe, même si la majorité des prisonniers politiques sont des hommes.

 

Qu’est ce qui dérange dans votre travail? L’aspect informationnel, émotionnel ou peut-être même militant?

Volha Shukaila

Volha Shukaila : Prenons l’exemple des deux filles sur cette photo. Elles ont réalisé des streams pour une chaîne de télévision bélarusse-polonaise, et ont été condamnées à des peines lourdes pour avoir “coordonné les manifestations”, en dirigeant les déplacements des manifestants. Je dirais donc que c’est surtout le côté information qui a dérangé, et ce pendant longtemps. Aujourd’hui, en révélant les violences policières que l’État tente de cacher, il y a un aspect émotionnel. Les photos parlent et constituent un facteur mobilisateur au travers des émotions véhiculées.

Kseniya Halubovitch

Kseniya Halubovitch : L’aspect émotionnel, en effet, est arrivé dans un second temps. Le côté émotionnel peut être interprété comme une forme de militantisme. Inquiétée un jour par le KGB, des officiers m’ont demandé si les sujets traités m’étaient imposés. J’ai répondu que non,  choisissant moi-même mes sujets et travaillant librement. Ils ont eu du mal à me croire. En tant que photojournaliste je ne fais que prendre des photos. J’ai déjà refusé de participer à une manifestation en 2020 pour conserver ma neutralité. Mais, à mon avis, c’est plus le combat pour l’information qui dérange, surtout que tout le monde peut aujourd’hui filmer ce qui se passe et envoyer aux médias ou en publiant soi-même. Un jour, la police m’a montré une vidéo amateur filmant une arrestation brutale, en me disant “des choses comme ça il ne faut pas filmer”.

Violetta Savchits

Violetta Savchits : La police combat le travail d’information sur les manifestations. La propagande minimise de cent fois le nombre des participants. Il est donc évident que les photoreporters soient

les premiers à être ciblés. Car ils montrent la réalité. La police a le feu vert pour arrêter toute personne qui filme, qu’elle soit journaliste ou pas.

Les peines contre les journalistes sont d’ordre sécuritaire et financier. Ces méthodes détournées de répression sont-elles plus efficaces?

Violetta Savchits

Violetta Savchits : les journalistes sont poursuivies et condamnées en vertu de l’article 23.34 du Code des infractions administratives (« violation relative à l’organisation ou au déroulement d’événements de grande ampleur »). Le code pénal est aussi instrumentalisé pour cibler les rédacteurs en chef notamment. Les peines sont d’ordre financier et sécuritaire. Concrètement, pour les médias extrémistes, cela commence par des amendes et va jusqu’à des peines de prison.

 

Que voulez-vous dire par “médias extrémistes » ?

Violetta Savchits

Violetta Savchits: Au Bélarus, tout média indépendant est considéré comme un média extrémiste (rires). Dans cette dictature ils te haïssent à tel point qu’ils te qualifient d’extrémiste avant de te coller un procès. Être journaliste extrémiste au Bélarus veut dire tout simplement que tu fais un bon travail. Chez nous, les mots “extrémiste” et “terroriste” commencent à perdre leur sens car la propagande les utilise sans cesse pour désigner les manifestants, les opposants et les journalistes critiques. Comme le dit l’Historien américain Timothy Snyder : « Les régimes autoritaires modernes, comme la Russie, utilisent des lois sur l’extrémisme pour punir ceux qui critiquent leurs politiques. De cette façon, la notion d’extrémisme en vient à signifier pratiquement tout sauf ce qui est, en fait, extrême : la tyrannie. »

« Modern authoritarian regimes, such as Russia, use laws on extremism to punish those who criticize their policies. In this way the notion of extremism comes to mean virtually everything except what is, in fact, extreme: tyranny.” Timothy Snyder

Vivre en exil ne vous pousse-il pas, malgré vous, à devenir des opposantes et les porte-voix des opprimés au Bélarus?

Volha Shukaila

Volha Shukaila : C’est une question que je me pose chaque jour (rires). Je continue à m’identifier en tant que journaliste. J’ai toujours veillé à conserver ma neutralité. Par exemple, je ne scandais jamais les slogans quand je participais à une manifestation. Après mon exil forcé, je découvre que c’est de plus en plus compliqué. Je suis aussi un être vivant et je comprends mieux où se situent le mal et le bien. J’essaye de ne pas laisser les jugements personnels transparaître dans mes paroles et dans mes écrits sur les réseaux sociaux.

Kseniya Halubovitch

Kseniya Halubovitch : Avant les élections 2020, nous avons eu un show télé invitant des intervenants opposants à Loukachenko à débattre. Ce n’est plus possible aujourd’hui. La télévision en question a été fermée et l’équipe a été contrainte de fuir. Si un rédacteur en chef essaye de faire pareil il ne sait pas ce qu’il peut lui arriver. Il risque d’être arrêté. Il est donc difficile d’aller vers l’autre camp à cause du système totalitaire qui est en train de s’installer au Bélarus. Devant cette situation, je ne pense pas qu’on puisse prétendre à une neutralité. C’est comme dans le régime fascistes, les camps de concentration et les morts. On ne peut pas parler de ces sujets d’une telle atrocité en étant neutres mais en étant des êtres humains. Au Bélarus nous savons aujourd’hui que la torture est pratiquée. On ne peut pas mettre en relief la deuxième parole, qui est de la propagande, alors qu’on sait qu’il y a de la torture. La vérité te transforme et tu ne peux pas rester neutre.

Violetta Savchits

Violetta Savchits : Je garde toujours ma neutralité. J’essaye toujours de donner la parole à l’autre camp, y compris aux officiels. Je reconnais que c’est très injuste de quitter mon pays, mais j’essaie de ne pas infecter mon éthique journalistique. Bien sûr il impossible d’être neutre face à certaines situations comme la torture, mais, en même temps, si tu travailles avec les émotions tu ne peux pas donner la bonne information. Il y a toutefois un obstacle qui nous empêche de respecter cette éthique. On ne peut pas obtenir d’information officielle sans masquer notre identité. Est-ce qu’on ne peut pas franchir cette ligne pour s’adresser à eux sans s’exposer et prendre le risque? Autrement dit, qu’est ce qui est le plus important l’information ou l’éthique? C’est une question.

Kseniya Halubovitch

Kseniya Halubovitch : Un jour, la police m’a montré une vidéo de manifestants légèrement armés. La police voulait voir ma réaction, me provoquer. Je leur ai dit que vous êtes en train de me montrer une partie des évènements et que je ne peux pas répondre puisqu’on ne voit pas les scènes d’avant. Il est important de donner une information large et globale. Sans le contexte, la réception de l’information sera incorrecte et chacun l’utilisera à sa guise et afin de servir ses propres fins.

 

(*) Un grand merci à Alice Syrakvash, co-présidente de la Communauté des bélarusses à Paris, qui a assuré l’interprétariat de cet entretien.

 

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BELARUS. Svetlana Tikhanovskaïa reçue à la Maison des journalistes (vidéo)

Depuis la Maison des journalistes (MDJ), elle appelé Emmanuel Macron à prendre des « mesures décisives pour résoudre la crise bélarusse”. Vidéo : Ahmad Muaddamani, journaliste syrien résident de la MDJ.

 

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MONTPELLIER. UN SOMMET FRANCE-AFRIQUE AVEC LES JEUNES. UNE PREMIÈRE.

L’information diffusée sur l’antenne de RFI mardi 14 septembre, au sujet de la tenue du sommet France-Afrique à Montpellier, le 9 octobre prochain, a laissé la plupart des Africains perplexes. Et pour cause. La rencontre ne mettra face au président français que les sociétés civiles, les jeunes. C’est une première. Exit donc les vieux présidents, frustrés !

L’idée a été discutée, en amont, entre l’Elysée et quelques élites intellectuelles africaines, dont le politologue et historien camerounais, Achille Mbembe. Celui-ci est également auteur de plusieurs ouvrages appelant au combat pour le développement du continent, tels « De la post-colonie » ou « Critique de la raison nègre », etc. Qui plus est, a accepté, dans le cadre du sommet de Montpellier, de piloter les dialogues France-Afrique : soixante-six ateliers dans 12 pays différents, quatre mois durant. Face aux jeunes.

Qu’à cela ne tienne, l’information paraissait avoir l’air de déjà-vu, à prendre en compte les opinions exprimées à travers les réseaux sociaux. De fait, les Africains pensent que tous les prédécesseurs du général de Gaulle ont eu chacun, en cette matière, leur propre antienne. Si celle-ci changeait de forme, son contenu ne variait pas d’un seul iota : « l’Afrique doit continuer de demeurer la chasse-gardée de la France », fredonnait-elle. Selon le vieux concept de « pré carré » médiéval.

Mais qu’en dit Benoît Verdeaux, fonctionnaire de l’Elysée et secrétaire général du Sommet de Montpellier, en contre-pied à cette conception quasi-générale des Africains ? Verdeaux est celui qui a accordé à Christophe Boisbouvier de RFI l’interview diffusée mardi, à l’origine de l’information qui fait question sur des réseaux sociaux. Surtout.

Volonté sans force

Visiblement fort en thème, Verdeaux s’est employé, en résumé, à démontrer que le temps était venu de mettre en valeur un autre type de relation entre la France et l’Afrique. « La vocation du sommet de Montpellier, c’est de réfléchir à réinventer et à redynamiser cette nouvelle relation », a-t-il souligné, tout en précisant que « les sommets de chefs d’Etat sont fondamentaux, très importants et utiles ».

C’est le grand plan dans lequel se côtoient les sujets habituels ayant trait au développement, à la démocratie, aux droits de l’Homme, etc. Mais, le sommet de Montpellier – une rencontre avec les jeunes -, ne manquera pas de jeter un coup d’œil sur les sujets additionnels d’actualité qui importent : les coups d’Etat successifs en Afrique de l’Ouest et l’avancée de la Russie en Afrique centrale et au Sahel.

Pour la France, la situation du Tchad est dérangeante. La position du chef d’Etat français est diversement appréciée, avec plus de condamnations. On pense généralement qu’il y a soutenu le coup d’Etat fomenté par le fils d’Idriss Déby, tué. Macron s’en expliquera, sans filtre, a prévenu le fonctionnaire de l’Elysée, Verdeaux.

Quid de ce sommet aux allures martiales ? N’assisterons-nous pas aux mêmes éléments de langage affectionnés par tous les successeurs du général de Gaulle ? Macron est-il « libre » d’engager cette « réforme » libératrice pour les pays africains ? Car, dans cette histoire de Françafrique – différente du concept classique France-Afrique -, se trouvent plusieurs centres d’intérêt, prêts à ne rien lâcher. Jean-Jacques Rousseau ne pensait-il pas, à juste titre, que « la volonté sans force est peine perdue » ?

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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BELARUS. Svetlana Tikhanovskaïa sollicite Emmanuel Macron depuis la Maison des journalistes

Reçue récemment par Angela Merkel, Joe Biden et Boris Johnson, Svetlana Tikhanovskaïa choisit d’interpeller Emmanuel Macron depuis la Maison des journalistes (MDJ) accueillant des journalistes réfugiés et demandeurs d’asile.

Devant une salle comble, la conférence de presse “Droit d’informer et droits fondamentaux au Bélarus” s’est tenue mercredi 15 septembre à la Maison des Journalistes (MDJ). L’événement s’inscrit dans le cadre de l’exposition « Si près, si proche : Bélarus, un an de lutte vue par les photojournalistes[1]» organisée par, la MDJ, la Communauté des Bélarusses à Paris, l’Institut Polonais de Paris et l’Ambassade de Lituanie en France.

Darline Cothière, directrice de la MDJ, ouvre cette rencontre en soulignant la symbolique de la date et du lieu. Coïncidant avec la journée internationale de la démocratie, cette rencontre est une opportunité pour “mettre en lumière la situation des droits humains au Bélarus et de rappeler l’importance de la démocratie pour l’équilibre de nos sociétés”. Darline Cothière relie ensuite les journalistes réfugiés accueillis à la MDJ aux exilés bélarusses. Accueillir ces femmes et hommes dans ce lieu emblématique, la Maison des journalistes, renvoie aux 210 250 personnes ayant abandonné le Bélarus en 2020 pour fuir la dictature.

Darline Cothière. © Ahmad Muaddamani

Faire entendre la voix des biélorusses en France et dans le monde

Les regards et les projecteurs se sont ensuite tournés vers l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, ancienne candidate à l’élection présidentielle d’août 2020 et épouse du célèbre youtubeur emprisonné Sergueï Tikhanovski. Cette professeure d’anglais est la bête noire du régime de Loukachenko, “le dernier dictateur d’Europe”.

Depuis son exil en Lituanie où est établi son QG, Svetlana Tikhanovskaïa tente d’organiser l’opposition en multipliant les déplacements et les “tournées diplomatiques”. Reçue récemment par Angela Merkel, Joe Biden et Boris Johnson, elle est arrivée mercredi dernier à Paris pour deux jours.

© Karzane Hameed

Depuis la Maison des journalistes, elle appelle la France et Emmanuel Macron à prendre des « mesures décisives pour résoudre la crise bélarusse”. Elle estime que “la voix forte” de la France au sein des instances internationales, -comme l’Organisation des Nations Unies, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) ou encore le Conseil de l’Europe et de l’Union Européenne-, est capable de faire de la question du Bélarus, “une des principales priorités de la politique mondiale”. Si Svetlana Tikhanovskaïa, alerte sur la répression exercée par le régime en place dans son pays, elle s’inquiète surtout de l’oubli de la cause des Bélarusses.

Arnaud Ngatcha, adjoint à la Mairie de Paris en charge des Relations internationales et de la Francophonie, et Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la Mairie de Paris en charge des droits humains, de l’intégration et de la lutte contre les discriminations, ont salué le travail de la Maison des journalistes tout en réaffirmant le soutien de la Mairie de Paris.

Arnaud Ngatcha et Jean-Luc Romero-Michel. © Ahmad Muaddamani

Romero-Michel considère que la question bélarusse est un sujet qui a été “malheureusement un peu oublié car une crise en fait partir une autre, aujourd’hui on a été très focalisé sur l’Afghanistan” tout en rappelant l’importance que les parisiens sachent ce qui se passe dans ce pays qui est “le seul sur notre continent qui légalise encore la peine de mort”. 

Michel Eltchaninoff. © Karzane Hameed.

Le journaliste et philosophe Michel Eltchaninoff va dans le même sens et qualifie la situation de “non-assistance d’un peuple en danger”. Il pense qu’il est important de s’interroger également sur “l’indifférence et l’impuissance” face à la situation terrible vécue par les Bélarusses. Mais “l’impuissance est souvent le produit de l’indifférence” conclut-il.

Christophe Deloire. © Ahmad Muaddamani

Secrétaire général de Reporters Sans Frontières, Christophe Deloire a salué le travail de Darline Cothière et d’Albéric De Gouville (président de la MDJ) via cette exposition. “La Maison des journalistes est aussi un lieu de mobilisation” affirme-t-il. Le Bélarus est le pays le plus dangereux en Europe pour les journalistes. Le pays occupe la 158ème position dans le classement mondial de Reporters Sans Frontières.

A tour de rôle, les intervenants ont dressé le bilan accablant du régime de Loukachenko vis-à-vis de sa population et des droits de la presse.

[1] Découvrez les œuvres de 7 photojournalistes bélarusses sur les murs de la Maison des Journalistes du 9 septembre au 21 octobre 2021 et à partir du 15 septembre sur les grilles du jardin Villemin Mairie du 10ème arrondissement de Paris.

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Les non-dits sur la messe françafrique du 17-18 et l’énigme Sassou

La France, craignant de perdre son pré-carré face à la Chine qui dicte de plus en plus la loi à travers ses investissements en Afrique et la Russie qui occupe le terrain militaire, ainsi que l’incontournable “dictateur-pyromane-pompier”, Sassou Denis, a lancé un appât les 17-18 mai 2021 sous le couvert du sommet sur la relance des économies africaines. 

Le 15 avril 2021, 18 dirigeants africains et européens ont publié une tribune pour affronter les conséquences de la crise sanitaire et économique consécutives à la Covid-19 en Afrique. Bondissant sur l’occasion, le président français Emmanuel Macron, qui meuble son bilan, appelait le 27 avril 2021 à “un New Deal”  pour “aider” les économies africaines dont les mécanismes de financement devraient être discutés au cours d’un sommet regroupant divers acteurs du 17 au 18 mai 2021.

Quelques jours après, la France passait à l’acte en invitant des pays et organisations internationales à participer à ce conclave. Ont été invités en présentiel : le Fonds monétaire international (FMI), la République démocratique du Congo (RDD), l’Angola, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, l’Ethiopie, le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, le Soudan, le Togo, le Tchad, la Tunisie, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Chine et en visioconférence : les Pays-Bas, l’Allemagne, le Japon, le Kenya, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale ainsi que plusieurs banques publiques internationales.

A la dernière minute, la France qui n’avait pas inscrit les mauvais élèves de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) à ce sommet, révise sa copie en conviant cette fois-ci, l’incontournable et l’indéboulonnable dictateur-pyromane-pompier Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville qui martyrise son peuple et tire des ficelles çà et là selon des sources concordantes. Dans la foulée, le président Sassou prend langue avec ses pairs Macky Sall, Félix Tshisekedi-Tshilombo et Faure Eyadema descendu en express à Brazzaville le 15 mai pour mettre en place une stratégie commune. Ce même jour, le colonel-Ambassadeur-directeur national du protocole congolais se plie en quatre pour le déplacement d’une petite délégation en France. Ali Bongo Ondimba, chef d’Etat gabonais par contre, se rend  au Royaume Uni. Le Camerounais Paul Biya hésite à se rendre en Europe depuis qu’il a été exposé à la vindicte populaire par les Occidentaux lors de son dernier séjour et il est toujours hanté par la mort d’Idriss Deby Itno alors qu’il rentrait d’une invitation à Brazzaville. Le centrafricain est en froid avec la France.   

Les grands axes du Sommet

Mardi 17 mai dès 9h00 GMT, des délégations, en format réduit dû au respect de mesures barrières, amorcent leur arrivée au Grand Palais Ephémère à Paris. Et à 11h00 GMT débute le sommet sur le financement des économies africaines clôturé le 18 mai 2021 par une conférence de presse animée conjointement par les présidents Emmanuel Macron,  Macky Sall, Félix Tshisekedi-Tshilombo de l’Union africaine et la Directrice générale du FMI Kristina Georgieva.

 

Ce sommet qui a regroupé une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi que des dirigeants d’organisations internationales et quelques rares individualités, a tracé au cours de deux sessions de discussions, les grands axes de financement et de traitement de la dette publique et privée africaine jusqu’en 2023. 

Ladite dette avait pourtant baissé suite à l’initiative du FMI avec la Banque mondiale, avant de remonter en flèche entre 2006 et 2019, passant de 100 à 309  milliards de dollars par le fait de la gestion peu orthodoxe des pays d’Afrique, couplée à la crise sanitaire liée au Covid-19. Ainsi, les participants se sont convenus de la réaffectation des réserves du FMI « droits de tirages spéciaux » des pays riches vers les pays en développement qui sont exposés à un déficit de financement de 290 milliards de dollars d’ici 2023 nonobstant les prévisions de croissance de 4% du continent en 2022. S’il est vrai que le président Macron s’est  référé au « New Deal » mis en place par le président américain Franklin Roosevelt pour lutter contre la grande dépression des années 1930, cependant les initiés se demandent si l’Afrique va en tirer profit. Tenez ! Le FMI devrait décaisser 650 milliards de dollars pour les Africains mais 34 milliards de dollars seulement de ressources ont été actés, à la dernière réunion des ministres des finances et des gouverneurs du G20 et au sommet du 18 mai, qui leur seront attribués en juin 2021 via les DTS (droits de tirage spéciaux). Pire, ces 34 milliards devraient encore revenir aux Occidentaux par l’achat des produits de base et de matériel médical. Cela ressemble à “un usurier qui vous donne petit par la main gauche pour vous retirer gros par la main droite” ou encore, un “féticheur qui vous guérit d’une maladie mais vous colle un autre démon qui vous torture sur divers plans malgré la facture que vous payez”.

Les à-côtés du sommet

En marge de ce sommet, des audiences et des concertations ont eu lieu entre le 16 et le 20 mai. Les négociations du Soudan avec la France par exemple ont abouti à l’annulation de sa dette et d’un accompagnement. les cinq chefs d’Etat et de gouvernement du G5 Sahel ont tenu un mini-sommet le 16 mai 2021 à l’hôtel Péninsule où ils ont dégagé une position commune sur les moyens de lutter efficacement contre le terrorisme. M. Sassou a reçu à l’hôtel le Bristol le 18 mai entre 10 et 14h30, Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, Patrick Pouyanné, Pdg de Total, Cyril Bolloré, gérant statutaire du groupe Bolloré et Rachida Dati, maire du VII arrondissement de Paris. L’affront tant redouté par plus d’une personne à l’arrivée de M. Sassou, de la délégation tchadienne et autre n’a pas eu lieu. Toutes ses rencontres se sont déroulées en toute sérénité même quand d’infimes activistes se sont agités. Cela confirme que les intérêts diplomatiques et économiques ont primé sur le maintien des putschistes au Tchad et sur l’affaire Guy Brice Parfait Kolelas dont l’examen approfondi des conclusions confirme, le décès survenu le 21 et non le 22 mars 2021, ce qui reste un boulet sur le pied du pouvoir du Congo.

L’expert Lefort que nous avons interrogé au sortir de ce sommet nous avoue que, certes, la France offre des opportunités au Sud, cependant, le salut de l’Afrique ne viendra pas de la France mais, des Africains eux-mêmes. Par conséquent, ces derniers doivent transformer ou fabriquer des produits sur place, comme le propose Félix Tshisekedi pour les vaccins contre la covid-19. Mais pour obtenir les résultats escomptés, les africains doivent miser sur la formation tout en bannissant le tribalisme, qui est un frein au développement, au profit de l’amour, le patriotisme, la solidarité et par-dessus, chercher à rapatrier les fonds planqués dans divers paradis fiscaux pour le mieux vivre ensemble. 

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

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Annuler la dette de l’Afrique. Et après ?

Les rencontres ayant traité du financement des économies et de la dette de l’Afrique sont légion. Et, ce ne sera pas forcer le trait que de dire celle convoquée, à Paris en l’unique journée du 18 mai, par Emmanuel Macron, président français, en est une de trop. Juste, pour souligner que l’argent chaque fois sorti – et c’est beaucoup d’argent -, a moins profité au développement du continent noir, qu’à enrichir ses dirigeants.

Qu’à cela ne tienne. Le Covid-19, cette déferlante sanitaire qui terrasse les Terriens, oblige l’humanité à la solidarité sans faille. L’idée émerge, l’an dernier, parmi les pays riches du monde. Ils prévoient la débâcle économique des pays africains subsahariens, à juste titre, et parlent de financer la relance post Covid-19, sans alourdir le fardeau de leur dette. C’est dans ce sens, en première itération, qu’il faut comprendre la volonté du président Macron de créer une occasion de son New Deal avec l’Afrique. Autrement dit, une autre manière – positive -, de pratiquer la coopération.

A Paris, l’Afrique était représentée par 19 pays, dont le président congolais Félix Tshisekedi, président en exercice de l’Unité africaine (UA), le Sénégalais Macky Sall, l’Angolais Joao Lourenço et autres le Rwandais Kagame, tandis que du côté des créanciers, ils étaient presque tous au rendez-vous. Tant au niveau des pays que des institutions internationales (Etats-Unis, Chine, Union européenne, Fonds Monétaire International, Banque Mondiale…).

“Journée économique africaine”, donc ou, comme à l’accoutumée, plutôt, nouvelle séance de perfusion pour cette Afrique moribonde ! Au premier abord, le regard devait être porté sur le continent impacté par la pandémie, ce maelström (sans doute passager) et, accessoirement, sur la dette. Pathologie de longue durée.

 

Crotté jusqu’aux genoux

Contre la première, l’Afrique n’y pouvait rien. Solution : recours aux DTS (Droits de tirage spéciaux). En termes simples, ce sont des chèques convertibles, garantis par la réserve internationale de 183 pays membres au sein du Fonds Monétaire International (FMI). La part de l’Afrique, dans les 650 milliards de dollars à allouer, est mince : 34 milliards, au lieu de 250 milliards minimum. D’où la proposition de Macron, faite aux pays nantis de « réallouer » leurs DTS à l’Afrique. Encore une dette !

Quant à la dette, proprement dite : allégement ou suppression ? Un sursis est accordé jusqu’à la prochaine rencontre du G 20 (groupe de pays riches associés à certains pays du Sud).

De cette dette dans laquelle le continent est crotté jusqu’aux genoux, avec 365 milliards de dollars. Qu’a-t-on fait avec ce montant abyssal ? Surtout, en Afrique noire, où la majorité des populations vivent avec moins d’un dollar par jour. Pourtant, Jean-Ferdinand Céline (1894-1961), un écrivain français, affirme que « l’on ne meurt pas de dette, on meurt de ne plus pouvoir en faire ».  C’est à quoi Dambisa Moyo, économiste de renom zambienne, dans un ouvrage intitulé “L’aide fatale”, rétorque que « l’Afrique marche sur du sable mouvant ».

 

Comment en sortir ? Le défi est lancé à Jean-Christophe Gallien, politologue et communicant, dont l’optimisme au zénith va jusqu’à dire : « Au-delà des messes diplomatiques, Paris, 55e capitale du continent, doit devenir celle d’une nouvelle finance africaine ».

Au fait, annuler la dette, c’est recommencer la dette. Cercle vicieux.

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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Congo. Ombres et lumières sur le gouvernement Collinet

Anatole Collinet Makosso, nouveau Premier ministre

Dévastés par la gestion peu orthodoxe du Congo ces dix dernières années, les Congolais continuent à se méfier et douter de leur élite. La liesse et l’espoir suscités par la nomination d’Anatole Collinet Makosso (A.C.M) à la primature s’effrite depuis la publication du gouvernement pléthorique de “l’empereur” Sassou, le 15 mai 2021 suivi de sa liste additive le 16 du même mois. Gouvernement composé essentiellement des mêmes dignitaires qui ont plongé la population dans la précarité, nonobstant l’annulation de la dette, les aides tous azimuts et les excédents budgétaires que ce pays a engrangés. Décryptage.

Makosso a commencé sa primature à la manière de « la présidence normale » et de « dialogue », de François Hollande, d’Emmanuel Macron, de Thomas Sankara et de Marien Ngouabi, sans oublier bien sûr la touche de son mentor Sassou décrié du nord au sud. D’emblée, il a voyagé en classe économique entre Pointe Noire et Brazzaville. Il a rendu visite au président du Sénat, au Premier ministre sortant, etc. Il est descendu prier à l’église protestante du Centre-ville comme de coutume avec deux voitures. Il a échangé sans détours avec toute la presse nationale et même les citoyens lambda. C’est dans ce cadre que l’activiste de la diaspora Faye Monama, ancien aide de camp de l’opposant congolais Marc Mapingou qui a bénéficié de son hérité de son répertoire croyant piégé Makosso et le ridiculiser, a au contraire fait sa promotion par des réponses crédibles sur des sujets d’actualité qui ont convaincu plus d’une personne. D’autres parlent tantôt de coup de « com » montée par Makosso lui-même, tantôt des pièges de ses adversaires politiques lui auraient tendus. Des personnes ont décrié cette sortie après avoir suivi Aristide Mobebissi qui parle de la non représentativité du mouvement de cet activiste qui a mobilisé moins de 10 personnes de 12 à 18 h devant France Médias pour une activité.    

S’il est vrai que Makosso a adopté la pédagogie de Thomas Sankara, de Marien Ngouabi et des dirigeants occidentaux basée sur le contact direct avec les gouvernés, toutes classes sociales confondues, cependant, il lui est reproché de festoyer pour une nomination pourtant méritée. Comme un effet d’entraînement, de nombreux ministres ont fêté au milieu des étudiants, des retraités et autres citoyens se trouvant  dans une précarité totale. Ces actes nous rappellent l’empire des Hommes sans foi, ni loi, ni conscience. Parmi ces Hommes, nous pouvons citer entre autres, des ministres que la quasi-totalité de Congolais ne voulait plus voir aux affaires.                           

Les ministres qui effraient

Le 15 mai 2021, nombreux Congolais ont commencé le deuil dès qu’ils ont appris l’entrée au gouvernement des gens pointés du doigt dans divers crimes comme : Pierre Oba, Claude Alphonse N’silou, Charles Richard Mondjo, Raymond Zephyrin Mboulou, Christel Denis Sassou Nguesso, Léon Juste Ibombo, Antoine Nicéphore Fyla de Saint-Eudes, Jacqueline Lydia Mikolo, Gilbert Mokoki, Jean Marc Thystère Tchicaya, Jean Jacques Bouya, Firmin Ayessa. Certes, il faut s’inquiéter du retour en force des supposés criminels au sommet de l’Etat et du désordre que nous offre déjà ce gouvernement avec la publication d’une liste additive gouvernementale faisant entrer le retraité Rosaire Ibara. Mais il n’est pas exclu que les Congolais vivent des lendemains meilleurs, à condition que l’élite joue son rôle. L’élite, ce n’est pas seulement les membres du gouvernement, ni les gens qui conçoivent et véhiculent de fake-news, moins encore des personnes, des partis et associations politiques qui n’existent que sur les réseaux sociaux. C’est plutôt tous les Congolais qui réfléchissent au développement intégral, à la sécurité, au bien-être, à l’avenir harmonieux des Congolais. Oui, tout est possible ! L’exemple d’Anatole Collinet Makosso qui a galéré dans sa vie mais est parvenu au sommet de l’Etat par l’effort, est très éloquent.

Croire et s’élever par l’effort

Le Premier ministre congolais actuel « a roulé sa bosse » partout. Né le 11 mars 1965, il a grandi dans une baraque en planche dépourvue d’électricité. Par manque de moyens financiers, il partait pieds nus à l’école. Passé au collège après le certificat d’études primaire élémentaire(C.E.P.E) , il devrait faire de l’aumône çà et là pour payer le titre de transport de Loandjili village au collège distant de 17 kilomètres. Après avoir  échoué deux fois au brevet d’études moyen général en classe de 3ème, il est exclu du collège. Il se voit obliger de vendre un moment au marché de pointe noire, des poissons ‘‘Makoualas’’ et des pigeons. Par la suite, il fut docker et tenta de passer le concours d’agent de chemin de fer pour devenir aiguilleur mais sans succès.

Avec le concours de son oncle, il repartit au collège et obtint difficilement son brevet d’études moyen général (B.E.M.G) qui lui ouvrit les portes du lycée Karl Marx. C’est là où il fut interné et découvre pour la première fois, le matelas à éponge et les repas équilibrés qu’il ne pouvait s’offrir au domicile familial. Il sort de là instituteur et est intégré dans la fonction publique. Déterminé à embrasser son rêve de droit, il renoue avec les études et devient magistrat. Au sortir de la guerre de 1997, il est présenté à Antoinette Sassou Nguesso par madame Louemba. Il devient directeur de cabinet de madame Sassou et conseiller technique de son mari. Parallèlement, il s’inscrit à l’Université Paris II où il obtient son doctorat d’Etat en droit avant de devenir plus tard, Maître-assistant-enseignant-chercheur. Pendant qu’il démissionne de la présidence pour rejoindre un poste d’enseignant en Afrique australe, M. Sassou le retient et le bombarde ministre de la jeunesse puis, ministre de l’éducation. Progressivement, il prend goût de la politique et se prépare aux hautes fonctions : il se distingue, au point de le confondre au porte-parole du gouvernement ou encore au ministre de la justice, ministre des affaires étrangères qui «  a négocié plus d’une fois les observateurs occidentaux pour valider les scrutins organisées au Congo ». Entre temps, il pond des réflexions de haute facture à travers plusieurs livres et revues spécialisées  qui font la fierté de l’élite congolaise. En toute humilité et dextérité, il joue au médiateur, pacificateur  et aux équilibres auprès de tous les clans du pouvoir et de l’opposition. Décembre 2019, pendant le Congrès du Parti congolais du travail (P.C.T.), il conçoit un mémoire-bilan de ce parti-médiocre, lequel mémoire force l’admiration de la plupart des centaines de délégués. Pendant la présidentielle « piratée » du 21 mars 2021, bien qu’il assiste comme de coutume Guy Brice Parfait Kolelas, son voisin immédiat  et candidat décédé dans des circonstances troubles, il est porte-parole du dictateur. Avec le sale boulot qui convainc ce dernier et notamment pour avoir ramené des populations de la ville de Pointe-Noire et du Kouilou chez Sassou, il est pressenti Premier ministre.

Selon des sources, les services spéciaux et divers milieux occidentaux qui tiennent à la stabilité de la sous-région et particulièrement aux intérêts économiques concentrés à Pointe Noire et au Kouilou, le choix de succéder le premier ministre Clément Mouamba était porté sur deux jeunes cadres du sud Congo. Le franco-congolais, tête brulée et technocrate, Yves Castanou qui maîtrise les sociétés secrètes et les grandes religions, qui « lave les cerveaux » des milliers des gens et Anatole Collinet Makosso.    

Cette longue parenthèse sur Makosso nous rappelle qu’il ne faut jamais désespérer. D’ailleurs, l’histoire de la Corée et de la Malaisie, faisant partie des 20 pays les plus pauvres dans les années 60 et de la Chine pays sous-développé, il y a quelques décennies, aujourd’hui après la détermination de leurs peuples, sont classés parmi les premiers Etats industrialisés du monde.

Les membres de la diaspora congolaise doivent fédérer, intégrer des réseaux, se former sur divers domaines. Ils doivent bâtir des stratégies pour préparer l’après Sassou Nguesso qui semble se dessiner en monarchie témoins : l’entrée au gouvernement de Denis Christel Sassou au poste de ministre de la coopération internationale et de la promotion du partenariat public privé renforçant ainsi son immunité tout en le mettant en contact avec le monde entier.

Bref, ce n’est pas à Makosso qui a toujours dit le droit que nous l’apprendrons qu’avec tous les challenges que le Congo doit faire face, former encore un gouvernement budgétivore de 36 membres pour un État de 5 millions d’habitants, ressemble à l’hôpital qui se moque de la charité. De quoi encourager les Congolais du nord au sud à s’unir pour bannir le tribalisme, cultiver l’amour, le patriotisme, travailler afin de sortir leur pays du gouffre.

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

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