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MALI – Après le coup d’État, quelles conséquences pour la liberté de la presse ?

Aucune déclaration n’a encore été faite pour garantir les droits de presse depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Les journalistes maliens espèrent malgré tout une amélioration de leurs conditions de travail.

Au mois de juin 2020, un mouvement de contestation au président Ibrahim Boubacar Keïta éclate dans les rues de Bamako. La tension atteint son paroxysme pendant la manifestation du 10 juillet, réprimée dans le sang par le pouvoir. De nombreux journalistes sont pris pour cibles par les forces de l’ordres et agressés par des manifestants.


Dans l’après-midi, le président malien est finalement mis aux arrêts par les militaires putschistes.


Le 18 août, l’armée se soulève à son tour contre le président malien. Au matin, une mutinerie éclate dans une base militaire de Kati à 15 km de Bamako. Olivier Dubois, correspondant de Libération au Mali, tente de couvrir la mutinerie, mais il est frappé et menacé avec une arme par les rebelles. Le quotidien annonce le soir que le journaliste est sain et sauf et ne souffre d’aucune blessure. Dans l’après-midi, le président malien est finalement mis aux arrêts par les militaires putschistes.

Contrairement au précédent coup d’État de 2012, la prise du pouvoir du 19 août a été préparée en amont. Le lendemain, l’armée annonce la création du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) composé des généraux à l’origine du putsch.

Dans leur première déclaration, les généraux reprennent de nombreux éléments qui cristallisent la colère populaire mentionnant notamment le «clientélisme politique», «la santé aux plus offrants», la rupture entre le peuple et ses gouvernants, l’insécurité et le terrorisme.

La Maison de la Presse malienne note cependant que les militaires n’ont pas fait mention de «garantie des libertés fondamentales – dont celles relatives à la presse et à l’expression».

« Les militaires inspirent autant d’espoir que d’inquiétude » / France 24

Aucun contact n’a pour le moment été établi entre le CNSP et les associations de presse, hormis un communiqué commun demandant un allègement du couvre-feu pour les journalistes. L’interdiction de libre circulation instaurée entre 21 heures et 5 heures dans un premier temps, puis de minuit à 5 heures depuis le 21 août gênant le fonctionnement normal des médias.

La démission d’Ibrahim Boubacar Keïta, l’espoir d’une amélioration des conditions

«Depuis que les militaires sont au pouvoir, nous n’avons pas enregistré de cas d’atteinte à la liberté d’expression» reconnaît Boubacar Yalkoué, président du Mouvement de protection de la presse contre les violences.

«La liberté d’information a été pour le moment respectée au Mali. Après le renversement par des militaires d’un pouvoir démocratiquement élu, on ne peut pas dire qu’on ait confiance à 100 %. Nous avons l’espoir qu’ils ne s’en prennent pas à la presse, mais nous émettons malgré tout des réserves pour le moment.»

L’autre menace qui plane sur la presse malienne depuis la pandémie du Covid-19 est la crise économique.

«La presse malienne bénéficie en temps normal de contrats avec les institutions, mais avec la crise sanitaire toutes les activités ont été limitées ce qui s’est répercuté sur les entreprises de presse» pointe Boubacar Yalkoué.

«Il avait été question de mesures de soutien économique, mais nous n’avons rien reçu jusqu’au basculement du pouvoir, et étant donné la situation actuelle il y a peu d’espoir de les obtenir. On se dirige vers des périodes difficiles pour la presse.»

Une situation toujours instable pour la liberté de la presse au Mali


Depuis le précédent coup d’État de 2012, la liberté de la presse au Mali a été mise à mal à de nombreuses reprises. Pendant les mois qui ont suivi le putsch de mars, plusieurs arrestations ont été ordonnées par les autorités militaires.

L’arrivée au pouvoir de Ibrahim Boubacar Keïta en septembre 2013 n’a pas entraîné d’amélioration pérenne du droit de presse au Mali qui prend la 108e place du classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans Frontière en 2020.

Le 29 janvier 2016, Birama Touré journaliste pour l’hebdomadaire d’investigation Le Sphynx était porté disparu. Cette affaire remonterait jusqu’au fils du président, Karim Keïta, et mettrait en cause les services de sécurité de l’État qui aurait retenu le journaliste captif et l’auraient torturé pendant près d’un an et demi.

Plus récemment, les élections présidentielles 2018 ont été marquées par une recrudescence de la censure et de violences contre les journalistes. En mai, le journal Mali Actu était poursuivi et trois de ses journalistes enfermés pendant cinq jours pour la diffusion du communiqué d’une association qui appelait à la démission du ministre de l’Emploi.

Durant les manifestations du mois de juin, la Maison de la Presse du Mali dénonçait les nombreuses attaques de journalistes par les forces de l’ordre. Fin juillet, cinq journalistes de la chaîne TV5 Monde étaient interpellés par des agents en civil à leur arrivée à Bamako. Au moment de l’entre-deux-tours, Radio Renouveau FM, média d’opposition, était sommée de quitter les ondes « jusqu’à nouvel ordre ».

En fin d’année, un haut gradé de l’armée malienne démissionne de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation (comité de surveillance des violations des droits humains au Mali) après avoir été mis en cause dans l’agression d’un journaliste. Celui-ci raconte avoir été menacé, frappé et forcé à boire sa propre urines dans les locaux de la commission nationale.

D’autres articles

Hollande : « Le Mali est un exemple d’espoir pour la lutte et le développement »

[Par Mourad HAMMAMI]

Une conférence sur le développement du Mali a eu lieu ce jeudi au siège de l’OCDE à Paris. La conférence s’est ouverte avec le discours du président malien Brahim Boacar Kaïta qui a insisté sur la nécessité d’aider le Mali à aller de l’avant.

(Photo crédit : Mourad Hammami)

(Photo crédit : Mourad Hammami)

Pour sa part, le Président François Hollande a présenté son allocution en relation avec le développement du Mali, l’étape suivante, après trois ans de guerre contre le terrorisme.
Selon Hollande, dès le début de la crise la France avait pris ses responsabilités en venant en aide au Mali qui était sur le point de s’effondrer. En plus de la France d’autres pays ont été mobilisés pour sauver le pays et des engagements de trois milliards de dollars ont été pris pour lui venir en aide. La plupart de ces engagements financiers a été respecté.
François Hollande a salué le rôle clef de l’Algérie dans le règlement de la crise malienne. A défaut du président algérien, c’est le ministre des affaires étrangères Lamamra qui était présent en compagnie de l’ambassadeur d’Algérie en France.

La Grande Mosquée de Djenné (Mali) est le plus grand bâtiment en briques de boue (source : bbc.com)

La Grande Mosquée de Djenné (Mali) est le plus grand bâtiment en briques de boue (source : bbc.com)

Selon Hollande, le Mali est un exemple d’espoir. Ce qui était possible au Mali peut l’être ailleurs.
La France va engager dans les trois prochaines années une aide de 360 millions d’euros au développement du Mali. Selon le Président français, d’autres aides peuvent être débloquées, mais il a aussi souligné le rôle que peut jouer la diaspora malienne en France pour participer et contribuer au développement du Mali à travers leurs épargnes.
Cette conférence était aussi pour François Hollande une occasion de faire un lien à la fois entre le terrorisme islamiste, les migrants et le réchauffement climatique.
Pour les migrants, selon lui les pays d’Afrique et du Moyen-Orient sont ceux qui accueillent le plus de migrants. De ce fait il faut aider les pays qui en souffrent pour susciter la paix et le développement durable. De ce fait pour le Président français, le climat, les migrants, le sous-développement et l’islamisme sont des maux qui se nourrissent entre eux et ont des liens directs, d’où la nécessité de les combattre tous à la fois avec cohérence.
Dans cet ordre d’idées, il a évoqué la conférence sur le climat qui aura lieu en novembre à Paris.
Enfin, Hollande a conclu par cette expression envers le président du Mali : « Monsieur le Président, vous pouvez être fier. Apres trois ans de guerre, le Mali est sur le chemin du développement. A travers vous, c’est un message d’espoir que nous voulons envoyer pour tous les autres pays qui sont dans les ténèbres. »

 

Gaza-Mali : l’indignation sélective de l’extrême gauche française

[Par René DASSIE’]

L’extrême gauche française qui manifeste en faveur des populations de la bande de Gaza s’était montrée indifférente l’année dernière aux souffrances infligées par les islamistes aux populations du Nord-Mali.

Photo tirée de www.africapresse.com

Photo tirée de www.africapresse.com

Depuis le déclenchement début juillet dans la bande de Gaza de l’offensive militaire israélienne contre le Hamas et le Jihad islamique palestinien en réponse aux tirs de roquette sur plusieurs grandes villes de l’Etat hébreux, l’extrême gauche française mène la charge à Paris, contre Tel-Aviv.
Au menu, multiplication des sorties médiatiques d’indignation face aux bavures de l’opération « Bordure protectrice », haro sur le gouvernement Hollande taxé de complicité avec Israël, mais surtout, défi des interdictions administratives de manifester. Ainsi, alors que le Hamas désormais sûr de sa victoire médiatique eu égard au déséquilibre des forces et de victimes de part et d’autre rejette toute proposition de cessez-le-feu qui accorderait un répit aux populations gazaouites, le Parti de Gauche de l’outrecuidant Jean-Luc Mélenchon ne voit dans ce conflit qu’une « monstrueuse punition collective infligée à la population, enfermée dans Gaza par ses bourreaux ».
Evidemment, pas un mot n’a été prononcé de ce côté-ci contre les débordements antisémites qui ont ponctué les manifestations à Paris et en banlieue, plongeant la communauté juive de France dans une profonde inquiétude.

L’année dernière, la même extrême gauche s’insurgeait contre l’opération « Serval », un secours militaire apporté par la France au Mali, un pays d’Afrique de l’Ouest considéré comme une démocratie exemplaire, dont la stabilité était fortement compromise par une invasion djihadiste partie du Sahel.
Alors que les Maliens assistaient impuissants à l’instauration dans le nord de leur pays d’un Etat religieux basé sur la charia par les islamistes du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et leurs affidés d’Ansar Dine, Jean-Luc Mélenchon jugeait « condamnable » l’initiative française soutenue par la communauté internationale. Dans la même lancée, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot traitait « Serval » d’ « intervention néocoloniale sous leadership français ».
Même les prémisses de la vie selon la charia, les mains et pieds de voleurs coupés sur la place publique à Gao dans le nord du Mali par les justiciers islamistes, la suppression des droits des femmes soumises à un code vestimentaire contraignant ou sommées de rester cloîtrées chez elles n’avaient pas ébranlé les certitudes d’Olivier Besancenot et ses amis qui, pourtant, lors de leurs manifestations anti-guerre à Paris claironnaient « l’humain d’abord ».
On sait qu’en France, les formations de l’extrême, NPA qui avait présenté une candidate voilée aux élections régionales en tête, ambitionnent de devenir des partis de masse et manœuvrent pour séduire les banlieues à majorité musulmane. Ceci explique peut-être cela.