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Congo Brazzaville – Le coronavirus attaque, les politiques réagissent

Le 15 mars, un premier cas de coronavirus est diagnostiqué à la capitale Brazzaville. Depuis plusieurs jours, les églises sont fermées et les frontières aussi. Le pays s’apprête à recevoir l’onde de choc du covid19, sous l’œil attentif de Ghys Fortuné Bemba Dombé, journaliste contraint à l’exil.

Denis Sassou-Nguesso est le président du Congo. Firmin Ayessa est depuis 2017 vice-premier ministre et Claude Alphonse Nsilou est ministre du Commerce, des Approvisionnement et de la Consommation du Congo Brazzaville.

Quand Sassou et Cie distraient les âmes naïves

Les grands esprits de la planète terre sont préoccupés par les conséquences néfastes du Covid 19 qui n’épargnent aucun État, ni humain, moins encore, le système économico-financier mondial. Les charlatans et les manipulateurs montent en puissance. Sur la base des fakes news, par exemple, des «hommes de Dieu» de la RDC et du Nigeria font le buzz.

Évidemment, la psychose généralisée et l’avilissement mental laissent difficilement la place à la réflexion, si ce n’est à la naïveté. Sinon, comment expliquer que même l’élite congolaise puisse spéculer sur la prétendue contagion et santé de Sassou Nguesso, alors qu’il est «bunkerisé» à Oyo, dépassé par le prix du baril de pétrole qui vient de chuter à 23 dollars américains et divers événements qui aggravent la situation?

Vivre c’est prévoir

Au lieu de se contenter des fakes news, il faudrait réfléchir par exemple aux solutions qui permettraient de stopper les effets dévastateurs de Covid 19 en saison fraiche en Afrique centrale ? Comment appliquer les règles d’hygiène ou de confinement dans un pays ou la pauvreté est endémique ? Comment améliorer ou gérer les déplacements dans les transports en commun ? Comment faire respecter les mesures barrières pour freiner le Covid 19 ? Pourquoi ne pas développer l’élevage et le potager ? Pourquoi ne pas ressusciter la médecine traditionnelle « des plantes » ? Les chercheurs vont-ils continuer à se taire ?

Que faisons-nous des valeurs du «Mbongui» ou de solidarité ?

Pourquoi ne pas prendre l’attitude des chrétiens de Berée dans la bible face à des inepties balancées çà et là par plus d’une personne ? Pourquoi ne pas forcer les dignitaires à rapatrier l’argent planqué dans les paradis fiscaux comme le conseille la conférence épiscopale de l’Église catholique du Congo.

Pourquoi ne pas achever et équiper les douze hôpitaux qui ont engloutis des milliards ? Pourquoi ne pas équiper et transformer les logements sociaux de Mpila en centre de confinement ?

Peut-on faire comme le Rwanda qui a acheté les drones qui pulvérisent des produits pour désinfecter les rues ? Pourquoi la Ministre des PME ne peut-elle pas par exemple donner des tissus, fils, argent pour fabriquer des masques ?

Bref, l’heure est venue de prendre des grandes décisions que d’épiloguer sur les fakes news et sur le silence de Sassou qui s’apparente à celui de Biya, Obiang, Deby.

Les ministres Ayessa, Nsilou et Cie ont-ils « distribué » la maladie ?

C’est un secret de polichinelle, Firmin Ayessa a été évacué sanitaire depuis quelques temps. Le ministre des fake news, Thierry Lézin Moungalla peut-il encore parler de mission comme il avait tenté de l’affirmer lors de l’évacuation du ministre Calixte Ganongo ?

Quant au ministre Claude Alphonse Nsilou, bien qu’il ne soit pas évacué à l’étranger, son péché capital a été celui de ne pas avoir mis en quarantaine tous ses collaborateurs dès qu’il avait appris le caractère positif au coronavirus du citoyen américain avec lequel il a eu des séances de travail.

Le bas peuple ne disposant pas des moyens pour vérifier s’il est sous traitement ou pas, se demande si monsieur Nsilou, avant le test qui l’aurait déclaré négatif, n’avait pas distillé le covid 19, dans le cas où il aurait été déclaré positif au contact du patient contaminé.

S’il est vrai que le gouvernement congolais vient de fermer les frontières, il est urgent pour lui de mettre sur pieds les mesures d’accompagnement de la quarantaine telles que la prise en charge les factures d’électricité, d’eau et une petite prime de transport pour tous les citoyens, financées par l’argent des générations futures dont parlait fréquemment Gilbert Ondongo et les fonds cachés quelque part, tels que l’évoquaient Isidore Mvouba et Bruno Jean Richard Itoua autrefois.

En attendant ces mesures, nous conseillons vivement aux congolais à s’abstenir de prendre les bus, de se laver régulièrement les mains, de respecter la distance d’un mètre, d’éviter les attroupements et de faire attention aux cabines téléphoniques.

Mais surtout, ne pas céder à la panique et à la peur qui provoquent des accidents cardiovasculaires et des gastro-entérites.

La peur précipite la mort.

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«Ni le Congo du Sud, ni du Nord, mais le Congo du cœur» – Présentation du livre de Ghys Fortuné Bemba Dombe, résident à la MDJ

Malgré les efforts, certaines conférences se transforment en meeting politique. Il aura fallu toute l’énergie du journaliste Ghys Fortuné pour rappeler l’objectif de cette rencontre: la sortie de son livre «de l’enfer à la liberté». De nombreuses personnes sont venues l’écouter. Parmi eux, d’éminents représentants dont d‘anciens ministres congolais. Les propos du journaliste sontt donc scrutés à la lettre près.

En guise d’introduction, le rôle essentiel de la liberté d’informer pour exercer la liberté de voter. Sans les bonnes informations, comment peut-on savoir pour qui on vote?

Contextualiser le rôle de chacun est essentiel, mais c’est bien le parcours de Ghys Fortuné qui intéresse les invités. Par exemple, sa volonté inébranlable de ne pas céder malgré les pressions subies: 18 mois de prison, 19 kilos en moins.

Or, il suffisait d’avouer la non véracité des articles, reconnaitre la calomnie (alors que toutes les informations avaient été scrupuleusement vérifié par lui-même) ; si il avouait, il sortait.

Ghys Fortuné a donc pris la parole, énumérant les violences subies comme autant d’anecdotes trahissant le calvaire des prisonniers au Congo. Tandis que certains prisonniers entrent et sortent selon les bons vouloirs de la République, Ghys Fortuné croupit dans une cellule où les conditions sanitaires sont déplorables.

«Les Congolais continuent de payer un lourd tribut pour les manipulations tribalistes et les querelles manigancées par les politiciens pour leurs intérêts personnels. Quelques exemples :

  • Trois guerres civiles en trois décennies qui ont entrainés de milliers de morts
  • Malgré sa richesse (pétrole, forêt, hydrographie, végétation etc.), le Congo est classé par le PNUD parmi le pays à indice de développement humain faible ;
  • Une économie exsangue souffrant d’un endettement colossal et de crises à répétition alors que le pays a bénéficié d’une remise de sa dette à la fin de la première décennie des années 2000 et a accumulé des revenus pétroliers faramineux pendant en 2010 et 2015 ;
  • Délitement d’un État qui ne fonctionne pas, où règne l’arbitraire et l’impunité. La faillite systémique a permis l’émergence d’une catégorie de citoyens cherchant à dénoncer la mauvaise gouvernance et les multiples dérives régimes.

Dans cet élan Talassa, notre organe de presse, a pris une part active à cette démarche. À partir de ce moment nous étions devenus une cible pour le pouvoir. Les hommes du système nous ont intenté procès sur procès depuis la création du journal Talassa en 2001. J’ai été victime d’intimidations, d’harcèlements, de tentatives d’enlèvement et d’assassinat et de plusieurs arrestations avant la dernière, en janvier 2017, qui a duré 18 mois.»

En prison, les rumeurs courent. Dehors, il y aurait tel ou tel événement qui s’attaque au moral des prisonniers politiques.

En prison, les sévices s’attaquent aussi bien à l’esprit qu’au corps

La nourriture est-elle empoisonnée? Peu importe, il faut la nettoyer avant consommation, elle est si rare: seulement trois repas par semaine. Les sévices physiques ne suffisent pas à briser un esprit combattif, l’humiliation est donc de mise.


L’Etat congolais lui confisque ses biens, ses comptes en banque, les autorités ratissent larges: même les cadeaux apportés par sa famille en prison disparaissent.


Ghys Fortuné sort de la prison pour des interrogatoires qui ne mènent à rien, à peine a-t-il la possibilité de faire des allers-retours à l’hôpital malgré une condition physique qui se dégrade chaque jour.

«Mon incarcération a été un véritable enfer. Je suis sortie de là avec plusieurs pathologies. Mêmes à mes pires ennemis je ne souhaite pas qu’ils vivent ce que j’ai subi au cours des 18 mois d’incarcération:

  • Sévices corporels ;
  • Pressions psychologiques ;
  • Privation de visite ;
  • Privation de sommeil ;
  • Privation de nourriture (2 repas par semaine ; par compassion Norbert Dabira me donnait de la nourriture) ;
  • Privation de soins ;
  • Enfermement en isolement total et complet dans des cellules sans électricité où je dormais à même le sol. Elles prenaient l’eau à chaque pluie. Elles étaient d’une insalubrité insupportable et infestées de souris, cafards, scorpions et fourmis, moustiques et vers de terre. En guise de toilette j’avais un seau sans couvercle que je vidais selon l’humeur de la hiérarchie pénitencière (tous les 24, 48, 72 heures voir plus).
  • Il est arrivé de partager ma cellule de la maison d’arrêt de Brazzaville avec des psychopathes assassins envoyés surement dans le but de m’achever. Mais grâce à Dieu notre cohabitation de 2 mois s’est déroulée sans problème.»

Et à force d’insister, la folie, la paranoïa, la solitude et la crainte pour ses proches sont devenus ses compagnons de cellule. En revanche, le désespoir n’a jamais été la bienvenue.


L’Etat congolais lui confisque ses biens, ses comptes en banque, les autorités congolaises ratissent larges: même les cadeaux apportés par sa famille en prison disparaissent. On y découvre un système où chaque chef fait ce qu’il veut sur son territoire de compétence, c’est du harcèlement quotidien.

L’objectif? Faire craquer Ghys Fortuné. S’il ne craque pas physiquement, les autorités visent le mental. Et à force d’insister, la folie, la paranoïa, la solitude et la crainte pour ses proches sont devenus ses compagnons de cellule. En revanche, le désespoir n’a jamais été la bienvenue.

Soutien à Ghys Fortuné via Mediapart

«Pour sortir le Congo d’une situation économique délabrée et d’une situation politique qui fait craindre l’éclatement du pays, il faut un sursaut citoyen, surtout de la part des « intellectuels ».

Toutefois, les personnes qui ont connu la torture, le harcèlement, l’emprisonnement, les violences sexuelles, les familles qui ont perdu leurs biens gagnés à la sueur, ceux qui ont perdu des parents… portent dans leur chair et dans leur esprit des stigmates profonds indicibles.

Ces personnes sont souvent amenées à croiser les responsables de cette violence institutionnelle, leurs bourreaux, qui, en raison de l’impunité qui les protège, continuent à les narguer, à les intimider voire à les menacer afin qu’elles se taisent.

Leur peur l’emporte ainsi sur la rage. Alors, ce sursaut, la réconciliation et la paix sont-elles possibles dans un pays qui porte autant de blessures, autant d’injustice, autant d’impunités…?

Comment faire pour préserver réellement l’unité nationale dans un tel environnement et dans ces conditions?

Dans ces conditions: Comment vivre avec l’horreur? Nul ne doit empêcher le recouvrement de la mémoire, surtout pas les bourreaux. Ensuite l’oubli ne se fera qu’à certaines conditions…

Cependant, quelles que soient les souffrances subies et les difficultés il faut toujours positiver ; en effet, les congolais ont à vivre ensemble, ont à reconstruire un pays détruit par l’égoïsme, la bêtise et la folie des Hommes.

Il faut donc pardonner et aimer même les traitres et les bourreaux comme le firent Jésusde Nazareth pendant qu’on le clouait sur le poteau et, par la suite, ceux qui ont véhiculé son message de pardon, de réconciliation et de paix comme Paul de Tarse et, plus près de nous, Mahatma Ghandi, Martin Luther King, Nelson Mandela….

La force du pardon est le véritable antidote à la tristesse provoquée par la rancune et la vengeance. La réconciliation et la paix sont-elles possibles dans un pays qui porte autant de blessures ? Comment faire pour préserver réellement l’unité nationale dans un tel environnement et dans ces conditions?

Les Congolais peuvent-ils prendre exemple sur l’Allemagne et la France qui se sont fait des guerres atroces, mais qui ont pourtant trouvé la voie pour se réconcilier et se donner un avenir partagé. Les Congolais peuvent-ils prendre exemple sur le Rwanda et sur l’Afrique du Sud? »

Les questions du public

Le public est varié: des confrères prennent la parole pour apporter leur soutien, louer le courage et s’interroger sur l’avenir du Congo Brazzaville.

La réponse de Ghys est toujours la même. Il leur parle d’amour. «Il faut s’aimer et ainsi se respecter».


Quand un homme d’une cinquante d’années à qui on a gelé les comptes et fermer tous les titres de presse et les entreprises qu’il a créé, l’expression «nouvelle vie» n’est pas heureuse.


Au problème politique s’ajoute les problèmes ethniques, les congolais du nord et du sud ne se réconcilient pas, pire le cycle des vengeances continue. Face à cette dramatique situation qui perdure, Ghys Fortuné ose prendre cet exemple personnel.

Ses parents (sous-entendu des personnes de son ethnie) ont violé une femme et sa fille il y a des années. Pourtant, lorsque l’Etat congolais a gelé ses comptes et que ses meilleurs soutiens ne pouvaient plus rien pour lui, la fillette violée (devenue femme) a pris la décision de payer les frais scolaires des enfants de Ghys Fortuné. Au-delà de la somme, le risque social pris état conséquent (aider un paria politique). Elle a su pardonner. Elle a su mettre en place l’amour qui crée plus qu’un simple pont entre ceux du Nord et ceux du Sud, elle réunit les enfants du Congo.

Cette anecdote, comme beaucoup d‘autres, donne de l’espoir aux personnes venus assister à l’événement.

Démonstratif, Ghys Fortuné continue sur cette ligne lorsque le représentant officiel pour l’Europe du parti politique au pouvoir (qui l’a donc mis en prison) prend la parole. Ils évoquent leur constat respectif et mettent en valeur les points de convergence plutôt que de divergence.

Combattif, Ghys Fortuné peut enfin savourer ce moment qui représente pour lui la transition entre l’horreur qu’il a vécu et cette nouvelle vie qui s’offre à lui. Nouvelle vie? Quand un homme d’une cinquante d’années à qui on a gelé les comptes et fermer tous les titres de presse et les entreprises qu’il a créé, l’expression «nouvelle vie» n’est pas heureuse.

Mais il a de quoi être fier. Et c’est sans l’once du moindre doute qu’il affirme: «Je vous le dis chers amis, un jour je retournerai au Congo!»

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Le Congo Brazzaville en état de siège : Sassou-N’guesso à cheval entre deux Constitutions

[Par Guy Milex MBONDZI et Davy GOMA LOUZOLO]

On ne le dira jamais assez, la Constitution du 20 janvier 2002 ne donnait aucune prérogative à l’actuel Président de la République du Congo de convoquer un référendum pour le changement de la Constitution.

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Qu’à cela ne tienne, au lieu d’un référendum pour dire oui ou non on change la Constitution du 20 janvier 2002, le Président a brûlé les étapes en passant directement à un référendum pour l’adoption de la Constitution du 6 novembre 2015. Une loi fondamentale au sujet de laquelle le peuple n’a pas été suffisamment informé. Aujourd’hui, le premier à faire les frais de cette escroquerie politique n’est autre que Denis Sassou-N’guesso lui-même.

Du jamais vu : Sassou est à cheval entre la Constitution du 20 janvier 2002 et celle du 6 novembre 2015. De mémoire d’homme, jamais des institutions issues d’une Constitution donnée ont été transposées dans une autre comme le stipule l’article 244 de la Constitution du 6 novembre 2015 : « les institutions issues de la Constitution du 20 janvier 2002 fonctionnent jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions sans pouvoir dépasser, pour les institutions pourvues par voie élective, l’expiration de leur mandat ». Si les Institutions issues de la Constitution du 20 janvier 2002 sont toujours en vigueur, cela sous-entend que cette Constitution continue à être appliquée et à régir l’Etat. Toute autre explication ne serait que gesticulation. Dans ces conditions, quelle est la situation réelle de la Constitution du 6 novembre 2015 qui a été promulguée par le chef de l’Etat congolais et qui, selon son article 246 « La présente loi, qui entre en vigueur dès sa promulgation, sera exécutée comme Constitution de la République du Congo », régit déjà l’Etat ? Il n’y a qu’en République bananière du Gondwana où l’on peut voir pareille chose.

Qu’en est-il de la nomination d’un Premier ministre ?

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Denis Sassou-N’guesso

« Le Président s’apprête à nommer un Premier ministre », chuchote-t-on à Brazzaville. Mais comment s’y prendra-t-il, étant entendu que la Constitution du 20 janvier 2002, d’où il tire sa légitimité ne prévoit aucunement le poste de Premier ministre et celle du 6 novembre 2015 qui prévoit cette fonction ne peut véritablement être appliquée par lui, puisque n’ayant jamais été élu sur la base de celle-ci, et pire,puisqu’ il n’a jamais prêté serment sur cette Constitution ? Qui plus est, le parlement issu de la Constitution de 2002, qui continuent à fonctionner, ne peut interpeller un premier ministre qui n’existe pas dans la législation à laquelle il appartient. « Imbroglio juridique », soutient l’opposition congolaise à chacune de ses rencontres avec les militants ou les journalistes.

C’est d’’autant plus un imbroglio juridique que la Constitution du 20 janvier 2002 a été abrogée, tandis que les institutions qui en sont issues ont été maintenues d’une part ; celle du 6 novembre 2015 a été promulguée, mais a du mal à être appliquée d’autre part. Au demeurant, quel juriste peut nous dire avec quelle Constitution le Président Sassou est en train de diriger actuellement le pays ? Avec celle du 20 janvier 2002 ou celle du 6 novembre2015 ? Ou avec les deux ? Pour tout dire, Denis Sassou-N’guesso n’a plus de Constitution fixe, il est à cheval entre deux constitutions. Une véritable acrobatie juridique !

Une impasse juridique et une transition politique qui ne dit pas son nom

En effet, on a beau discourir, tourner et retourner la loi, lire et relire les deux Constitutions, deux choses sont certaines : le Congo-Brazzaville a basculé aujourd’hui dans une impasse juridique et dans une transition politique qui ne dit pas son nom. Peut-être même dans une situation de non-Etat. Dès l’instant où le Président de la République a promulgué la Constitution du 6 novembre 2015, celle de 2002 a été abrogé, toutes les institutions avec,le Gouvernement, le Sénat, l’Assemblée nationale y compris l’institution Présidence de la République. A moins qu’il s’agisse ici d’une alchimie dont seul Sassou et ses juristes ont la formule : une Constitution ne peut pas être abrogée sans rendre caduques les institutions qui en sont issues et qui s’y rattachent. Quand la Constitution tombe, ses institutions tombent aussi. En fait, le « coup d’Etat constitutionnel de Denis Sassou-N’guesso » dont parle l’opposition a malheureusement eu pour effet de le renverser juridiquement du pouvoir.

Concernant l’illégalité de toutes les institutions de la République

Quand Sassou allègue dans sa constitution que « les institutions issues de la Constitution du 20 janvier 2002 fonctionnent jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions… »,il oublie de dire, outre la promulgation de la Constitution du 6 novembre 2015, qui a entraîné de facto la chute totale de toutes les Institutions, que plus aucune d’entre elles n’est légitime. C’est l’occasion de s’interroger sur le rôle que joue réellement Yves Ickonga, le conseiller à la Présidence de la République chargé de la régularité des institutions, auprès du chef de l’Etat. La Cour constitutionnelle est illégale pour n’avoir jamais été renouvelée depuis son installation en 2003 comme le prévoit la loi. Son apparent renouvellement n’a été dû qu’au fait du décès de certains de ses membres qui ont été remplacés, et non d’une régénération de fond en comble de l’institution.
> La Cour suprême est quant à elle dans une situation de quasi illégalité parce que son président, Lenga Placide, a largement dépassé l’âge requis officiellement pour cette fonction. La Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) que préside Me Jean Martin Mbemba est dans la même situation. Le Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC) n’est pas en reste. Son président, Philippe Mvouo, a été nommé le 25 juin 2012, pour un mandat de trois (3) ans, mais continue à diriger l’institution en l’absence totale d’un décret présidentiel qui le reconduit à la tête de ladite institution… En plus, ces institutions qui naviguent dans une irrégularité maximale depuis 2006 pour certaines, ne sont presque pas financées, pour avoir toujours du mal à accéder à leurs lignes budgétaires au Trésor public. Elles exercent dans la précarité.

Sassou a changé la Constitution, non pas pour faire évoluer les institutions, mais pour conserver le pouvoir

Triste réalité, Denis Sassou-N’guesso n’a pas changé la Constitution pour faire évoluer les institutions comme il l’a souvent prétendu. A ce propos, est-ce faire évoluer les institutions ou la démocratie – si ce n’est les faire reculer – que de donner la possibilité à un chef d’Etat de se présenter autant de fois qu’il le désir à une élection présidentielle ? Les grandes Nations du monde qui ont mis fin aux royaumes et ont expérimenté la Démocratie, ainsi que la forme républicaine de l’Etat, ont longtemps compris que ne pas limiter le nombre de mandats présidentiels est une autre forme de pérennisation de la royauté, une façon de signer l’acte de décès de la République. Une question toute évidente se pose, si Sassou-N’guesso n’a pas pu respecter la régularité des institutions issues de la Constitution du 20 janvier 2002, respectera-t-il celle des institutions qui découleront de la Constitution du 6 novembre 2015 ? Cette question n’est pas saugrenue lorsqu’on sait que le Président Sassou n’a que faire de la bonne marche des institutions et que pour ce dernier, ce qui prime, c’est la conservation du pouvoir à tout prix.

Le Congo-Brazzaville en état de siège

A en croire la rumeur brazzavilloise, le président veut décréter un Etat d’urgence ou un Etat de siège pour conserver le pouvoir. Quand ce dernier encercle les leaders de l’Opposition pendant des jours, déploie la police et fait décoller des hélicoptères en pleine capitale pour venir à bout des populations qui réclament l’ordre constitutionnel ; quand la majorité de la population rejette le référendum pour le changement de la Constitution mais que le « Oui » l’emporte lors de la proclamation des résultats de sorte qu’on impose une nouvelle constitution à tout un peuple ; quand toutes les institutions sont tombées (avec l’abrogation de la Constitution du 20 janvier 2002), et qu’elles continuent tout de même à exercer leur pouvoir sur le peuple ; quand un chef d’Etat « met en route » deux Constitutions, le temps pour lui d’organiser la présidentielle et de prêter serment sur la nouvelle Constitution afin de l’appliquer ; quand les libertés fondamentales sont confisquées et les opposants arrêtés ou en voie de l’être ; quand un Président ne s’appuie désormais que sur l’Armée et la police (non pas sur une législation incontestable et incontestée) pour gérer le pays et tenir le peuple en respect ; qu’est-ce que cela signifie en réalité si ce n’est un Etat d’urgence ou un Etat de siège? On a fort l’impression que l’histoire récente du Congo et du monde n’a pas contribué à assagir les dirigeants congolais qui exposent à nouveau ce pays à des troubles sociaux.

Congo Brazzaville : la journaliste Sadio Kanté « sans papiers » dans son pays ?

[Par Jean MATI]

Devenir « Sans papiers » dans son propre pays peut paraître comme un fait quasi impossible. Mais l’affaire « Sadio Kanté » semble être une illustration parfaite d’une théâtralisation dramatique que Brazzaville tente de donner à cet événement.

Sadio Kanté, tabassée par la police le 16 décembre 2013 à Brazzaville [Photo tirée de francaisdeletranger.org]

Sadio Kanté, tabassée par la police le 16 décembre 2013 à Brazzaville
[Photo tirée de francaisdeletranger.org]

Expulsée dans la nuit de lundi 22 à mardi 23 vers le Mali, Sadio Kanté-Morel signe et persiste : « Je suis congolaise. Ils veulent me régler mon compte parce que je dérange. Je reviendrai chez moi, je n’ai pas besoin de visa », pouvait-on lire jeudi dernier sur le blog de la journaliste.

La semaine dernière, les autorités de Brazzaville ont décidé d’expulser Sadio Kanté-Morel vers le Mali parce qu’elle n’a pas de titre de séjour, à en croire le communiqué de la Direction générale de la Police nationale congolaise publié mercredi. « Sadio Kanté est de nationalité malienne, née à Brazzaville en 1968 », précise-t-il.

Pour sa part, Sadio Kanté-Morel ne cesse d’affirmer sa congolité en se basant surtout sur le droit du sol. Née d’un père sénégalais et d’une mère malienne, la journaliste SKM a longtemps vécu au Congo Brazzaville. Elle se sent bien un « Mwana Mboka » – (Fils ou fille du pays ), comme les Congolais de Kinshasa le disent.

Sur la forme, cette histoire n’a ni queue, ni tête. Par contre sur le fond, l’opinion y voit quand même une main basse du gouvernement congolais sur cette affaire. Selon les sources concordantes, la journaliste Sadio Kanté bavarde un peu trop. Elle dérange beaucoup. Qui ? Le gouvernement certainement. Elle a même eu plusieurs antécédents avec le régime en place. Notamment avec ce récit triste qui a eu lieu le 16 septembre 2013 au palais de justice de Brazzaville où SKM, alors correspondante de Reuters, a été battue et ridiculisée par les gendarmes devant la foule. Mais le péché qui lui a valu vraiment l’expulsion, c’est l’article qu’elle a publié récemment sur l’agression du journaliste camerounais Elie Smith par des personnes inconnues.

Obstinément, Sadio Kanté-Morel n’a rien perdu d’elle. Sa promesse de revenir à Brazzaville n’est pas enterrée. Par ailleurs, pensons aussi que SKM doit éviter d’être un peu comme la chèvre de Monsieur Séguin au milieu des loups. La chèvre a fini par se faire manger…