Comment peuvent-ils dire qu’« Une mauvaise élection vaut mieux que pas d’élection du tout » ?

[Par Sékou Chérif Diallo] C’est le comble du mépris envers les populations qui ont « ingénument » cru aux valeurs de la démocratie. Oui ! Vous avez raison. La démocratie a des valeurs immenses et mon attachement à ces valeurs va au delà de l’obstination et frôlerait le fanatisme. Suis-je un utopiste dont la naïveté est plus qu’endémique ? Certainement pas. Mais, pourquoi les immenses possibilités offertes par la démocratie sont-elles discriminatoires ? Pourquoi violent-t-ils le droit de vote et le respect de la volonté exprimée par la majorité si toutefois, la démocratie se définit comme telle ? Une catégorie géo-localisable, facilement identifiable et de surcroît numériquement importante assiste sans défense à la violation permanente de leurs droits de choisir ses dirigeants.

Siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. [Source : nostalgieguinee.net]

Siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. [Source : nostalgieguinee.net]

Pourquoi ? La raison est simple. Pour des considérations d’ordre économique essentiellement, des acteurs disposant d’un sceau institutionnel arrive avec une certaine habileté et en fonction du contexte, à glisser entre les lignes des « notes » de bonnes intentions et de principes démocratiques savamment choisis mais qui sonnent faux. Avec des déclarations aux contours sémantiques extraordinaires, ils parviennent à berner les électeurs qui, en quittant les bureaux de vote exultaient déjà d’avoir exercé son droit de vote et naturellement ils s’attendaient au respect de ce droit. Mais la désillusion ne tardera pas à s’installer dans les esprits. Le vainqueur aux urnes n’est pas le vainqueur proclamé. De façon récurrente cette réalité semble intégrer les mœurs politiques dans nos différents Etats à la démocratie balbutiante. Ces pratiques malsaines des entreprises politico-économiques renforcent le doute chez les afro-pessimistes qui s’interrogent sur les vagues de contestations suivies de violences qui découlent des élections en Afrique. Dans un article publié en 2002 et intitulé : « La fraude électorale « démocratique », Yengo Patrice écrivait : « Le suffrage universel, loin d’être l’expression de la volonté populaire, devient le moyen par lequel le système politique se perpétue et, par le fait même, exclut les populations comme par le passé. Là où celles-ci font l’apprentissage du droit à l’expression, les élites, elles, travaillent à la mise en œuvre du plébiscite dans la ligne des anciens partis uniques. » Dresser un tel réquisitoire contre la pratique de la démocratie en Afrique n’est pas un fait nouveau et les arguments avancés par les analystes politiques sur cette réalité sont le plus souvent convaincants. Mon ambition à travers cet article n’est pas de procéder à la recension de tous les écrits sur les élections en Afrique et les fraudes qui les caractérisent. Je ne pourrais le faire dans un seul article. L’objectif est d’exprimer des sentiments d’amertume et de déception objectivement justifiés selon moi, sur les paramètres géostratégiques aux relents essentiellement économique qui entrent en jeu dans une élection en Afrique au détriment de l’expression de la majorité. Comme tout citoyen lambda je croyais aveuglement aux cautions « démocratiques » qu’attribue la communauté internationale aux élections en Afrique. Oui ! La fameuse communauté internationale difficilement localisable sur une carte, mais chaque pays africain reconnait « sa » communauté internationale en fonction des affinités et des intérêts qui les lient.

Les opération de vote en Guinée lors du premier tour. © Youri Lenquette. AFP

Les opération de vote en Guinée lors du premier tour.
© Youri Lenquette. AFP

Encore un qui accuse la communauté internationale ! Allez-vous continuer à accuser les autres de vos malheurs ? Cette question revient souvent dans les débats. Je réponds par la négative. Mais certaines accusations peuvent se justifier. Il faut savoir que l’opinion nationale dans son désespoir et à la recherche d’une oreille attentive à ses aspirations accorde assez du crédit aux positions et déclarations de sa « communauté internationale » à elle. Par exemple, en temps de crises dans nos pays, la fréquence d’écoute et d’audience des médias étrangers reste accrue et cela témoigne en partie du capital confiance qu’accordent les citoyens africains aux regards extérieurs de sa situation. Cette quête de vérité et de légitimité ne devrait pas être trahie pour une raison ou une autre, même au nom d’une prétendue stabilité à préserver qui, d’ailleurs, souffrirait d’un calcul économique pour la stabilité des affaires. Qui a énoncé cette maxime que : « l’argent n’aime pas le bruit. » Ma petite expérience dans le milieu de l’observation électorale dans mon pays me donne le droit de dénoncer certaines pratiques qui, selon moi, sont antidémocratiques et inadmissibles surtout quand elles sont entretenues par ceux qui sont sensés attribués une note à une élection. Cette mission plus qu’exaltante était surtout pleine d’enseignements sur les capacités à concilier dans un processus électoral les enjeux et les rôles des acteurs impliqués. Mais aussi et surtout le contraste sidérant d’un côté entre ce qui est politiquement correct et qui est mentionné élégamment dans les déclarations et rapports, et de l’autre côté, les débats dans les coulisses ou encore le contenu des informations recueillies sur le terrain. Pour un non-initié, il est toujours difficile de cerner les différents paramètres qui entrent en ligne de compte dans les prises de positions publiques. Toutefois, il faut s’habitué à rencontrer de façon abusive ces expressions toutes faites dans tous les rapports d’observation électorale en Afrique : « la mission salue – encourage – déplore – recommande »’. Ce jeu d’acteurs à différents niveaux reste très éloigné des perceptions des citoyens sur les notions de suffrage universel et de transparence quand elles se rendaient massivement dans les bureaux de vote sous un soleil de plomb pour accomplir leur droit de choisir ses dirigeants. La Guinée est un petit pays qui n’intéresse pas assez la communauté internationale, me disent certains, surtout quand j’ai tendance, à leurs yeux, à tout dramatiser. Oui ! La Guinée est un petit pays mais les valeurs démocratiques doivent être appliquées partout de la même manière avec la même rigueur. Je termine cette deuxième partie de la série de réflexions sur les fondamentaux non négociables d’une démocratie vraie en Guinée par cet extrait d’une allocution de Kofi Annan au Sommet de l’Union africaine à Maputo en 2003 : « La démocratie ne se résume pas à la tenue d’élections. Elle exige que chacun, y compris le gouvernement et le parti au pouvoir, respecte l’Etat de droit. Elle exige des institutions viables qui garantissent les droits fondamentaux de tous les citoyens, y compris des minorités. Elle exige la vigilance constante d’une société civile dynamique. »

Printemps arabe : Les femmes vont-elles faire leur révolution ?

[Par Maha HASSAN]

Traduit de l’anglais au français par Quentin Davidoux.

Cliquez ici pour lire l’article en arabe paru dans le blog de Maha Hassan, le 1er Avril 2014.
Cliquez ici pour lire l’article en anglais paru dans le site du Heinrich Boell Stiftung, le 24 Avril 2014.

Je suis venue au monde comme une femme : avant la révolution syrienne.
Je ne nie pas avoir oublié parfois que je suis une femme, préoccupée par l’écriture et la vie, et obsédée par mon pays qui oscille entre les berges de la mort. Au moment où j’ai commencé à écrire, j’avais longtemps ignoré  que j’étais une femme. L’éducation masculine que j’ai reçue m’a poussée à renier mon sexe et je sentais mon infériorité du fait de ma féminité ; par ailleurs les modèles féminins apparus dans les domaines littéraire et médiatique ne m’ont jamais captivée, le rêve qu’ils poursuivaient n’ont jamais du reste croisé le mien.

Protester contre le harcèlement sexuels et la échecs de la police. Syndicat de la presse. Photo: Hossam el-Hamalawy. Creative Commons LizenzvertragThis image is licensed under Creative Commons License.

Protester contre le harcèlement sexuels et la échecs de la police. Syndicat de la presse. Photo: Hossam el-Hamalawy. Creative Commons LizenzvertragThis image is licensed under Creative Commons License.

Mes rêves étaient masculins. Je m’identifiais aux hommes ; j’étais l’un d’entre eux : Sartre, Nietzsche et Hegel, puis Kafka et Proudhon, et, finalement, dans la période précédant mon éveil féministe, Dostoïevski, Kundera et beaucoup d’autres, tous, en fait. Dans ma vie privée, je rencontrais beaucoup de femmes exceptionnelles, mais aucune n’était une célébrité de la littérature ou du cinéma ; ainsi, à l’époque, je ne me rendais pas compte de leur distinction car mon jugement sur les autres était lié à ce qu’ils écrivaient.

Enfant, ma bibliothèque était remplie de livres de Camus, Sartre et Colin Wilson ; j’ai grandi comme un homme et c’était à eux que je m’identifiais. Peut-être qu’inconsciemment je détestais ce que j’étais : une femme.

Les textes de Nawal el Saadawi étaient nouveaux pour moi. Ce monologue me repoussait et ne me concernait pas. Je ne lisais pas les textes de Ghada Al Samman ou d’autres auteures arabes, et même des écrivains arabes, dont les textes me laissaient de marbre avec leur narcissisme, leur immaturité intellectuelle en quête d’une identité – d’une unicité, peut-être…

En grandissant, je fus soudain confrontée aux tabous sociaux. Je découvris que d’autres ne me voyaient pas comme moi je me voyais. Je ne me présentais pas comme une femme, mais ces gens-là, d’un coup de crayon (cette expression tombe à point nommée) me plaçaient dans la boite étiquetée « femme » et je subissais leur mépris et leur manque de respect. Dans un minibus à Alep, un jeune homme tenta de me violenter, et lorsque je le repoussai – comme son égal et non comme une créature inférieure à un homme –, il dit d’un ton menaçant qui me fit peur : « Ferme-la ou je te frappe devant tout le monde ! » . Je me tus, en victime, et subis ma peur. A ce moment-là, je réalisai que j’étais une femme, et que mon identité dans les sociétés de l’est était déterminée par mon corps, non par mon esprit. Jour après jour, les barrières s’érigeaient toujours plus hautes devant moi, juste à cause de ma condition de femme. Beaucoup d’opportunités m’étaient refusées à cause de ce corps de femme, un corps, croyait-on, qui contenait un esprit différent de ceux des hommes.

En remontant mon chemin (encore un cliché) dans le monde des femmes, je me suis considérée comme une étrangère parmi elles. Car, dans l’environnement où je vivais, les femmes sont des dictionnaires d’elles-même, très différent du monde de ces hommes qui m’éduquèrent : mes pères. J’eus de nombreux pères : Sartre, mon père spirituel ; mon père biologique ; Khaled, mon père intellectuel ; et bien d’autres…

Je me suis retrouvée comme une étrangère dans le monde des femmes : des tentatrices, des mangeuses d’hommes avec de la ruse, de l’intuition et une foule d’autres qualités que je ne comprenais pas. Troublée, je comptais me trouver un endroit qui me correspondrait mieux, et un ami me dit : « Une vraie femme couche avec des douzaines d’hommes sans qu’aucun ne le découvre. Tu es trop transparente ». Mes amis considéraient que la féminité chez une femme vient de sa capacité à tourmenter les hommes, or, j’étais très loin de la tourmenteuse idéale : à travers mes lectures et mon éducation, j’avais appris à croire en l’égalité parmi les êtres et au respect mutuel. « Transparence » était mon mot d’ordre dans la vie, et je finissais par être accusée d’un manque de féminité. Moi, une femme élevée dans le scepticisme, avec Descartes, Nietzsche et la pensée rationnelle, comment pouvais-je m’en tenir à une féminité consistant à suggérer mais jamais déclarer, flirter et manipuler, approcher et reculer… ? Des garçons plus jeunes que moi m’enseignèrent la chose : fais-le danser, mais garde-le dans l’incertitude…et j’échouais. En cherchant à me rapprocher des hommes, je découvris aussi leur hypocrisie ; une hypocrisie qui, à de rare exceptions près, était en quête d’une compagne libérée, une sœur ou une femme, qui ne se révélerait devant personne d’autre.

Je baissai les bras. Je ne suis pas un homme fourbe, une femme dissimulatrice. Je suis une écrivaine. Je me réfugiai dans la narration et commençai à réévaluer ces femmes que j’avais précédemment ignorées. Et J’écrivis.
Je n’ai aujourd’hui pas l’intention de discuter des portraits des femmes dans mes récits, ou même de Daughters of the Wilderness, la nouvelle qui représente mon manifeste artistique, dans lequel j’annonce que je suis devenu une femme, là où un jour je m’étais détournée de mon sexe, convaincue que l’œuvre de l’écrivain n’avait rien à voir avec son genre biologique.
Je ne suis pas si féministe que ça, mais lorsque j’écris – écrire étant une des pierres angulaires de mon identité – je prends le parti des victimes, des plus faibles, et il est toujours clair pour moi que, en gros, la femme est constituante de ce parti, même si ce n’est pas toujours l’homme qui la rabaisse.
Marquez a dit qu’il était né pour raconter des histoires, et je crois que n’importe quel romancier contient cette vérité en lui. Moi aussi, je suis née pour raconter des histoires, mais notez bien : je suis née femme et j’ai laissé mon pays parce que j’étais une femme ; serais-je née homme, j’aurais subie moitié moins d’épreuves que ce que j’ai subi en étant une femme. Être une femme, c’est subir deux fois plus de douleurs : une part pour l’être humain et une part supplémentaire pour la femme.

A l’âge que j’ai maintenant, je ne crois pas que le sexe influence l’écriture, mais, alors que j’écris, une magnifique voix résonne : la voix de ma grand-mère, la voix de femmes disparues, et de celles qui restent, torturées, enchaînées, effrayées ; un chœur enfoui profondément en moi qui chante lorsque j’écris, et, voltigeant à travers mes textes, me rappelle le fait que je suis, comme elles, une femme.

La révolution en tant que femme : Lorsqu’un air printanier a atteint la Syrie.
Lorsque commença la révolution en Syrie, j’allai là-bas dans le même état d’esprit : comme une femme qui embrasse de nouveaux horizons et qui les sent avec son capteur interne… Un mélange d’instinct biologique et de connaissances acquises lors d’une vie de lectures et d’expériences théoriques.

Je m’engageai dans la révolution en tant que femme. Une femme qui croyait à son rôle, non comme une fonctionnaire au sein des systèmes des parties politiques, associations ou croyances majoritaires, mais comme une personne entrant spontanément dans la chaîne et la trame de l’expérience des autres : de leurs douleurs, leurs injustices, leur rébellion, leur liberté…
La révolution entame sa quatrième année, et de jour en jour, la marée de sang, de mort et de destruction augmente.

Une femme… pardon : je voulais dire une révolution à laquelle nombreux rêvaient : une femme belle et impartiale balayant une histoire d’injustice, de discrimination et de désespoir imposé transformée chaque jour en cadavre pour réapparaître le suivant, l’espoir serré dans son poing.
Une femme… pardon : je voulais dire une révolution qui sait qu’elle doit traverser un champ de mines placé en travers de ses espoirs les plus chers, traverser une foule d’hommes, l’un après l’autre essayant de la couvrir d’un voile, de la dissimuler, de la guider, comme s’il était son mari légal et officiel.

Djihad, islamisation, militarisation, chacun avec leurs objectifs et étapes soigneusement définis. La révolution est passée de main en main, de slogan en slogan ; elle esquive et glisse à travers et au-delà des camps des belligérants et en ressort inaltérée, franchissant carrefour après carrefour, barrière après barrière, d’une prison idéologique à une autre, la tête haute et sur les lèvres : « Je suis la Révolution ; je ne suis pas comme vous. »
Beaucoup d’hommes se prétendent son protecteur, pour la représenter et faire respecter sa légitimité ; ils y sont aidés et encouragés par des femmes, alors que les filles de la révolution souffrent et sont violentées. Mais la révolution… pardon, la femme, qui connaît et comprend les stupidités de ses enfants, tant légitimes qu’illégitimes, ceux qui frappent à sa porte et affirme en pleurant qu’elle est leur, elle leur ouvre la porte à tous, car la femme… pardon, la révolution, rejette la discrimination.

C’est son coté sentimental, sa faiblesse peut-être, qui l’empêche de claquer la porte sur ceux qui viennent, animés de bonnes intentions, ou de mauvaises, pour l’aider. Aujourd’hui, elle est femme, femme au sein d’une révolution : c’est la formulation adéquate, la formulation qui transmet sa justice et sa droiture.
Un révolutionnaire ne respectant pas la femme ne mérite pas la gloire de la révolution. Quiconque essaye de soustraire la femme ou de la faire taire est contre les deux, femme et révolution.

Quiconque enlève les femmes est contre les deux ; quiconque empêche les femmes d’obtenir ce qui leur appartient de droit, qui leur jette de la mie de pain comme compensation de leurs pertes, est un ennemi de la femme et de la révolution.
Lorsque la femme est en danger, la révolution est en danger, la société est en danger, l’homme est en danger. La femme est la base de la révolution. La révolution est en danger si la femme est en danger : la femme est la pierre de touche de la révolution.
La révolution est en danger lorsque Samira Khalil, Razan Zeitouneh et bien d’autres femmes et hommes sont retenus par ceux qui affirment être les enfants de la révolution. Les deux femmes ont été enlevées le 10 décembre 2013 par un groupe d’hommes armées anonyme qui a attaqué le Centre de documentation des violations de Douma, ville proche de Damas. Ils ont enlevé les deux activistes, ainsi que deux de leurs collègues masculins, Wael Zeitouneh (le mari de Razan) et Nazim Hamadi, dont on est toujours sans nouvelle à ce jour.

C’est ce qu’est la révolution, comme l’histoire des femmes : les ennemis brandissent des slogans abscons, s’abritant derrière pour atteindre leurs buts, pendant que la révolution, ou la femme, demeure la moindre de leurs préoccupations.
La même chose se vérifie à travers l’histoire schizophrénique des hommes : les hommes qui défendent les droits de femmes avec lesquelles il n’ont aucun lien biologique ou légal bafouent ces mêmes droits chez eux pour bien montrer que ce sont eux qui dirigent.
Certains hommes blanchissent leurs dossiers honteux avec un liquide nettoyant magique appelé « les problèmes des femmes ». Ainsi, dans la révolution, nous pouvons aussi trouver ceux qui tentent de dissimuler les sombres taches qui gangrènent leurs pensées, comportement et intentions, avec cette javel occulte qu’est la révolution.

On ne peut pas se fier à ce qui ne peut pas être féminisé. Les révolutions qui ne peuvent pas être féminisées ne sont vouées qu’à devenir des champs de batailles et des massacres mutuels. La révolution se porte bien si la femme en son sein se porte bien. La révolution se porte bien quand tous baissent la tête devant les femmes et brandissent haut leurs images, comme l’ont fait d’autres nations. Les Français, par exemple, brandissent toujours l’image de Marianne, inébranlable, plus puissante que les portraits de leurs dirigeants. Marianne, l’incarnation de la république française, la femme à bonnet dont les statues et les peintures sont à l’honneur lors des célébrations républicaines, qui fait jeu égal avec le drapeau. Le choix du nom, cela dit, demeure un mystère. Marie-Anne était un prénom très populaire au XVIIème siècle, et souvent utilisé comme un diminutif pour « le peuple ». Sous la révolution, Marianne en vint à symboliser la liberté et la République. Elle servit d’inspiration pour nombre d’œuvres, comme le tableau d’Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple.

La révolution est une femme. Libre, elle n’a pas besoin de pères, de guides ou de chefs. Elle a besoin d’enfants qui travaillent avec l’amour et la foi du changement, et de prendre fait et cause pour les femmes (en particulier) et pour l’espèce humaine.

Le printemps, les femmes et la culture.
L’an dernier, en mai 2013, j’ai pris part à un forum d’une manifestation culturelle ayant lieu pour marquer la fondation du PEN au Liban, et faisant partie d’une série d’événements organisées en collaboration avec PEN international, et avec le support du festival de Hay. La discussion au forum tournait autour des révolutions arabes et des femmes.

Ce qui fut alors dit à propos des droits des femmes semble maintenant presque complaisant à la lumière des derniers événements en Syrie : ce serait comme tenter de sauver un livre d’un bâtiment en flamme s’écroulant autour de ses occupants. J’ai souligné mon rejet de la militarisation de la révolution et de l’arrivée au pouvoir des groupes islamistes parce que j’étais sûr qu’ils supprimeraient le peu que les femmes avaient réussi à obtenir. J’ai dit qu’il n’était possible de ne parler des droits des femmes qu’en temps de paix, que les femmes elle-mêmes pourraient être les grandes perdantes en temps de paix comme en temps de guerre. J’ai révélé le niveau de despotisme dans la société arabe, affirmant que les sociétés arabes sont profondément despotiques, et que ce despotisme dans nos pays est complexe, comme des couches sédimentaires. Si l’on retire la couche du despotisme politique, on trouve le despotisme religieux. En retirant celle-ci, le despotisme familial est révélé. cycles après cycles, la plupart emmenée par une femme qui, comme l’homme, est la victime de chacune de ces couches, mais est finalement aussi la victime du despotisme de l’homme, quand bien même celui-ci fut peut-être lui-même la victime d’une oppression antérieure. C’est comme si la femme habitait dans un champ de clôtures de barbelés. A la fin, la femme est la grande perdante, perdante en temps de paix comme en temps de guerre. Et maintenant, alors que des révolutions ont lieu autour d’elles, révolutions pour lesquelles elles n’ont pas le choix de prendre les armes (principalement par le fait que la majorité des femmes s’y oppose, encore que cela soit un problème profond et épineux lié à la recherche des tendances instinctivement pacifiques des femmes et de leur prédilection pour l’esprit de famille, l’habitude et des processus de changement rationnels et sans confrontation), les femmes n’abandonnent pas et poursuivent leur lutte non-violente au sein de cycles verrouillés de violence.

Une discussion sur les violences commises par tous les partis ne signifie à aucun moment que nous mettons sur un pied d’égalité la victime et l’auteur, mais cela implique d’obliger les femmes à entrer dans une lutte qui n’est pas la leur en leur qualité de citoyenne et d’égaler le partenaire qui s’engage en politique, dans la société civile ou dans des actions d’aide publique, tout en payant parallèlement deux fois ce que paierait un homme. A la fin, pour une écrasante majorité, elle est un objet et un symbole, jamais une entité indépendante. En temps de guerre elle est une otage, en temps de paix l’honneur de la famille : dans les deux cas un symbole avec des valeurs génériques et jamais une personne en soi. Les femmes sont la fille, l’honneur et la honte, la première de la famille, puis du clan, puis des environs, puis du pays.

Les femmes prises dans la révolution ne se sentent pas immédiatement concernées par leurs droits. Bien sûr, quelques faibles efforts sont faits par des collectifs de femmes et des associations qui œuvrent pour informer et contrôler la situation des femmes en Syrie et les violations de leurs droits, mais au regard des massacres et des meurtres de masses, de tels efforts semblent irréalistes.
La femme perd parce qu’elle met ses droits de côté, parce qu’elle rejoint les hommes dans une révolution qui, selon elle, va garantir ses droits en tant que citoyenne et le concept même de citoyenneté, ce qui devrait nécessairement lui assurer ces droits et l’égalité. Mais tout ça n’est que théorie, parce que la réalité, c’est que les révolutions dans les pays avoisinant ont laissé la place à des régimes dictatoriaux, des régimes dictatoriaux de nature différente certes, mais, pour la femme, une dictature religieuse n’est pas moins dangereuse et abusive qu’une dictature politique. Les Syriennes ne sont pas descendues dans la rue pour défendre les conseils de la Charia ou la mise en place de punitions islamiques. Elles sont descendues dans la rue pour la défense de concepts civils et contemporains : pour la justice et l’égalité.

Il y a ensuite la tyrannie sociale, lorsque les femmes souffrent de l’autoritarisme masculin : le diktat du frère, du mari, du fils du voisin ou du cousin. Tous ces hommes ont des droits sur la femme parce qu’elle porte leur honneur et leur honte. Il n’y a pas de période de post-oppression : à la tyrannie d’aujourd’hui en succède toujours une autre.

La plus profonde couche de tyrannie que les femmes doivent combattre est celle de l’homme réactionnaire, l’ombre dissimulée derrière tous les hommes occidentaux qui les empêche de considérer la femme comme leur égal. La présence des femmes aux conférences culturelles et politiques est symbolique. Au fond d’eux, les hommes pensent que la femme leur est inférieure, qu’elle a besoin de conseils, et certaines femmes s’identifient à ce courant de pensée masculin, elles oppressent leurs semblables et souscrivent avec une infériorité subconsciente à cette idée que l’homme est un protecteur. Elles se blottissent contre les hommes et recueillent les bénéfices : contentement, protection et sensation de sécurité.

Parce que la femme est la garante de l’honneur, et parce que tous les hommes ont le droit d’intervenir dans ses affaires pour protéger cet honneur, il en résulte que même ces femmes qui se sont élevées contre le régime se sont heurtées à la religion et à l’autorité patriarcale une fois le pouvoir du régime mis en pièces. C’est ce qu’il s’est passé pour Samira Khalil et Razan Zeitouneh qui se sont battues contre le régime et le despotisme politique, et sont devenues en fin de compte les premières victimes de la révolution « patriarco-religieuse » qui, identique en cela au régime, réprima leur liberté et les enferma.

18 Juillet : la Journée internationale Nelson Mandela à la MDJ

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Armand Iré, Côte d’Ivoire : 

Du terroriste fiché par le FBI au héros mondial, Nelson Rolihlahla Mandela, une vie.

 

Rasoul Asghari, Iran : Résistance 

Nelson Mandela nous a montré la voie par sa lutte et dans sa résistance. Mais le plus important dans ce qu’il nous a enseigné c’est que indépendamment du contexte, lutter pour la liberté est la seule chose qui compte.

 

Murad Moudia, Soudan du Sud : Mandela, le dernier prophète de la Paix et de l’Humanité.

La naissance de Mandela a été la naissance d’une légende, son départ a été le départ du dernier prophète de la paix et de l’humanité. Sa lutte incroyable et sa longue marche vers la liberté pour faire tomber le système de l’apartheid dans son pays a été remarquable et importante pour la liberté et la dignité de l’ensemble de l’humanité. Il est devenu une icône et un symbole de la justice internationale et de l’égalité des droits : Il restera toujours une des figures les plus importantes de l’histoire humaine.

Behzad Qayomzada, Afghanistan : Mandela, le symbole de l’antiracisme. 

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Pa Amadou Jallow, Gambia : Comme le monde se souvient de votre noble effort.

Chaque année, le 18 Juillet – la Journée où Nelson Mandela naquit – l’ONU se joint à l’appel lancé par la Fondation Nelson Mandela à consacrer 67 minutes de temps à aider les autres : un moyen de marquer la Journée internationale Nelson Mandela.

Pour 67 ans, Nelson Mandela a consacré sa vie au service de l’humanité – en tant qu’avocat des droits de l’homme, en tant que prisonnier d’opinion, en tant qu’artisan de la paix internationale ainsi que premier président démocratiquement élu d’une Afrique du Sud libre.

Voici quelques-unes de mes citations préférées, de vous, Madiba…

« Au cours de ma vie, je me suis consacré à cette lutte des peuples africains. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait ensemble en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère accomplir. Mais si nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

« Les vrais leaders doivent être prêts à tout sacrifier pour la liberté de leur peuple. »

« Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, cela va dans sa tête. Si vous lui parlez dans sa langue, cela va dans son cœur. »

Nelson Mandela est parti, mais ses mots resteront … RIP

Personne ne peut arrêter de compter vos efforts, le monde vous sera toujours reconnaissant.

Sadegh Hamzeh, Iran :  Noirs et blancs ne sont pas différents. L’Humanité, c’est importante.

Aden Duale Gibril, Somalie : La vengeance, l’une des sources de conflits.

Nelson Mandela a été  un personnage célèbre de notre  époque, une figure de notre siècle, mais hélas un homme comme les autres : la mort ne l’a pas épargné. Son parcours  a été hors-norme, sa vie a été  atypique : il a subit la dureté de la période la plus sombre de l’histoire de son pays et il a combattu contre l’injustice et  la discrimination raciale qui existait dans son pays. Il a réussi à sortir son pays du conflit en rejetant la vengeance. Il a laissé derrière lui un pays stable et prospère mais aussi des idées et des valeurs nobles. Son héritage servira l’humanité contre  les conflits !

Le 14 Juillet 2014 vu par des plumes de la MDJ

Cet année, la fête nationale du 14 juillet sera marqué par le lancement du cycle international des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale 1914-2014 : 80 pays belligérants de la Grande Guerre seront symboliquement réunis à Paris à l’invitation de la France afin de participer au défilé des Champs-Elysées.
A l’occasion de cette journée, des plumes de la Maison des journalistes proposent leurs réflexions.

Dessin de PLANTU

Dessin de PLANTU

France-Algérie, 14 juillet ou l’ambiguïté historique par Larbi Graine

14 juillet 2014 : Hommage aux pays africains alliés de la Grande Guerre par Benson Sérikpa

14 Juillet : Le peuple français, modèle inspirateur de la lutte pour la liberté par KIKI

France : Un exilé écrit sur le 14 juillet mais pour dire quoi ? par Sékou Chérif Diallo

Le 14 juillet vu des châteaux par Armand Iré

14 Juillet : Le peuple français, modèle inspirateur de la lutte pour la liberté

[Par KI KI]

Dessin de Raquel Orzuj (tiré de catalogue de dessin de presse L'exil - MDJ, 2011)

Dessin de Raquel Orzuj (tiré de catalogue de dessin de presse L’exil – MDJ, 2011)

Chaque année depuis 1789 le peuple français fête la République, marquée par la prise de la bastille le 14 Juillet 1789. Le peuple français de ce temps-là, se libérait de la tyrannie royale. La France, que célèbre-t-elle exactement? Son peuple, héros plein d’audace, d’esprit patriote, d’amour pour ses frères emprisonnés injustement et persécutés. C’est ainsi que s’est construite la République Française, sur ce souvenir d’une révolution populaire riche de la volonté de tout changer pour le bien de tous, de faire de leur pays un Etat de droit qui respecte les droits de l’homme pour tous sans exception. Personne n’est au-dessus des lois en France. Tous sont égaux en droit.

Aujourd’hui, le peuple français d’aujourd’hui fêtera le 14 Juillet. C’est le moment de plaider la cause de nos peuples auprès de la République Française. Nous, journalistes exilés, défenseurs des droits humains, cause pour laquelle nous avions été persécutés dans nos pays d’origine. La France peut nous aider à faire advenir un changement socio-politique dans nos différents pays. Mais pour que la France nous aide, nous devons d’abord demander à nos peuples de s’unir, à parler d’une seule voix. On ne peut échouer dans la lutte contre nos persécuteurs, contre les oppresseurs de nos peuples. La prise de la bastille fut la réaction d’un peuple uni et fort. Bravo au peuple français ! Il reste un peuple modèle, exemplaire, inspirateur de la lutte pour la liberté et le respect des droits humains de tous les peuples, dans le monde entier.

Toujours, encore aujourd’hui la France s’engage par tous les moyens possibles dans la lutte pour la liberté des autres peuples opprimés, en Afrique, en Asie, en Europe et même Amérique. Pour promouvoir la fraternité humaine, l’égalité et la liberté pour tous qui est définie comme « principe » de la République.

Que vive la République Française!

Que vive le peuple français!

Que vive les droits du peuple !

[Cliquez ici pour lire les autres réflexions des plumes de la MDJ]

France-Algérie, 14 juillet ou l’ambiguïté historique

[Par Larbi GRAÏNE]

La France célèbre cette année sa fête nationale du 14 juillet en y associant pour la première fois l’Algérie. Si les autorités françaises justifient la présence de son ex colonie en raison de la participation de 173.000 de ses combattants à la première guerre mondiale, il n’en demeure pas moins que la fête française croise d’autres séquences de l’histoire algérienne.
Instituée en 1880, cette fête fait référence d’abord à la prise de la Bastille qui marque l’abolition de la monarchie absolue (14 juillet 1789), ensuite au jour moins bien connu d’union nationale, appelé aussi Fête de la Fédération (14 juillet 1790).

Charles Thévenin (1764-1838), La Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de- Mars. © Musée Carnavalet/ Roger-Viollet

Charles Thévenin (1764-1838), La Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de- Mars.
© Musée Carnavalet/ Roger-Viollet

Quand la fête du 14 juillet est instituée sous la IIIe République, l’occupation de l’Algérie par la France bouclait presque jour pour jour sa 50e année. C’est le 5 juillet 1830, que le Dey Hussein signait le traité de capitulation d’Alger, après que le corps expéditionnaire français eut parvenu à mettre en pièces ses troupes. 130 ans plus tard, l’Algérie devenue indépendante, gomme d’un revers de la main le souvenir de la capitulation en instaurant le 5 juillet, comme fête de l’indépendance lors même qu’une autre date pouvait bien être retenue pour marquer l’événement, à savoir le 19 mars 1962, date du cessez- le-feu.

Rencontre entre les communards parisiens et les insurgés kabyles

Mais pour l’histoire, c’est trop loin de la France et de l’Algérie, qu’une poignée d’Algériens vont entendre parler de la révolution française.

Dans une France du XIXe siècle en proie à de nombreuses convulsions politiques en lien avec les changements de régime qu’aggravent les ambitions liées à la conquête d’un nouvel empire colonial, les hommes et les femmes sont poussés sur le chemin de l’exil quand ils ne sont pas déportés dans de très lointains pays, souvent insulaires. C’est dans ce contexte qu’apparaissent les bagnes coloniaux appelés à abriter une foultitude de proscrits politiques et de droits communs. Victor Hugo lui même fit les frais du coup d’Etat de « Napoléon le Petit », ce qui le contraindra à l’exil. L’œuvre de cet écrivain s’en ressentira d’ailleurs. Il dressera du reste des portraits saisissants des opposants au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Un peu plus tard, le 18 mars 1871 éclate l’insurrection de Paris, que l’historiographie désigne sous le nom de la Commune. Au même moment (le 16 mars 1871) une autre insurrection se déclare en Algérie sous l’impulsion des Kabyles conduits par Mohand Amokrane, (cheikh el Mokrani) et le cheikh Aheddad. Si les insurgés parisiens instaurent le gouvernement du peuple face à une classe dirigeante bourgeoise défaillante, les insurgés kabyles engagent, quant à eux, une grande bataille contre le pouvoir colonial. Les deux événements se rejoignaient quant au fond. Car c’est de la libération des peuples respectifs qu’il s’agit. La Commune a duré un peu plus de deux mois et s’est soldée par 7500 morts environ parmi les communards et des milliers de prisonniers. De l’autre côté de la Méditerranée, l’insurrection kabyle qui a duré plus longtemps (près de 10 mois) fut particulièrement meurtrière même si les sources sont restées muettes sur le nombre de morts. L’on sait par contre que l’armée d’occupation était composée de près de 86 000 hommes. La défaite de la Commune de Paris avait permis du reste à l’armée d’Afrique de reprendre les choses en main. Après la répression sanglante de l’insurrection algérienne, plus de 120 hommes kabyles furent déportés à l’autre bout du monde dans l’archipel du Pacifique sud : la Nouvelle-Calédonie, devenue territoire français depuis une vingtaine d’années.

Les déportés kabyles [Photo tirée de iisg.nl]

Les déportés kabyles [Photo tirée de iisg.nl]

C’est là que les Kabyles vont croiser les communards déportés. Grande figure féminine de la Commune de Paris, Louise Michel, qui côtoya les Kabyles les décrit comme « des Orientaux (…) simples et bons et d’une grande justice (…) [qui] ne comprenaient rien à la façon dont on avait agi avec eux ». Cela dit, s’il fut d’une portée extraordinaire, le mouvement du 14 juillet, n’en reste pas moins un idéal en construction. C’est dire que son avenir dépend de sa capacité à s’expurger de son ambiguïté historique.

 

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14 juillet 2014 : Hommage aux pays africains alliés de la Grande Guerre

[Par Benson SÉRIKPA]

La France sera la capitale du centenaire de la Première Guerre mondiale (1914-1918) lors de la commémoration du 14 juillet sur les Champs-Élysées, date de la fête nationale de la France. A cette occasion, l’État français rendra un hommage solennel à l’ensemble des pays ayant participé au conflit mondial en Europe. 18 nations africaines sur 80 invitées seront représentées à ces festivités. Il s’agit notamment de l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, Les Comores, la Côte d’Ivoire, le Congo, le Djibouti, le Gabon, la Guinée, le Madagascar, le Mali, le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Tchad et la Tunisie. Ainsi donc cent ans après, le monde entier verra les emblèmes des alliés et les drapeaux des ennemis d’hier disposés côte à côte.

Des soldats français de la Licorne à leur départ de la Côte d'Ivoire le 16 mai 2007. afp.com/Issouf Sanogo

Des soldats français de la Licorne à leur départ de la Côte d’Ivoire le 16 mai 2007.
afp.com/Issouf Sanogo

Le grand défilé qui se tiendra sur la plus belle avenue du monde a pour thème « Une armée puissante et moderne », illustration du choix du président de la République, François Hollande, de souligner les ambitions politiques de la France et l’ensemble des missions des forces armées. Ce défilé mettra en valeur des unités impliquées récemment dans les opérations qui témoignent de la capacité de la France à assumer ses engagements auprès de la communauté internationale. A ce sujet, faut-il le rappeler, 20 000 militaires français sont actuellement déployés hors de la métropole, dont 7 500 engagés dans des opérations extérieures, approuvées par le Parlement.

Sur le continent africain, cette année a été marquée par la poursuite de l’engagement français au Mali, où le dispositif déployé en soutien des forces des Nations unies vise à lutter contre les groupes armées terroristes qui menacent la stabilité du pays. Cet engagement s’inscrit dans un appui plus large aux États de la région à travers le déploiement de 3 000 hommes dans la bande sahélo-saharienne. En effet, devant la dégradation brutale de la situation au Mali et en réponse à la demande des autorités maliennes, le président de la République, François Hollande, avait décidé l’intervention des forces françaises au Mali, le 11 janvier 2013, en lançant l’opération Serval.

On note aussi que depuis le 5 décembre 2013, 2000 soldats français sont engagés dans l’opération Sangaris en République centrafricaine. Cette opération aux côtés des africains a été déclenchée pour protéger les populations, permettre l’arrivée de l’aide humanitaire et restaurer l’autorité de l’État.

Par ailleurs, la France contribue à plusieurs opérations de stabilisation et de maintien de la paix sous mandat des Nations unies, de l’OTAN ou de l’Union européenne. C’est le cas par exemple en Côte d’Ivoire, où elle est présente à travers la force Licorne, forte de 450 soldats, pour soutenir l’Opération des Nations unies (ONUCI) et accompagner la réforme de l’armée ivoirienne. La France tient ce même engagement au large de la corne de l’Afrique où elle contribue à la force navale européenne de lutte contre la piraterie.

Les armées françaises, par leur présence à travers le monde et particulièrement en Afrique, conservent en effet leur capacité à intervenir pour la paix dans l’ensemble des situations dans lesquelles les intérêts de la France ou ses ambitions sont mis en jeu.

De belles festivités en perspectives, qui auront aussi pour point d’orgue des feux d’artifices, tirés depuis la Tour Eiffel.

[Photo tirée de tuxboard.com]

[Photo tirée de tuxboard.com]

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