Les particularités encourageantes du mouvement populaire en Iran

Dans cet article, nous examinerons certaines différences entre l’actuel soulèvement en Iran et les mouvances protestataires précédentes. Ces indications sont déterminantes dans l’évaluation des protestations récentes. Elles révèlent de nouveaux facteurs qui modifient les analyses traditionnelles et les préjugés qui risquent d’en découler.

Une volonté de se démarquer des tensions dans le sérail

Dans le passé, les révoltes en Iran ont souvent été spontanées, imprévisibles et liées à un événement politique précis. Par exemple, la révolte de 1999 a été déclenchée par l’interdiction de la publication d’un journal puis par l’assaut qui a été donné contre la cité universitaire. Comme le cas des révoltes de 2009, déclenchées par des fraudes électorales. Elles étaient aussi souvent la conséquence des tensions à l’intérieur du sérail et qui donnaient naissance à une faille dans laquelle pouvait s’exprimer la gronde sociale.

Cependant, pour des raisons diverses, ces mouvements n’ont pas pu représenter les revendications authentiques du peuple iranien et n’ont pas déclenché une mobilisation politique de tout le pays. Le rôle joué par les soi-disant « réformistes » liés eux-mêmes au sérail contribuait notamment à une récupération de l’équilibre du régime. De même, la communauté internationale a chaque fois délaissé ces révoltes, contribuant à une déception qui freinait le mouvement.

Les révoltes actuelles n’ont eu rien de spontanées. Elles n’étaient pas non plus liées à une lutte à l’intérieur du sérail. Bien avant le soulèvement, diverses couches de la société occupaient déjà le pavé malgré une répression sans merci de la dictature. Il s’agissait des travailleurs qui n’avaient pas touché de salaire depuis des mois, des retraités et des enseignants qui criaient l’insuffisance de leurs pensions et revenus, de plus d’un million de familles qui ont été spoliées par des établissements bancaires affiliés aux gardiens de la révolution ou aux cartels dirigés par les religieux, etc.

Les protestations pré-révolutionnaires n’avaient donc rien à voir avec la lutte des clans du pouvoir et suivaient un acheminement indépendant des clivages internes du régime. Elles ont commencé par des revendications d’ordre économique, finissant par constituer une mosaïque qui s’exprimait par des revendications politiques. On peut en quelque sorte comparer cette révolte à des ruisseaux qui se sont joints dans les flots d’un fleuve. Le débit devient puissant et ne s’interrompra pas.

Une révolte aussi bien en ville qu’en campagne

Les soulèvements qu’avait connu l’Iran auparavant se limitaient à Téhéran et à quelques autres grandes agglomérations.

Dans les événements récents, plus de 140 villes ont été prises par la vague révolutionnaire, incluant les villes les plus démunies et même des villes qui paraissaient acquises par la cause religieuse, comme Qom et Machhad. Cette superficie de la révolte a mis un point final au mythe de la popularité du régime dans les milieux ruraux.

Cette fabulation revient souvent dans les analyses des experts occidentaux qui divisent la société iranienne en deux portions : l’une aisée et moderniste, installée dans les grandes agglomérations et acquise au mode de vie occidental, soutenant l’idée d’une réforme à l’intérieur de la République islamique ; et l’autre, une grande majorité de la population rurale soutenant le pouvoir actuel et constituant la base sociale des conservateurs.

La révolte de décembre et janvier a prouvé que le pouvoir est rejeté dans son ensemble par tous les Iraniens, quelque soient leur appartenance ethnique et religieuse, et leur partition géographique.

Une réaction internationale différente

Les soulèvements des Iraniens dans le passé, se butaient toujours à une réaction faible et tardive d’une communauté internationale qui se cadrait dans une politique de complaisance à l’égard des crimes de la République islamique, avec une préférence pour son aile « modérée ».

Alors que les révoltes de 2009 touchaient à leur apogée, le Président américain était en train d’échanger des lettres avec le Guide suprême de la dictature religieuse ; une approbation à peine cachée du pouvoir en place. Cette volonté de complaisance a même dépassé les limites de la connivence. En cause, toute une série de tueries effectuées contre les principaux opposants du régime iranien par les Moudjahidine du peuple qui se trouvaient alors dans le camp Achraf, en Irak. Les Américains ont fermé les yeux.

Dans les révoltes récentes, les pays européens et américains ont eu une réaction plus responsable. Le soutien amené par les États-Unis aux revendications du peuple iranien et les discours intransigeants de l’Administration US contre les auteurs de la répression, a soulevé la préoccupation des dirigeants de Téhéran quant aux conséquences de mater la révolte dans le sang.

Cette réaction rapide de la communauté internationale a contredit la thèse des adeptes de la politique de complaisance qui prétendent qu’un soutien à la révolte offrirait plus d’alibis à la répression. Au contraire, cela a largement renforcé la société iranienne dans sa mouvance.

Des slogans qui annoncent une nouvelle ère

Les mots d’ordre repris dans les manifestations récentes sont révélateurs d’une tendance généralisée qui a le dessus dans la société iranienne. Des slogans comme « réformistes, conservateurs, le jeu est bien fini », sont une traduction du rejet de tous les clivages du pouvoir en place, ce qui laisse surgir la solution finale qui est le renversement du régime.

Les dirigeants de la théocratie n’ont pas cessé de répéter que ces slogans sont ceux des Moudjahidine du peuple qui visent le pouvoir dans sa totalité. C’est ce qui explique d’ailleurs pourquoi plus que les conservateurs, les soi-disant « réformistes » sont soucieux d’une attitude ferme contre les insurgés. L’ancien Président Mohammad Khatami et plusieurs autres figures de proue des « réformistes » ont qualifié les manifestants d’«ordures ».

Cette unanimité du sérail dans la répression a définitivement mis hors-jeu les « réformistes ».

Une machine de répression sans efficacité

Toutes les révoltes qui ont eu lieu dans le passé, avaient entraîné une contre-attaque du pouvoir en place qui avait conduit à un rétrécissement des mouvances sociales. Par exemple, après chacun des grands mouvements de gronde, le régime aggravait la pression sur les femmes, multipliait les patrouilles de la police des mœurs, accélérait les mises à exécutions des peines de pendaison, de flagellation et d’amputation en publique ; tout autant d’actes de vengeance contre la population. Alors que dans les récentes émeutes, ce sont au contraire les mouvances sociales qui se sont multipliées.

L’un des signes de cette progression, est le phénomène appelé « les filles de l’Avenue Enghelab », un mouvement qui a pris son élan au début des révoltes et dans lequel, les jeunes femmes iraniennes défient en pleine rue, la loi du port obligatoire du voile. Chose inconcevable il y a encore quelques mois de cela et qui prouve que le régime est de plus en plus incapable de régner par la terreur.

Ces mouvements sont autant de ruisseaux qui vont encore rejoindre un jour un fleuve en plein effervescence : un flot sans interruption qui est un cauchemar pour le dictateur de Téhéran.

 

Cet article est publié en partenariat avec le Caffè dei giornalisti de Turin

Max Mathiasin (député de Guadeloupe) : « la France a abandonné l’Afrique aux chinois »

Député de la Guadeloupe, Max Mathiasin s’est fait remarquer par son intervention à l’Assemblée Nationale sur l’esclavagisme en Libye. Son discours, qui a reçu un enthousiasme unanime, a marqué les esprits. Retour sur les coulisses de son intervention, son regard sur la politique migratoire en Europe et sur les relations franco-africaines. Entretien.

La première fois où vous avez regardé la vidéo de CNN montrant des migrants à vendre, quelle a été votre émotion ?

Au début je me suis dit c’est peut-être des fake news car j’en ai déjà vu des vidéos de la sorte. Mais quand j’ai vu que c’était signé CNN, je me suis indigné et je me suis  dit « là c’est du sérieux« . Peu de temps après, j’ai reçu des demandes d’intervention de la part de plusieurs concitoyens. Un jeune Guadeloupéen, qui avait fait campagne avec moi pour l’élection législative, m’a dit « Max, cette vidéo m’a givré le sang !« . C’est sa réponse qui a été pour moi déterminante.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

A ce moment-là, j’ai demandé à Laurence de Saint Sernin, ma collaboratrice, de déposer auprès de mon groupe politique, un changement de question car j’étais inscris pour une question sur le chômage en Guadeloupe. Comme elle n’avait pas encore vu la vidéo, elle m’a répondu « mais vous savez, Monsieur le député, il y a plein de choses qui circulent sur WhatsApp ».

Je lui balance la vidéo et elle voit vite, comme moi, qu’elle est digne de foi. J’ai pris l’avion le samedi pour arriver à Paris le dimanche où j’ai passé la journée enfermé. Lundi matin, je suis allé voir la responsable administrative de mon groupe politique. Elle m’a répondu qu’il y a déjà des membres d’autres groupes qui sont inscrits pour la même question et qu’il y a au moins six personnes qui interviennent sur le même sujet. Je lui ai dit que je dois absolument poser la question sur l’esclavage en Libye car mes ancêtres ont été esclaves. Elle a regardé le registre d’inscription et elle m’a dit « OK ».

Comment avez-vous préparé votre question ?

J’ai dit à ma collaboratrice que  pour parler de l’esclavagisme, il me faut faire appel à mes ancêtres et à un Colonel guadeloupéen de l’armée française  (il faut dire qu’il y avait une première abolition de l’esclavage en 1794 et qui a été rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802). Cet homme avait combattu, en 1802, les troupes de Napoléon. Il s’était opposé à son commandement à la tête des esclaves et des soldats pour se révolter. Je me suis donc inspiré de ce fait.

Je n’étais pas sûr du contenu de la déclaration, que j’avais lu une seule fois de ma vie, mais il y avait une chose dont j’étais sûr, c’est qu’il s’adresse à la postérité. J’avais la chance d’avoir deux autres collaborateurs qui étaient là. Nous avons commencé à écrire sur la question, sachant qu’on a un temps d’intervention de deux minutes. Nous avons travaillé toute la journée et on a fini autour de minuit.

Après une relecture, j’ai dit à mon équipe « les enfants, vous pouvez aller vous coucher vous avez bien travaillé ! » Le matin, j’ai regardé la question une dernière fois et j’y ai ajouté encore une phrase.

Laquelle?

J’ai ajouté qu’« il y a des passés qui ne finissent pas de passer ».

C’est une allusion que les faits risquent de se répéter…

Exactement. Et c’est ce qu’on voit encore aujourd’hui.

Dans l’hémicycle, comment avez-vous vécu ces deux minutes?

Trois personnes avant moi allaient parler de la Libye, mais j’étais tellement sûr de moi que je ne les entendais même pas. J’étais très sûr de la force de ma question dans la mesure où c’est une question juste, dans le sens de la justice. Quand je suis arrivé au milieu de mon intervention, j’ai jeté un coup d’œil autour de moi et j’ai vu que les députés avaient la tête tournée vers moi.

J’ai vu en particulier un député réunionnais qui avait les yeux rougis. Là, je me suis dit qu’il fallait que je sois encore plus inclusif. C’est pourquoi j’ai improvisé deux petites phrases. J’ai ajouté « c’est notre vie » à « c’est ma vie » et « notre histoire » à « mon histoire », pour faire adhérer tout l’hémicycle à mes propos.

Les retours vous ont-ils surpris ?

Après avoir posé ma question,  j’ai vécu un moment de vide mais aussi de peur. On se demande quelles seront les conséquences de ce qu’on a dit. J’ai pris conscience de la portée de la question quand j’ai quitté l’hémicycle surtout lorsque les journalistes sont venus nombreux vers moi. Ce qui m’a frappé surtout c’est que certains députés qui sont venus me saluer avaient les larmes aux yeux. Je me suis dit qu’il se passe quelque chose.

Vous avez évité de parler des causes de ce qui s’est passé en Libye. C’est par peur de choquer ?

J’ai voulu m’adresser à la conscience des gens et à ce qu’il y a de plus profond de l’humanisme. Je sais que les Français tiennent beaucoup à la révolution de 1789 avec son héritage, ses errements et les erreurs qui ont pu être commises. S’ils rejettent les exactions qui ont été commise, notamment la terreur, elle reste un héritage important du point de vue du rayonnement de la France dans le monde. Par conséquent, c’est un acte que je voulais politique. Lorsque j’ai parlé de « notre histoire » j’ai bien ajouté que cela se passait en colonies françaises.

Donc il ne s’agit pas d’occulter le passé colonial de la France et de l’Europe ni de nier leur responsabilité dans le sous-développement d’une grande partie du monde, notamment en Afrique subsaharienne et le Maghreb. Dans ces pays dits « pauvres », il y a ce que Samir Amine a appelé « l’échange inégal ».

Amine, qui a essayé de mesurer le différentiel de force de travail et de valeur ajoutée dans les échanges de marchandises entre ces deux « blocs », soulève la question de la détérioration de l’échange entre les pays « sous-développés » au profit des pays « développés ». Il y a une part de travail et de la valeur sous-évalué des produits non transformés et non manufacturés, ce qui appauvrit certains pays. C’est aussi un peu ce qu’on retrouve dans le livre « Et l’Europe sous-développa l’Afrique ».

La communauté internationale a promis de bouger et Macron a qualifié ce qui s’est passé de « crimes contre l’humanité ». Comment évaluez-vous les actes par rapport aux promesses?

Pour l’instant, il faut dire que les choses n’ont pas vraiment bougé, aussi bien de la part de la France que de la part des chefs d’État africains malgré la grande déclaration à Dakar sur la question du droit de la protection et du rapatriement de leurs concitoyens. D’après les informations dont je dispose, il y a encore entre 400 et 700 mille personnes bloquées en Libye. Il semble que l’Europe s’accommode un peu du fait que l’existence de ces camps empêche les gens de traverser. Aujourd’hui encore, certains sont emprisonnés ou vendus et d’autres auxquels on demande aux familles de payer des rançons.

Pour moi la situation n’a pas évolué et il n’y a pas de transparence sur la manière dont on pourrait mettre fin au phénomène.

Absence de transparence de la part de qui?

La France et les Nations Unies notamment. Evidemment, ne soyons pas non plus naïfs. Il faut savoir que les gens quittent l’Afrique subsaharienne au détriment de leurs vies. Il y a ce phénomène où chacun pense que « l’autre ne s’est pas tiré, mais moi je pourrais m’en sortir« . Les gens quittent leurs pays parce qu’il y a l’attrait de l’Europe lié aux images mais aussi au fait que ceux qui sont partis ne parlent surtout pas de leurs conditions matérielles terribles.

Pensez que les scènes diffusées par CNN risquent de se répéter ?

On s’aperçoit que ça perdure. L’Europe a décidé d’intensifier ses aides aux pays subsahariens, mais ces aides, au regard des problèmes économiques réels qui existent, sont à mon avis insuffisantes. Il faut changer la politique africaine de l’Europe, c’est-à-dire la politique de la «  France-Afrique » qui vise non seulement les matières premières, mais aussi et surtout, les systèmes politiques à travers la mise en place d’hommes d’État, qui ne sont en fait que des hommes de paille à la solde des gouvernants étrangers et des grosses compagnies. Nous avons deux exemples, un qui est ancien et l’autre qui est plus récent.

Le paternalisme n’a pas changé et l’état d’esprit colonial n’a jamais changé en France même avec un gouvernement qui se veut « socialiste », « progressiste » ou « humaniste ». J’ajouterais aussi les communistes car lorsque j’étais étudiant à Paris, à l’époque où on était un peu indépendantistes et rêveurs, quand on leur parlait de l’indépendance ou de l’autonomie de la Guadeloupe, ils nous rétorquaient « mais pourquoi vous voulez  l’autonomie ?! Vous êtes français ! ».

Pensez-vous que le projet de loi asile et immigration peut ou va apporter des solutions ?

Une circulaire qui voudrait que les migrants soient contrôlés quand ils sont dans des centres d’hébergement, au risque que certains d’entre eux soient conduits dans des centres de rétention, je ne peux qu’être absolument contre. Il faut que la France clarifie sa politique migratoire. Si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde et si l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, il faut aider ces gens à rester chez eux. Pour cela, il faut que cette aide soit collective, inclusive et significative.

Bien sûr qu’il faut mener des actions contre la famine par exemple, mais il faut aussi, en un second temps, mettre en place un véritable transfert de connaissance. C’est ça la vraie coopération, parce que le grand problème de ces pays c’est la question de la capacité d’investissement. Or, il y a une vingtaine d’années la France a abandonné l’Afrique aux chinois. Les chinois ne font rien pour rien. Ils sont encore pire vis-à-vis de ceux qu’ils ne connaissent pas où qu’ils font semblant de ne pas connaître.

Élections en Italie : le pouvoir de l’égoïsme

Les élections en Italie du 4 mars 2018 ont décrété le plus grand succès de la Lega depuis sa création, à la fin des années 80. Ce parti d’extrême droite, confrère du Front National, a reçu 17 % des votes. Lors des dernières consultations, en 2013, il avait à peine atteint 4 %.

Ce résultat extraordinaire fait de la Lega aujourd’hui le premier parti de la coalition de droite et, en s’appelant pour la première fois dans son histoire sans l’acception « Nord », il s’impose comme parti représentatif de l’Italie entière. Matteo Salvini, son jeune leader, a basé une grande partie de sa campagne électorale sur la question des migrants et sur l’inefficacité des mesures adoptées par l’Europe.

La question migratoire au cœur du débat

Sur le site de la Lega on peut lire les slogans « Stop envahissement », « Esclaves de l’Europe? Non merci! » ou « D’abord les italiens ».

D’ailleurs, la question migratoire a été au centre de la campagne électorale de tous les partis, à gauche comme à droite. Le Mouvement 5 Étoiles, véritable gagnant des élections, a de son côté jugé comme «désastreuses» les politiques en matière d’immigration de l’Italie et de l’Europe. Le 5 mars, en commentant les résultats des élections italiennes, le Président Emmanuel Macron a lui aussi mis en avant « le facteur migration » comme élément déterminant le choix des italiens.

Pendant des mois, on a vu à la télévision italienne les images dramatiques de débarquements de migrants sur les côtes siciliennes. On a également entendu des mots hostiles envers l’Europe et les autres pays de l’Union, accusés de n’être pas assez solidaires envers l’Italie et la Grèce.

Fantasme ou réalité migratoire en Italie ?

Pour écrire cet article, j’ai voulu m’appuyer sur les chiffres réelles de la migration en Italie et en Europe, mais j’avoue que j’ai eu du mal à trouver des données claires et certaines. J’ai lu des chiffres parfois contradictoires et j’ai trouvé assez difficile, voire impossible, d’avoir dans la presse italienne une panoramique de la réelle portée du phénomène dans le Continent. Selon les données périodiques diffusées par le Ministère de l’Intérieur italien, les arrivées de migrants via la mer en Italie sont en baisse progressive depuis 2017 et continuent en 2018.

En Europe, l’Allemagne reste le pays qui accueille le plus grand nombre de migrants, suivi par le Royaume Uni, la France, l’Espagne et enfin l’Italie. Voir le lien vers les statistiques des migrations en Europe. On le sait, il s’agit d’un phénomène très difficile à appréhender. On a des chiffres sur les débarquements via la mer mais assez peu sur les nombres des migrants qui atteignent l’Europe via la terre ou en avion.

L’émotion et la peur plutôt que la réalité et la morale

Certes, le règlement Dublin III et l’institution des hotspots dans les pays qui forment la frontière de l’Europe ont alourdi l’accueil et l’identification des migrants en Italie ou en Grèce. L’Europe, c’est incontestable, n’a pas encore trouvé la voie pour faire face à une situation qu’on ne peut plus accepter d’appeler « critique », car ce mot inclue la notion de transitoire.

Pour ce qui concerne l’Italie, si on lit les données relatives au nombre des étrangers dans la péninsule, on apprend que leur présence est plus au moins stable depuis des décennies. Au-delà des statistiques, de par leur nature relatives et aléatoires, il semblerait que ce qui a vraiment compté dans les élections italiennes est la perception de la réalité plutôt que la réalité elle-même.

Les médias italiens ont-il une responsabilité ?

Les partis populistes, en proposant des recettes vagues ou inapplicables, ont plutôt chevauché la vague émotionnelle produite par les images des débarquements diffusées par la presse, laquelle à son tour ne s’est pas chargée de rendre une vision plus complète de la question. Les épisodes de violence et de racisme qui ont bouleversé l’opinion publique italienne dans les derniers mois (la fusillade de Macerata, l’assassinat d’une jeune fille pour lequel sont poursuivis deux nigériens, l’homicide d’un sénégalais à Florence le jour après les élections) sont nourris par un sentiment vif d’insécurité et de malaise que certains partis n’ont pas manqué d’utiliser comme propagande.

Tout cela dans un pays qui maintient désespéramment un taux du chômage parmi les plus hauts d’Europe et qui vit constamment dans une incertitude politique empêchant tout programme à long terme.

Pour citer un éditorial du journaliste Roberto Saviano, paru dans les pages de « La Repubblica » le 5 mars, voter pour un parti progressiste et européiste demande d’accepter de porter sur ses propres épaules le poids de valeurs et d’obligations morales. Les italiens, ce 4 mars, ont choisi l’égoïsme.

Iran : l’exigence de liberté

L’Iran à l’heure de la contestation sociale

Rédigé par V.Z.

Dans la librairie Iremmo (Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient) située dans le 5e arrondissement de Paris, toutes les chaises sont occupées. Attentifs, certains prennent des notes pendant que d’autres enregistrent la rencontre entre Clement Therme, spécialiste de l’Iran et chercheur à l’International Institute for Strategic Studies (IISS) et Dominique Vidal, journaliste et historien. L’Iran à l’heure de la contestation sociale est le point d’ancrage de la discussion.

Fin décembre – début janvier, une vague de contestation déferle sur l’Iran. Dans tout le pays, des iraniens sortent dans la rue pour crier à l’injustice. Ils seraient plus de 42 000 (selon le ministère iranien de l’Intérieur) à avoir affronté l’interdit.
Des scènes de violences entre les forces de l’ordre et les manifestants n’échappent pas à la presse internationale. Tout comme ces femmes, ‘’des sacrifiées’’ désigne le chercheur, qui s’élèvent sans leur voile au milieu de la foule. Mais comment expliquer qu’une telle contestation ait-pu éclater dans un pays aussi contrôlé par des services de renseignements, et où toute parole libre est vue comme une atteinte au pouvoir en place ?

Les éléments déclencheurs de la crise

Pour comprendre ces contestations, Clement Therme revient sur les éléments déclencheurs.
Depuis la révolution Iranienne de 1979, il y a une envie par le bas, à la fois de la classe populaire et de la classe moyenne, de voir se réaliser le ‘’rêve nationaliste iranien’’.

La population souhaiterait que les politiques se penchent d’avantage sur des questions d’ordre économique. Et pour cause, en 10 ans les iraniens ont perdu 15 % de leur pouvoir d’achat. Une situation difficile à supporter pour les classes moyennes et populaires, surtout au vu du potentiel et de la richesse du pays. Selon le chercheur, l’écart entre les potentialités et la réalisation, a développé chez les iraniens ‘’un sentiment d’injustice’’. A cela s’ajoute la dégradation de l’environnement dans la région. La construction de barrages et le stress hydrique assèchent les lacs. La stratégie d’autosuffisance voulue par le gouvernement est mise à mal. Ainsi ces dernières années, diverses revendications ont convergé avant de finir par exploser, en décembre dernier.

Toujours selon le spécialiste de l’Iran, ces manifestations sont d’abord à caractère politique avant d’être économique. En effet, il y a eu deux types de manifestations non autorisées. D’un côté, les manifestations de mécontentement, avec des slogans hostiles au gouvernement. Et de l’autre, des manifestations officielles appelées ‘’les clientèles du régime’’ et représentées par les fonctionnaires ou les partisans du régime.

Depuis la révolution iranienne, survenue il y a 39 ans, le pays n’a toujours pas émergé. Et pour cause, les conditions de vie des Iraniens se dégradent d’années en années. Le pays compte aujourd’hui 10 millions de pauvres. Beaucoup tentent de survivent à défaut de pouvoir vivre. D’après Clément Therme, les iraniens ‘’ne croient plus en l’avenir’’. Pour eux, ‘‘le futur ne sera pas meilleur que le présent’’.

Manifestation à Téhéran

Israël dans le débat

L’Iran est aussi au cœur de l’actualité en raison de l’escalade israélienne des derniers jours. Les avions israéliens ont en effet frappé des cibles du régime syrien et de ses alliés, soit en premier lieu l’Iran.
Les manifestations et l’interventionnisme à l’étranger sont donc liés puisque c’est l’économie qui en paye le prix. « Ce mouvement est une lame de fond », souligne Clément Therme. Les objectifs inscrits dans le programme économique du Président Rohani n’ont pas été atteint. Ils étaient de l’ordre de 50 milliards de dollars mais n’ont pas dépassé les 5 milliards de dollars, soit moins de 10 % de l’objectif.

Le chercheur lie cela à ce qu’appellent les Américains ‘’Le financement du terrorisme’’ désignant par là des groupes régionaux tels que le Hezbollah et le Hamas. Ceux qui pâtissent de cette politique, ce sont encore une fois les citoyens. Ainsi lors des manifestations, on pouvait trouver des slogans tels que ‘’Ne vous occupez plus de Gaza, occupez-vous de nous’’.

Enfin, l’un des autres aspects développés par Mr Therme pour expliquer la contestation générale, est la nostalgie de l’ancien régime, nommée ‘’L’époque Pahlavi’’, en référence à la dynastie fondée par Reza Khan en 1925, et qui a régné sur le pays jusqu’à l’avènement de la République islamique. Des pancartes ‘’J’ai fait la manifestation, je me suis trompé’’ ont elles aussi défilé à travers la foule.

Aujourd’hui, le mouvement continue mais de façon sporadique ‘’Il y a encore des foyers de mécontentement’’ souligne le chercheur. Et les arrestations n’en finissent plus. D’après Clément Therme, pour comprendre la mentalité actuelle des iraniens, il faut se demander si la peur du chaos est plus forte que la peur du changement. L’exigence de liberté pourrait bientôt prendre le dessus.

L’enlisement des forces au Sahel

Sahel : naissance d’un autre Afghanistan ?

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

« On ne peut comparer que les choses comparables », conseille-t-on en science. Et de là, à aboutir à la conclusion hâtive : « Le Sahel n’est pas l’Afghanistan », il n’y a qu’un petit pas à franchir. Or, à y regarder l’évolution des deux situations de près, celle-ci repose sur deux éléments solides de comparaison. Au point de conduire vite à l’antithèse : « Le Sahel ressemble à l’Afghanistan ».

Carte du Sahel

En résumé, l’Afghanistan « rebelle » s’est créé sur fond de lutte d’influence entre l’ex-URSS et les Etats-Unis. L’hypothèse retenue était fondée sur l’idée selon laquelle « qui arriverait à imposer son idéologie à l’Afghanistan, serait incontestablement le maître du monde ». Rêve millénaire de puissance, à l’origine de la création des empires !

De fait, cette région-charnière entre l’Iran à l’ouest (faisant jonction avec le Moyen-Orient, jusqu’aux portes de l’Afrique), la Chine, à l’est, et l’Inde, au sud, constituait une véritable plaque tournante stratégique.

D’ailleurs, avant la présence de l’ex-URSS et, par la suite, celle des USA, ce sont les empires mongol de Gengis Khan (1220) et britannique (1839 – 1842), qui s’étaient fracassés sur ce « peuple fait en bronze ». Les Russes, humiliés, sont chassés entre 1988 et 1989, tandis que les Américains qui ont pris la relève, depuis, sont en train d’y mordre la poussière.

Ce qui étaye la thèse de comparaison, c’est, d’abord, cette succession de stratégies militaires opérées par les USA – ou, du moins, le changement de nom d’opérations – qui n’a rien modifié sur le terrain : « Forces américaines », « Alliance du Nord », lesquelles n’ont pas empêché la prise du pouvoir par les Talibans, en 1996. Et, en cours : « Force internationale d’assistance à la sécurité » (ISAF), sous l’égide de l’Otan, depuis 2001. En train de se déliter. Sans gloire.

Soldat en position dans le désert du Sahel

La vertu du dialogue

Engagées au Sahel depuis 2013, les forces françaises sont sur les traces des Américains. Au début dénommée « Serval », aujourd’hui, appelée « Barcane », elles cherchent des alliances, pour maintenir le cap. L’Occident y prête attention. La récente conférence de Munich sur la sécurité vient de le démontrer. L’Allemagne s’est déjà jetée à l’eau, alors que le « G5 Sahel », force de cinq pays africains concernés, a déjà pris forme.

C’est vrai que, si par rapport au temps, les deux situations se distinguent. Les Etats-Unis y croisent le fer depuis près de 30 ans, alors que la France pose ses premiers pas : cinq ans à peine. L’hypothèse d’enlisement du pays de Macron au Sahel n’est pas a priori à exclure.

« Enlisement », puisque aussi bien en Afghanistan qu’au Sahel, l’engagement militaire n’est pas d’ordre classique. C’est une guerre dite « asymétrique ». Souvent pérenne. Où l’adversaire, toujours insidieux, attaque à contre-pied et disparaît. Et, c’est là le deuxième élément de comparaison.

A mettre en perspective la situation qui prévaut au Sahel, avec cette spécificité d’un conflit tentaculaire qui gagne déjà du terrain au-delà du cercle sahélien, il ne serait pas téméraire de penser qu’un « deuxième Afghanistan » est en train de naître en Afrique de l’Ouest. Où la France défend, à la fois, son pré carré et la paix universelle.

Mais, au lieu de la guerre, au visage toujours hideux, ne serait-il pas avantageux d’envisager la vertu du dialogue avec les djihadistes et autres insurgés ? Et d’oublier ainsi cette débauche de moyens militaires forcément destructrice ?

Libye : la transition politique en crise

Huit ans après la chute de Kadhafi…

Elle n’est pas encore sortie de son silence mortel, la Libye est toujours en crise. Le 17 Février 2018, la Libye “fêtera” les 8 ans de la chute de Mouammar Kadhafi dans un contexte de division. Encore en construction, ce pays se perd gravement entre la violence et le silence remarquable des forces internationales. Plusieurs gouvernements et milices rivalisent pour obtenir la légitimité tandis que la situation des droits humains remet en lumière les résultats tragiques de ces guerres internes.

Comment est la Libye d’aujourd’hui? Est-elle perdue? Malgré l’échec, la transition politique est- elle encore possible?

Soldats en Libye

 

 

 

 

Ce qui est resté de Kadhafi

Administrée par les milices et trois gouvernements, la Libye se divise, selon le rapport de l’Analyse de la situation en Libye à l’orée de 2017, entre :

• Les milices de Misrata, avec lesquelles les services italiens ont conservé des liens étroits en 2016, et dont les Frères musulmans ont reçu une intervention humanitaire.

• Les milices de Zintan, qui ont beaucoup participé à la libération de Tripoli et qui ont signé un accord politique avec les groupes armés de Khalifa Haftar, l’ancien général de Kadhafi.

• Les milices islamiques et Daech. “Les Nations Unies, sous la pression des grandes puissances occidentales, engagent des négociations marathon en vue de constituer un gouvernement d’accord national”, écrit Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français à Tripoli (2001-2004).

Mais l’accord politique signé à Skhirat (Maroc) en 2015 n’a pas été respecté, la crise libyenne est toujours là, avec encore de plus en plus de dégâts humains.

La censure, la peur, les journalistes libyens sous pression

La Libye occupe la position 163 au classement mondial de Reporters Sans Frontières (RSF) de la liberté de la presse en 2017. Les journalistes selon RSF sont “visés par des milices armées ou par le groupe État islamique”. “L’environnement est hostile aux activistes et aux journalistes, ils sont constamment menacés et risquent d’être condamnés.

« Un journaliste qui lutte pour les droits de la femme a été porté disparu plus d’un an” nous confirme Mehdi Ben Youssef, chercheur et responsable du dossier des droits humains en Libye d’Amnesty International.

Adil, journaliste local, installé à Tripoli (nous avons changé le prénom par mesure de sécurité), constate que “le gouvernement internationalement reconnu laisse certains de ses groupes armés incontrôlés”. Pour Adil, le chef de gouvernement n’a pas été en mesure de contrôler les grandes erreurs commises par ces groupes armés, qui ont fait plusieurs victimes dont des journalistes, des femmes et des migrants. “Le gouvernement al-Wefaq reste encore fragile, tant qu’il ne peut pas condamner les violations des droits humains de ces groupes. Les journalistes sont menacés par les milices du gouvernement », continue-t-il.

Adil, qui exerce son devoir d’informer ajoute que “si on parle ouvertement de ces crimes, je risque de disparaître”. Les milices armées libyennes ont lancé « une campagne de disparitions forcées » visant à écraser l’opposition, les journalistes et les défenseurs des droits humains.

Une unité libyenne éphémère ?

Un avis vaut une vie, un mot coûte des maux !

Nous avons contacté l’une de ces victimes : Reda El Hadi Fehlbaum, journaliste et universitaire libyen, installé à Tripoli. Il témoigne : “J’ai été enlevé le 22 août 2015, après mon retour de Tunis, suite à un débat auquel j’étais invité et pour avoir participé au meeting des Nations Unies. Précisément, ce meeting était à propos de l’accord national et le rôle de la société civile libyenne pour la stabilité de notre pays”.

Reda El Hadi Fhelboom a été enlevé au moment où le groupe armé El Bouni a contrôlé l’aéroport de Tripoli. Pour quelles raisons ? Avoir dénoncé la dégradation des droits humains et l’implication des politiciens et des milices dans ces violations et ces crimes. Le gouvernement de l’accord national, aujourd’hui, est plus efficace en matière de lutte contre les groupes jihadistes, comme c’était le cas à Sabratha. Reda El Hadi Fhelboom a confirmé cette efficacité, mais le gouvernement, pour lui, est complètement corrompu et incompétent.

“Les postes gouvernementaux ont été distribués en fonction des loyautés et des intérêts personnels, rien n’a été fait en faveur des droits humains. » Une réalité frappante, difficile de faire des progrès significatifs dans la plupart des secteurs avec des délais bien définis. “Ce gouvernement est incapable de gérer la situation sécuritaire et institutionnelle”, commente le journaliste.

L’échec : institutions détruites et divisées

Ce qui est certain, c’est que l’instabilité rend le travail des défenseurs des droits humains et des journalistes toujours plus difficile. C’est dans ce contexte de “guerre” que la société civile libyenne agit très difficilement, “la liberté aujourd’hui est en danger. La plupart des institutions étaient massivement touchées par l’instabilité politique et sécuritaire, elles ont été détruites et divisées, comme la Banque central, le Libyen Audit Bureau (organe suprême de contrôle et de comptabilité en Libye, doté de l’autorité financière indépendante, affilié à l’autorité législative).

“La société civile est fragilisée à cause de cette situation” nous confirme Marouan Tachan, le directeur exécutif du Centre des défenseurs des droits de l’Homme en Libye (Defenders Center). Marouan, aussi chercheur spécialiste en droits humains dans la région, actuellement installé en Tunisie, ajoute que “malgré la complexité de ce contexte, nous avons encore des institutions qui fonctionnent lentement”.

“Minassa” (The Libya Platform), composée de seize ONG libyennes, a lancé un appel pressant aux Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU, leur demandant de prendre rapidement une position décisive sur les violations systématiques du droit humains. Le communiqué de la “Minsassa” confirme que certaines de ces violations peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

La justice : Etat des lieux

Mehdi Ben Youssef d’Amnesty revient en détails sur ces problématiques : “Les violations graves des droits humains en Libye, arrestations, enlèvements, tortures, sont commises par toutes les parties en conflit. Les disparitions forcées sont des pratiques régulières non acceptables. Ces pratiques sont souvent commises par les groupes armés affiliés soit au nom du gouvernement, soit par le ministre de la Défense ou de l’Intérieur, soit par d’autres dirigeants ”.

Devant ces crimes contre l’humanité, le système judiciaire est incapable de poursuivre les responsables. En fait, le système judiciaire s’est effondré, dans la majorité des régions, en raison des menaces et des assassinats contre les juges et les procureurs. Depuis 2014, de nombreux défenseurs des droits humains, dont des juges et des journalistes, ont été la cible de représailles de la part de différentes milices et groupes paramilitaires. Beaucoup d’entre eux ont quitté le pays.

L’affaire de l’enlèvement de Salem Mohamed Beitelmal, professeur à l’Université de Tripoli, par des groupes liés à la l’administration de Tripoli, illustre à quel point le gouvernement soutenu par les Nations Unies était incapable à ce jour de contrôler ces milices. Détenu 47 jours dans une même pièce, avec un seul repas par jour, Beitelmal a été libéré malade et souffrant d’une perte de poids de 30 kilogrammes. Les groupes armés continuent de kidnapper et de cacher des civils, des journalistes, y compris des politiciens connus. Sans jamais se soumettre à aucune sanction.

Abdel Moez Banoun, activiste et blogueur critique, a disparu mystérieusement depuis son enlèvement le 25 juillet 2014 à Tripoli par un groupe armé inconnu. Jabir Zain, un défenseur des droits Humains a été déplacé de force depuis son enlèvement le 26 septembre 2016, tout comme de nombreux autres disparus et détenus en dehors de la Libye.

Un combattant de l’Aube de la Libye utilise une longue-vue pour observer les positions des activistes de l’État islamique (EI) près de Syrte le 19 mars 2015. REUTERS/Goran Tomasevic TPX IMAGES OF THE DAY TPX IMAGES OF THE DAY – RTR4U0V5

L’Italie et l’Europe : silence et complicité ?

Pour Amnesty International, les forces internationales sont complices, l’Union européenne et l’Italie en particulier, en décidant de rétablir la capacité des autorités libyennes de résoudre la situation. “Les responsables européens et italiens ne peuvent pas affirmer de manière crédible qu’ils n’étaient pas au courant des graves violations commises par certains des agents en charge de la détention”, affirme un communiqué de l’organisation.

La question des migrants et des réfugiés (cette question sera traitée dans un prochain article de Hicham Mansouri) s’impose lourdement dans l’agenda de la Libye, de l’Italie, et de l’Union européenne. Les demandeurs d’asile sont soumis à des violations graves et systématiques des droits humains, à des tensions officielles et non officielles.

Quel rôle joue l’Italie ?

Le 2 février prochain marquera la première année écoulée depuis la première signature du « memorundum of understanding » entre la Libye et l’Italie, l’accord de coopération qui a omis la base de la politique de coopération entre la Libye et l’Italie et qui a ensuite été approuvé par les autres membres de l’Union européenne. “Dans ce mémorandum on voit les axes de coopération qui ne contiennent pas les droits humains des migrants et des réfugiés dans les priorités. La priorité absolue est d’empêcher les bateaux d’arriver sur l’équatorial”, nous confirme Mehdi Ben Youssef. “La détention ne doit pas être un moyen pour gérer l’immigration. Les migrants ne doivent pas être retenus” ajoute-il. Mehdi Ben Youssef propose que “l’Union européenne et l’Italie revoient leurs politiques avec la Libye en plaçant les droits humains parmi les priorités et en s’accordant et travaillant avec eux pour en finir avec la détention”.

Le gouvernement est presque bloqué au niveau administratif et politique, le socio-économique est encore pire. Le pouvoir judiciaire en état de KO, les institutions restent encore corrompues et manipulées. Le vide institutionnel produit par la logique de pouvoir de l’ancien président, n’a pas été sans effets négatifs sur les droits humains et sur la reconstruction politique. La Libye peut-elle sortir de la crise?

Guinée : remettre la locomotive de la décentralisation en marche

Élu en 2010, le président Alpha Condé procédera en 2011 au remplacement des élus locaux dont le mandat avait expiré depuis 2010, par des délégations spéciales. Selon l’opposition, les collectivités locales sont désormais dirigées par des personnes nommées par l’exécutif et non élues par les populations.