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IRAN. Élection présidentielle : Aggravation de la crise hégémonique et du contrôle politique

A quelques jours des élections présidentielles prévues en Iran le 18 juin, le Conseil des gardiens de la Constitution (un organe non élu opérant sous les auspices de Khamenei chef suprême du régime) a évincé, le 25 mai, tous les candidats rivaux crédibles d’Ebrahim Raïssi, candidat favori de Khamenei.

Ebrahim Raïssi, chef du système judiciaire iranien, a été l’un des quatre membres du « Comité de la mort » lors de l’extermination en 1988 de milliers de prisonniers politiques. Désigné par les Iraniens comme le « juge de la mort », il figure sur la liste des personnes sanctionnées par le Département du Trésor des États-Unis depuis 2019.

Parmi les évincés, figurent des responsables de la République islamique dont l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad (2005 – 2013), Eshaq Jahangiri, premier vice-président, Hassan Rouhani, président sortant, et Ali Larijani, ancien commandant des IRGC [Corps des Gardiens de la révolution islamique] et ancien président de l’Assemblée consultative Islamique.

L’éviction des candidats à la présidence est une pratique courante en Iran. Seuls les très fidèles du régime passent le filtre du Conseil des gardiens de la Constitution. Mais le limogeage de représentants de factions proches de Khamenei lui-même, reste paradoxal.

ISNA.IR, Ebrahim Raïssi, le candidat préféré du Guide suprême parmi ses partisans.jpg

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Le point de vue développé dans cet article est qu’éliminer les rivaux du candidat favori du régime soit la seule alternative pour sa survie. Ainsi, les récentes interventions du régime pour exclure du pouvoir certaines de ses factions, ne sont pas des événements exceptionnels mais constituent une tendance à long terme en réponse à la crise hégémonique croissante.

Cette montée élèverait un rempart contre la société iranienne, toujours au bord de l’explosion. Cette société ayant choisi la voie des manifestations de rue comme lors des deux derniers soulèvements de janvier 2018 puis novembre 2019.

La mère des crises

Au cours des quatre dernières décennies, le nom de la République islamique a été associé, par les analystes politiques, à une combinaison de crises, de sorte que son existence même est clairement définie selon le type, l’ampleur et la gravité des crises auxquelles elle est confrontée.

Cette crise considérée comme un état instable, résulte de la perturbation et du dysfonctionnement d’un système politique pouvant ébranler sa stabilité et son équilibre. Au-delà d’un certain palier, un changement définitif peut en résulter.

Certains théoriciens de l’Etat considèrent que celui-ci a trois fonctions fondamentales. La plus importante est de créer la cohésion dans le bloc du pouvoir et d’exercer une hégémonie idéologique. En d’autres termes, la tâche la plus importante de l’Etat (quelle que soit la nature sous-capitaliste de la « République islamique ») est d’organiser et de donner une cohérence politique aux classes dirigeantes.

La crise hégémonique en tant que crise structurelle a coïncidé avec l’établissement de la République islamique, ainsi, après seulement deux ans et demi de présence, du 13 février 1979 au 20 juin 1981, la faction libérale a été complètement évincée du pouvoir.

Plus tard, en écartant M. Montazeri,- (seul ayatollah à s’indigner du massacre de prisonniers politiques à l’été 1988)-, de la succession de Khomeiny, ce qui était visé était la cohésion et l’uniformité après la mort du fondateur du régime.

La présidence du fondateur de la République islamique, bénéficiant toujours du potentiel laissé par une révolution populaire, n’a pas donné d’occasions d’enflammer les contradictions entre les différentes factions du bloc de pouvoir. La bourgeoisie commerciale, le clergé, les gardiens de la révolution et les forces de sécurité formaient un bloc.

 

La poursuite de la guerre catastrophique avec l’Irak (1980-1988) a été un facteur d’unification interne du système, limitant ces conflits. Mais la mort du fondateur du Velayat-e Faqih en 1989 a eu un effet ravageur sur l’embrasement de ces contradictions les années suivantes. Cette disparition a définitivement privé le régime du rétablissement de l’hégémonie idéologique dans le bloc du pouvoir.

À la lumière des travaux de théoriciens de l’État, nous pouvons affirmer que la crise hégémonique en Iran découle de l’incapacité à créer une cohésion entre les factions composant le bloc du pouvoir. Dans la mesure où aucune de ces factions n’est dans une position hégémonique, l’État est confronté à des lacunes et des conflits irréconciliables.

Selon des théoriciens et des commentateurs de la théorie de l’hégémonie presque tous inspirés par les travaux d’Antonio Gramsci, ce n’est que dans l’ombre de l’hégémonie idéologique que le pouvoir dominant est en mesure d’attirer le soutien et la coopération d’autres puissances et de les adapter à son système. En raison de cette incapacité structurelle, le régime est incapable de remplir les deux autres fonctions vitales : (i) empêcher l’unification des forces et des classes dominées, et (ii) mobiliser les forces politiques et idéologiques partisanes.

Le régime n’est plus en mesure de créer de différences entre les classes dirigeantes et de monter différentes sections de la société les unes contre les autres, cela été démontré dans la solidarité et l’unanimité des classes dominées au cours des soulèvements sanglants de décembre 2017-janvier 2018 et novembre 2019. Durant ces événements, plus de 200 villes, à forte diversité culturelle, ethnique et religieuse, se sont soulevées

Il convient également de mentionner la longue série de grèves quotidiennes, de manifestations syndicales et politiques et des efforts inlassables des travailleurs pour organiser et former des syndicats clandestins dans des conditions d’oppression. Ce sont bien les signes que les contradictions d’une grande partie de la société avec le pouvoir en place évoluent vers l’antagonisme.

Quant à l’échec du régime à mobiliser politiquement ses forces de soutien traditionnelles, forces extérieures à la lutte de classe dans le bloc du pouvoir (dans son sens marxiste : la petite bourgeoisie et la paysannerie) et sa reproduction idéologique, les deux derniers soulèvements l’attestent

Le mythe de la base partisane de la République islamique parmi les classes inférieures de la société notamment les bidonvilles et la périphérie de la capitale, s’est effondré. Ces zones, ainsi que les petites villes de tout l’Iran étaient impliquées dans le centre du conflit.

L’afflux des classes populaires dans les manifestations anti-régime sanglantes et les slogans scandés par les manifestants en Novembre 2019 notamment, ont contraint Khamenei à proposer une nouvelle définition du mot « opprimés » (Mostazafin) le 26 décembre de la même année. « Mostazafin» est le mot le plus largement utilisé pour s’adresser à la classe défavorisée ou  » va-nu-pieds » selon la rhétorique du régime de Khomeiny. Khamenei redéfinit désormais les Mostazafin comme les « Imams et dirigeants potentiels du monde humain » Ce discours était une reconnaissance claire de l’absence de base de classe revendiquée par le régime.

La somme de ces trois échecs dans l’analyse de l’État conduit à une « crise du contrôle politique », explication la plus claire de la situation actuelle du régime. Situation renvoyant spécifiquement à la crise politique dans la société, situation dans laquelle toutes sortes de crises peuvent se multiplier et créer une synergie.

La nature de la crise

La faction ayant toujours le dessus dans ce fragile équilibre, – le corps des Pasdaran (IRGC) et de Khamenei-, est la plus consciente de la nature et de la profondeur de la crise actuelle.

Le conflit au sommet de la pyramide du pouvoir, comportant une mafia de clercs, de gardiens de la révolution, de forces de sécurité et d’une partie de la bourgeoisie commerciale, s’est réellement intensifié.

Peut-être plus que l’éviction d’Ali Larijani, celle des cinq autres candidats occupant des échelons supérieurs des Gardiens de la révolution, caractérise clairement l’ampleur de la crise. L’annonce de ces candidatures fut le premier signal de la rupture avec la machine répressive, son manque d’intégration voire une coercition interne entre rivaux.

Par ailleurs, elle a révélé comment ces candidats ont servi les intérêts de certaines puissances politiques et économiques qu’ils représentent au sein du Corps des gardiens de la révolution.

Par conséquent, il semble qu’un changement qualitatif et décisif se soit produit dans le système de contrôle de ces contradictions : les factions dirigeantes du régime se sont battues dans le passé, et ce mécanisme de partage des conflits est largement sous le contrôle et l’influence de Khamenei. Khamenei lui-même, – au moins depuis les élections de 2009 -, est devenu partie prenante dans ces conflits.

 Les conflits brutaux pour des intérêts politico-économiques spécifiques dans le cadre de relations de pouvoir, et les titres communs de fondamentaliste, réformiste, modéré, technocratique, etc., en sont la représentation idéologique.

Réponse à la crise

Le régime Velayat-e-Faqih a trois options pour répondre à la crise hégémonique et tenter de réduire les conflits au sein du bloc de pouvoir : éliminer les factions rivales, impliquer une partie des factions rivales en apportant des contributions économiques et politiques, et enfin, harmoniser afin de créer une coordination des revendications des factions belligérantes.

La première option a toujours été choisie au cours de ces quatre dernières décennies. D’où la politique d’élimination, de chirurgie ablative. En bref, «la contraction » du bloc de pouvoir est le monisme qui régit le comportement du régime.

Le régime a été contraint d’accepter (sous la pression) cette ligne dite de l’« expansion » suite à deux évènements historiques. Le premier a conduit à la scission du régime en 1997 avec l’arrivée au pouvoir de Mohammad Khatami et l’acceptation de la faction évincée après la mort de Khomeiny. Cette rupture ayant conduit à des soulèvements populaires (protestations étudiantes de 1999 et ses conséquences) et une guerre de factions au sein du régime.

En 2005 avec l’élection de Mahmoud Ahmadinejad, les mollahs tentent d’unifier et combler le fossé dans le bloc de pouvoir, bien qu’Ahmadinejad ait évincé la faction rivale, son deuxième mandat a conduit à de nouvelles divisions au sein de la soi-disant faction conservatrice.

Pour la deuxième fois, lors de l’élection présidentielle de 2013, le régime a dû renoncer à son programme nucléaire pour conclure un accord nucléaire avec l’Occident, se tournant vers une version légèrement modifiée de Khatami : Hassan Rohani et l’ancienne faction de Hashemi Rafsandjani.

Mais le deuxième mandat de la présidence de Rohani, surtout sous l’influence des changements géopolitiques résultant de l’élection de Donald Trump, a intensifié les conflits au sein du régime à tel point que cette fois Khamenei et les autres dirigeants du régime ne cachent pas leur volonté d’établir le gouvernement. Il apparaît que l’approche d’apaisement des tensions avec les États-Unis (pas même la normalisation des relations) conduira à un recul significatif du régime dans certains domaines vitaux. En fait, ce que le régime veut dans sa situation déplorable actuelle, est une levée significative des sanctions, la vente libre de son pétrole et l’acquisition de « cash ». Mais l’Occident, dirigé par les États-Unis, veut faire plus (développement du programme de missiles, soutien aux groupes terroristes ou fondamentalistes, interventions régionales …), et implique de poursuivre une politique d’ouverture et de changement dans les stratégies constructives de la République islamique, ce qui déclenchera davantage de conflits internes.

Selon certains analystes sur l’Iran, accepter un nombre important de demandes occidentales signifierait non seulement abaisser l’équilibre des pouvoirs du régime dans la région mais aussi réduire l’équilibre des pouvoirs du régime avec la société explosive de l’Iran.

En d’autres termes, à la fois la politique de réduction des tensions avec l’Occident et l’ouverture (avec l’escalade des conflits internes) dans le contexte susmentionné enverra un message de faiblesse et conduira à une explosion dans la rue.

Khamenei en est conscient. Ses tentatives d’éviction d’un potentiel futur président gênant est une tentative pour restituer un minimum de cohésion interne. La probabilité de la mort de Khamenei (82 ans) et la question critique de sa succession est un autre facteur important amplifiant la nécessité de cette cohésion.

Comme nous l’avons dit, dans les deux cas, le nouvel arrangement politique du régime est un barrage contre la société explosive et le danger d’un soulèvement. Un danger connu de tous y compris de Mahmoud Ahmadinejad (ancien président du régime).

Actuellement, pour les ayatollahs, toutes les autres questions tournent autour de cette préoccupation majeure.

Par Rasoul Asghari journaliste et analyste politique iranien

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D’autres articles 

Iran : la mort de Qassem Soleimani, un coup irréparable au régime des mollahs

Qassem Soleimani était l’un des criminels les plus cruels de l’histoire de l’Iran. Il était personnellement impliqué dans le massacre de centaines de milliers de personnes dans la région et le déplacement de millions de personnes. Avec son élimination, le processus du renversement des mollahs devrait s’accélérer.

Le chef de la force terroriste Qods des gardiens de la révolution iraniens a été tué par des tirs de drone qui se sont abattus à proximité de l’aéroport international de Bagdad.

Un convoi composé des membres de la Mobilisation populaire (Hachd Al-Chaabi, MP), la coalition de milices chiites inféodés à Téhéran, a été visé par un bombardement spectaculaire de drones américains.

Cela intervient trois jours après une attaque inédite de l’ambassade américaine par des manifestants pro-iraniens, et alors que le territoire irakien semble devenir au fil des jours le théâtre d’un épisode de haute tension entre les Etats-Unis et l’Iran.

Parmi les cinq morts confirmés dans cette nouvelle attaque, des personnalités de premier plan de ce bras de fer géopolitique.

A commencer par le sinistre pasdaran iranien Ghassem Soleimani, figure majeure du régime répressif de Téhéran, selon une information de la télévision d’Etat irakienne confirmée par les gardiens de la révolution iraniens.

L’opposition iranienne approuve l’action américaine

Maryam Radjavi, présidente du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI-une coalition de l’opposition), a qualifié l’élimination de Qassem Soleimani et d’Abu Mehdi Mohandesse, le chef de la force répressive du Bassidj d’Irak, « de coup irréparable porté au régime des mollahs« .

Elle a souligné que le temps était venu d’évincer les mollahs de la région, spécialement d’Irak, de Syrie et du Liban, et d’expulser le corps des pasdarans de ces pays. De cette manière, l’Irak qui avait été livré sur un plateau d’argent par les Etats-Unis au régime des mollahs, sera libéré du joug du fascisme religieux au pouvoir en Iran.

Qassem Soleimani, tué comme il a vécu

Qassem Soleimani était personnellement impliqué dans le massacre de centaines de milliers de personnes dans la région et le déplacement de millions de personnes. Il était aussi le cerveau du massacre des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) au camp d’Achraf en Irak, et de nombreuses opérations terroristes contre la Résistance iranienne dans ce pays, en Iran et dans d’autres pays.

Avec son élimination, le processus du renversement des mollahs va être grandement accéléré.

Le soulèvement des peuples iranien et irakien

De plus, avec la mort du criminel Abu Mehdi Mohandesse, chef du Bassidj en Irak et force proxy du régime iranien, dont les crimes sont dénoncés par la Résistance iranienne depuis vingt ans, le temps est venu pour la victoire du soulèvement du peuple irakien et de se libérer de l’occupation du régime iranien.

La résistante iranienne a ajouté: « Alors que le renversement de la théocratie au pouvoir en Iran est à portée de main, il est temps que les forces armées du régime s’abstiennent de tirer sur le peuple iranien, déposent les armes et se rendent ».

« Les personnels patriotiques des forces armées doivent rejoindre le peuple iranien ».

Rappelant les arrestations sans fin et qu’au moins 1500 personnes ont été tuées durant le soulèvement de novembre 2019, madame Radjavi a souligné que la communauté internationale, spécialement l’Union Européenne, doit mettre fin à la politique de complaisance et reconnaitre le droit du peuple iranien à résister et à se soulever pour la liberté afin de remplacer le pouvoir des mollahs par la souveraineté populaire.

De leur côté, les manifestants antipouvoir exultent à Bagdad. Des milliers d’Irakiens qui conspuent depuis plus de trois mois le pouvoir à Bagdad et son parrain iranien chantent et dansent vendredi matin sur la place Tahrir de la capitale irakienne, scandant notamment: « Ghassem Soleimani, la victoire divine est arrivée. »

« Un petit prince au pays des Mollahs », une dénonciation en version Bande Dessinée

Découvrez l’interview de l’auteure de cet article, Raouf Massoumeh, qui présente son livre « Un petit prince au Pays des mollahs ».  

L’histoire de son jeune frère, Ahmad Raouf Bachari Doust, arrêté cinq ans avant -à l’âge de 16 ans- et qui fera partie des 30 000 prisonniers politiques exécutés.

D’autres articles sur l’Iran

Les graves dérives de la diplomatie américaine en Afghanistan

Les Etats-Unis négocient avec les Talibans avec l’intermédiaire du Qatar. Ce trio diplomatique agit au détriment du gouvernement afghan, qui subit la gestion américaine des Talibans. Bienvenue dans les méandres de la politique américaine de Donald Trump en Afghanistan et sa gestion du cas Talibans.
Le gouvernement afghan a libéré trois importants responsables talibans le 12 novembre 2019.
 

Echanges d’otages

Parmi eux, Hanas Haqani, le fils de Jalaluddin Haqani, fondateur de réseau Haqani, Mali khan et Abdul Rashid, membres du bureau politique de Talibans. Le porte-parole des Talibans Sohail Shahin a approuvé leur arrivée au Qatar le 19 novembre.
 
Cette libération est en réalité un échange avec deux professeurs de l’université américaine de Kaboul. L’américain Kevin King et son collègue australien Timothy Weekes, kidnappés par les hommes de Tlibans en août 2016.
 
Lors d’une intervention télévisée depuis le palais présidentiel le 12 novembre, le président afghan Ashraf Ghani a déclaré que cette libération était sous condition et a souhaité que cela puisse ouvrir la voie à des négociations directes «entre le gouvernement afghan et les Talibans» et ainsi réduire les violences.
 
Jusqu’alors, les Talibans ont toujours refusé les négociations avec les autorités afghanes.
 

Peut-il être possible d’obtenir un accord de paix sans le gouvernement afghan?


 
En effet, ce n’est pas le gouvernement afghan mais l’administration de Trump qui est à l’initiative de cet échange lors des négociations de Qatar avec les responsables Talibans.
 
La question qui se pose dans ce cas-là est: quel est le rôle de Kaboul dans les négociations américain-talibans? Peut-il être possible d’obtenir un accord de paix sans le gouvernement afghan?
 
Zalmaiy Khalilzad, le représentant américain a commencé les négociations avec les autorités de Talibans au Qatar en octobre 2018 afin de trouver des solutions à la une guerre la plus longue que l’histoire américaine ait connue.
 
 
Depuis octobre 2018, Khalilzad a rencontré neuf fois les responsables Talibans à Doha, où se trouve le bureau politique des Talibans. Ils se sont entendus sur un accord portant sur le retrait des troupes américaines d’Afghanistan et la reprise des négociations avec le gouvernement afghan lors de la dernière rencontre en septembre 2019.
 
Le président Ashraf Ghani et les représentants Talibans ont été invités aux Etats-Unis pour signer un accord entre les Etats-Unis et les Talibans au mois de septembre.
 

Militairement, aucun adversaire ne peut gagner cette guerre.


 
Trois jours avant cette rencontre, Trump l’a brusquement annulé dans un tweet, suite à un attentat à Kaboul causant la mort de 11 personne dont un soldat américain. Trump a déclaré que le cessez-le-feu et la diminution des attentats sont les préconditions à la reprise des négociations avec les Talibans.
 
La situation est compliquée. Militairement, aucun adversaire ne peut gagner cette guerre. Selon Dominic Tierney, le professeur de Swarthmore College aux Etats-Unis et l’auteur de «The right way to lose a war», les américains se jugent plus faibles qu’en 2001.
 
Malgré la dépense de 18 bilions dollars depuis 2001, les institutions politiques et les troupes afghanes ne sont pas en mesure de garantir la stabilité dans le pays.
 

Les autorités américaines souhaitaient […] réécrire la constitution afghane et ajouter les propos religieux des Talibans.

 
Par conséquent, les autorités et la société civile ont salué les tentatives de Zalmay Khalilzad dans la recherche d’une issue afin de construire la stabilité et la paix. Mais la direction que suit Mr Khalilzad fait l’objet de beaucoup de controverses dans les médias.
 
Dans l’accord qui aurait dû être signé en présence de Donald Trump, les autorités américaines souhaitaient accorder un gouvernement temporaire et transitionnel en Afghanistan, afin de réécrire la constitution afghane et ajouter les propos religieux des Talibans.
 
Ces deux propositions ont été sévèrement refusés par le gouvernement ainsi que par la société civile. Politologues et institutions politiques considèrent que la paix ne sera établie que par le gouvernement, les Talibans et les autres partis politiques du pays.
 

Les Etats-Unis affaiblissent le gouvernement afghan

Le négociateur américain Khililzad ne prenait pas en compte la place du gouvernement afghan dans les négociations depuis l’an dernier et, de ce fait, a affaibli la position et le prestige du gouvernement autant que les Talibans étaient encouragés à refuser la négociation directe avec les autorités afghanes.
 
Les Talibans ont changé, passant d’un groupe terroriste illégitime à une opposition légitime dans les débats politiques afghans grâce aux diplomates américains.
 
Dans une interview de Khlilzad sur Tolo News, en février 2019, il a considéré Molla Broder, un des dirigeants et le négociateur des Talibans, un patriote qui est fidèle au pays. Cette approche envers les Talibans a provoqué beaucoup de critiques dans la société qui considère les Talibans comme un groupe terroriste ne faisant que tuer les civils, bruler les mosquées, les écoles…
 

Si les troupes américaines quittent l’Afghanistan, il y aurait un manque du pouvoir poussant le pays au bord du chaos et une guerre ethnique.


 
Dans une enquête menée par l’Institut afghan d’études stratégiques en novembre 2018, 75% des afghans pensent que les Talibans sont un groupe terroriste illégitime dirigé par le Pakistan.
 
 
Pour davantage clarifier, il existe trois critiques majeures de la diplomatie américaine au sein du débat politique afghan:

1) Une diplomatie unilatérale: l’approche récente de la diplomatie américaine a isolé le gouvernement, qui est pourtant le pouvoir légitime dans le pays. De ce point de vue, les négociateurs américains se rapprochent aux idées pakistanaises et celles des Talibans qui voudraient délégitimer l’autorité à Kaboul élue dans un processus démocratique.

Le gouvernement et les politiciens considèrent les Talibans comme un groupe armé qui doit s’intégrer dans le système démocratique construit après 2001, mais les responsables de Talibans ont réussi à convaincre les diplomates américains, notamment Khalilzad, de redéfinir la constitution et construire un gouvernement à nouveau en faveur d’un système qui limite la démocratie.

Khalilzad a aussi négocié le retrait de troupes américaines alors qu’il existe un accord stratégique signé en 2014 entre le gouvernement afghan et celui des Etats-Unis, par conséquent, c’est Kaboul qui décide légitiment sur la relation bilatérale en long ou en court terme avec Washington. Si les troupes américaines quittent l’Afghanistan, il y aurait un manque du pouvoir poussant le pays au bord du chaos et une guerre ethnique.

2) Le résultat rapide: l’agenda américain est désigné pour l’élection présidentielle de 2020 et Trump veut se montrer aux américains comme gagnant de la guerre en Afghanistan. Donc l’administration de Trump désire avoir un résultat à n’importe quel prix. Alors que cette stratégie semble fragiliser davantage la situation au long terme.

Les groupes d’Al-Qaeda sont présents dans la région et Daech est en recherche d’un territoire pour se renforcer et se stabiliser après une défaite en Syrie et en Iraq. Le retrait des troupes américaines créera un manque de pouvoir en faveur des groupes terroristes.

L’Afghanistan peut devenir un terrain de compétition entre ces différents groupes.


Les vrais combattants sont les Afghans qui payent le prix de cette guerre.


3) L’exclusion des acteurs internes: Khalilzad pense que la guerre en Afghanistan est un problème que seul les Etats-Unis peuvent résoudre. Donc la négociation avec les Talibans est un projet américain.

Les vrais combattants sont les Afghans qui payent le prix de cette guerre. Le gouvernement et les institutions non gouvernementales sont toujours exclus de négociation avec les Talibans. Le gouvernement, les partis politiques et la société civile, ce sont eux qui déterminent la direction et de leurs pays.

Une politique américaine en Afghanistan au détriment des droits de l’homme

Depuis les premières rencontres en octobre 2018, les afghans ne sont pas au courant de ce qui se passe entre Khalilzad et les Talibans. Les Talibans ne sont pas seulement ennemis de l’armée afghane mais aussi l’ennemi de la démocratie, de la liberté individuelle, des médias et de tous les principes qui fondent une société démocratique.

L’administration  Trump sous-estime le rôle de tous ceux qui battent pour la démocratie, des droits de l’homme et le plus important, pour les victimes de guerre, dans les négociations qui déterminent le futur de leurs avenirs.

La voix des femmes, des jeunes et des militants des droits de l’homme et leurs visions sont absents de la doctrine américaine concernant la guerre en Afghanistan. La doctrine américaine pour l’Afghanistan semble unilatérale, exclusive et loin de la réalité de la société afghane. Elle ne prend pas en compte les rôles des acteurs principales – le gouvernement, la société civile et les dirigeants ethniques- dans le conflit actuel.

La divergence d’opinion entre le gouvernement afghan et les américains à propos de la guerre et de la paix rendent difficile la réalisation d’un accord qui représenterait équitablement les intérêts des Etats-Unis et d’Afghanistan.

D’autres articles sur l’Afghanistan

The New York Time’s Cartoon Suppression Sparks Worry

The news that shook the world’s largest daily newspaper, the New York Times International. After one month of controversy following an image deemed antisemitic, starting July 1st, there will no longer be political cartoons in the newspaper’s opinion section. This decision foreshadows a complicated future for newspaper cartoonists.


A single stroke of the pen was enough to unleash a worldwide controversy.


In the April 27th issue, there is an an image of the Israeli Prime Minister, Benjamin Netanyahu, depicted as a dog with a star of David around his neck. Behind him, the American president, Donald Trump, is shown blind holding the « dogs » leash with a yamaca on his head.

After public outcry, the New York Times appoliogized in a letter, calling it an « error of judgement ». A justification that convinced neither American not Israeli medias.

The Israeli ambassador to the United States addressed the journal and stated « Today, the New York Times has made these pages a dream for those who hate the Jewish State. » He declared in Washington on April 29th.

The journals publication director, A.G. Sulzberger, launched a disciplinary procedure against the editor who chose this image. He also decided to no longer use cartoons coming from an outside company. (The images deemed to be antisemitic came from an outside company.)

From the White House, Donald Trump was offended for not being cited in the newspapers letter of appology. Finally, the New York Times surrendered to social media pressure and announced the end of its cartoon pages

Is freedom of opinion being threatened?

New York Times International will only be remove cartoons from the opinion section. They will not remove cartoons from from the entire newspaper.

Press cartoons are bought, sometimes in an image bank like the image by Antonio Moriera  that started the controversy. Patrick Chappatte, artist from the New York Times expressed his disappointment on his blog following this announcement.

« In these past few years, some of the best newspaper cartoonists in the US (…) have lots their jobs because their editors found them too critical of Trump (…) Maybe we should start to worry. And revolt. The newspaper cartoonists were born with democracy and when these freedoms are threatened, they are too » he condemned on his blog.

Interviewed by France Inter, Plantu declared that he is « worried for the future of our democracies and for freedom of opinion. » The artists of the world are outraged to see a journal as prestigious as the New York Times succumb to pressure from social media. « If it is pleasing to all, the freedom of the artists is going to be reduced (but that is secondary), but it is freedom of journalists, freedom of citizens and freedom of opinion that is going to fall apart. »

For Terry Anderson, illustrator and general director of Cartoonist Rights Network International, « It is undeniable that the decision from the New York Times is apart of a worldwide trend and continues to reduce the public space for cartoonists. […] This is why we whole-heartedly condemn it.

Antonio Moreira Antunes

Freedom of expression has already been previously attacked.

Antonio Moriera Antunes, author of controversial cartoon has been regularly published in Portuguese magazines and journals since 1975. This is not the artist’s first controversy, in 1992, he published a cartoon in Expresso (Portugese newspaper) that became famous and hotly contested: Pope Jean-Paul II represented with a condom on this nose. This image was put on a petition signed by 15,000 of the Portugese demanding for censorship of this cartoonist.

Charlie Hebdo

Known for its provocative images & its quirky and satirical humor, Charlie Hebdo provoked many national controversies regarding freedom of the press and opinion. In 2006, Charlie Hebdo published Danish cartoons (from the Jyllands-Posten Journal) of the prophet Muhammad. The Union of Islamic Organizations of France and The Grand Mosque of Paris started a penalty procedure against Charlie Hebdo for « slander published against a group of people due to their religion. »

Charlie Hebdo became the target of numerous amounts of threats from radical Islamists following this controversy. On January 7th, 2015, the editoral board was targeted with an attack killing 12 people, including some of the most famous artists: Cabu, Charb, Wolinsky and Tignous.

Alex

Most recently, the newspaper cartoonist, Alex was a received of death threats following the January publication of a cartoon  in « Le Courrier Picard ». The image mocked Eric Drouet, a controversial figure from the Yellow Vest Movement, caricatured as a small yellow bird being hunted by Jean-Luc Mélenchon (a French politician from the National Assembly).

« There are people, journalists but other also who knock and demolish » recalled Alex, who is worried about both the current social climate in France and the anti-media hate that has been proliferating.

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    Let us go back to the tense moments following Hossam’s disappearance.

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    “Everyone has the right to life, liberty and security of person” the Universal Declaration of Human Rights (1948), Art. 3 recites. This appears not to be the case in today’s Egypt, where reinforced security measures have increasingly been constricting Egyptian citizens’ life, liberty and security in the last years. The government’s reaction to the wave […]

Au G20, on tue un journaliste deux fois

[MEURTRE DE JOURNALISTES] Le 2 Octobre 2018, a Istanbul, dans le consulat d’Arabie Saoudite, un journaliste Saoudien est tué. Sa fiancée l’avait attendue à la sortie du Consulat. Mais le journaliste Cemal Kaşıkçı n’est jamais sorti du consulat. Même jour, 15 personnes viennent d’Arabie Saoudite à Istanbul. C’est l’équipe qui a tué Kaşıkçı, un chroniqueur du Washington Post, le journal Américain.

Procès contre Trump: la liberté d’expression en danger ?

[LIBERTÉ D’EXPRESSION] PEN America accuse M. Trump de: « diriger ses menaces et ses représailles sur des médias spécifiques dont il considère le contenu et les points de vues, hostiles. En conséquence, les journalistes qui couvrent le président ou son administration croient de manière raisonnable qu’ils font face à une menace crédible de représailles du gouvernement.

Bombes visant les démocrates: quelle est la responsabilité de Trump?

[ETATS-UNIS] En réaction, Trump déclare que « Dans ces moments nous devons nous unifier » à travers la « paix et l’harmonie. » Mais sa rancoeur pour ce qu’il appelle « Fake News » ressort aussitôt en déclarant que « les médias ont également la responsabilité (…) de mettre fin à l’hostilité continue et aux attaques négatives constantes et souvent fausses. »