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Le courage et la souffrance de Jahia

[PORTRAIT] Malgré les expériences amères qui ont marqué son existence, Jahia n’a pas perdu son sourire et l’amour pour sa profession qui, explique-t-elle, consiste à rapporter les faits, dire la vérité. Aujourd’hui, elle vit à la Maison Des Journalistes et attend que l’OFPRA lui accorde le droit d’asile.

Syrie : « Même dans le coin le plus sombre de la terre, les gens luttent tous les jours pour être heureux »

[TÉMOIGNAGE] Ameer a 22 ans, il porte des joggings et un débardeur, il a des cheveux blonds et rebelles qui lui tombent sur les épaules et deux yeux bleus qui expriment un mélange d’émotions contrastées: gentillesse, peur, courage. Arrivé à la Maison des Journalistes avec quelques minutes d’avance, il raconte son expérience en Syrie d’une voix monotone, comme si entre lui et les événements qu’il rapporte il se dressait un mur invisible et insurmontable.

« Un jour, peut être, je reverrai la mer d’Ismir » – Portrait de Lalbi, journaliste turc exilé

[TÉMOIGNAGE] « Si je n’avais pas téléphoné à ma mère ce jour-là, aujourd’hui je serais probablement en prison. A présent je ne peux pas rentrer en Turquie, la police m’appréhenderait à l’aéroport : c’est le prix que je paye pour avoir partagé mes caricatures sur Internet ». « Le coup d’Etat de juin 2016 ? Cela n’a été qu’une mise en scène. Le Président Erdogan veut détruire la démocratie en Turquie, effacer Atatürk de la mémoire collective et devenir le chef de la communauté musulmane au Moyen-Orient. La révolte n’était qu’un prétexte pour renforcer son pouvoir ».

« Aujourd’hui notre retour est conditionné par la chute du régime et le changement de système politique en place »

« Pour quitter le pays, j’ai payé une grosse somme d’argent à un passeur pour qu’il me permette de franchir la frontière. »

Alzitani Hani fait partie des nombreux syriens qui ont rejoint la promotion 2017 de la Maison des journalistes. Après avoir obtenu son statut de réfugié politique, il aspire à s’installer ici et démarrer une nouvelle vie en attendant, peut-être, que le régime de Bachar el Assad s’effondre.

« I don’t speak english, je parle français, un peu. » Alzeitani Hani est un journaliste syrien, il a 38 ans. Jogging et T-shirt, il s’apprête à se rendre à ses cours de français. Il insiste d’ailleurs pour raconter son parcours dans la langue de Molière. Diplômé en sociologie de l’université de Damas, il a travaillé au sein d’un centre syrien pour les médias sur les problématiques des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Là-bas, il dénonce les conditions des journalistes syriens et l’oppression dont ils sont victimes. Le journaliste cherche à comprendre comment Bachar el Assad est arrivé au pouvoir. Ainsi, tous les mois il effectue des reportages sur la situation en Syrie.

En raison de ce travail, le régime de Bachar el Assad l’arrête et l’emprisonne, lui et ses collègues, durant 3 ans. A sa sortie, les autorités le convoque pour poursuivre l’interrogatoire et font en sorte de l’empêcher de quitter le territoire. « Je savais que si je me présentais à cette convocation, ils allaient m’emprisonner à nouveau. Pour quitter le pays, j’ai payé une grosse somme d’argent à un passeur pour qu’il me permette de franchir la frontière ». Il part au Liban puis en Turquie durant 1 an et demi où il obtient un visa de l’ambassade de France : « Je suis arrivé en France en avril 2017, j’y ai appris le français. Maintenant, je souhaiterais reprendre mes études à l’université Paris Dauphine ». Alzeitani Hari voudrait également pouvoir faire des reportages de terrain. Par ailleurs, Alzeitani est inquiet pour sa famille, il sait que la distance et le temps ont impacté leurs liens : « Je suis marié mais je n’ai pas vu ma femme depuis 6 ans, elle est restée en Syrie. Donc je ne crois pas que notre relation puisse durer. Tout le reste de ma famille est en Syrie et ma situation en France ne leur permet pas de me rejoindre. »

Souvenir

« Avec cette question du souvenir, plein d’images nous reviennent. Mais ce qui nous revient surtout ce sont des photos de destruction, des rues, des pierres. La Syrie est aujourd’hui remplie de vestiges de bâtiments. Ce sont des lieux que l’on visitait, avec lesquels on habitait. Nous, on vivait avec la pierre, avec la terre, avec les arbres. C’est toujours difficile de répondre à une question sur la mémoire, les souvenirs et les différences entre notre pays et le pays d’accueil. C’est vrai la France c’est un très beau pays, mais quand on interpelle notre pays, on interpelle aussi notre enfance et les souvenirs gravés dans la mémoire de ce pays qu’on a laissé, ou plutôt qu’on était obligé de quitter. Par exemple en ce moment ce qui me revient le plus c’est l’image de la maison où j’ai vécu durant vingt ans. C’est une maison arabe avec une architecture différentes de ce que l’on voit en France. J’ai de la chance parce que ma maison est restée intacte. Pour mes amis ce n’est pas le cas. Mais aujourd’hui notre retour est conditionné par la chute du régime et le changement de système politique en place. »

« J’ai 20 ans et je veux un futur »

[MIGRATION] Rania Mustafa Ali a filmé son voyage de Kobani en Syrie à l’Autriche. Ses images montrent ce que de nombreux réfugiés affrontent lors de leur voyage risqué en Europe. Rania a rencontré des passeurs, elle fut gazée et battue à la frontière macédonienne. Elle risqua ensuite de se noyer en Méditerranée, voyageant dans un bateau destiné à accueillir 15 personnes mais bourré avec plus de 60 personnes.

Mauritanie : le retour des réfugiés est un enjeu national

L’Union Nationale des Rapatriés Mauritaniens du Sénégal a fustigé l’absence de volonté politique de la part des autorités mauritaniennes. Les initiatives de l’Etat mauritanien ne résorbent pas le dossier du passif humanitaire, malgré plusieurs tentatives des ayants droits, les revendications sont au point mort.

Après 4 ans d’attente autour des promesses non tenues du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, l’Union Nationale décide de sortir du silence afin d’alerter l’opinion nationale et internationale sur leur situation.

Un peu d’histoire

En 1989, la Mauritanie traverse la pire période de son histoire durant laquelle des milliers de citoyens noirs sont tués ou déportés au Mali et au Sénégal.

Trente ans après, ces  douloureux événements ont abouti aux accords pour le retour des réfugiés dans la vallée du fleuve, région la plus touchée par ces déportations.

Le retour des réfugiés : un enjeu national

Il y a eu deux types de retours : 35.000 personnes volontaires sont revenues par leur propre moyen. 24.000 personnes ont eu un retour organisé. En tout, 60.000 ont pu rentrer au bercail.

Pour leur intégration, l’Etat Mauritanien a crée une agence chargée d’accompagner les réfugiés. Aujourd’hui les problèmes sont très nombreux. Notamment, le logement, l’insertion dans la fonction publique, le foncier, les papiers d’Etat Civil…

Et pourtant le gouvernement Mauritanien a déjà enterré cette agence qui estime pour ce qui le concerne, ce dossier est déjà clos.

A ce jour, des milliers de réfugies regrettent leurs retours.

Malgré les quelques promesse tenues par le gouvernement comme la réintégration des fonctionnaires, ils estiment toujours que le plus important n’a pas encore été fait. Pire, l’avenir de leurs enfants est hypothéqué.

Selon  beaucoup d’observateurs, ce dossier est caractérisé par une absence de volonté politique. Malgré le temps passé, les jalons de l’unité nationale ont de la peine à refaire surface en Mauritanie.

«J’avais simplement besoin d’un pays libre»

« Déjà en Syrie, j’aimais la France. J’avais simplement besoin d’un pays libre »

Nassim a commencé son métier en écrivant pour le journal de son université. Journaliste Syrien, la quarantaine portant une barbe de trois jours, il se souvient de l’engouement et de l’enthousiasme qu’avait suscité la prise de pouvoir de Bachar el Assad au début des années 2000 : « Quand El Assad a pris le pouvoir, il a dit à tout le monde que désormais la Syrie était un pays libre, que la politique allait changer ».

Pourtant, c’est le début de nombreux problèmes pour Nassim. Sous l’ordre des autorités syrienne, la police politique l’arrête. Il passe alors, 74 jours en prison pour avoir exercé son travail de journaliste.  « En 2006, j’ai pensé qu’il fallait que je quitte la Syrie, je suis donc parti en Jordanie et en Egypte où j’ai travaillé pour ABC News, un média américain. A cette époque, je continuais à faire des aller-retours en Syrie ».

Jusqu’au jour où il n’est plus autorisé à quitter le territoire. « J’ai décidé d’aller voir les autorités pour comprendre pourquoi mon passeport était refusé et me suis retrouvé à nouveau enfermé dix-huit jours durant lesquels on m’a torturé ».

Malgré les années, les séquelles sont encore visibles sur ses bras et d’autres parties de son corps.

Lors de l’arrivée de l’Etat islamique, en 2014, il se rappelle avoir assisté à plusieurs décapitations : « Ils affirmaient être le nouveau gouvernement. Les corps restaient sur place 2 à 3 jours avant d’être déplacés ».  Nassim décide de témoigner de l’horreur à laquelle il assiste auprès de ABC News. Conséquence : Daesh le recherche.

En 2015, alors qu’il revient de Turquie, il est arrêté par des membres de l’Etat islamique : « Toutes les deux heures, de nouveaux prisonniers arrivaient. Dans la nuit, vers trois heures du matin, ils nous disaient qu’ils allaient nous tuer. Plusieurs fois, ils m’ont emmené dans une pièce, ont sorti un couteau et simulé une décapitation sur ma gorge. Parfois, d’autres prisonniers étaient réellement tués, on entendait leurs cris. Je comprends maintenant pourquoi certains otages ne semblent pas effrayés sur les vidéos d’exécutions, ils doivent penser que leurs bourreaux ne les tueront pas vraiment, comme ils l’ont fait avec moi. »

Finalement, Nassim est libéré et s’échappe en Turquie. De là, le journaliste part pour l’Europe et traverse la Grèce, la Macédoine, l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse pour arriver en France. Avec 700 euros en poche, il loge dans différents hôtels avant d’entendre parler de la Maison des journalistes, qu’il rejoindra quelques semaines plus tard. Aujourd’hui, Nassim souhaite vivre ici et reprendre son métier de journaliste pour se reconstruire.

 

Souvenir :

« Je suis chrétien, je n’ai plus ma place en Syrie. Dans mon pays, il y a dix ans, il y avait un million deux cent mille chrétiens. Maintenant en Syrie, je pense qu’il y a plus que deux cent mille. Un million de chrétiens a disparu. Le problème qui se pose aujourd’hui est surtout ce qu’on va faire après la guerre. La plupart ne veulent pas revenir car ils ont tout perdu. Nous, les chrétiens, on est plus les bienvenues en Syrie.

Quand j’étais petit, je jouais avec mes amis. J’étais de religion chrétienne, un ami était musulman, un autre Yézidis et un autre sunnite ou chiite. On ne demandait pas de quelle religion était chacun parce qu’on ne pensait pas à ça. Quand tout sera fini en Syrie, il en restera des séquelles dans notre mémoire. Pas que pour moi, pour tous les Syriens. Un autre problème qui se pose sont les enfants de l’Etat Islamique. Ils ont été endoctrinés dès leur plus jeune âge. Que vont devenir ces enfants à la fin de la guerre ? Ces enfants ont tué des gens en Syrie. Je les ai vu plusieurs fois jouer au foot avec la tête des personnes décapitées. Que va-t-on faire de ces enfants ?

Je ne sais pas ce que je verrai aujourd’hui si je retourne en Syrie. Je n’ai pas envie de revenir dans mon pays. J’ai envie de reconstruire ma vie en France. Trouver un travail, des amis, une famille. Chaque chose en son temps. »