La révolution syrienne vue par la chaîne Russia Today ou la nouvelle lutte de l’information

Avec plus de 1.400.000 vues, c’est la vidéo star de la chaîne YouTube du média russe. Pour la version allemande, c’est près de 1.800.000 et c’est plus de 4.500.000 pour la vidéo postée sur la page Facebook « In the NOW » qui appartient, sans que ce soit explicitement indiqué, à la rédaction de Russia Today. L’image est forte, le propos cinglant, le décor officiel onusien couronne le tout: « La jeune journaliste indépendante qui remet en cause un confrère mainstream ». En 3 minutes 30, elle y dénonce la propagande occidentale, la corruption de l’organisation de Défense Civile Syrienne et l’inexistence de source fiable. Pourtant la journaliste, Eva Bartlett, n’est pas tant indépendante que le précise le sous-titre, le décor siglé ONU, pas vraiment officiel, et le propos plutôt mensongé comme le décrypte le journal Libération.

Médias occidentalistes contre médias russes

La guerre civile syrienne trouve ses origines début 2011, dans le sillage des révolutions arabe du Maghreb. Dès 2012, la Russie offre un appuie logistique à son allié syrien. En septembre 2015, Vladimir Poutine annonce répondre à la demande de soutien militaire du chef d’État syrien. Au moins 5.000 soldats sont déployés ainsi que plusieurs sociétés militaires. Les bombardements débutent à la fin du mois sur les groupes djihadistes et rebelles.

RT recrute alors pour couvrir le conflit de nombreux indépendants qui partagent un point de vue pro-russe, voir pro-Bashar el-Assad. Toujours critique de l’ingérence occidentale, ainsi que son idéologie envahissante, la chaîne prend alors un angle souverainiste pour ‘expliquer’ les exactions du régime de Bashar el-Assad.

Plus problématique encore, les reportages entretiennent une confusion constante – et contraire à toute déontologie – entre les groupes salafistes djihadistes et les groupes rebelles de l’Armée syrienne libre.

Syrie : confessions d’enfants qui n’ont rien connu d’autre que la guerre


« Les combattants de Liwa al-Quds, c’est ce qui ressemble le plus à une famille pour Jamil. » Lizzie Phelan, reporter de Russia Today.


Le 13 décembre 2016, les rebelles de l’armée syrienne libre déposaient les armes à Alep. Ils avaient jusqu’alors tenu la ville face aux forces royalistes, tandis que dans les campagnes alentours, le régime faisaient également face au groupe État islamique.

Dans un reportage pour RT à Alep, trois jours plus tard, la journaliste britannique Lizzie Phelan accompagne une chabiha, une milice pro-gouvernementale, qui sauve des enfants de « la guerre » (La quoi ? Révolution ? Non, connais pas.)

On retrouve tout du long la rhétorique des civils utilisés comme bouclier humain et la journaliste entretien la confusion en parlant des « terroristes » pour nommer les groupes rebelles.

La bataille d’Alep a fait plus de 21.500 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). en grande partie à cause des frappes menées par le régime syrien et la Russie. Celles-ci ont parfois visé intentionnellement les populations civiles d’Alep – comme ceux-là mêmes interviewés dans le reportage de RT – avec l’utilisation d’armes chimiques, de barils explosifs largués par hélicoptère et d’armes à sous-munitions comme révélé par erreur dans un reportage de RT.

Dans une interview pour le New York Times en janvier 2012, la reporter de guerre de RT et de l’agence iranienne Press TV, Lizzie Phelan défend sa vision d’un journalisme souverainiste:

« Je me sens davantage en paix avec moi-même en travaillant pour le média d’un pays qui se défend d’une agression extérieur que pour un autre dont l’idéologie impérialiste justifie d’elle même le fait d’être imposé partout dans le monde et par tous les moyens nécessaires. (…) Le rôle de ces médias mainstream, BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera, est de créer un récit qui justifie une intervention en Syrie, en Libye. »

« Je pensais aller à Homs mais j’ai dû renoncer car c’était trop dangereux pour moi suite aux attaques de journalistes par la prétendu Armée syrienne libre. » explique la journaliste de RT, faisant allusion à la mort du cameraman Gilles Jacquier le même mois dans des circonstances incertaines. Mais un mois après, ce sont deux journalistes occidentaux (Marie Colvin et Rémi Ochlik) qui couvraient le conflit du côté des rebelles de Homs qui étaient tués, cette fois-ci directement visé par les forces du régime.

À l’ère de la post-vérité, l’objectivité n’a plus de sens et les massacres ne sont que des opinions

Une autre cible récurrente de la chaîne RT est la Défense civile syrienne ou Casques blancs accusés de tous les maux : enlèvement d’enfants, manipulations, voir même d’actes terroristes.

Cette organisation humanitaire est présente depuis le début du conflit au côté des groupes révolutionnaires. 4.000 volontaires sont présent dans l’ensemble du pays pour évacuer des décombres les victimes et prodiguer les premiers soins.

Très présente sur les réseaux sociaux, l’organisation syrienne a reçu dès 2013 un soutien financier des États-Unis et de l’Europe, et un appui logistique de l’ONG Britannique Mayday Rescue. Les installations des Casques blancs souvent ciblées par les frappes russes et loyalistes, c’est plus de 260 volontaires qui ont perdu la vie depuis le début du conflit. Les bombardements visant les zones rebelles sont souvent doublés pour atteindre, quelques minutes après la première salve, les secouristes occupés dans les décombres.

Recherge YouTube "Casques blancs" : Revoilà Lizzie Phelan qui nous ''réinforme'' cette fois-ci sur les Casques blancs

Le 7 avril 2018 à Douma, la chaîne RT prétend que les 3 bonbonnes de gaz chloré, qui ont fait près d’une centaine de victimes civiles avérées, ont été déposés par les rebelles. Mais très vite les images des bonbonnes cabossées par la chute, voir passées à travers un plafond pour l’une, contredisent cette version.

Le fait que les bonbonnes ait été larguées incrimine directement le régime qui a le contrôle total, avec les forces russes, du ciel syrien. Quelques jours après, une vidéo montrant la frénésie dans un hôpital de Douma a été reprise par le média russe qui sous entend une manipulation de la Défense civile syrienne .

Pourtant aucun casque blanc n’apparaît pas dans la vidéo originale, et pour cause celui-ci est complétement indépendant de l’organisation. On peut trouver comme source première de cette vidéo le groupe Facebook Douma.Revolution et la chaîne YouTube du potentiel auteur de la vidéo.

« Toute l’information selon des sources contradictoires »

Robert Fisk sur Russia Today (Capture d’écran, 2012)

Dans les journalistes cités par RT France sur cette attaque on retrouve également le grand reporter britannique Robert Fisk (The Independent) qui couvre le conflit syrien en compagnie des forces russes et syriennes.

Mais depuis le début du conflit, Fisk fait l’objet de nombreuses critiques de ses confrères pour ses positions pro-Bashar. Le site Conspiracy Watch affirme que Fisk a « quasiment perdu toute crédibilité auprès de la communauté des grands reporters, et plus généralement de la presse occidentale ».

Sur l’attaque chimique de Douma du 7 avril, le journaliste a rapporté le témoignage d’un médecin qui contredit la version occidentale et remet la faute sur un casque blanc qui aurait provoqué volontairement la vague de panique. Par la suite, Fisk a été très critiqué, car le médecin cité n’était pas présent ce jour là et il n’aurait pas pris la peine, pourtant présent dans les premiers à Douma, de rencontrer les médecins de garde ce jour là.

Et finalement, si c’était plutôt la Russie qui essaierait grâce à ses médias de justifier son intervention en Syrie ? Non, à la MDJ on ne tombera pas dans le complotisme…​

Derrière la propagande pour les régimes syriens et russes diffusée par la chaîne, il est surtout reproché à RT une couverture inégale du conflit, ignorant la réalité de la révolution syrienne.

Le 23 novembre 2018 à Kafranbel, le journaliste et militant révolutionnaire Raed Fares, sous la menace constante des groupes djihadistes, était abattu en pleine rue par un commando de trois hommes armés. Tandis que les médias occidentaux traiteront l’information en rendant hommage à l’homme et son combat pour la révolution, RT et l’ensemble des médias russes n’en diront pas un mot.

Derrière cette guerre de l’information et les intérêts géopolitiques de chacun dans la région, la couverture de RT du conflit syrien a pourtant un effet bien réel. En ajoutant à une situation chaotique la chape de plomb d’une désinformation propagandiste, RT permet d’abord et avant tout de cacher les crimes de guerre et assassinats politiques d’un boucher de Damas.

« Osez questionner » – Slogan de la chaîne RT

Lancée en 2005 en langue anglaise sous le nom RT International, au départ basé à Moscou , la chaîne internationale russe, Russia Today s’est rapidement déclinée en arabe et en espagnol et a ouvert des bureaux internationaux.

La branche française de RT est lancée en décembre 2017 et fait face très tôt à une opposition ferme du gouvernement français.

Le Syndicat national des journalistes dénonce dans un communiqué le 12 juillet 2018, la fermeté de l’État envers la chaîne qui s’est fait interdir pendant la campagne présidentiel l’entrée de tous les meeting du partie présidentiel En Marche, puis perdait ses accréditations à la salle de presse de l’Élysée en mai 2018.

Malgré un format d’actualité en continue (BFM TV, C News), RT revendique une ligne éditoriale très critique des démocraties libérales  et des médias occidentaux. La chaîne a trouvé dans le mouvement des Gilets jaunes un nouvel écho pour sa liberté d’opinion, sa ligne souverainiste et son opposition au gouvernement français.

Elle réalise son record d’audience le 8 janvier 2019 avec 763.000 visiteurs uniques.

Fin 2018, RT compte une cinquantaine de journalistes et prévoit à terme une rédaction permanente de 150 employés.

Coup d’envoi du Réseau des Médias en France pour la Paix, des solutions concrètes en vue!

Le coup d’envoi du Réseau des Médias en France pour la Paix a été donné le 27 juillet à Paris par Wahib-Lucas Makhlouf, manager de HWPL France. Une vingtaine de personnes dont des journalistes et des citoyens ont pris part à la cérémonie de lancement qui a été organisée à l’hôtel Ibis, porte de Bercy.

La création de ce réseau dont l’initiative revient à l’ONG internationale, Heavenly, Culture, World Peace, Restoration of Light (HWPL), va permettre aux journalistes exerçant en France de se concerter, et de débattre d’une manière régulière des moyens de promouvoir les valeurs de la paix dans le secteur des médias.

Une plate-forme de partage d’articles dénommée « Peace Initiative » a été d’ores et déjà mise sur pied avec comme objectif la promotion d’un contenu médiatique valorisant la paix tant du point de vue du volume que de la qualité.


« Si les journalistes se dédient à l’effort de paix, les pensées des personnes et notamment des hommes politiques changeront »


« Nous avons réalisé qu’une seule réunion n’est pas suffisante pour partager le message de paix » a expliqué Wahib-Lucas. « Nous avons créé ce réseau a-t-il ajouté, car nous avons besoin de quelque chose de plus concret et de plus régulier ». Toutes les personnes qui travaillent dans les médias et qui souhaitent à travers leurs articles sensibiliser le public sur le thème de la paix peuvent rejoindre le réseau.

Selon le manager de HWPL France, le réseau est ouvert également aux étudiants, aux professeurs d’université des départements des médias et de la communication et à toute personne militant pour la paix.

Au sein  du réseau, les professionnels des médias trouveront les encouragements qui les aideront à prendre des initiatives ainsi que des outils à même de les éclairer sur leurs responsabilités envers le public. 

Invité à la tribune, le journaliste de la MDJ, Makaila Nguebla tout en se félicitant de cette « belle initiative » a souhaité que « la France puisse s’approprier le réseau ». Et d’ajouter « J’ai été séduit par l’action de HWPL. On a pensé à mettre en place un réseau pour les reporters de guerre mais pas pour les journalistes qui travaillent pour la paix » a-t-il déclaré. « Ce réseau est d’autant plus nécessaire que le monde est aujourd’hui dévasté et menacé par les conflits politiques, confessionnels, ethniques, les guerres civiles, l’insécurité et le terrorisme ».

Notons que la cérémonie a été marquée par la signature d’un contrat symbolique associant les nouveaux adhérents à HWPL. HWPL fut l’initiatrice en 2016 de la « Déclaration pour la paix et la cessation des guerres dans le monde ».

L’ONG espère soumettre ce texte l’année prochaine à l’assemblée générale de l’ONU en vue de le faire adopter comme une résolution ayant force de loi.

Le fondateur de HWPL, Man Hee Lee est un ancien soldat de la guerre de Corée (1950-1953) qui a vécu l’enfer des tueries à grande échelle. D’après lui: « Si les journalistes se dédient à l’effort de paix, les pensées des personnes et notamment des hommes politiques changeront ».

HWPL

C’est une ONG internationale affiliée à l’ECOSOC de l’ONU avec un statut consultatif. Depuis novembre 2016, elle a réalisé dans 22 pays 40 forums ayant réuni 176 journalistes. Ces forums autour du journalisme de paix visent à renforcer les valeurs humaines et de paix dans chaque secteur de la société : la politique, le social, la religion…

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“Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance” – Portrait du journaliste Mahamat

Comme beaucoup de ses confrères, Mahamat n’a pas eu d’autre choix que de mettre ses compétences de journaliste au service de Télé Tchad, une chaîne de télévision du régime dictatorial tchadien. Mais une fois rentré chez lui, le jeune homme enquête sur les massacres perpétrés dans son pays. Un soir de novembre, c’est la recherche de trop. Mahamat est arrêté.

Été 2011, Mahamat est officiellement bachelier. Il s’inscrit à un concours pour intégrer une école de journalisme basée au Soudan. Mahamat est admis. Le gouvernement lui octroie alors une bourse pour ses études. Le jeune homme fait pour la première fois ses valises, et quitte son pays natal, le Tchad. 

« Une fois ma formation terminée, j’ai dû rentrer pour travailler au service du gouvernement ».

2014, Mahamat a 22 ans, et fait ses premiers pas de journaliste à la rédaction arabe de Télé Tchad, l’une des plus grandes chaînes télévisées du pays. Là bas, il réalise des reportages, et travaille au desk.

Mais au Tchad, être journaliste rime avec censure et surveillance acharnée. Les recherches, qu’elles soient personnelles ou professionnelles, sont constamment contrôlées. « La rédaction nous a à l’œil, et tout ce que l’on fait est centralisé au gouvernement ».

Un contrôle également présent à plus petite échelle : « les journalistes se surveillent même entre eux ».

Pour Mahamat, la réalité du métier de journaliste dans son pays est désolante: « Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance ».

Le mois d’avril 2016 s’ouvre sur l’élection présidentielle. Idriss Deby, le candidat sortant, brigue un cinquième mandat. Pour les tchadiens, l’heure est à la contestation: ils demandent le départ du dictateur, au pouvoir depuis 26 ans. 


« Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».


A Télé Tchad, on se prépare à couvrir l’événement. Mahamat est désigné “envoyé spécial” pour les régions de Dar Sila et de Ouaddaï, à l’est du pays. Arrivé sur place, la couverture médiatique est difficile et inédite pour le jeune homme : “Pendant un mois, je suis au coeur des tensions et des violences”.

Mahamat est marqué par la brutalité humaine qu’entraine ces élections.

Lors d’un meeting du PLD (Parti pour les Libertés et le Développement) un parti d’opposition au régime, Mahamat est à son tour pris pour cible. Des militants l’attaquent physiquement. « Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».

Sa liberté d’expression, Mahamat la retrouve le temps d’un instant, lorsqu’il discute des questions des droits de l’homme dans l’émission “choc des idées” sur FM Liberté : une radio privée, non tolérée par le pouvoir.

Dire la vérité. A tout prix. C’est pourtant ce qui anime Mahamat et deux autres journalistes tchadiens.

Le 26 novembre 2016, un massacre a lieu à Ngueli, au nord du pays: : une bagarre entre deux familles fait cinq morts et plusieurs blessés. Quelles sont les réelles circonstances du drame ? Qui sont les vrais responsables ? Les trois journalistes décident de mener leur propre enquête.

Mais très vite, leur investigation est interrompue. Le 10 décembre 2016, Mahamat et ses deux confrères sont arrêtés à leurs domiciles respectifs et sont amenés à la police judiciaire. « Pendant deux jours, on a été interrogés et torturés ». Une signature sur un papier promettant l’arrêt des recherches permet finalement aux trois journalistes d’être relâchés.

Quelques semaines plus tard, Mahamat apprend que l’un de ses deux collègues a été tué. Accident ? Vengeance personnelle ? Coup du gouvernement ? Mahamat l’ignore, encore aujourd’hui. La mauvaise nouvelle n’arrête pourtant pas les deux journalistes.


Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ».


Deux ans plus tard, ils lancent une autre enquête : divers bombardements ont lieu à Miski dans le Tibesti, un massif montagneux du Sahara central, zone frontalière de la Libye.

Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ». Mahamat et son confrère sont en train de recouper leurs sources, quand ils sont soudainement interrompus. Des hommes de l’Agence Nationale de Sécurité (service des renseignements tchadiens) se tiennent derrière eux. Tout va très vite. Les deux journalistes sont menottés, embarqués. Leur téléphone et leur ordinateur sont saisis. Leur enquête, effacée…

La sanction est plus lourde que lors de leur première arrestation. Cette fois, Mahamat et son confrère ne seront pas relâchés. Ils sont placés en cellule d’isolement, et torturés quotidiennement…

Un matin de novembre, une bonne étoile vient mettre fin aux vingt-cinq jours de calvaire de Mahamat. « On me dit que je vais être transféré« . Le jeune homme est sorti de sa cellule, et laissé de côté. Quelques minutes plus tard, sa bonne étoile apparait devant lui. « Je suis relâché, cagoulé, et emmené dans une ferme, à une douzaine de kilomètre de la capitale ».

Mahamat reste caché dans cet endroit jour et nuit. Mais il risque à tout moment d’être retrouvé. Sa bonne étoile s’organise, et finit par trouver une solution.


« Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais. »


Le 19 décembre 2018, pour la deuxième fois dans sa vie, Mahamat doit faire ses valises. Mais ce second voyage n’a rien d’exaltant : Mahamat doit quitter le pays. Pour aller où ? Il l’ignore… Mahamat a rendez-vous en terre inconnue. La peur l’envahit. « Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais ».

Son escale à Istanbul le mettra sur la voie… Dans la salle d’embarquement, Mahamat observe les visages des individus autour de lui: « Je comprends que je suis en train de voyager vers la France ».

Pour autant, la découverte de la destination ne rassure pas le jeune tchadien, “Tant que je n’avais pas de réelle protection, je n’arrivais pas à me réjouir ».

Arrivé à l’aéroport en France, Mahamat est déboussolé. Il ne connaît « RIEN de la France« … Un taxi lui propose ses services, mais Mahamat refuse. Il se méfie. « Ici aussi, il y des services de sécurités. A tout moment, je pouvais être reconnu et dénoncé aux autorités françaises ».

C’est finalement un ami de la banlieue parisienne qui viendra le récupérer, mettant fin à ses angoisses et ses inquiétudes. Mahamat passera plusieurs mois à la Roche-sur-Yon avant de rejoindre la capitale.

Aujourd’hui, la peur et l’insécurité ont laissé place à un esprit serein. Mahamat est désormais rempli d’espoirs et d’ambitions: “J’aime mon métier de journaliste, et même si je suis loin de mon pays, je veux continuer à clarifier la situation sur ce qu’il s’y passe”.

Souvenir

Mahamat glisse sa main dans la poche de son pantalon, et en sort un papier imprimé, quelque peu froissé.

Un soir, parmi les quelques billets de Francs CFA que son père tenait entre ses mains, un dollar s’était glissé. Mahamat le regardait, ébahi. Son père décida de lui donner ce billet.

Aujourd’hui, le dollar a parcouru plus de 5000 kilomètres et ne quitte jamais la poche du jeune homme.

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“Incessible, inachetable, inspéculable”, Médiapart pérennise son indépendance

Le 2 juillet 2019, le média français annonce céder 100% de son capital à un fonds de dotation. Un dispositif juridique en adéquation avec l’éthique de Mediapart : cette structure protégera l’avenir économique et l’indépendance éditoriale du média. Elle luttera également en faveur des libertés de la presse.

Comment pérenniser l’indépendance d’un média, le rendre incessible, et non achetable? Depuis sa création en 2008, Mediapart n’a cessé de penser une structure juridique capable de garantir son indépendance  économique et éditoriale. 

Après trois années de recherche, le pure-player a finalement trouvé son Graal : créer son propre fonds de dotation, le Fonds pour une Presse Libre (FPL).

Qu’est-ce qu’un Fonds de dotation ? 

Situé entre le modèle de la fondation et celui de l‘association,  cet organisme a pour objectif de collecter des dons. Par la suite, ces biens sont utilisés pour réaliser, ou aider la production d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général.  


“Un fonds de dotation ne possède pas de part sociale »


Organisme à but non lucratif, “Un fonds de dotation ne possède pas de part sociale” explique Maître Nicolas Bodson, avocat spécialisé dans le droit des fondations. Ce fonds n’a alors pas d’actionnaire. Il ne peut pas être racheté.

Pourquoi Mediapart utilise ce dispositif juridique? 

Depuis sa création, le journal numérique fonctionne sous forme de SAS (Société par action simplifiée) : plusieurs actionnaires se partagent le capital de la société. 

L’actionnariat de Mediapart - 2018 - Mediapart a dix ans. Et dix ans, ça ne suffit pas! 

Cette forme juridique a toujours fait débat au sein du média. Bien que contrôlée par une majorité de journalistes, Edwy Plenel et ses collaborateurs voulaient “trouver une porte de sortie” et créer une structure économique totalement indépendante de l’actionnariat. 


«En France, ce sont des industriels de l’armement, du luxe, des travaux publics, des opérateurs téléphoniques, des banquiers d’affaires qui détiennent l’essentiel des médias».


Dans son carnet “Mediapart a dix ans. Et dix ans, ça ne suffit pas!, Mediapart dénonçait le fonctionnement du paysage médiatique : «En France, ce sont des industriels de l’armement, du luxe, des travaux publics, des opérateurs téléphoniques, des banquiers d’affaires qui détiennent l’essentiel des médias». L’objectif du média est d’éviter toute prise de contrôle du journal numérique par des “intérêts économiques privés”.

Carte des médias dépendent d’intérêts industriels ou financiers, de groupes de presse ou de l’État - 2018 - Jérémie Fabre

Comment Mediapart va-t-il effectuer sa transformation ? 

Montage de la nouvelle gouvernance de Mediapart - 2019 - Youtube “L’avenir de Mediapart”

Conformément à la réglementation d’un fonds de dotation, Mediapart va supprimer tous ses actionnaires.


Nous inventons le contrôle de Mediapart par une structure non capitaliste” résume Edwy Plenel.


Ces derniers vont céder la totalité du capital, estimée à 16,3 millions d’euros, à la SPIM (Société Pour l’Indépendance de Mediapart), elle-même contrôlée à 100% par le FPL. Le journal numérique devient donc “incessible, inachetable, inspéculable” déclare Marie-Hélène Smiejan, co-fondatrice du média. Il supprime ainsi toute forme de prise de contrôle par des intérêts financiers économiques. “Nous inventons le contrôle de Mediapart par une structure non capitaliste” résume Edwy Plenel. 

Le rôle de la Société Pour l’Indépendance de Mediapart – SPIM

Le rôle premier de la SPIM est de protéger le capital de Mediapart, en étant détenu par le FPL. Il préserve également l’indépendance économique du journal numérique en constituant des réserves financières, issues des dividendes effectués par le journal. Ces réserves aideront Mediapart en cas de soucis financiers. Enfin, la SPIM effectue le transfert des bénéfices de Mediapart au FPL.

Quelle sera la mission d’intérêt général du FPL? 

Mediapart a choisi “d’améliorer l’écosystème médiatique”. Cela passe par la défense de la liberté de la presse, de son indépendance et de son pluralisme. Des valeurs inscrites dans la charte de déontologie du média : « sa mission est d’être au service du droit de savoir et de la liberté de dire ». 

Ces engagements sont essentiels pour Mediapart, à l’heure où les médias français sont touchés par « les attaques répétées contre la liberté de la presse », « les convocations par les services de renseignement » ou encore « les violences sur les journalistes…« , explique Edwy Plenel.

Par ailleurs, les dons reçus par le FPL, serviront uniquement cette mission. Ils ne pourront en aucun cas bénéficier à Mediapart. En revanche, ce dernier versera une partie de ses dividendes au Fonds, afin de contribuer à sa mission d’intérêt général. 

A qui appartiendra ce Fonds pour une presse libre?

Le Fonds pour une presse libre n’aura pas de “dirigeant”.

Comme le stipule la loi, il sera en revanche doté d’un Conseil d’administration (3 personnes maximum) et d’un Comité Stratégique, dont les membres seront élus en automne prochain. Les membres du Conseil et du Comité ne peuvent pas exercer des fonctions dirigeantes au sein de  Mediapart.

Comment garantir ce fonctionnement et sa pérennité?

L’Association du Droit de Savoir (ADS), créée par les fondateurs de Mediapart, vient verrouiller le dispositif mis en place par le média. Selon Edwy Plenel, elle joue un rôle de “verrou moral sur l’ensemble de la structure” : l’ADS dispose d’un droit de veto sur toutes les modifications de statuts du FPL et de la SPIM.


“Mediapart sera dans un coffre fort” affirme le journal.


Composée de cinq salariés ou anciens salariés de Mediapart, l’association sera éternelle puisqu’elle sera continuellement renouvelée par des journalistes du média. “Mediapart sera dans un coffre fort” affirme le journal. 

Une inspiration made in Royaume-Uni : l’exemple The Guardian

C’est une première en France, mais l’idée de Mediapart n’est pas ex-nihilo. Outre-Manche, le journal The Guardian possède depuis 1936 un modèle similaire, le « Scott Trust », aujourd’hui renommé “Scott Trust Limited”. Toutes les actions de la société ont été transférées dans ce trust.

L’acte de fiducie, en date du 19 juin 1936, déclarait que la société devait “être exploitée autant que possible sur les mêmes principes que ceux suivis jusqu’à présenté”. L’objectif était là aussi de garantir et pérenniser l’indépendance financière et éditoriale du Guardian, tout en préservant la liberté journalistique de toute ingérence commerciale ou politique. 

Via son compte twitter, Katherine Viner, actuelle rédactrice en chef du Guardian, a félicité le journal numérique français pour sa transformation.

Pourquoi le Fonds Pour une Presse Libre n’a pas été créé plus tôt? 

Créé en 2008, le Fonds de dotation est issu de la loi de la modernisation de l’économie de 2008 (loi no 2008-776 du 4 août 2008). Le journal Mediapart a, quant à lui, été pensé quelques années plus tôt, entre fin 2006 et début 2007. Sa mise en ligne officielle date, quant à elle, du 16 mars 2008, soit quelques mois avant la création des Fonds de dotation.

L’usage du fonds de dotation en France

En France, il y a autant de création de fonds de dotation par mois, qu’il y a de création de fondation par an.  Depuis 2016, plus de 300 fonds sont créés chaque année. Le 1er trimestre 2019 en compte actuellement 173. Les principaux domaines d’intervention de ces structures sont l’art et la culture (27%), la santé et la recherche, ainsi que l’action sociale, toutes deux évalués à 17%.

« Ils sont fous! » clamait la plupart des journalistes français à l’annonce du lancement de leur média 100% numérique en 2007.

Aujourd’hui, le changement de gouvernance de Mediapart engendre peu de réaction de la part des médias français, à l’exception de Goeffrey Livolsi (co-fondateur du journal indépendant Disclose) et de Pierre Duquesne (journaliste à l’Humanité), qui accueillent cette nouvelle avec enthousiasme sur leur compte twitter.

Le changement de statut de Mediapart devrait prendre effet d’ici l’automne prochain. 

Mediapart en quelques points clés 

Mediapart est journal d’actualité français, indépendant, et exclusivement numérique (aussi appelé pure-player). 

  • Le média est créé en 2008 par 4 journalistes Edwy Plenel, François Bonnet, Laurent Mauduit et Gérard Desportes, ainsi que Marie-Hélène Smiéjan.
  • L’aspiration de ses fondateurs est de créer un journal économiquement et éditorialement indépendant : le pure-player est payant et vit uniquement des recettes de ses abonnements. Mediapart ne reçoit aucune subvention de l’Etat, il n’a pas de pub et n’est pas coté en bourse. 
  • Mediapart est principalement connu pour ses investigations. Le journal a joué un rôle clé dans la révélation de plusieurs affaires : l’affaire Woerth-Bettencourt (2010), l’affaire Sarkozy-Kadhafi (2012), l’affaire Cahuzac (2012-2013), l’affaire Benalla (2018-2019) et très récemment l’affaire De Rugy (2019). 
  • En 2010, Mediapart atteint son équilibre financier. En mars 2018, le pure-player annonce avoir dépassé les 150 000 abonnés. Mediapart réunis 83 journalistes. Son chiffre d’affaire est aujourd’hui de 13,8 millions d’euros. 
  • Mediapart se définit comme “le journal de ses lecteurs”. Outre leur participation via leur abonnement, les lecteurs peuvent écrire des articles sur le ‘Club”, une rubrique exclusivement alimenté par ces abonnés.

Forum des médias pour la paix à Paris: un plaidoyer pour un réseau et un Prix des journalistes de paix

Le journalisme n’est pas un métier au-dessus de tout soupçon, une ONG internationale sud-coréenne, HWPL (Heavenly Culture, World Peace, Restoration of Light), vient de nous le rappeler à travers un Forum des médias pour la paix qu’elle vient d’organiser à Paris le 6 juillet dernier.

On se surprend donc à penser que la presse ne fait pas ce qu’il faut pour lutter contre toutes les formes de violence. L’intitulé du Forum dont c’est la deuxième édition est une question « Qu’est-ce que le journalisme de paix? ».


« On a l’impression que certains titres [de presse] veulent davantage faire peur aux citoyens que de les informer et leur apprendre quelque chose » regrette un participant.


Une vingtaine de participants, principalement des journalistes et des citoyens ont tenté d’y répondre mais aussi de proposer une feuille de route afin de traduire dans les faits ce « journalisme de paix ».

Dans les débats qui ont précédé l’élaboration des réponses, la question de l’autonomie des médias vis-à-vis des pouvoirs politiques et des forces de l’argent a été soulevée avec insistance.

« On a l’impression que certains titres veulent davantage faire peur aux citoyens que de les informer  et leur apprendre quelque chose » regrette un participant. Et d’ajouter: « L’information délivrée semble souvent être choisie et non réelle. Un business de la peur s’installe, aidé en cela par des journalistes complaisants qui contribuent à l’installation de l’inquiétude et de la peur généralisée ».


Uniformisation et conformisme ont découlés pour le malheur des médias, ce sont-là entre autres les constats qui ressortent de l’échange.


Si les maux du journalisme ne datent pas d’Internet, ce dernier les a néanmoins aggravés. Une certaine tendance à la facilité s’est exacerbée et c’est à qui mieux faire le buzz et sensation dans une course effrénée de clics et d’audience. Uniformisation et conformisme ont en découlés pour le malheur des médias, ce sont-là entre autres les constats qui ressortent de l’échange.

Un autre participant a souhaité voir les journalistes faire preuve de plus de responsabilité et travailler à une information axée sur les initiatives positives au lieu de tomber dans le piège de la culture de la violence. Le retour au journalisme militant (individuel et collectif) a été également évoqué en vue d’aider au « changement d’état d’esprit ».     

Le journaliste et blogueur tchadien Makaila N’guebla de la Maison des journalistes (MDJ) a plaidé d’emblée la création « d’un réseau pour les journalistes de paix ».

Selon lui il est nécessaire que cette catégorie de professionnels soit insérée dans un réseau qui la protège et renforce ses capacités matérielles et morales. L’idée a été unanimement bien accueillie.


« La plupart du temps, les journalistes n’ont pas le droit de choisir le thème des articles qu’ils rédigent… »


Philippe Triay de France télévisions a estimé de son côté que « la construction d’un réseau de paix indépendant pour les journalistes avec HWPL, nous permettrait de pratiquer ce journalisme de paix avec un grand volume d’informations mais en dehors du cadre du pouvoir et des lobbys » et de relever que « la plupart du temps, les journalistes n’ont pas le droit de choisir le thème des articles qu’ils rédigent parce que les éditeurs sont ceux qui décident de ce genre de chose ».

Pour sa part, le journaliste syrien de la MDJ, Sakher Edris s’est dit favorable à un « traitement équilibré de l’information ».

« Je pense que la paix dans le monde est susceptible d’être réalisée si les médias publient des articles plus équilibrés et plus justes »a-t-il fait observer. Pour lui « les médias d’aujourd’hui ont tendance à se focaliser sur la violence, les conflits, la négativité et le sensationnel ».

Et d’ajouter : « La majorité des pays de ce monde clament être une république, cependant il semble qu’ils entravent le travail de paix en étant de « fausses républiques », dans le sens où beaucoup de leaders cherchent à contrôler la société civile pour leur propre profit. Je pense a-t-il ajouté qu’un monde meilleur est possible si l’on apprenait aux citoyens et ce, dès leurs plus jeune âge, les valeurs de paix et de coexistence pacifique ».


Informer, enquêter, expliquer et au besoin, démystifier, déconstruire les propagandes des gouvernements et des multinationales.


Sarah Manar, une jeune avocate, a estimé de son côté que « ce serait vraiment bien si les journalistes étaient mis dans des conditions où ils peuvent écrire des articles pour le bien commun ».

Quant à l’auteur de ces lignes, également participant au Forum en tant que représentant de la MDJ, il a insisté sur la nécessité d’œuvrer pour le rapprochement des médias des sociétés civiles tout en estimant que le devoir des journalistes, si on veut renforcer la paix, demeure toujours le même : informer, enquêter, expliquer et au besoin, démystifier, déconstruire les propagandes des gouvernements et des multinationales. Et de proposer l’attribution d’un Prix pour récompenser un journaliste de paix.

Le coordinateur du Département des relations publiques de HWPL,Wahib-Lucas Makhlouf s’est dit « impressionné de voir les journalistes étudier leur propre rôle pour accomplir non seulement le journalisme de paix mais aussi la paix elle-même« . Il a déjà fait connaitre sa position : « construire un réseau de paix pour les journalistes est une excellente idée ».

Et de lancer : « HWPL est prêt à coopérer pour faire de cette idée une réalité ».

HWPL

C’est une ONG internationale affiliée à l’ECOSOC de l’ONU avec un statut consultatif. Depuis novembre 2016, elle a réalisé dans 22 pays 40 forums ayant réuni 176 journalistes. Ces forums autour du journalisme de paix visent à renforcer les valeurs humaines et de paix dans chaque secteur de la société : la politique, le social, la religion…

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« CNN sucks » : le coup de grâce de Donald Trump

Mardi 18 juin, Donald Trump lance sa campagne pour les élections de 2020 à Orlando. Après six minutes de discours dont quatre de critiques envers les médias, la chaîne d’information continue CNN décide de couper le président américain et de reprendre l’antenne. Un acte qui se place dans la continuité d’une mésentente entre Trump et CNN qui ne fait qu’empirer depuis le début du mandat. Retour sur une guerre des nerfs.


Le doigt pointé vers les caméras, Donald Trump déclare « Au fait, ça, c’est un tas de fake news!« .


 

« CNN sucks, CNN sucks, CNN sucks« . Les supporters de Donald Trump n’ont cessé de clamer leur colère durant de longues minutes envers la chaîne. Cette scène se déroule lors du discours de campagne du président américain en Floride, mardi 18 juin. Il n’a pas fallu attendre longtemps, deux minutes précisément, pour que sa prise de parole dérive vers des critiques anti-médias.

Le doigt pointé vers les caméras, Donald Trump déclare « Au fait, ça, c’est un tas de fake news!« . S’en suivent des huées envers les journalistes présents sur place de la part des supporters. La chaîne d’information en continue CNN fait alors le choix d’arrêter la diffusion du discours.

Le présentateur John Berman reprend la parole et explique que le président « est sur scène depuis maintenant six minutes. Pendant deux minutes, il a parlé de l’économie. Et puis pendant quatre, ce n’étaient que des attaques envers les médias ».

Ce nouvel épisode rompt définitivement toutes relations cordiales entre le président et la chaîne, déjà bien écorchées par le passé.

  • L’usage de la violence : le combat de catch

Dimanche 2 juillet 2017, Donald Trump publie sur son compte Twitter un montage de lui frappant un homme au visage recouvert d’un logo CNN renommant la rédaction « Fraud News CNN« . On y voit le dirigeant prendre par le cou un homme au bord d’un ring de catch, le plaquer au sol et lui asséner plusieurs coups de poing avant de se relever et de partir. La séquence est authentique puisque elle date de 2007 et est extraite d’un match de catch intitulé « la bataille des milliardaires ».

« Nous continuerons à faire notre travail. Il devrait commencer à faire le sien », a répondu la chaîne américaine suite à cette attaque sur ses réseaux tout en dénonçant un président qui « encourage la violence contre les journalistes« .


« Mon nom est CNN et j’ai été agressé par le président des États-Unis« .


D’un ton humoristique, CNN publie une réponse via le compte de Mark Humphries. On y voit un personnage représentant CNN se confesser sur les agressions répétées du président des Etats-Unis. « Mon nom est CNN et j’ai été agressé par le président des États-Unis ». Une réponse qui a été largement relayée sur Twitter avec plus de 35.000 partages.  

  • Sarah Murray, l’ »horrible journaliste » de CNN

Sarah Murray, reporter pour la chaine américaine n’a pas échappé au déferlement de haine de Donald Trump envers les médias durant sa campagne présidentielle.

En septembre 2015, le candidat s’en prend violemment à la journaliste, sans jamais la nommer. Il l’accuse de mentir sur le nombre de personnes se rendant à ses meetings. « C’est une journaliste horrible. Oh, regardez, la pièce est vide! La pièce n’était pas vide, tout le monde était debout juste à côté de moi. »

Deux mois plus tard, le président récidive, cette fois ci directement sur le plateau de CNN dans l’émission New Day. « Elle est vraiment mauvaise, votre reporter, […] J’ai les plus grandes foules! […] Si on écoute Sarah Murray, on a l’impression qu’il n’y a que trois personnes à la Trump Tower ». L’animateur Chris Cuomo essaye tant bien que mal de défendre sa collègue devant le président, en vain.

  • Les dérapages de la rédaction de CNN

En mai 2017, une polémique secoue la chaine américaine. Kathy Griffin, co-présentatrice depuis 10 ans d’une émission pour le réveillon publie un cliché pris par Tyler Shields. On y voit l’animatrice poser avec une fausse tête de Donald Trump décapitée et pleine de sang. Très vite, l’image devient virale. Kathy Griffin est renvoyée, et le président américain affirme que son fils de 11 ans, Barron, a du mal à se remettre de cette photo.

Le 22 juin 2017, la publication d’un article sur le site de CNN plonge la rédaction dans une nouvelle polémique. L’article affirme qu’un proche du président, Anthony Scaramucci, a discuté avant l’élection de Trump avec le Russian Direct Investment Fund, un fonds d’investissement russe. Après relecture, de nombreuses erreurs sont relevées par Sputnik News et Breitbart, des médias pro-Trump et pro-Poutine.

Le jour suivant sa mise en ligne, l’article est supprimé. Suite à ça, l’auteur de l’article, Thomas Frank, l’un des membres de l’équipe d’édition, Eric Lichtblau et le responsable de la cellule d’enquête Lex Haris démissionnent de la chaîne américaine.

Donald Trump a réagit à ses départs sur son compte Twitter en accusant le « faux média CNN » d’avoir publié des « articles russes bidons ». « Ils ont pris le faux média CNN la main dans le sac » a-t-il poursuivi.

LA CHAINE D’INFORMATION AMERICAINE CNN

Cable News Network (CNN) a été fondée en 1980 par Ted Turner, un magnat des médias américains. Depuis 1996, la chaine est aux mains de WarnerMedia, deuxième plus grand groupe de production télévisuelle, cinématographique, et de divertissements au monde en termes de chiffre d’affaires.

CNN devient un réseau mondial grâce à la couverture en direct de l’accident de la navette spatiale Challenger en janvier. La chaîne est la première à définir les codes de l’information en continu, avec les « breaking news », les longs plateaux sur le terrain et les débats d’opinion entre invités. On parle même d’ »effet CNN » qui désigne l’influence des médias. CNN est l’un des seuls média international à être financé par des recettes publicitaires. La chaine dépassera d’ailleurs le milliard de dollars de bénéfices cette année, selon son président Jeff Zucker. Les profits s’élèvent à des centaines de millions de dollars.

Aujourd’hui, CNN est largement dépassée par sa rivale Fox News, qui attire 800 000 téléspectateurs américains en audience moyenne quotidienne, contre seulement la moitié pour CNN. Mais son audience bondit dès que les Américains cherchent à connaître les dernières nouvelles d’un fait d’actualité de première importance.

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« Je pense que partir, c’est abandonner ce pour quoi je me bats »

Maryna Zolotova est une journaliste Biélorusse. En 2018, elle a été placée en détention durant deux jours, accusée de négligence et « d’inaction » pour ne pas avoir contrôlé le travail de ses journalistes. Reçue à la Maison Des Journalistes (MDJ) pour échanger avec les résidents, elle a répondu à quelques-unes de nos questions.

Je ne peux pas dire que je me sentais en danger, mais j’étais préparée à ce que quelque chose de ce genre arrive.


Vous avez été arrêtée en août 2018, pouvez-vous nous rappeler ce qu’il s’est passé?

Maryna Zolotova: « Début août 2018, dix personnes sont venues chez moi pour effectuer des recherches. Deux d’entre eux étaient équipés de caméras. Quand je les ai vus, j’ai compris que je serais diffusée à la télévision le soir même.

Après la perquisition, ils m’ont amené au bureau du comité d’enquête pour m’interroger, mais ce jour-là, j’ai décidé de ne pas témoigner. L’affaire a commencé quand les appels de mon téléphone on été mis sur écoute. Personne ne m’expliquait pourquoi et combien de temps cela allait durer.

Puis j’ai été placé en détention. Ce jour-là, la police a perquisitionné de nombreux domiciles de journalistes en Biélorussie. Huit d’entre eux ont été arrêtés dont quatre sont originaires du même média que le mien TUT.BY.

Nous avons été relâchés deux jours plus tard, peut-être parce que la communauté internationale est intervenue ou parce que certaines personnes au sein de nos autorités ont compris que les forces de sécurité avaient commis une erreur. »

Qu’est-ce qu’il vous était reproché?

Dans le cadre de l’affaire Belta, 15 journalistes biélorusses ont été accusés d’avoir eu accès sans autorisation à l’agence d’information nationale (Belta). Mais l’infraction était insuffisante pour persécuter les journalistes de manière aussi brutale.

Quatre mois plus tard, la persécution de tous les journalistes a été stopée, mais ils ont quand même dû payer une amende. J’étais la seule personne encore accusée et j’ai dû comparaître en justice, bien que je n’ai jamais utilisé d’abonnement Belta, mais une autre accusation a été inventée contre moi pour m’inculper. J’étais accusé de négligence et d’inaction, pour ne pas avoir contrôlé le travail de mes journalistes.

Je n’étais pas d’accord avec l’accusation, mais le juge m’a condamné à une amende. C’était une punition assez légère. Il aurait pu y avoir d’autres types de sanctions, telles que l’interdiction d’exercer mon métier ou la détention jusqu’à cinq ans. Les médias d’Etat sur internet n’ont aucun succès. Cette affaire pénale était une bonne occasion d’affaiblir la concurrence. Bien que l’affaire soit terminée, je ne me sens pas libre dans mon métier.

Vous êtes vous sentis en danger avant votre arrestation?

Je ne peux pas dire que je me sentais en danger, mais j’étais préparée à ce que quelque chose de ce genre arrive. Le journalisme est une profession dangereuse en Biélorussie comme dans beaucoup d’autres pays. Mais j’avais l’espoir que ça se passe de cette façon en 2018.

Avez-vous continué à travailler?

Oui mais on fait beaucoup plus attention avec la cyber sécurité. Et bien-sûr, je ne discute plus de choses importantes par téléphone. Mais la façon dont on travaille est définitivement la même.

Comptez-vous rester en Biélorussie pour travailler?

Oui. Je ne veux pas quitter mon pays. Je suis née à Minsk et j’aime cette ville. Laissons les personnes désagréables quitter la Biélorussie. Je pense que partir c’est abandonner ce pour quoi je me bat.

Connaissiez-vous la Maison Des Journalistes? Qu’en pensez vous?

J’avais déjà entendu parlé de la MDJ mais je ne connaissais pas vraiment les détails de votre activité. Lorsque j’ai rencontré un ancien résident de la Maison des journalistes travailler à France 24, je me suis dit que ce travail est important. Accueillir des journalistes exilés et les aider à s’insérer dans la vie française est vraiment admirable. La MDJ donne de l’espoir aux personnes qui ont quitté leur pays et surtout la chance de démarrer une nouvelle vie. Merci pour ça.

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