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“Ça ne peut pas arriver” est arrivé.

Je me rappelle quand je vivais en Turquie, on disait comme ça : “Mais non en Turquie quand même, ça ne peut pas nous arriver. Nous sommes une République. Ce n’est pas un pays du Moyen-Orient”.

Ça ne peut pas arriver” est arrivé.

Depuis 2016, à peu près 200 médias ont été fermés par le pouvoir. Des centaines de journalistes ont été envoyées en prison. La Turquie est ainsi devenue « la plus grande prison au monde pour les journalistes ». 150.000 personnes sont limogées de leur poste. La constitution est changée, le système politique aussi. La séparation du pouvoir est détruite par R.T. Erdogan.

Mercredi 18 avril 2018, Erdogan a changé la date d’élection après une réunion avec Devlet Bahçeli, le leader du parti de l’extrême droite du parti MHP. Lui aussi sera candidat pour cette élection présidentielle, mais cette annonce d’élection anticipée a pris de court toute l’opposition. Comment s’organiser en 2 mois ?

La Turquie va donc aller aux urnes pour choisir le Président en juin 2018 sous l’état d’urgence. Normalement, l’élection présidentielle était prévue pour le… 3 décembre 2019.

Pourquoi manifester ? Pourquoi faut-il manifester ?

Pour dire qu’après avoir choisi un président : “Nous sommes toujours ici”. Parce que bien entendu, la démocratie ne veut pas dire juste « les élections ». Il ne faut pas dire : “nos institutions sont fortes, ça ne peut pas nous arriver, à nous, jamais”. Il ne faut jamais lâcher. Au lieu de “liker” ou “partager” sur Twitter ou Facebook, parfois il faut être dans la rue.

Il faut marcher tranquillement avec la paix et sans violence. Juste pour donner le message : “N’oublies pas que nous sommes toujours là et présent”. Car tout est possible, tout peut arriver… même en France.

Trump s’occupera-t-il de l’Afrique ?

[par Jean-Jules LEMA LANDU]

Comme partout ailleurs, l’Afrique a suivi assidûment le déroulement de la présidentielle américaine. Dans l’imaginaire collectif, l’Amérique, parée de sa grandeur économique et militaire, est perçue comme une sorte de puissance tutélaire universelle.

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Donald Trump élu 45ème président des Etats-Unis. (crédits photos: Mary Schwalm / AFP )

La Chine, la Russie, l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni, chacun a eu son mot. L’idée générale qui s’en dégage se résume à l’interrogation, tant Donald Trump, le nouveau locataire de la Maison Blanche, est un inconnu. Considéré, surtout, comme quelqu’un aux sorties à l’emporte-pièce.

Cela prouve que les Etats-Unis tiennent le manche de plusieurs leviers sur la marche du monde.

Quelle est la place du continent africain, en termes de profits économiques, politiques ou géostratégiques, sur cette plate-forme régissant les relations internationales ?

L’Afrique, en réalité, y est absente. Entre les Etats-Unis et l’ensemble des 54 Etats africains, spécifiquement, les échanges y sont exsangues. Entre 2000 et 2010, les exportations non pétrolières de l’Afrique furent chiffrées à 53,8 milliards de dollars contre 20, 3 milliards de dollars, dans le sens inverse, pour les Etats-Unis. La moyenne, de part et d’autre, est insignifiante !

En 2014, à l’instar de la Chine qui, en matière de financement en faveur de l’Afrique, tient le haut du pavé, l’Amérique a initié le sommet « Etats-Unis – Afrique ». Une sorte d’opération de charme, au cours de laquelle le président Obama a engagé son pays à verser 33 milliards de dollars, à titre d’investissements publics et privés. Deux ans après, la corbeille est encore quasi vide.

Libérer la démocratie

Côté politique, les Etats-Unis (comme le reste des autres puissances occidentales) n’ont jamais véritablement soutenu le continent, dans sa quête pour l’émergence de la démocratie. Les souvenirs liés aux années soixante, début des indépendances africaines, sont amers. Pour empêcher le continent de basculer dans l’escarcelle du communisme, Washington a exercé l’effet de criquet au développement de celui-ci, en favorisant des conflits internes.

En dépit de tout, l’Afrique n’avait cessé de regarder à ce « puissant maître », qui a fait de la démocratie le socle de sa vie. De la Maison Blanche – tout comme de l’Elysée ou de 10 Down Street -, on s’attendait de voir venir, un jour, la planche de salut. C’est ainsi qu’à l’élection de Mitterrand, en 1981, ou à celle de Clinton, en 1992 – supposés « progressistes » -, l’Afrique centrale a dansé de joie. Espoir trahi !

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Pierre Nkurunziza, président burundais, sable le champagne pour saluer l’élection du 45e président des Etats-Unis, Donald Trump. ( crédits photos : afrique-sur7.fr)

Désabusée, l’Afrique ne vibre plus pour les présidentielles, en Occident. Désormais, elle les regarde, assise au balcon. D’où l’étonnement de certains analystes, face à la joie qu’ont exprimée les présidents Pierre Nkurunziza du Burundi et Joseph Kabila de la RD Congo. Ils sont allés jusqu’à sabler le champagne, en l’honneur de l’« ami Donald ».

Or, le nouvel élu américain reste encore une énigme pour l’Afrique qu’il ne connaît, probablement, que de manière vague. Que cette hypothèse venait à se vérifier ou non, aurait-il à cœur le sort du continent, lui qui privilégie à outrance la notion de l’ « american way of live » ? Le doute est permis. Tout au moins, s’attèlera-t-il à considérer le continent, comme ses prédécesseurs, sous l’angle des intérêts géostratégiques et commerciaux, à travers l’installation des bases militaires et l’importation de matières premières nécessaires à la croissance américaine ?

Que les dirigeants africains quittent leurs illusions ! Le départ d’Obama, leur contradicteur obstiné, et l’arrivée à la Maison Blanche de Trump n’arrangeront en rien leurs ennuis. Car, c’est avec leurs peuples respectifs qu’ils ont affaire. Et, l’affaire est simple : libérer la démocratie.

 

 

Réfléchir ensemble pour s’engager et résister contre la peur

[Par Johanna GALIS | Photos de Mortaza BEHDOUDI]

11 janvier 2016, « Soirée Non »: Résistance solidaire à Saint-Quentin en Yvelines.

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De gauche à droite : Catherine Pont-Humbert, animatrice de la soirée, Jean-Luc Despax, Hala Mohammad, Diane Hakizimana, Maxime N’Debeka

Quand le directeur des Itinéraires poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, Jacques Fournier demande la réorganisation de la Journée en faveur des écrivains et des journalistes emprisonnés et persécutés, qui devait avoir lieu le 15 novembre dernier – mais fut annulée, à cause des attentats du 13 novembre – il fait appel au directeur du Théâtre Saint Quentin en Yvelines, Lionel Massétat, pour une mobilisation sous un thème quelque peu différent. Avec le souhait d’une réelle fédération entre les participants et le public (la date du 11 janvier, qui apparait comme celle des un an de Charlie faisant en quelque sorte écho à son souhait). « De nombreuses personnes se sont demandées pourquoi j’appelais cette rencontre « Non » »annonce-t-il en prélude à la soirée, « Pourquoi ne pas l’intituler plus positivement? Je leur ai répondu qu’au vu des événements, nous avions chacun besoin de faire preuve de résistance ».

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Le flûtiste André Stocchetti

Résister à la peur, aux obscurantismes, à la mort qui est devenue, avec les attentats français de janvier et novembre de l’année 2015, beaucoup plus présente dans notre quotidien. Sur la scène du théâtre sont présents ce 11 janvier 2016, quatre personnes de lettres, venant d’horizons différents. Diane Hakizimana, journaliste burundaise et ancienne résidente de la Maison des journalistes, Hala Mohammad, poète et cinéaste syrienne, Maxime N’Debeka, poète et romancier congolais et Jean-Luc Despax, professeur agrégé de lettres modernes, poète et président du P.E.N. club français. En ouverture de la soirée, le duo guitare-voix Iringa interprète une chanson composée le 7 janvier 2015, qui marque de son refrain vindicatif « Guess who won? » (Devinez qui a gagné?) le sceau de la victoire des français qui se sont rassemblés au lendemain des attentats contre Charlie et l’Hypercacher et ont manifesté dans un immense élan de solidarité face à la barbarie humaine.

« Nous avons un devoir de vigilance », déclare peu après Maxime N’Debeka, qui souligne le fait que peu importe le niveau de culture – ce soi-disant indice qui montre à quel point nous sommes civilisés – du pays où l’on est, l’inhumanité et la terreur peuvent surgir. Être vigilant, pour soi-même être paré contre des déviances telles que celles qui ont surgit et se sont insinuées des décennies plus tôt dans un pays occidentalisé, l’Allemagne, qui avait pourtant un superbe patrimoine, mais dont le chaos progressif a laissé place aux extrêmes.
Il s’agit de réfléchir, pour comprendre et prendre position, et anticiper, aussi. Anticiper une solution positive, une éventuelle ouverture de tous face à chacun, « où les fenêtres seraient partout grandes ouvertes, dans une ambition pacifique d’être soudés les uns aux autres », comme le souligne avec émotion Hala Mohammad, pour que l’unité que nous pourrions créer, à l’image des manifestations de Charlie l’année dernière, soit plus forte que les peurs qui nous assaillent et nous font se méfier les uns des autres. Car « la peur chasse nos libertés en tant qu’êtres humains: c’est par amour les uns des autres que nous pourrons combattre Daesh » ajoute-t-elle. Il s’agit aussi de réfléchir pour marquer son engagement contre les persécutions: Jean-Luc Despax le souligne en évoquant la situation du poète palestinien Ashraf Fayad, condamné à mort en Arabie Saoudite pour apostasie. L’Association Amnesty International prend alors la parole pour parler de son engagement pour faire sortir des personnes injustement condamnées à l’emprisonnement et parfois même à la mort, grâce à son unique arme, un stylo. En écho, Diane Hakizimana évoque la fuite de quatre-vingt cinq pourcent de plumes burundaises, en l’occurrence de ses journalistes, hors du pays, pour la plupart au Rwanda, de peur de se faire emprisonner – ou de connaitre des sévices encore pire – par le gouvernement de Pierre Nkurunziza. La journaliste, elle-même exilée, ne pensait pas devoir faire face à la peur de l’ennemi politique en France aussi.

bbbb0a0d-385a-42a3-8dee-d741696e33f3Comme arme ultime contre ceux qui souhaitent attaquer notre liberté, la créativité. C’est sous ce signe que la soirée se déroule, aussi. Les intervenants lisent des poèmes, empruntés à des personnalités littéraires qui leur donnent matière à penser, tant leurs mots souhaitent se battre. Des jeunes du Club Jeunes Théatre & Poésie lisent lisent des textes. Un flûtiste ponctue ces interventions de courtes mélodies, puis sous une mise en scène faite de distorsions sonores et de mimes, l’hymne de la France surgit, victorieux malgré tout.

 

La MDJ : « Nous sommes tous Charlie »

Les journalistes de la MDJ expriment leur solidarité à Charlie Hebdo.

La lâcheté et la barbarie, les termes sont assez faibles pour exprimer ma révolte et mon indignation face à cet acte inhumain. Je suis Charlie. Je suis Charb, Cabu, Wolinski, Tignous…Vous ne réussirez pas à tuer nos œuvres.
Sékou Chérif DIALLO, journaliste guinéen
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La grande douleur ! Vive protestation, mes compatriotes !
Wanding REN, reporter chinois
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L’association des journalistes syriens condamne fermement l’attaque terroriste sur le magazine Charlie Hebdo. L’association des journalistes syriens a suivi avec consternation l’acte terroriste et lâche contre le magazine humoristique Charlie Hebdo à Paris et qui a coûté la vie à 12 journalistes et policiers. L’association des journalistes syriens condamne cet acte barbare qui que ce soit l’auteur. L’association des journalistes syriens exprime sa consternation et son refus de ce crime odieux qui va à l’encontre de tous les principes humains et, les plus simples enseignements de la tolérance des religions. L’association des journalistes syriens présente ses chaleureuses condoléances aux familles et amis des victimes des journalistes et policiers qui ne faisaient que leur devoir, et rappelle que à cette douloureuse occasion de la nécessité de de respecter la liberté de presse ; et de ne pas en aucun cas s’attaquer aux journalistes.
L’association des journalistes syriens
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Je m’incline avec une vive émotion devant la mémoire de toutes les victimes, policier et membres de l’équipe de Charlie-Hebdo, et présente mes condoléances aux familles éplorées en leur disant qu’elles ont perdu des patriotes, morts pour la démocratie et la liberté d’expression. Cela dit, je forme le vœu que le peuple français reste uni face à cette épreuve sachant que les tueurs n’ont pour projet que de provoquer la désunion au sein d’une société qui a su,- même s’il reste encore des choses à parfaire en ce domaine,- assurer la cohabitation entre communautés de différentes religions, origines et langues. Je suis convaincu que les institutions françaises sont assez fortes et sauront trouver les moyens de consolider le système laïque et républicain qui fait tant l’originalité de la France. C’est des solutions mêmes qui auront été conçues et les réponses qui auront été apportées au déferlement cyclique de la violence que dépendra le destin du reste du monde.
Larbi Graïne, journaliste algérien
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Nous, journalistes syriens exilés en France, avons appris avec extrême tristesse et sidération l’horrible crime commis à l’encontre de nos confrères de «Charlie Hebdo» par les ennemis de l’être humain, de sa liberté et de sa dignité.
Nous condamnons cet acte lâche et présentons toutes nos condoléances aux familles des victimes, leurs proches et leurs collègues. Nous faisons la promesse de faire triompher toutes les valeurs portées et défendues par les martyrs de la liberté d’opinion et de la liberté humaine partout dans le monde.
Nous, journalistes et écrivains syriens, percevons tout le sens de ce crime et les messages que les assassins cherchent à transmettre.
Nous le savons d’autant plus que, dans notre pays, la Syrie, nos amis et collègues croupissent dans les geôles ou les fosses des fascismes d’Assad et de Daech, les deux alliés contre la liberté, la dignité et tout ce qui est humain.
Les signataires :
Najati TAYARA
Nahed BADAWIA
Rashed ISSA
Rateb SHABO
Iyad ABDALLAH
Moaaoya hamoud
Omar ALKHATIB
Mazen ADI
Ali HAMRA
Khalil ALHAJ SALEH
Nart ABDALKAREEM
Raafat ALGHANEM
Ahmad SALAL
Fadwa SOULEIMANE
Rana ZEID
Muzaffar SALMAN
Mohamad AL AWAYD
lina CHAWAF
duha ASHOUR
Ahmad BASHA
Assem HAMSHO
Hazem AL SAIED
Mohammed SHA’BAN
Omar ALASAAD

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Je suis tant triste, je suis tant brisé… Quelle barbarie…..
Je pense aux mes collègues les victimes, à leurs familles et leurs proches et notamment aux blessés.
Mohamed Houssein, journaliste mauritanien
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Nos plus sincères condoléances au peuple français et toutes nos condoléances et notre solidarité envers le journal Charlie Hebdo
Ce qui est arrivé est un acte de criminel et terroriste terrible et inacceptable.
Nart ABDALKAREEM, journaliste syrien
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Je condamne l’attaque terroriste sur les journalistes de Charlie Hebdo. Toutes mes condoléances.
Je suis Charlie.
Oleksandr POMOYNYTSKYY, journaliste ukrainien
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Il ne faut pas arrêter la lutte contre des extrémistes, parce qu’ils ne sont pas justes! Ils n’ont pas de culture humaniste. Ce sont des sauvages ! Je suis Charlie avec tout mon coeur!
Vive la liberté !
Osman AHAMADI, journaliste afghan
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Je manifeste contre cette attaque terroriste sur la rédaction Charlie Hebdo.
Je suis solidaire de ce journal.
Mohammad ALHAMADI, journaliste syrien
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Un dessin de John CHITAMBO LOBE, journaliste zambien

Un dessin de John CHITAMBO LOBE, journaliste zambien

Un dessin de John CHITAMBO LOBE, journaliste zambien

Un dessin de John CHITAMBO LOBE, journaliste zambien

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Au nom de la Liberté de la presse, je suis Charlie Hebdo!
Benson SERIKPA, journaliste ivoirien
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Qui mieux que nous (journaliste exilé en France) pour parler de la liberté d’expression. Charb avait raison : Nous préférons mourir debout que vivre à genoux.
#je suis Charlie
Un journaliste guinéen
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J’étais un journaliste réfugie iranien en France, mais a partir le mercredi 07 janvier 2015, je suis CHARLIE. c’est tous.
Majid SEDGHI, journaliste iranien
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J’ai appris cette tragédie qui a profondément touché le monde entier particulièrement la famille de la presse, nous sommes touchés , je me pose la question au nom de quel Islam ces confrères ont tués, leur âme s’inscrira pas en lettre de sang comme ils ont tués mais en lettre d’or dans sa mémoire collective de l’ensemble de la presse mondiale.
Mes condoléances les plus attristées aux familles des victimes.
Alpha Ousmane BAH, journaliste guinéen
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Nous condamnons tous l’attaque terroriste contre le journal français Charlie Hebdo , condoléances aux familles des victimes et au peuple français
Tarek SHEKH MOUSA, journaliste syrien
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A dessein, la haine a frappé, mais, jamais, n’effacera le dessin de la liberté.
Charlie est mort, vive l’hebdo !
Léon KHAROMON, journaliste congolais
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Toutes mes condoléances.
Sumith DIAS, journalistes sri lankais
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Arsenal redoutable. L’attentat perpétré contre les journalistes de « Charlie Hebdo » est abominable. Quand on emprisonne un journaliste, on emprisonne la liberté d’expression. Quand on tue un journaliste, ô crime suprême, on tue l’homme mais on ne supprime pas sa pensée, qui demeure à jamais un arsenal redoutable pour d’autres combattants de la liberté.
Jean­-Jules Lema Landu, journaliste congolais
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Journalistes de Charlie,
Vous êtes le pont entre les ténèbres et la lumière…
Après la mort, il y a eu un fort éclaircissement venu renforcer l’avenir et la liberté.
Nabil SHOFAN, journaliste syrien
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C’est vraiment un acte barbare, inhumain, indigne, sans religion qu’aucun qualificatif ne peut-être employé pour qualifier cet acte d’un autre age.

CHARLIE :

c : consterné
h : horrifié
a : affligé
r : révolté
l : lubrifié
e : écœuré
Alareny BAH, journaliste guinéen
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Au lendemain de l’attentat terroriste contre le journal de Charlie Hebdo à Paris, je crois qu’il n’y a pas de foyer pour les journalistes, ni dans les pays occidentaux ni orientaux car les terroristes et les extrémistes sont partout dans le monde. Alors « Nous devons nous montrer solidaires de Charlie Hebdo sans oublier tous les Charlie Hebdo du monde. En outre, je pense que aujourd’hui les terroristes exploitent la démocratie et la libérée dans les pays occidentaux pour attaquer les valeurs de civilisation de ces pays. À mon avis si quelqu’un décide de vivre dans un pays occidental (par exemple la France), il faut qu’il respecte ses valeurs.
Karwan TAYIB, journaliste kurde d’Irak
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Ce soir la France est en deuil et …nous aussi. Nous parce que nous vivons désormais sur cette terre hospitalière de France. Nous parce que nous sommes avant tout journaliste. À chaque fois que la liberté d’expression sera réprimée de diverses manières, nous marquerons notre désaccord. Présentant nos condoléances au peuple français et au monde des médias meurtris par ce lâche attentat, nous ne pouvons nous empêcher de penser à ces crises à travers le monde. On oppose toujours les ethnies et les religions et on fait agir lâchement les esprits faibles, manipulés et désorientés. Lorsque la violence des armes devient un moyen de revendication, le monde perd son humanité.
Ce soir je pleure mes confrères de Charlie Hebdo et comme l’artiste, je crie haut et fort: « NE MELEZ PAS ALLAH A VOS ACTES CRIMINELS »
Armand IRÉ, journaliste ivoirien
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Je suis vraiment ému en regrettant d’arriver à ce cauchemar. À mon avis cette attaque vise toutes les personnes qui habitent en France et également la liberté de la presse. En dernier lieu, je souhaite juste écrire ce message simple et clair pour déclarer que je suis fière de Charlie Hebdo, en tant que journaliste.
Reza JAFARIAN, photojournaliste iranien
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La presse c’est comme un miroir. Elle vous informe de tout votre état, bon ou mauvais. Avec vive émotion, que j’ai suivi l’acte ignoble de ses islamistes contre Charlie Hebdo. Ils ont confirmé leur état que le miroir Charlie Hebdo avait reflété. On ne tue pas la vérité, la presse.
Simon MM, journaliste congolais
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Charb, Wolinski, Cabu et Tignous étaient parmi ceux qui ont péri dans cet acte ignoble mais vous serez Charlie! Charlie! Liberté! comme le scandaient ce soir place de la République des milliers de personnes en votre mémoire.
Out le terrorisme! Que vive la liberté de la presse de par le monde!
Abdoulaye Djibril SOW, journaliste guinéen
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C’est l’encre qui devrait couler et non le sang. Si vraiment ces meurtriers ont cru rendre justice, la violence n’en est en aucun cas un moyen. Le meurtre fait taire les bouches et non les coeurs, les idées ni les actions. Vous êtes morts mais vous laissez derrière vous des branches dont les fleurs produiront les fruits de vos actions. REST IN PEACE CHARLIE HEBDO attack victims
Une journaliste
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Ceux qui ont tué cherchent à pulvériser la liberté. Ils ont d’ores et déjà échoué. Chacun, à notre place, nous allons tenter de perpétuer les principes qui animaient nos collègues disparus. Devenons des veilleurs sinon des combattants, dans la mesure de nos modestes moyens. Nous sommes tous des Charlie. Définitivement.
Denis PERRIN, journaliste français
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Hommage aux journalistes de Charlie Hebdo, martyrs de la liberté de la presse!
Carole SERIKPA, journaliste ivoirienne
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A l’équipe de Charlie Hebdo, je souhaite adresser mes plus sincères condoléances. Mes pensées vont aux victimes, à leurs familles, à leurs amis et à leurs collègues qui ont perdu des êtres irremplaçables.
Aujourd’hui, j’ai envie de rire encore plus fort, d’être bousculée davantage, de m’interroger encore et encore, notamment en lisant Charlie Hebdo qui a eu l’art de ne jamais me laisser indifférente…
Alors, au-delà des peurs, des pleurs, de la tristesse, du deuil, si vous le pouvez encore, faites-moi rire, bousculez-moi, aidez-moi à réfléchir en restant encore et toujours politiquement incorrects, parfois si trash et subtiles à la fois…
Florence DAMIENS, traductrice français-arabe
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Journaliste tchadien, exilé, en France, j’estime que l’attentat terroriste qui a visé ce mercredi 07 janvier 2015, le journal, « Charlie Hebdo », faisant des lourdes pertes en vies humaines et de nombreux blessés, est un acte abominable d’une extrême cruauté. Il est inqualifiable et inadmissible. La liberté d’expression est un droit universel qui ne peut être transgressé. Attaquer et tuer injustement des journalistes dans l’exercice de leur fonction, est un délit lourdement répréhensible, une menace pour l’humanité dans sa composante globale. J’exprime ma solidarité internationale à la rédaction de Charlie Hebdo et j’invite les uns et les autres à la mise en place des réactions urgentes, massives et généralisées pour éradiquer ce phénomène qu’est le terrorisme. Aucune société moderne ne peut s’identifier ni adhérer, à l’agissement de ces criminels qui entravent la marche de l’humanité éprise de paix, de justice sociale et de dignité pour tous. En cette douloureuse journée de deuil, mes pensées particulières vont aux victimes, à leurs familles, amis et journalistes éprouvés par cette barbarie moyenâgeuse.
Makaila NGUEBLA, blogueur tchadien
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L’opposition Yéménite condamne sévèrement les derniers actes terroristes vécus dernierement en France et au Yémen. Ces actes terroristes lâches et perfides qui ont impliqué le journal Charlie hebdo de la capitale française, qui ont tué de nombreux innocents. Au Yémen, nous avons également subis mercredi dernier des attentats terroristes à la voiture piégée, faisant 40 morts et des dizaines de blessés.
Le terrorisme ne connaît aucune frontière et s’attaque à tous. Il ne défend aucune religion et ne peut en parler en son nom.
En tant que président de l’opposition Yéménite française je tenais à exprimer mon soutien à la France et à exprimer mes plus sincères condoléances aux familles des victimes françaises, tout comme aux familles des victimes Yéménites.
Mohamed AL SHAMI, journaliste yéménite
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Paris 10 Janvier 2015 photo: Muzaffar Salman

Paris 10 janvier 2015 – Photo: Muzaffar Salman, photojournaliste syrien

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Attentat Charlie Hebdo :
la Maison des journalistes se mobilise et lance un appel à la vigilance
en faveur de la liberté de la presse

La Maison des journalistes (MDJ) pleure les victimes du terrible attentat meurtrier perpétré à l’encontre du journal Charlie Hebdo ce mercredi 7 janvier. Elle témoigne de sa solidarité aux familles des journalistes, des policiers et au journal éprouvés par cet acte abominable.

Protéger les journalistes, protéger la presse, c’est protéger la démocratie et nos libertés. La Maison des journalistes entend plus que jamais soutenir les journalistes de par le monde qui ont trouvé refuge en France et qui, pour la plupart, ont été persécutés par ceux dont font partie ces barbares.

Aujourd’hui la Maison des journalistes lance un appel à la vigilance, à la mobilisation pour lutter contre tous les intégrismes et toutes les intolérances.

Fait à Paris, le 8 janvier 2015

Christian AUBOYNEAU
Président

Darline COTHIÈRE
Directrice

La Maison des journalistes

Comment peuvent-ils dire qu’« Une mauvaise élection vaut mieux que pas d’élection du tout » ?

[Par Sékou Chérif Diallo] C’est le comble du mépris envers les populations qui ont « ingénument » cru aux valeurs de la démocratie. Oui ! Vous avez raison. La démocratie a des valeurs immenses et mon attachement à ces valeurs va au delà de l’obstination et frôlerait le fanatisme. Suis-je un utopiste dont la naïveté est plus qu’endémique ? Certainement pas. Mais, pourquoi les immenses possibilités offertes par la démocratie sont-elles discriminatoires ? Pourquoi violent-t-ils le droit de vote et le respect de la volonté exprimée par la majorité si toutefois, la démocratie se définit comme telle ? Une catégorie géo-localisable, facilement identifiable et de surcroît numériquement importante assiste sans défense à la violation permanente de leurs droits de choisir ses dirigeants.

Siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. [Source : nostalgieguinee.net]

Siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. [Source : nostalgieguinee.net]

Pourquoi ? La raison est simple. Pour des considérations d’ordre économique essentiellement, des acteurs disposant d’un sceau institutionnel arrive avec une certaine habileté et en fonction du contexte, à glisser entre les lignes des « notes » de bonnes intentions et de principes démocratiques savamment choisis mais qui sonnent faux. Avec des déclarations aux contours sémantiques extraordinaires, ils parviennent à berner les électeurs qui, en quittant les bureaux de vote exultaient déjà d’avoir exercé son droit de vote et naturellement ils s’attendaient au respect de ce droit. Mais la désillusion ne tardera pas à s’installer dans les esprits. Le vainqueur aux urnes n’est pas le vainqueur proclamé. De façon récurrente cette réalité semble intégrer les mœurs politiques dans nos différents Etats à la démocratie balbutiante. Ces pratiques malsaines des entreprises politico-économiques renforcent le doute chez les afro-pessimistes qui s’interrogent sur les vagues de contestations suivies de violences qui découlent des élections en Afrique. Dans un article publié en 2002 et intitulé : « La fraude électorale « démocratique », Yengo Patrice écrivait : « Le suffrage universel, loin d’être l’expression de la volonté populaire, devient le moyen par lequel le système politique se perpétue et, par le fait même, exclut les populations comme par le passé. Là où celles-ci font l’apprentissage du droit à l’expression, les élites, elles, travaillent à la mise en œuvre du plébiscite dans la ligne des anciens partis uniques. » Dresser un tel réquisitoire contre la pratique de la démocratie en Afrique n’est pas un fait nouveau et les arguments avancés par les analystes politiques sur cette réalité sont le plus souvent convaincants. Mon ambition à travers cet article n’est pas de procéder à la recension de tous les écrits sur les élections en Afrique et les fraudes qui les caractérisent. Je ne pourrais le faire dans un seul article. L’objectif est d’exprimer des sentiments d’amertume et de déception objectivement justifiés selon moi, sur les paramètres géostratégiques aux relents essentiellement économique qui entrent en jeu dans une élection en Afrique au détriment de l’expression de la majorité. Comme tout citoyen lambda je croyais aveuglement aux cautions « démocratiques » qu’attribue la communauté internationale aux élections en Afrique. Oui ! La fameuse communauté internationale difficilement localisable sur une carte, mais chaque pays africain reconnait « sa » communauté internationale en fonction des affinités et des intérêts qui les lient.

Les opération de vote en Guinée lors du premier tour. © Youri Lenquette. AFP

Les opération de vote en Guinée lors du premier tour.
© Youri Lenquette. AFP

Encore un qui accuse la communauté internationale ! Allez-vous continuer à accuser les autres de vos malheurs ? Cette question revient souvent dans les débats. Je réponds par la négative. Mais certaines accusations peuvent se justifier. Il faut savoir que l’opinion nationale dans son désespoir et à la recherche d’une oreille attentive à ses aspirations accorde assez du crédit aux positions et déclarations de sa « communauté internationale » à elle. Par exemple, en temps de crises dans nos pays, la fréquence d’écoute et d’audience des médias étrangers reste accrue et cela témoigne en partie du capital confiance qu’accordent les citoyens africains aux regards extérieurs de sa situation. Cette quête de vérité et de légitimité ne devrait pas être trahie pour une raison ou une autre, même au nom d’une prétendue stabilité à préserver qui, d’ailleurs, souffrirait d’un calcul économique pour la stabilité des affaires. Qui a énoncé cette maxime que : « l’argent n’aime pas le bruit. » Ma petite expérience dans le milieu de l’observation électorale dans mon pays me donne le droit de dénoncer certaines pratiques qui, selon moi, sont antidémocratiques et inadmissibles surtout quand elles sont entretenues par ceux qui sont sensés attribués une note à une élection. Cette mission plus qu’exaltante était surtout pleine d’enseignements sur les capacités à concilier dans un processus électoral les enjeux et les rôles des acteurs impliqués. Mais aussi et surtout le contraste sidérant d’un côté entre ce qui est politiquement correct et qui est mentionné élégamment dans les déclarations et rapports, et de l’autre côté, les débats dans les coulisses ou encore le contenu des informations recueillies sur le terrain. Pour un non-initié, il est toujours difficile de cerner les différents paramètres qui entrent en ligne de compte dans les prises de positions publiques. Toutefois, il faut s’habitué à rencontrer de façon abusive ces expressions toutes faites dans tous les rapports d’observation électorale en Afrique : « la mission salue – encourage – déplore – recommande »’. Ce jeu d’acteurs à différents niveaux reste très éloigné des perceptions des citoyens sur les notions de suffrage universel et de transparence quand elles se rendaient massivement dans les bureaux de vote sous un soleil de plomb pour accomplir leur droit de choisir ses dirigeants. La Guinée est un petit pays qui n’intéresse pas assez la communauté internationale, me disent certains, surtout quand j’ai tendance, à leurs yeux, à tout dramatiser. Oui ! La Guinée est un petit pays mais les valeurs démocratiques doivent être appliquées partout de la même manière avec la même rigueur. Je termine cette deuxième partie de la série de réflexions sur les fondamentaux non négociables d’une démocratie vraie en Guinée par cet extrait d’une allocution de Kofi Annan au Sommet de l’Union africaine à Maputo en 2003 : « La démocratie ne se résume pas à la tenue d’élections. Elle exige que chacun, y compris le gouvernement et le parti au pouvoir, respecte l’Etat de droit. Elle exige des institutions viables qui garantissent les droits fondamentaux de tous les citoyens, y compris des minorités. Elle exige la vigilance constante d’une société civile dynamique. »